Une fois les présentations passées, je m'excusais afin de pouvoir m'éloigner des deux tourtereaux qui se regardaient si amoureusement que ça m'en donnait la nausée. Tout ça, c'étaient des trucs qui m'échappaient complètement. Attention, j'avais déjà eu quelques relations, mais je ne savais même pas si l'on pouvait qualifier ça d'amour. Disons que c'étaient des distractions ? Ou même des faire-valoir… En réalité, je n'en savais trop rien. Ce que je savais, c'est que quand j'avais besoin d'avoir confiance en moi, je séduisais un gars, on couchait ensemble et en quelques semaines je me lassais. Mon ego était flatté, je voyais que je pouvais plaire mais je ne ressentais jamais ce truc dont on parle dans les films. Cette petite étincelle qui était censée nous faire comprendre que l'on était avec la bonne personne. Alors je regagnais mon éternel célibat. Au fond, c'était surement ça qui était fait pour moi, le célibat. Et je m'en satisfaisais parfaitement, ou du moins c'est ce que je disais autour de moi.

Je déambulais alors entre les artistes, parlant pas mal avec mes amis et plus particulièrement avec Finn. La soirée se déroulait sans le moindre problème, tout le monde était ravi c'était parfait. Mais après quelque temps passé parmi tous ces gens, je me sentais de plus en plus oppressée. J'avais besoin d'air. Je sentais mon cœur me serrer de plus en plus et un bourdonnement sourd venait remplacer les sons qui m'entouraient. Je descendais à tâtons, cherchant à rejoindre l'extérieur, loin du bruit, loin de tout. Me laissant glisser le long du mur en pierre qui ornait la façade du café, mes mains vinrent se poser presque immédiatement sur mes temps, les massant doucement pour me calmer. J'allais un peu mieux, je m'étais enfermée dans ma bulle et petit à petit je sentais les battements de mon cœur reprenaient un rythme normal.

Avant la mort de mes parents, je n'étais pas anxieuse pour un sou. Je vivais ma vie tranquillement, me demandant comment il était ne serait-ce que possible d'avoir des crises d'angoisse. Et puis maintenant tout était différent, j'avais totalement perdu mon équilibre et parfois, quand je m'y attendais le moins je perdais totalement le contrôle. Je détestais ça. J'essuyais rageusement une larme qui avait coulé le long de ma joue quand j'entendis quelqu'un me parler.

« Ton expo est une réussite, chapeau. »

C'était Lexa, elle avait sûrement assisté à toute la scène. Un malaise s'installa alors de mon côté mais ça ne semblait pas la déranger puisqu'elle s'assit à côté de moi tout en fumant sa cigarette sans ajouter un mot de plus. Elle regardait droit devant elle, me laissant ainsi tout le loisir de l'observer. Ce qui attira tout de suite mon attention c'était ses yeux. Ils étaient d'un vert émeraude à couper le souffle et elle les mettait parfaitement en valeur avec sa façon de se maquiller. C'était léger et classe, tout ce qu'il fallait. Mon regard descendait ensuite sur ses joues qui se creusaient légèrement quand elle tirait sur le filtre de sa cigarette avant de se poser sur ses lèvres. Il n'y avait pas à dire, elle était belle. Sa bouche se retroussa légèrement sur le coin droit de son visage et je compris alors qu'elle savait que je l'observais. Rougissant légèrement, je reportais finalement mon regard sur la petite place qui nous faisait face.

On resta plusieurs minutes comme ça, à simplement partager un silence. Le café se vidait peu à peu et bientôt il faudrait que je rejoigne Octavia pour ranger tout ça. Sans un mot toujours, je pris appuie sur mes paumes pour me relever gracieusement et juste avant de passer la porte je lui glissai un « merci. ».

A l'étage, tout le calme que j'avais pu accumuler les minutes précédentes s'envola avec le cri surexcité de ma meilleure amie en me voyant. Elle me prit alors par la main avant de me montrer la caisse qui était remplie de billets.

« On y est ma belle ! On va réussir, il n'y a plus à douter ! »

Elle était totalement surexcitée et tant de joie faisait plaisir à voir. Je restais pour ma part un peu sur la réserve. C'était une réussite certes mais le chemin allait encore être franchement long jusqu'à ce qu'on puisse arrêter de stresser pour le café. On y avait tellement investi, autant psychologiquement que financièrement qu'un échec nous mettrait toutes les deux au tapis.

Nos amis étaient encore présents dans la salle, à siroter une bière tout en mangeant les cacahuètes qui avaient survécu au passage. Octavia me tendit une bière que je saisis avant de congédier notre serveur de la soirée. Il en avait suffisamment fait pour ce soir. Il venait à peine de sortir quand la porte s'ouvrit à nouveau. C'était Lexa, elle devait certainement attendre Lincoln. Octavia lui réserva plus ou moins le même accueil qu'à moi et elle se retrouva elle aussi avec une bière à la main.

