Ce chapitre se déroule au moment du volume 49 (volume non traduit en français) de la série. De plus, je l'ai modifié afin qu'il colle mieux à l'histoire originale, car il comportait certaines erreurs (dues au fait que j'avais oublié l'ordre des évènements). Je m'excuse pour ces modifications, et j'espère que cette nouvelle version vous plaira.


Chapitre 6

Quatre mois avant la fin de la guerre sur Terre.

Humains.

Ceux que nous prenions depuis le début pour des Andalites ayant survécu à la destruction de leur vaisseau-Dôme… Depuis le début, c'était des Humains !

Vysserk Un avait disparu depuis plus d'un mois déjà, après l'annonce de sa traîtrise et son enlèvement par les résistants. On le supposait mort, à présent. Grâce à cela, Vysserk Trois avait pris le commandement de l'invasion. Celle-ci avançait à bonne allure à présent. Nous ne suivions plus les anciennes directives de Vysserk Un qui nous imposait la plus grande prudence et une invasion cachée et rampante. Vysserk Trois voulait cette planète, quel qu'en fut le prix, et ne s'encombrait pas de sentiments ni de détails. Nous nous étions déjà emparés de nombreux militaires, chercheurs, policiers, professeurs, politiciens… La victoire nous semblait si proche !

Mais parmi nos scientifiques et nos enquêteurs, ils étaient de plus en plus nombreux à se poser des questions sur l'identité de ces renégats andalites. Seul l'un d'eux, un jeune, avait montré sa véritable apparence, jusqu'à maintenant. Ils parlaient peu, n'étaient pas assez arrogants quand ils conversaient avec les nôtres. Cela n'était pas compatible avec ce que nous savions de leur peuple. Quelque chose clochait dans leur attitude, depuis le début. De plus, ils arrivaient à passer inaperçus dans un monde fourmillant d'Humains. Un Andalite qui doit démorphoser toutes les deux heures ne peut pas rester invisible à la population pendant plus de deux ans !

Alors, le Vysserk et ses adjoints envisagèrent ce qu'ils avaient refusé de croire depuis le début : les résistants n'étaient pas des Andalites, mais bien des Humains, plus modestes et invisibles dans leur propre monde.

Grâce à nos contacts maintenant très étendus sur Terre, nous pûmes mettre en place un réseau entre les hôpitaux et les laboratoires de tout l'Etat, afin de confondre ces impudents. Nous voulions comparer le sang de chaque Humain ayant vu un médecin dans sa vie, afin de peut-être y trouver un indice révélant la technologie de la morphose, mais surtout de comparer l'ADN contenu dans chacune de ces gouttes de sang à l'ADN du sang laissé par les résistants lors de leurs attaques. Même s'ils avaient le corps d'animaux dans ces moments-là, leur sang gardait la trace de leur propre ADN. Nos scientifiques avaient vérifié ce fait à l'aide du sang de l'hôte du Vysserk. Malheureusement, lui-même possédait peu de connaissance sur cette technologie, cet Andalite n'étant pas un chercheur.

Il ne fallut pas longtemps pour retrouver leur trace. En moins d'un mois nous avions trouvé une femme dont l'ADN correspondait. Il était sûr qu'elle faisait partie de la famille d'un résistant.

Nous voulions en faire une des nôtres, mais nous constatâmes qu'elle était en fait aveugle, amnésique et vivait seule. Un résistant qui serait de sa famille ne pouvait pas vivre avec elle.

Pourtant, la chance nous sourit. Le jour même où les ordinateurs trouvèrent la femme, les résistants « Andalites » attaquèrent le laboratoire et laissèrent derrière eux ce qui nous manquait alors : leur propre sang !

Ils eurent aussi le temps de voir, avant de fuir, les informations que nous détenions à propos de cette femme. Nous allions donc nous tenir prêts à les recevoir s'ils venaient la chercher. Ces bandits étaient liés à cette femme ! Et heureusement pour nous, elle n'avait que peu de famille. Le bandit ne pouvait être que sa sœur, son frère ou son fils.

Son fils, Tobias. L'enfant qui semblait n'être un déchet de la société quand le Vysserk l'avait rencontré. Tobias, le fils d'Elfangor, son plus grand ennemi !

C'était sans doute lui !

Et les autres bandits étaient sans aucun doute ses amis.

Harkar m'apprit tout cela le lendemain matin. Les informations avaient été tenues bien secrètes, car l'on craignait les traîtres. Et c'était la mission qu'il ne fallait absolument pas rater !

Le sang des résistants était déjà comparé à tous les échantillons que nous possédions depuis des heures. Tom Berenson avait déjà été appelé à amener l'intégralité de sa famille au Bassin pour son infestation. Elle était à présent plus importante que jamais pour la réussite de notre projet. Mais il ignorait encore pourquoi, jusqu'à son arrivée.

