Chapitre 2.
Aux premières notes, je reconnais une chanson connotant le changement...Plutôt bien tombé puisque qu'il est temps pour moi d'envoyer bouler le boulot où je suis traitée comme une pauvre bête en cage par mon manager et également par le reste de l'équipe, exceptée Sarah. Sauf que je ne relève pas les critiques de mes collègues, ils font ça pour se faire mousser auprès de McBean et c'est leur problème.
Le seul fait de rester ici me donne envie de fuir mais si je reste, c'est juste parce que je sais que si le café est laissé ouvert sans surveillance, ce cher manager est capable de retourner l'affaire contre moi et d'engager des poursuites. Oui, c'est possible d'être un sale con jusqu'au bout. Et je sais devenir raisonnable donc je ne vais pas m'énerver. En plus, ça risquerait de retomber sur Sarah.
Je me sers un café et écrit machinalement sur le gobelet, je prends un brownie au chocolat puis pose le tout sur une petite table ronde et me couche sur une banquette large face au comptoir, physiquement fatiguée. Mon sac et mon écharpe sous ma tête, j'enlève mes chaussures et ramène mes jambes en les pliants. Je bois doucement mon café et contemple le plafond. Après de longues minutes, je jette un oeil a l'heure de mon portable, inspire profondément et expire lentement. Il est seulement 14 h 48. Je change de chanson et ferme les yeux pour oublier mon environnement.
Un peu après que le refrain soit passé, j'entends la petite clochette de la porte principale retentir. La personne garde le silence un moment et je baisse la musique considérablement.
-Il y a quelqu'un ?
Je fronce les sourcils à la voix masculine. La musique n'est plus qu'un bruit de fond a peine audible.
-Encore un échec.
Sans savoir pourquoi, alors que je l'entends se détourner, ma main percute le gobelet vide qui tombe et qui roule pendant un moment. Je devine qu'il traverse le magasin et finit sa folle course auprès de l'homme. Je l'entends ramasser le gobelet et après un moment de silence, commencer a marcher dans ma direction.
Mon premier et le plus stupide de mes réflexes, c'est de fermer les yeux. May, si tu ne vois pas les autres, les autres ne te voient pas. Mais quel génie ! Les pas s'arrêtent et je ré-ouvre les yeux, me sentant complétement stupide. La première chose que je vois est un visage d'homme qui me surplombe. Je tente un sourire qui ressemble plus a une grimace pour excuser ma position. Pourquoi je ressens le besoin de m'excuser au fait ?
Je me relève et baisse le casque sur mon cou. Je remets mes chaussures, me sentant vraiment idiote. En ayant finalement assez de regarder le carrelage honteuse, je relève les yeux et l'observe. Il fait la même chose. Il est plutôt pas mal, d'un point de vue objectif. Grand, jeune, l'air d'un grand séducteur ou d'un grand psychopathe, ses yeux ont l'éclat de l'érudition mais pas celle de l'ouverture. Il a l'air de ne pas avoir dormi depuis 150 ans aussi. Il dégage une aura assez sombre, ses sourcils sont froncés.
Je ne sais pas quoi faire. Je peux m'enfuir, ce qui serait une mauvaise idée. Je peux rester plantée là m'enfin je suis pas de ce genre. Bon, je suppose que je dois agir comme d'habitude puisque le café n'est pas fermé, autant le servir. Je passe derrière le comptoir et sors l'écriteau qui me définit pour l'accrocher a la caisse. Il s'approche et le lit puis lève les yeux vers moi. Ses prunelles orageuses captent mon attention, pourtant je regarde ailleurs.
-Vous êtes muette ?
J'acquiesce et sors mon carnet. Je commence a écrire.
"Que voulez-vous ?"
-Savoir où je suis.
Je fronce les sourcils. Puis écris.
"Dans un café fermé. La rue, Eastern Parkway, Brooklyn, New-York, États-Unis. Amérique du Nord. Planète Terre.
Si j'avais voulu, j'aurai pu donner le numéro du bâtiment qui est le 341. M'enfin, j'ai été assez précise comme ça. Après avoir lu, il lève ses yeux, emplis d'incompréhension totale.
-Je n'y comprends rien.
Quoi ?! J'aurai pas pu faire mieux que ça !
"Moi non plus, j'y comprends rien."
