Chapitre 1.

*Crack,blah blah blah*

Je fronce les sourcils et arrache mon bras du matelas puis tâtonne et finit par taper sur mon réveil qui s'éteint. Je m'appuie sur mon bras réveillé et me tire de cette torpeur chaleureuse du lit. Je me mets a genoux et attrape le plaid du matin. Celui dans lequel je m'enveloppe et sans lequel je me réfugie bien vite sous la couette. Mais comme je l'ai et qu'il a attrapé ma chaleur, je reste un moment à tenter d'émerger en vain.. Je glisse ma main sous l'oreiller et passe un écouteur du casque audio sur mon oreille et l'autre derrière la deuxième oreille. Je fais défiler jusqu'à trouver une chanson que j'aime. Ça convient juste a mes réveils, c'est doux et mes pensées embrumées apprécient. Je baille alors que la musique envahit doucement mon âme ensommeillée. Je progresse a genoux et descends du lit, mes pieds nus se recroquevillent face a la fraîcheur du parquet et les yeux mi-clos, j'essaye de me repérer grâce a la délicate source de lumière qui est filtrée par l'épais rideau blanc. Je marche a petits pas et j'émerge au fur et a mesure de mes pas.

Je finis pas atteindre ma destination et tire un peu le rideau. Au dehors, le ciel est rosé mais le soleil pointera le bout de son nez quand je partirai au boulot, le paresseux. Je cligne des yeux alors que la chanson change pour quelque chose d'un peu plus énergique. Je tire complètement le rideau et la lumière fut. Mais je ne suis pas encore réveillée. Je me dirige vers la salle de bains et retire le plaid ainsi que mon pyjama qui tombent sur le sol, j'attrape le déodorant le plus proche et en étale une fine couche sur l'ensemble de ma carcasse. Le parfum exotique de grenade me fait inspirer longuement. Je remets le plaid sur mes épaules découvertes et plie vite fait le pyjama que je pose sur le porte serviette. Je me dirige ensuite vers ma penderie et après avoir cherché un moment, trouve une tenue acceptable.

Pendant que je m'habille, je jette un œil à l'heure. Je retourne a la salle de bains pour me brosser les dents et passer un coup de mascara sur mes cils. Je prends ma besace et vérifie que mon carnet s'y trouve. J'entoure mon cou d'une écharpe a carreaux, mes épaules d'un manteau beige et mes pieds de chaussures.

Il est maintenant 6 h 45. Je pose sur mon épaule la bandoulière de ma besace et reprend mon casque qui diffuse une musique entrainant. J'attrape mes clés au passage et referme la porte qui se verrouille quand je sors. Je dévale les escaliers en bois, qui grincent sur mon passage. Je traverse le hall et descends les marches en pierre puis observe un instant le soleil levant.

Je me met en marche pour m'arrêter deux rues plus loin, face à un parc de jeux pour enfants encore vide a cette heure-ci. De mon coté de la rue se trouve mon lieu de travail, je passe par la ruelle longeant le café et pousse la porte de service. Au vestiaire se trouve la seule collègue ayant un peu pitié de la chose mortellement muette que je suis, nommée Sarah. C'est le type de fille qui voudrait partir a l'université mais qui vient d'une famille pauvre alors elle bosse dur pour accéder à la connaissance. Elle sursaute quand la porte se referme derrière moi et se retourne, je descends le casque sur mon cou. Elle sourit en me reconnaissant.

-Hey, salut May.

Je lève la main en retour et esquisse un sourire.

-Je dois te prévenir que-...

La porte menant à la salle claque. Je ferme un instant les yeux en devinant qui arrive a grands pas dans notre direction.

-Carter. Je pensais qu'on avait dit 6 h 50 derrière le comptoir et pas 7 h 10, j'arrive seulement.

Même pas encore dans mon champ de vision que je reçois un reproche dés le matin.

-Bonjour, Bean. Et je me permets de dire qu'il est seulement 6 h 53.

-Et bien, c'est déjà trop tard. Pourquoi vous n'iriez pas a la caisse accueillir nos clients, Sarah ?

-Oui Monsieur.

Elle me fait un sourire désolé et enfile sa casquette puis part sans demander son reste. En même temps, je la comprends. Rester avec Mc Bean, manager du café et de l'équipe donc mon supérieur n'est pas profitable. Et encore moins pour moi. Voilà qu'il soupire en me reluquant de haut en bas.

