Mémoires d'Emilie : Vie de poupée, galère ! - Humor

Pensées de la poupée Emilie… Sa vision acide et décalée des humains…

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Chapitre 3 : La neige

La gamine proteste encore.

« Mais Monsieur, si vous mettez ma petite Emilie dans une boîte, elle va étouffer! »

Bien vu, la timbrée! Une poupée ne respire pas, crétine!

Toutefois je préfère quand même ne pas m'y retrouver la tête en bas.

« Ah oui, j'oubliais, il ne faut pas ! »

Il ne faut pas me donner, surtout, idiot !

Le commerçant me tend à la petite peste qui sourit benoîtement.

« Prenez Emilie dans vos bras, je sais qu'elle y sera bien ! »

Pas vrai ! Menteur, Judas !

Elle arrondit les bras et je me retrouve collée contre elle.

Voilà, mon destin est scellé.

Je finis comme les autres. Aux mains d'une petite morveuse.

Je suis entraînée hors de la boutique. Le vieux ne me dit même pas au revoir.

Ha, il a vite oublié l'emblème de son magasin !

Les hommes sont versatiles et peu fidèles. Même envers les poupées ! Retenez ça !

La gamine… Bon, d'accord, Sarah, ne se sent plus de joie.

Elle danse devant son père en me signalant toutes les merveilles à voir.

Tu crois que je ne sais pas m'en rendre compte toute seule ?

Que son verbiage est fatigant.

Enfin, j'ai compris qu'elle allait être bouclée dans une pension de demoiselles.

Et alors ?

Alors, cela signifie pour moi de longues heures de repos pendant les heures de cours !

Ah, vous n'y aviez pas pensé, hein ? Comme je suis maligne !

Nous débouchons dans la rue.

Cri de Sarah. Il neige. Elle n'a jamais vu la neige car elle vient des Indes.

« La neige ! Regarde, Emilie, c'est ça, la neige ! »

Ça va. J'ai compris. C'est marrant. Des tas de petits flocons blancs qui tombent régulièrement. Je ricane en voyant les gens glisser.

Finalement ce n'est pas si mal de se faire porter.

Nous grimpons dans un joli petit attelage. Le poney est mignon.

Un garçon blond très mal habillé conduit. Il s'appelle Peter.

Ce Monsieur Crewe pourrait peut-être lui payer un costume en rapport avec le chic de la voiture ? Je ne voudrais pas critiquer, mais ça fait désordre.

J'observe avec intérêt les artères londoniennes.

Qui sait quand j'aurai encore l'occasion de me divertir ?

Je suis sûrement bonne pour être prisonnière de cette pension.

Et puis qui dit pension dit élèves. Je vais souffriiiir !

Je maudis encore le commerçant.

Jusqu'à la septième génération.

Incluse !

Rue grise, l'attelage tourne autour d'un square aux arbres déplumés.

La gamine s'est tue. Apparemment on se rapproche du lieu de son supplice.

Elle se crispe sur moi. Aie ! Attention, quoi !

Comment sera cette fameuse pension ?