Je n'avais jamais vu Tom Berenson, l'un des meneurs du Partage, pâlir autant et si vite. Lorsqu'il apprit que le sang de l'un des résistants correspondait à l'un des membres de sa propre famille, le temps sembla s'arrêter, ne révélant que ses traits qui se tordaient et sa peau qui perdait tout éclat de vie. Un rictus de fureur et de terreur apparu lentement sur son visage, ses yeux semblaient vouloir s'arracher de leurs orbites. Je n'étais présent que par hasard, passant près des dirigeants alors que je devais encore une fois retourner dans la marre boueuse, après ma discussion avec Harkar. Mais en une seconde je compris qu'il aurait mieux valu me trouver n'importe où sauf ici. Mon sang se glaça aussi rapidement que les yeux du Vysserk posés sur Tom. S'il avait été une bombe, il n'y aurait plus eu le moindre Yirk sur Terre… et il n'y aurait plus eu de planète Terre. Sa queue se retroussa, prête à frapper. Tom ployait en arrière, dans une position qui aurait pu être comique à tout autre instant.

Et soudain, le monde explosa.

Le temps ne reprit son cours que pour me laisser chancelant, la tête entre les mains, le cerveau inondé par la parole mentale rugissante du Vysserk. J'aurais voulu m'éloigner pour ne plus entendre ce déchaînement de haine, cette avalanche de reproches sous-entendant la mort prochaine de Tom, mais la voix muette hurlait si fort en moi et en Ronny que je n'arrivais plus à contrôler son corps. Lui-même était si épouvanté qu'il n'était pas apte à faire ce que j'étais incapable d'accomplir. Cette torture semblait ne jamais prendre fin. Impossible de faire taire cette voix tonitruante. Des larmes jaillirent de mes yeux fermés, et je serrai les dents si fort que l'une d'elles cassa.

Il me fallut plusieurs minutes pour m'apercevoir que la colère du Vysserk s'était en partie dissipée. Il hurlait à présent des ordres afin qu'on capture son jeune frère Jake et ses amis. Tom n'avait pas réussi à le ramener. Par chance, ses parents voulaient sortir faire des achats, il lui avait suffit d'accepter et de les détourner un peu de leur destination. Mais Jake avait refusé la sortie, comme à son habitude. Tom se retrouvait l'auteur d'une énorme erreur et sa vie ne tenait plus qu'à un fil : il était nécessaire à la capture du petit frère.

Il s'éloignait déjà, heureux d'être encore en vie, j'imagine. Il courait, accompagné d'un groupe de Contrôleurs, dont les parents de son hôte, déjà infestés, en direction de la sortie.

Soudain, je vis un tentacule oculaire se tourner vers moi. Je me relevai d'un bond et m'apprêtai à recevoir un ordre ou une menace de mort des plus sérieuses. La queue du Vysserk, suintant encore du sang d'un de ses – feu – collaborateurs, semblait prête à s'abattre sur moi sans la moindre mise en garde. Mais Harmer, passant à côté de moi, m'attrapa par le bras et m'entraîna à sa suite.

« Dépêche-toi ! On va voir au collège de ce Jake si on peut trouver qui sont ses potes. Faut trouver Chapman, il aura sûrement une idée. »

Malheureusement, les gamins furent plus rapides. Jake réussit à s'échapper, ainsi que tous ses amis et leurs familles. Ce qui confirma nos soupçons fut Jake montrant son pouvoir de morphose aux Contrôleurs venus le capturer. Comme un défit.

Sa cousine, Rachel, avait disparu avec ses deux sœurs et sa mère, quand Harmer et moi arrivâmes chez elle. La meilleure amie de Rachel avait disparu avec ses parents.

Jake, Rachel, Cassie. Et Tobias, qui avait lié connaissance avec Jake avant de disparaître.

La fille de Chapman, Mélissa, ne fut pas inquiétée, bien qu'étant très proche de Rachel. Elle était en effet restée chez elle et n'avait eu aucun comportement étrange.

On suspecta aussi le meilleur ami de Jake, Marco, d'en avoir fais partie. Certains le soupçonnaient même d'avoir déguisé sa mort et celle de son père, un scientifique que nous voulions infester depuis longtemps. Et qui nous avait échappé à chaque fois. Ce hasard ne semblait plus en être un, tout à coup.

Un autre membre était le jeune Andalite que nous voyons souvent combattre à leurs côtés.

Aucun autre enfant du collège n'avait disparu, et l'on supposa qu'aucun autre membre des « résistants andalites » ne faisait partie des élèves.

Six. Six adolescents. Cinq enfants humains mettaient en échec nos projets, ralentissaient notre invasion et tuaient nos concitoyens. Et nous n'avions même pas été capables d'en attraper un.