-Carter, Carter, Carter...Uno, votre tenue n'est pas correcte. Ce jean troué, ce haut dont on ne sait même pas si c'est une chemise ou un pull. Vous porterez donc l'uniforme complet. Deuxio, je crois vous avoir dit de retrouver votre couleur naturelle, vous allez effrayer nos clients. Troisio, vous m'enleverez ces bijoux.

Je hoche la tête patiemment.

-Et je vous ai répété de ne pas amener ce casque a distractions, déjà que vous ne parlez pas beaucoup alors si vous ne prêtez pas attention à ceux qui vous parlent, vous finirez seule.

Son rictus difforme me fait intérieurement grincer des dents. Je hoche néanmoins la tête.

-Allez ! Changez-vous et dépêchez vous, votre retard est déjà assez toléré.

Il tourne les talons, repu de critiques et claque la porte de la salle. J'inspire et expire longuement puis ouvre mon casier, je me change pour un uniforme informe et ramène mes cheveux en un chignon rapide d'où plusieurs mèches s'échappent. Je retire mon bracelet et mes boucles d'oreilles puis je lace des baskets premiers prix ainsi un tablier vert caractéristique. Je prend mon carnet et le glisse dans la poche de mon tablier. Je referme mon casier et entre dans la salle déjà quelque peu emplie des va et vient des clients. Je passe derrière le comptoir et m'installe à une caisse pour décharger un peu Sarah des buisnesspeople et des sportifs de bon matin. Je sors l'écriteau "serveuse muette en service" que Mc Bean a fait spécialement pour moi, comme si j'étais une bête en cage.

Automatiquement la file se coupe en deux et les habitués, nombreux sourient en me reconnaissant, ils me font la discussion et je dois me contenter de secouer la tête rapidement parce que je bouge partout. A un moment, le coup de feu du business est passé alors j'aimerais développer mes réponses sur mon carnet mais Mc Bean ne m'en laisse pas le temps.

-Carter, à la cuve.

Je me fais remplacer à la caisse et vais a la cuve, il y fait chaud et l'odeur de café est forte mais c'est supportable puisque peu de personnes s'y trouvent au meme moment.

-Carter ! Ta casquette !

Mc Bean n'ose pas s'aventurer dans la cuve, il y fondrait sûrement alors après m'avoir apostrophée 5 fois, je vais le voir.

-Carter, vous devenez sourde ? C'est sûrement a cause de votre casque a distractions, je vous aurais prévenue !

Il s'en va en sifflottant et j'accroche la casquette a mon tablier puis je retourne a la cuve. Après une poignée de minutes, un nouveau nom retentit.

-Carter ! Va nettoyer en salle, les clients ne savent plus où se mettre.

J'y vais et commence a nettoyer les tables puis le sol a la demande de Mc Bean, ce qui est absurde puisque les clients sont là.

-Carter ! Sers en salle.

Je respire un peu plus longuement que d'habitude et me rends a ma prochaine tâche. Je m'applique a servir et a prendre les commandes sans râler mais le ciel sous forme Mc Beanienne reste contre moi. Il me fait virevolter entre la cuve, le comptoir et la salle et ce depuis trois ans. L'habitude de son ingratitude me sert d'imperméable a ses piques qu'il croit acérées.

Arrive 11h40, le calme avant la tempête. Alors que Mc Bean et les autres prennent leur pause dehors, Sarah et moi gardons la boutique. Je la rejoins derrière le comptoir où on s'appuie contre le faux marbre.

-Ca va toi ?

Je hausse les épaules.

-Alors t'as besoin d'un brownie au chocolat.

Elle tend la main et sort un brownie de la vitrine qu'elle coupe en deux, je la remercie d'un sourire et mord dans le coeur fondant. Je finis ma moitié en trois bouchées et lèche les miettes sur mes lèvres.

-McBean est odieux avec toi, hein ?

Je hausse de nouveau les épaules.

-Moi, je trouve que tu es la mieux habillée de nous tous.

Je prends mon carnet et écris "C'est gentil de me remonter le moral."

-Tu ne mérites pas les critiques de McBean, ce mec est juste frustré.

"Je plains sa famille."

Elle pouffe de rire et approuve mon commentaire. La porte de service claque et celle des vestiaires ne tarde pas.

-On retourne au boulot, Carter !

