Disclaimer : Harry Potter appartient à JKR, et vous reconnaîtrez peut-être une réplique empruntée à la pièce Il ne faut jurer de rien.

Merci à astrid, Erylis, Maelys, 'Clochett' & perrinette pour leurs gentils commentaires !

Un petit chapitre sans enquête, mais où l'on découvre la famille de notre C.C.B...


Les dimanches de B.C.C Walters se déroulaient toujours de la sorte: de longues journées de réclusion dans sa vieille bergère, à écouter un vinyle rayé par l'usage jouer une mélodie de jazz, ou à lire quelque traité sur les poisons rares tout en tirant des bouffées de fumée de sa pipe familière.

Et tout n'était, selon les mots du poète, que «luxe, calme et volupté».

Une enquête de B.C.C Walters, p. 17


Invariablement, les week-ends de C.C.B. Warrington commençaient ainsi:

-Cornelius!

Le ci-nommé grogna. Sa main chercha instinctivement l'oreiller afin de le retirer de dessous sa tête et de s'en servir comme boule Quiès.

-Cornelius!

Hélas, même en dédaignant l'utilisation du sortilège Sonorus, sa mère avait les poumons suffisamment solides pour couper court aux dix heures de sommeil que son fils unique adoré requérait (en vain, cela va sans dire) de ses dimanches matin.

-Cornelius Ca…

-J'arrive! hurla Cornelius.

Bien que les chances d'avoir un invité au manoir à cette heure si matinale soient minimes, le jeune homme était quelque peu paranoïaque quand sa mère s'apprêtait à clamer sur tous les toits l'ensemble de ses prénoms.

Si vous vouliez l'avis de Cornelius, il s'agissait là d'une saine paranoïa, connaissant

1) la manie de sa mère de l'appeler aussi souvent que possible par les noms qu'elleavait choisi pour lui, profitant d'un double moment de faiblesse, criminelle de son père et justifié chez l'innocent nourrisson que Cornelius était alors;

et 2) le fait que Cornelius, dès sa plus tendre enfance, signait ses parchemins «CCB», avait mis de côté une coquette somme d'argent destinée à payer les pots-de-vin que des archivistes peu scrupuleux n'hésiteraient pas à lui extorquer dès qu'ils auraient mis la main sur son feuillet de naissance, et que ses amis les plus proches n'avaient deviné que deux de ses trois prénoms dans le pire des cas.

Descendant les escaliers, il se dirigea vers la serre, dernière folie en date de sa mère.

Janet Warrington, née Smith, avait longtemps déploré une jeunesse passée à apprendre le menuet, à donner des ordres aux elfes de maison, bref, à devenir une jeune fille accomplie, ainsi qu'un prénom d'une banalité affligeante. Il ne lui avait pas suffi de changer son patronyme pour celui de Mrs. Tiberius Sibelius Warrington, il lui avait fallu orner le livret de famille de trois prénoms fleuris qui, en dépit des timides objections de Mr. Warrington, ne seraient en aucun cas John, Jack ou Tom. Bien des années plus tard, elle rappelait encore à son époux, triomphante, qu'elle avait été inspirée de ne pas en rester à Cornelius tout court comme il le lui avait suggéré. Imaginez un peu, tant de délicieux prénoms, et un seul fils auquel elle avait pu en donner quelques-uns! Elle se félicitait tous les jours de sa prévoyance.


Sa quête de l'originalité ne s'était pas arrêtée en si bon chemin: la chute de Vous-Savez-qui l'avait libérée de ses obligations sociales envers les Malfoy, Parkinson, et autres grandes familles que son rang la contraignait à fréquenter (tous si arrogants et coincés! se plaignait-elle à Tiberius, qui haussait les épaules et lui conseillait de réciter mentalement le bestiaire hypothétiquement imaginaire Ces créatures magiques qui existent- peut-être de N.Scamander. C'était une recette qui marchait très bien pour lui à chaque fois que Lucius se lançait dans un discours politique destiné à inciter les autres Sang-purs à rejoindre les rangs de Vous-savez-qui. La plupart des invités au manoir Malfoy, comme Tiberius, se moquaient bien de cela. Ils ne venaient que par respect des convenances- et puis, Narcissa savait recevoir. Les petits fours remportaient un succès plus sincère que les discours de son mari.)