Plutôt que de venir s'asseoir avec nous, elle marchait dans la mezzanine tout en semblant observer les œuvres qui se trouvaient sur les murs. Elle semblait vraiment sensible à tout ça, à l'art dans tous ses états. Je me levais alors du tabouret que j'occupais jusque-là et allai jusqu'à elle, laissant les autres s'enthousiasmer sur cette réussite.

La brune se trouvait à présent face au tableau auquel j'avais contribué. Octavia m'avait plus ou moins forcé à exposer, elle avait dit qu'étant donné qu'il s'agissait de la première expo, j'étais obligée d'être présente sur les murs. La vérité c'est que depuis le drame, je ne peignais plus de la même façon. La plupart du temps, mes tableaux étaient sombres et abstraits alors que pour l'exposition du café j'avais dû peindre de façon plus joyeuse. J'avais vraiment essayé d'enfouir en moi tous mes doutes en peignant ce tableau et d'après les retours que j'avais eus un peu plus tôt, j'avais plus ou moins réussi. Elle semblait vraiment subjuguée par mon œuvre et ça ne pouvait que me faire plaisir. Son nez était légèrement retroussé, signe qu'elle était en pleine concentration puis quand elle m'entendit arriver elle se tourna quelques secondes.

« C'est qui ce Griffin ? »

Je ne pus m'empêcher de sourire légèrement à sa question. C'est vrai que j'avais signé « C. Griffin », il n'y avait donc aucune chance de me démasquer. Mon sourire malicieux toujours sur les lèvres, j'haussais légèrement les épaules sans lui répondre pour le moment.

« Pourquoi ? Ce qu'il fait te plait ? »

Parler de soi comme d'un inconnu était pour le moins étrange. Mais j'étais vraiment curieuse de savoir ce qu'elle pensait sincèrement de la toile, sans qu'elle me dise que ça lui plaisait uniquement parce que c'était de moi. Elle opina du chef tout en continuant à observer mon travail, seules ses lèvres bougeaient pour me répondre.

« Ça me plaît plutôt oui. On voit toute la complexité de son univers… Les couleurs choisies sont toutes des couleurs chaudes, comme s'il cherchait à se forcer à communiquer un message joyeux ! Et pourtant les traits ne sont pas sûrs, on sent beaucoup de doute et d'incertitude alors je trouve ça intéressant... L'un et l'autre s'équilibre, on voit énormément de travail tout en comprenant que l'artiste n'était pas inspiré plus que ça. Et vu comme je le dis ça sonne négatif mais ce n'est pas le cas, je trouve vraiment ça surprenant. »

Alors qu'elle me parlait de ce tableau et de son auteur, autrement dit moi, je posais mon regard sur cette peinture qui recouvrait une partie du mur. Ses paroles étaient totalement justes, elle avait lu en moi comme dans un livre ouvert à travers cette œuvre et ça me poussait à me fermer un peu plus. J'étais sur mes gardes, je ne voulais pas qu'on me connaisse sans que ça ne soit moi qui me livre. Et elle, c'était une parfaite inconnue il y avait quelques minutes à peine, je ne comptais pas lui parler autrement que professionnellement. Mais elle avait tapé dans le mille malgré tout.

« Oui ou peut-être qu'il a tout simplement peint comme ça lui venait. Je pense que parfois les gens interprètent un peu trop l'art alors qu'il ne s'agit la plupart du temps que de sentiments. »

C'était à son tour de se fermer maintenant. Je le voyais à sa posture, à sa façon de recroqueviller légèrement les épaules. J'avais été plus sèche que je ne l'aurais voulue, quelle conne.

« Excuse-moi, ce n'est pas ce que je… »

Je n'eus pas même le temps de terminer ma phrase qu'elle avait déjà fait volte face et marchait en direction de Lincoln. Elle lui chuchota quelque chose à l'oreille et lui embrassa la joue avant de quitter le café. En passant devant moi, elle m'avait lancé un regard tel que j'eus l'impression que mon cœur ratait un battement. J'avais été complètement stupide, elle m'avait aidé en me soutenant au cours de la soirée et voilà comment je la remerciais.

Bonjour à vous,

J'ai posté rapidement le deuxième chapitre parce que je suis franchement inspirée mais pour la suite ça sera une à deux fois par semaine, probablement le mercredi et/ou dimanche ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, si vous vous posez des questions ou quoi que ce soit !

J'espère en tous cas que vous prenez autant de plaisir à lire que moi à écrire ! ;)