J'acquiesce et lève les yeux au ciel pour Sarah qui sourit et me souhaite bon courage. J'essuie une deuxième fois toutes les tables sous le regard de Mc Bean qui prend un malin plaisir à me regarder faire et a se plaindre de la qualité de mon travail.

°Je suis serveuse pas femme de ménage.°

Je lui tourne le dos et m'attaque a une énième table. Le rush de midi commence et se poursuit jusqu'à 13h15. Je lève la tête et regarde la grande horloge avec un sourire. Je me dirige vers la porte des vestiaires quand une main se pose sur mon bras et m'aggripe fortement. Je veux avancer mais la prise se ressere violemment. Je grimace et me tourne vers l'auteur de cette agressivité.

-Carter, restez ici.

Je tente de me dégager de son emprise mais il à de la force malgré sa petite taille. Les autres sont aux vestiaires, je peux entendre leurs rires et leurs projets pour le week-end.

-Vous allez faire la fermeture à ma place mais avant, je veux que vous nettoyez chaque surface de la salle, du comptoir et de la cuve. Compris ?

Il a osé. Maintenant, il cherche n'importe quelle réaction ou expression sur mon visage. Il prend son rictus habituel. Profite du fait que je sois muette pour ne pas te cracher au visage et te dire tes quatre vérités. Profite du fait que t'es encore mon supérieur. J'acquiesce et il prend mon menton entre ses doigts gras, sales et rongés pour me faire baisser la tête. Je soutiens son regard.

-J'aime le fait que tu soit muette, ça m'apporte beaucoup de choses. Comme le fait que je puisse te dire que tu es inutile et que je peux te donner plus de boulot que tu ne puisses en supporter sans que tu trouve quelque chose à y redire. Je te ferai tomber et goûter la merde et je serai là pour t'enfoncer six pieds sous terre et rire de ta situation. Parce que c'est déjà drôle.

Je ne cille pas et il grogne mais finit par sourire.

-Allez ! Amusez-vous bien, Carter. Et n'oubliez pas que je vérifierai si vous avez fait votre travail. Dans le cas contraire, je me verrai obligé de me séparer de vous.

Il me lâche enfin et m'offre un dernier rictus puis s'en va en sifflotant vainement, les mains dans les poches de son pantalon.

-Je repasserai vers 17 h 00.

Il claque la porte des vestiaires derrière lui et je pince les lèvres en remontant la manche sur mon bras gauche, une empreinte rouge et blanche d'une main comme marque sur mon avant-bras. Je peux encore le bouger. Mais quand je pose mes doigts dessus, ça fait mal. En plus, il espère me revoir en fin d'après midi ? Il hallucine complètement. J'entends la porte de service claquer et après quelques instants, plus un bruit. J'inspire profondément et me met a la recherche des clés. Je fouille soigneusement chaque tiroir du comptoir plusieurs fois car elles doivent rester là, de l'ouverture a la fermeture.

Après quelques minutes, un klaxon me fait lever la tête. Un scooter est arrêté devant le café. Le conducteur secoue quelques chose entre ses doigts gantés de similicuir, il lève ensuite sa visière et je reconnais le visage compressé de McBean qui a encore et toujours ce rictus qui déforme son visage déjà laid. Il lève à hauteur de son visage ce qui semble être un...Un trousseau de clés ? Quand il voit que j'ai compris ce qu'il vient de me faire, c'est-à-dire pourrir tout mon après midi en me faisant poireauter ici jusqu'à ce qu'il daigne montrer sa sale face et me permettre de fermer, son air vainqueur s'affiche en gros sur son visage. Mais son sourire disparaît un peu alors que j'acquiesce lentement et que je lève mes poings vers lui, garnis de deux doigts d'honneur accompagné d'un sourire.

°Va bien te faire foutre, connard.°

Alors que son regard me fait comprendre qu'il me fera payer mon geste, je hausse les épaules, les poings toujours levés et le sourire aux lèvres. Il baisse sa visière, range les clés et fait rugir son moteur de pacotille puis s'en va. Je le suis du regard et soupire longuement. J'ouvre a nouveau les yeux, rien ne sert de s'énerver pour un type comme lui. Je me dirige vers les vestiaires et me change, retrouvant avec plaisir la douceur de mes vêtements. Je prend ensuite mon casque et met la musique un peu plus fort.