Son pull attire mon regard. J'ai déjà vu ce logo quelque part. Mais où ?! Je remarque aussi son bonnet blanc à taches brunes et son jean a taches noires. Il aime les taches ou quoi ? Bon sang ! Que ce type est bizarre... 'Fin, j'suis pas mieux mais un peu quand même.
-Vous vendez du café ?
T'es dans un café. Alors oui, je vends du café. Mes yeux vont faire coucou au plafond et je me retourne vers le bar. J'expire profondément et commence a lui préparer un café serré, je me retourne et lui donne le gobelet. Il renifle le liquide puis goute lentement.
-Il a un drôle de gout.
Je ferme les yeux et inspire doucement. Je lui fais un café gratuit et lui il critique ! Mais bordel, qu'est-ce qui va pas avec ce type ?! Je ré-ouvre les paupières et le fusille du regard. Il fronce les sourcils et lève sa main à hauteur du bar. Je remarque des lettres tatouées sur ses phalanges mais je n'ai pas le temps de distinguer le mot qu'elles forment puisque je suis distraite par le mot "Room" sorti de sa bouche. C'est comme les attaques de ce type là, dans l'animé... Raaah, je sais plus comment ça s'appelle mais ca passait une fois a la télé et comme j'avais rien a faire, j'ai regardé l'épisode en entier, c'était pas trop mal, je n'ai pas approfondi le sujet mais ca à eu le mérite de tuer mon ennui.
Mais revenons-en a la scène qui se déroule sous mes yeux. Il ne s'est rien passé, évidemment. Mais lui à l'air choqué. Ce qui me fait froncer les sourcils.
"Je crois que vous devriez chercher de l'aide ailleurs."
Genre un psy.
-Non, je ne peux pas.
Je hausse les sourcils, en attente d'une explication qui ne vient pas. Je soupire et écris.
"Si vous ne me dites pas quel est votre problème, je ne pourrai rien faire pour vous."
Il soupire et lève les yeux au ciel.
-Est-ce vraiment nécessaire ?
J'acquiesce.
-Parlons plutôt de vous. Vous n'êtes pas la seule a gérer ce café ?
Peut-être que si je lui parle de ma situation, il voudra me parler de la sienne. Je secoue la tête et écris a nouveau pendant quelques minutes pour expliquer mon problème.
"Mon supérieur m'avait ordonné de faire la fermeture alors que c'est à lui de la faire. Et il a pris les clés. Je dois rester ici jusqu'à 17 heures."
-Alors il vous maltraite. Pourquoi ne pas quitter votre travail dans ce cas ?
Je soupire et écris de nouveau.
"Ce n'est pas si simple. Si je m'en vais, il risque de retourner la situation contre moi et de me prendre tout ce que je possède."
-Il peut faire ça ?
J'acquiesce lentement.
-Pourquoi il en a après vous ?
Je pince les lèvres et baisse les yeux sur le mot muette de la pancarte. Il suit mon regard puis relève les yeux. Nos regards se croisent, je détourne le mien et écris.
"Ça le fait rire."
Je laisse mon carnet puis marche dans la salle, tout est déjà propre vu le nombre de fois où j'ai nettoyé ce matin. Je retourne vérifier la cuve puis retourne a ma place initiale, derrière le comptoir. Je nettoie a l'aide d'un chiffon la vitrine des pâtisseries et regarde finalement l'horloge. 16h35.
Mes yeux se posent sur la pancarte. Les mots sont écris a la craie. Je prends mon chiffon et m'apprête a effacer l'inscription mais ma main se stoppe a quelques centimètres. Ses dernières paroles résonnent dans ma tête. Ma vue se brouille et de l'eau tombe sur l'ardoise. Ce qui fait couler la craie. Il n'y a plus que des traces blanches. J'efface tout d'un geste rageur puis je sèche mes larmes de la main. Ne pas pleurer pour lui, il n'en vaut pas la peine. Et déjà j'ai un spectateur, ca serait pas mal de rester digne juste un petit peu. Je prends une craie et suspends ma main lorsque je m'aperçois qu'elle tremble. Je serre la craie plus fermement et inspire. Je n'ai pas a réfléchir deux fois pour écrire la nouvelle inscription qui me définit auprès des clients. Je range ensuite la craie et accroche la pancarte à la caisse. Il lit les lettres écrites avec soin et lève les yeux vers moi, je prends mon carnet et écris encore.