Trois jours seulement après, le dernier atout qui pouvait nous permettre de capturer l'un d'eux s'était envolé. Au sens propre comme au figuré. Les résistants s'étaient introduits dans la maison de l'aveugle, et deux faucons s'en étaient envolés. Les Contrôleurs qui étaient sur place les avaient poursuivit dans tout le quartier, mais aidé par d'autres résistants, les deux oiseaux avaient réussis à s'échapper.

Heureusement, je n'étais pas présent, cette fois, quand Vysserk expliqua à ses assistants combien il était déçu de notre incompétence à tous.

Ronny ne cessa de me vanter les mérites des six résistants. Il commença même à inventer une chanson louant leurs exploits.

((Le courage d'Elfangor, est descendu sur Terre, pour entrer dans le corps, de Tobias le fier… lalalaala !))

((Ah ! T'as fini ?! Je suis fatigué,)) râlai-je.

Il sembla courroucé.

((Tu n'as pas l'air content qu'ils soient humains ! Ou peut-être est-ce parce qu'ils se sont échappés ?!))

((Non, c'est pas ça.)) Mais je manquais de conviction.

Malgré mon amitié pour Ronny et mon admiration pour la Terre et la culture humaine, je ressentais dans cette nouvelle toute l'âpreté d'une défaite. Sans savoir par qui, je me sentais trahis, sans défense face à des êtres qui se moquaient de moi. De minables Humains, des jeunes qui plus est, s'étaient moqué de l'Empire Yirk. Ils nous tournaient en ridicule. Quelle grande puissance, quelle grande civilisation pouvions-nous être si des êtres aussi faibles arrivaient si bien à nous déstabiliser ?!

« Je comprends mieux pourquoi ils ont sauvé cet Aftran… » marmonnai-je malgré moi.

Pourtant, même pour des Humains, cela restait surprenant. Nous envahissons leur planète et ils sauvent l'un des nôtres ? Enfin « sauver » est un grand mot. Peut-être ne voulaient-ils que le tuer pour être sûr qu'il ne parle pas.

Je me noyais dans mes réflexions, amère, et n'écoutais pas Ronny.

((Oh ! Elbarn, tu m'écoutes ?! Purée, réponds, mec ! Je sens ta colère là… C'est quoi ton problème ? Je croyais que t'étais content quand les résistants s'en sortaient ! Tu me déçois. Finalement t'es qu'une sale limace comme les autres…))

Limace.

Cela faisait des mois qu'il ne m'avait pas traité ainsi ! Prisonnier de ma rancoeur, je me décidai à le lui faire payer. J'envahis son esprit de ses pensées les plus douloureuses, revoyant avec lui les passages les plus désagréables et les plus honteux de son existence. Je me moquai de lui, faisant défiler tout ce que j'avais évité de regarder par égard pour lui. Quand il avait mouillé son lit à l'âge de 9 ans et que sa mère lui avait fais de telles remontrances qu'il passa trois nuits sans dormir. La fois où il avait mangé un insecte vivant pour faire plaisir à une petite fille qu'il aimait, et qui se fichait bien de lui.

((Pitié, arrête,)) gémit-il.

Sa première bagarre à l'école, contre une petite brute qui l'avait roué de coup jusqu'à ce qu'il ne puisse plus se relever. Ses camarades de classe lui avaient craché dessus, alors qu'il était à terre, le nez en sang. La maîtresse, qui discutait avec ses amies de la cours, ne lui était jamais venue en aide. La répulsion de sa mère quand elle l'avait trouvé sale et pleurnichant à la sortie de l'école. Les disputes de ses parents à son sujet, quand ils croyaient qu'il dormait.

((S'il te plait… je ne voulais pas dire ça,)) murmura-t-il, au prise avec son passé douloureux.

La première fille à qui il avait déclaré sa flamme juste avant une boum. Elle lui avait donné rendez-vous vers l'entrée de la salle, mais c'était des garçons qui étaient venus. Ces petites frappes l'avaient tabassé, déshabillé et traîné au milieu de la piste de danse. Il s'était retrouvé aux pieds de la fille, souriante et agrippée au bras de son véritable amoureux. Toutes ses humiliations. Tous ses échecs. Tous ses regrets. Je ricanai, le traitant de minable qui n'arrive pas même à se défendre contre ceux de sa propre espèce. J'ajoutai à cela quelques évènements de ma fabrication, de faux souvenirs cruels.

Ma petite vengeance dura bien une heure. Je pus grâce à elle décharger une bonne part de la sourde colère qui grondait en moi, depuis si longtemps que je n'en savais plus l'origine.

Ce fut dans les jours qui suivirent, alors qu'il ne m'adressait plus la parole et me haïssait par tous les pores de sa peau, que je commençais à regretter mon geste. Ma colère avait peu à peu fondu, ne laissant derrière elle qu'un goût amer et un mépris persistant envers ces six adolescents.