Janet Warrington s'était donc adonnée aux joies du militantisme tous azimuts- Tiberius avait dû, à son plus grand déplaisir, étant par nature un homme doux et débonnaire, traiter les elfes de «vermine» et de «plaie sanguinolente» en guise de consolation, après qu'une Janet euphorique soit revenue d'une réunion de l'O.U.P.S (Organisation d'Utilité Publique aux Serviteurs, avatar politiquement correct d'une ancienne société nommée S.A.L.E. O.U.P.S évitait prudemment d'employer le terme «elfe» dans son acronyme, mais il n'y avait pas trente-six sortes de serviteurs dans le monde magique) déterminée à libérer ces malheureuses créatures de l'oppression dans laquelle elle les avait tenues sans savoir que c'était mal. Des promesses de liberté et de salaire minimum assorti d'un contrat écrit avaient rendu les elfes effrayés, malades ou fous de douleur, au choix. Bien que reconnaissant la bizarrerie de leurs maîtres: Maître Tiberius ne criait jamais et allait parfois se servir son propre verre de cherry, Maîtresse Janet leur souriait souvent et ne les punissait jamais à coups de fer à repasser, et le jeune Maître Cornelius laçait ses souliers tout seul (l'influence de Maîtresse Janet, sûrement. Heureusement, il y avait peut-être de l'espoir pour le jeune Maître, qui demandait à Bunty de refaire son lit et de ranger sa chambre avant que la Maîtresse ne fasse sa tournée d'inspection.)

Bref, Tiberius, après une demi-heure d'imprécations à l'adresse des elfes, parvint à éviter que chaque partie en arrivât aux extrémités: dans le cas des elfes, qu'ils s'estiment assez punis et renoncent à se frapper la tête contre les murs boisés du Manoir Warrington jusqu'à ce qu'évanouissement s'ensuive (un spectacle que Tiberius ne souhaitait vraiment pas voir chez lui, ou même ailleurs) ; et que sa chère et tendre réformiste cesse de brandir les tracts proclamant «serviteurs exploités de tous les foyers sorciers, unissez-vous!».

En effet, bien que la plupart des elfes soient analphabètes, Bunty, la plus âgée d'entre eux, avait sans le vouloir appris à lire en même temps que le petit Cornelius. Chargée d'éviter que le gamin colérique ne s'emportât contre son tuteur privé, (un malheureux professeur dont la tâche, inculquer le contenu de l'abécédaire à un enfant de sept ans dont la seule ambition, à l'époque, était d'user et abuser du Nimbus 2000 dont son papa gâteau lui avait fait présent pour son âge de raison, s'était révélée plus ardue que prévue), Bunty avait appris, plus vite que Cornelius, à déchiffrer les commentaires de la page sportive du Daily Prophet et de Bali Magazine. Tout cela pour expliquer que Bunty avait su lire les tracts inconsidérément rapportés par Maîtresse Janet, et en avait délivré le contenu à ses collègues.