"Ça peut paraitre ridicule mais c'est un geste symbolique"
Il acquiesce. Rien que pour l'écoute dont il a fait preuve, j'ai envie de l'aider. J'écris de nouveau.
"Si vous souhaiter toujours mon aide, attendez-moi dans la ruelle a coté du café, on ira chez moi pour discutez plus tranquillement."
Il prend un temps pour lire la proposition puis lève ses prunelles grises sur mon visage et acquiesce. Un bruit de moteur caractéristique me fait écarquiller les yeux. Je contourne le bar et le pousse vers les vestiaires, la porte se referme derrière lui. Je prends le gobelet de café vide et le jette a la poubelle. Je range la pancarte et avec le même chiffon essuie le faux-marbre. Au même moment, Mc Bean entre par la grande porte, tout content de lui.
-Ah, Carter ! J'ai passé un excellent après-midi ! Dommage que tu sois restée ! Il faisait exceptionnellement beau, en plus. Bon, je ne te cache pas que ton geste a attristé mon après-midi mais j'ai retrouvé le sourire en pensant que je te reverrai lundi. Tout est propre ? Mais bien sur que tout est propre, tu as besoin de ce travail, Carter. Allez, tu peux disposer. Je crois que le coiffeur au bout de la rue serait ravi de te voir. Va donc y faire un tour.
Je prends mon carnet sans dire un mot et jette le chiffon à la poubelle. Je m'avance vers les vestiaires mais il pose la main sur mon bras gauche. Je ne me débats pas, je souffre déjà assez comme ça.
-Mais tu as remis ce casque a distraction ? Voyons, que t'ai-je conseillé mille fois ? Pourquoi ne le jette-tu pas dans une benne a ordure ?
Je pince les lèvres et il me lâche finalement, une moue dégoutée.
-On remet ça, Lundi ?
Je concentre mon regard sur la porte des vestiaires et il me lâche trop brutalement, m'envoyant bouler dans la porte, j'ai le réflexe de mettre les mains en avant pour amortir le choc mais mon menton vient cogner violemment la paroi. Il ricane.
-Allons Carter ! Fais attention à notre matériel... Tu ne voudrais pas dépenser une somme d'argent considérable pour une de tes maladresses ?
Je pousse la porte et m'enfuis en marchant rapidement,je prends ma besace, les yeux a nouveau embués par la douleur. Je passe précipitamment la porte de service et ne la retiens pas. Mon invité appuyé contre le mur d'en face sursaute suite à ma venue précipitée. Il veut sortir une petite pique mais les mots s'arrêtent au fond de sa gorge et il vient vers moi. Je m'aperçois que je tremble mais ce n'est que de la rage contenue. Je rassemble tout mon courage pour me calmer et expire par le nez.
Je ravale mes larmes et déglutit car le gout métallique du sang emplit ma bouche. Je secoue la tête et me penche pour cracher le sang. Puis j'ouvre ma besace et avale quelques gorgées d'eau. Je m'essuie les lèvres avec un mouchoir et range le tout. Ces gestes me permettent de retrouver mon calme. Mais on dirait que j'ai transmis ma colère a mon invité puisque je le sens tendu. Je pose ma main sur la sienne et il lève les yeux vers moi. Je secoue la tête, signifiant que rien ne sert d'aller le voir.
Il se détends lentement et acquiesce. Je l'entraine d'un signe de tête et cote à cote, on remonte les deux rues puis je commence a monter les marches du palier. Je me retourne et le vois, hésitant sur le trottoir. Je redescends les marches et plus impatiente de rentrer que timide, je lui prends la main qui se tend. Je lui souris pour le rassurer. Il semble si surpris qu'il se laisse entrainer. Je lui fais traverser le hall et au bout de deux étages, je sens que ses doigts se referment légèrement sur ma main. Ce n'est pas grand chose mais ca suffit a colorer mes joues de rose. Nous dirons que c'est a cause de l'effort physique. Les trois autres étages occupés par le bruit de mes talons accompagné par son pas assuré me permettent de faire disparaître ce rose inouï. Arrivés devant ma porte, je lui lâche la main pour chercher mes clés. Je prends le trousseau dans la poche de mon manteau et ouvre la porte.
