Chapitre 5
Il y eut peu de changements les mois suivant. Le Partage continuait ses activités, et l'invasion se poursuivait, ponctuée par les attaques des résistants. D'autres Bassins étaient créés dans d'autres régions du globe, en particulier dans les pays « développés ».
Toutefois, une atmosphère de méfiance s'installa peu à peu à notre Bassin, puis s'infiltra progressivement dans les autres. Le Vysserk et ses proches collaborateurs soupçonnaient certains des nôtres de donner des informations aux Andalites et de les aider.
Ceci se confirma assez rapidement.
Depuis plusieurs mois déjà, d'étranges incidents se produisaient. Des appareils, des armes et des vaisseaux étaient sabotés. Des Contrôleurs disparaissaient même parfois. Et les Andalites semblaient trop bien renseignés. Ils trouvaient sans cesse des moyens de contourner les protections que nous mettions en place et comment nous infliger des coups durs, même si leurs tentatives étaient souvent vouées à l'échec. Une fois, aussi, un indice qui aurait pu nous permettre de les retrouver disparut mystérieusement.
Les Vysserks et Sous-Vysserks se méfiaient de plus en plus de tous ceux qui mettaient de la mauvaise volonté à travailler ou échouaient dans leur tentative de capture des résistants andalites. La moindre erreur était sanctionnée avec plus de cruauté que jamais auparavant. Nous vivions tous dans la terreur de nous voir accusés de trahison. Et je n'étais pas le moins terrifié.
Finalement, un certain Aftran fut emprisonné en attente de son interrogatoire. D'après les rumeurs, il avait, sans la moindre raison valable, abandonné son hôte humain et avait laissé celui-ci jouir de sa liberté. Une petite fille humaine était libre, et au courant de tout. De plus, celle-ci était partie en voyage avec ses parents et avait disparu. Elle avait sans doute quitté le pays avant qu'on ne remarque la trahison d'Aftran et qu'on ne la tue.
Le Vysserk espérait qu'il lui donnerait les noms de tous les autres traîtres. Mais Aftran n'était pas très enclin à entraîner qui que ce soit dans sa chute.
(( C'est génial ! Cet Aftran a fait ça pour sauver une petite fille. Mais il va mourir, n'est-ce pas ? )) me dit soudain Ronny, alors que nous marchions vers le ponton de désinfestation du bassin.
(( Oui, c'est sûr. Ils vont l'interroger, mais s'il refuse encore de donner la raison pour laquelle il a laissé son hôte s'enfuir, il n'a aucune chance d'en réchapper. Le Vysserk va certainement le torturer, )) frissonnai-je.
(( On ne peut rien faire ? ))
(( A part mourir avec lui, je ne vois pas… ))
J'appris le lendemain matin qu'un Andalite avait réussi à pénétrer dans le Bassin, sûrement avec l'aide d'un autre traître, et avait sauvé Aftran. Selon Sharna 7-8-2, qui dardait un regard soupçonneux sur le snack du Bassin, il avait dû s'associer à un résistant Yirk et à son hôte pour arriver dans le Bassin sans être ni repéré ni arrêté. Harkar m'avait déjà appris qu'il y avait certainement plus de traîtres dans nos rangs que nous ne le pensions.
Je restai interdit pendant plus d'une minute, jusqu'à ce que j'entende le rire de Ronny.
(( Alors finalement il s'en est sorti ! Super ! ))
« Un Andalite qui sauve un Yirk… » murmurai-je, n'en revenant toujours pas.
(( Tu vois, tous les Andalites sont pas les monstres que tu crois, on dirait ! ))
(( Mais il n'a plus aucune chance de revenir au Bassin, maintenant. Il va mourir par manque de rayons du Kandrona. Il a échappé à une torture pour en subir une autre. ))
Le moral de Ronny retomba dès la fin de ma phrase.