La sueur au front, Tiberius avait négocié un accord: l'introduction, progressive et uniquement pour les elfes souhaitant faire partie du processus, d'un salaire minimum. Il avait ensuite passé deux jours à faire la navette entre les cuisines, son épouse, et son bureau, au terme desquels il trouva «le juste prix», contraire cependant à tous les mécanismes libéraux de fonctionnement des marchés: suffisamment haut pour que sa moitié accepte de le payer («Je ne peux pas les payer seulement 2 mornilles par mois, Tiberius! Est-ce que j'ai l'air d'une esclavagiste rongée par l'avarice? Tu veux faire des économies de bouts de chandelles, c'est ça? Où emporteras-tu l'argent gagné sur leurs maigres échines? Dans le caveau des Warrington! Et ne me parles pas de ton fils: si tu pars avant moi, je le déshérite de toute la richesse produite par le labeur de nos serviteurs!), et suffisamment bas pour que les elfes consentent à le percevoir («1 gallon par mois? La Maîtresse veut nous accuser de la ruiner! Maîtresse Janet veut se débarrasser de nous! Maître Tiberius doit faire quelque chose! Bunty n'est pas une mauvaise elfe! sanglots éperdus).

Lorsque Tiberius put s'enfermer à double tour dans son étude (tous les alohomora du monde n'auraient pu faire sauter la serrure), il fit le bilan de sa semaine éprouvante:

1-Crise résolue. Maître Tiberius soulagé.

2-Quousque tandem?(1). L'abus de Ciceron et autres lettres classiques dans sa prime jeunesse ressortaient parfois en situation de stress. Janet ne piétinerait pas longtemps. Son épouse n'était pas du genre à se satisfaire du statu quo. D'où la conclusion suivante:

3-Trouver une occupation non-elfique à Janet. Filtrer les invitations d'ONG qu'elle reçoit, en particulier quand:

a-En lien avec des créatures magiques.

Les centaures n'aiment pas qu'on se mêle de leurs affaires.

Les géants risquent de détruire le manoir (avons les moyens, mais reconstruction à l'identique hors de prix. Coût des matières premières prohibitif. Arrière grand-oncle pas inspiré avec achat de marbre. Dépense somptuaire, même si voisins rendus verts. Si démolition à l'ordre du jour, envisager stuc.

Différence récoltée placée à Gringotts, partiellement en bons du Ministère, autre partie avec taux de 4, 75 par an sur vingt ans, déductibles d'impôts. Paiera études des petits-enfants- si Cornelius y met du sien.

Au jour d'aujourd'hui, risque plus élevé de rendre visite au caveau des Warrington qu'au service maternité de Sainte Mangouste.

Risque encore plus élevé d'avoir déjà un pied dans le caveau deS Warrington que d'assister à l'union de fiston avec jeune fille charmante et amoureuse de lui.

Regrette conscience et non spécialisation de ma branche familiale en magie noire car Imperius parfois envisagé.

A la fois sur innocente jeune fille (très condamnable) et sur dadais de rejeton (beaucoup, beaucoup moins condamnable).

Les vampires risquent de mordre jusqu'au sang (et plus si affinités) les occupants du manoir mentionné ci-dessus. (Et phobie des dents pointues. Rappelle Tante Walburga. Tante a mal tourné. Corrélation?)

Enfin, d'après Bestiaire de Newt Scamander (mentionné plus haut), autres espèces dangereuses à redouter. (ne suis ni paranoïaque, ni crédule. Ami avec Xenophilius Lovegood, homme ouvert d'esprit. Abonné au Chicaneur: nombreux articles invitant à réflexion poussée. Capacité à mener une telle réflexion, pas donnée à tout le monde.)

b-En lien avec des organisations politiques. Cf victimes de l'idéologie: Lucius Malfoy ineptie de représentants au plus haut niveau: Cornelius Fudge.

c-Dans tout le reste, choisir lubie inoffensive au possible.

Jardinage semble bonne option.

Recommander jardinage moldu: plus exigeant en temps (donc pas de dispersion vers activités du type a- et b-), satisfait exigence de non-conformisme de Janet, et moins potentiellement létal (cf. mauvais souvenirs personnels impliquant des Mimbulus Mimbletonia et des Filets du Diable.
A la limite, pourra tolérer au Manoir présence de Mimbuli, pas de Filets du Diable).

4-Cornelius n'a pas aidé. Du tout.

Remarquable par son absence quand négociations elfiques en cours.

A pourtant regagné sa chambre tous les soirs.

Aurait doublement préféré qu'il découche si future belle-fille impliquée.

Dans tous les cas, égoïsme de Cornelius fort désagréable.

5-Et si mécontentement vigoureux exprimé en 3-a au sujet de Cornelius a pour source mécontentement de ne pas avoir été secondé dans bataille domestique, exprimé dans première partie du 4?

6-Non au 5.

Même si refuse catégoriquement extrémité suggérée par Janet (cf. liste précédente, alinéa 6-b-a-b: annonce passée dans la rubrique Cœurs à prendre de la Gazette du sorcier, intitulée «fils à marier». )

Trop racoleur. Préférerait ne pas en venir à de telles mesures.

Cornelius a 24 ans.

Peut facilement attendre six ans avant de se caser.

Voire onze.

7-Au pire, préférer le Daily Prophet.

Plus de subtilité dans contenu.

Quelque chose comme «homme de 25 ans, bonne famille, bonnes manières, sportif, estimé dans sa profession, recherche âme sœur pour relation sérieuse et durable, fondée sur respect mutuel et tendresse profonde.»

A réserver uniquement pour les urgences.

Attendrai 25 ans de Cornelius. Si toujours célibataire endurci, annonce paraîtra.

8-Cf.1. Me félicite de ne pas avoir embrassé carrière diplomatique lors de mes 20 ans.

9-Cf.8. Ai épousé Janet à la même période. Négociations incessantes s'en sont ensuivies.

Rationalité de ma conduite toujours inexpliquée à ce jour.


-Mon Cornelius chéri! Je voulais te parler.

-Bonjour, Maman, répliqua Cornelius avec caution.

L'accueil enthousiaste de sa mère n'était pas fait pour le rassurer. Le large sourire qu'elle arborait- un sourire, horreur! sincère- ne pouvait s'épanouir sur ses lèvres qu'au détriment de l'équilibre intérieur de son fils.

-Tu as eu une semaine chargée.

-Moui, répondit Cornelius, toujours sur ses gardes.

-L'arrivée de ton nouvel équipier, le mariage…Tu as su gérer tout cela?.

Le regard perçant qu'elle lui lançait confirma ses soupçons. Elle savait qu'il avait eu des sentiments pour Morag. Comment avait-elle deviné? C'était là le grand et terrifiant mystère des mères comme celles de Cornelius: elles savaient tout sans qu'on ne leur dise rien.

-Je suis un Warrington, Maman. Rien ne me résiste, déclara-t-il avec assurance.

-Rien ni personne, hum? reprit sa mère.

L'air de rien, elle ajouta, avec une excitation contenue:

-On m'a raconté une histoire fort divertissante. Tu aurais reçu le bouquet de la mariée?

-Qui t'a raconté cela? s'exclama Cornelius, interloqué.

Sa mère répondit avec délectation:

-Mesdames Parkinson, Greengrass, Montague, Turpin, Spinnet…Toutes pourvues de filles à marier. Deux, dans le cas de Mrs. Greengrass.

Cornelius poussa un gémissement, et ce d'autant plus que la jubilation de sa mère allait croissant, ne laissant aucun doute sur ce qu'elle savait de la nature des fleurs fatales.

-Maman, ne t'en mêle pas, par pitié, grommela-t-il entre ses dents.

-Je n'ai pas à m'en mêler, chéri. Mesdames Parkinson, Greengrass, Montague, Turpin, Spinnet, et toutes les mères ayant assisté à ce mariage, ou entendu quel don Morag t'a fait, s'en chargeront à ma place. Ton père n'a plus de souci à se faire: nous n'aurons pas à recourir aux grands moyens!

-Quels grands moyens? se redressa, alarmé, Cornelius, penché sur un pot de bleuets.

-Bah! Rien comparé à ce que ces dames sont prêtes à mettre en œuvre. Oh, et attends-toi à un traitement de faveur de la part des jeunes demoiselles qui travaillent avec toi. Ta secrétaire, une jeune femme délicieuse, très prévoyante également- a tenu à m'avertir de ta soudaine popularité.

-J'étais populaire bien avant, se défendit Cornelius. Je ne me rendrais pas compte du changement, si vraiment changement il y aura.

-Il y en aura, compte là-dessus, mon chéri. Le bouquet t'a désigné. Tu seras marié dans l'année!.

Cornelius, dégoûté, entreprit de tapoter de l'index une tulipe hollandaise aux curieuses nuances de jaune et rouge.

Sa mère vidait des sacs de terreau autour de jeunes plants. Cornelius offrit son aide, qu'elle refusa gaiement:

-Je ne suis pas encore décrépite. Dis-moi, quand comptes-tu déménager? poursuivit-elle sur le ton de la conversation.

La main de Cornelius suffoqua une brassée de fougères sous l'effet de la surprise:

-Déménager…du manoir…moi? Tu me chasses, Maman?

-Toujours les grands mots, Cornelius. Je ne faisais qu'évoquer l'éventualité probable de ton départ imminent, hors du nid familial. A vingt-quatre ans, il serait temps d'y penser.

-Mais…je suis bien, moi, ici! fut le cri du cœur de Cornelius. Je ne vous dérange pas, Papa et toi, puisque j'habite l'aile du manoir diamétralement opposée à la vôtre…Je n'organise pas de fêtes impromptues…C'est le loyer? Je gagne ma vie, je suis prêt à payer mon entretien.

L'imagination de Cornelius lui représentait son père découvrant qu'il avait prématurément dépensé toute sa pension du mois (mais la veste en cuir de dragon lui donnait un chic incomparable! il avait surpris les soupirs langoureux de Rose et d'un certain nombre de jeunes femmes visitant le quartier des Aurors le jour même où il l'avait étrennée. Il ne déplaisait pas à Cornelius de produire son petit effet; dommage que les objets de son intérêt n'aient point partagé l'admiration générale…) , ou pire, ayant perdu tout le patrimoine des Warrington suite à des placements hasardeux.

Il en avisa sa mère. Janet eut un geste exaspéré:

-Sottises! Tiberius fait des placements de père de famille, et amasse plus d'or dans les coffres de Gringotts que tu ne pourras dépenser en toute ta vie.

-Mais alors, pourquoi? Qu'est-ce que je vous ai fait? demanda un Cornelius perplexe.

-Il est temps que tu apprennes à être autonome, fils. Tu ne vivras pas au manoir Warrington toute ta vie.

Cornelius fronça les sourcils:

-Pourquoi pas?

-Tu voudras avoir ton chez toi, un jour ou l'autre. Ton épouse aussi souhaitera un peu d'intimité, commença Janet, sans faire mine d'y toucher. Son fils vit rouge:

-Je le savais! Tu as décidé de faire pression sur moi!.

Les mains dans le compost, sa mère offrait un aspect extérieur innocent. Mais on ne la faisait pas à Cornelius. Il avait assisté, témoin effaré et impuissant, aux machinations de Janet suite aux jérémiades de Mesdames Higgs et Flint pour que leur progéniture se « range » enfin.

Terrence Higgs, invité à un thé chez les Warrington, avait « malencontreusement » été invité une heure plus tôt que le reste de l'assemblée. Un providentiel hasard avait causé sa rencontre, dans le petit salon, avec une Angelina Johnson que sa mère avait incitée à accepter l'invitation généreuse et surprenante des Warrington, elle aussi victime de cet infortuné contretemps. La politesse les avait ensuite contraint à échanger quelques mots, réminiscences de leur passé commun sur le terrain de Quidditch. Après cette brève discussion tout feu tout flamme, tous deux s'étaient rués vers la porte du salon, malencontreusement bloquée par un elfe maladroit, sévèrement réprimandé par Madame Warrington une heure plus tard, mais auquel on tint un tout autre langage quand les invités partirent.

Sur une autre variante, Marcus Flint et Katie Bell, premiers arrivés à une garden-party virant au cauchemar, sortirent vivants des Lianes Inextricables dont des graines à croissance rapide, mystérieusement échappées de la serre de Madame Warrington, avaient été disséminés dans le jardin familial.

Le pire, aux yeux de Cornelius, demeurant le fait que Marcus Flint avait pris pour légitime épouse Katie Bell onze mois plus tard, et qu'Angelina Higgs attendait présentement son premier enfant. Terrence avait le même âge que Cornelius, ce qui donnait à réfléchir à ce dernier. Quousque tandem? , comme disait son père. Combien de temps avant que sa mère, qui avait marié avec succès deux de ses anciens équipiers, ne décidât d'appliquer la recette à son propre fils, seul rescapé célibataire (Montague, Malfoy et même Pucey, ce play-boy, ayant passé la corde à son cou ?).

-Je te laisse un préavis, ajouta sa mère. Il te reste un peu de temps avant de faire tes bagages, nous n'allons pas te jeter dehors, voyons.

C'était toujours ça de pris, se réjouit Cornelius. Avec un peu de chance, il pourrait d'ici-là attendrir sa mère, en appeler à son inquiétude pour le bien-être de son fils unique et chéri…

-Un mois devrait largement suffire, conclut sa mère.

Paniqué, Cornelius conserva l'apparence extérieure du sang-froid.

-D'accord, mais laisse-moi Bunty. Elle est attachée à moi.

-Elle l'est encore plus au manoir Warrington, dans lequel elle a vécu plus longtemps que toi. Tu voudrais la déraciner, lui arracher le cœur?

Cornelius recula en hâte avant de se faire traiter d'esclavagiste des temps modernes.

-Bunty ne te mijotera plus de bons petits plats, j'en ai bien peur. Et tu devras apprendre à faire ton lit tout seul, insinua-t-elle perfidement.

Le désarroi de Cornelius devait se lire sur son visage, car sa mère parut attendrie un instant, avant de décocher la flèche du Parthe

-Ne t'inquiète pas, tu seras toujours le bienvenu au manoir. Tu es cordialement invité à mon thé de cinq heures dominical- Bunty pourra même te préparer tes scones favoris!

Elle s'en fut veiller sur ses cactus, laissant Cornelius méditer sur l'art difficile de la négociation. Spécialement contre sa mère.


Confortablement allongé dans une bergère du salon, Cornelius fixait l'âtre éteint d'un œil morose. Les cendres éteintes remuèrent soudain, et une tête en sortit, celle d'un Colin Creevey éternuant.

-Creevey, par les écailles de Salazar, que fais-tu dans ma cheminée?

-CCB…Un meurtre a été commis! Nous sommes les seuls Aurors disponibles aujourd'hui. Nous devons nous rendre sur les lieux au plus vite.

Cornelius retint un soupir d'exaspération. Contant ses malheurs à Bunty, il avait amadoué l'elfe afin qu'elle lui préparât ses biscuits favoris. A l'idée des scones tièdes qui feraient leur apparition dix minutes après son départ, Cornelius fut saisi de colère envers le meurtrier qui osait troubler son jour de congé.

Hélas, l'expérience lui avait appris que les empêcheurs de tourner en rond ne se reposaient jamais. Surtout pas le dimanche.

Il emboîta le pas à Colin.


(1)- début d'un célèbre discours, souvent étudié en classe de latin: "jusques à quand...?"


Note de l'auteur:

-le petit monde de CCB chancelle sur ses bases...J'espère que cet aperçu du clan Warrington vous a diverti; n'hésitez pas à me faire part de vos impressions!