Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour le retard qu'à rencontré ce chapitre... Il se déroule pendant le volume 50 d'Animorphs (volume non traduit en français). J'espère qu'il vous plaira. A propos de la "page déchirée", vous pourrez la retrouver dans mes fanfictions...


Chapitre 7

Trois mois avant la fin de la guerre sur Terre.

Nous étions toujours à la recherche des adolescents disparus. On les avait aperçu plusieurs fois dans les semaines passées, mais ils nous avaient toujours filé entre les doigts. L'apparition la plus surprenante eut lieu près d'un mois plus tôt, dans un quartier où nous étions très peu implantés. Ils n'attaquèrent pas, mais s'enfuirent et disparurent de nouveau.

Cet étrange comportement attira notre attention.

Dans ce quartier se trouvaient surtout de petits magasins, un Barnes&Noble, des fast-food, des habitations et un grand centre hospitalier.

Je fus chargé avec quelques autres de découvrir les raisons de leur venue. Nous devions en particulier parler aux commerçants, leur vanter les mérites du Partage tout en scrutant le moindre indice. Un autre groupe s'intéressait aux plus grosses institutions du quartier, qui n'étaient pas bien nombreuses – une maternelle et l'hôpital pour handicapés. Le poste de police du coin était déjà à nous et ne méritait aucune surveillance. Un dernier groupe questionnait le voisinage, invoquant diverses excuses à leur enquête.

La facilité avec laquelle les gens se laissaient convaincre par notre publicité et nos sourires, ajouté au constat de la progression de notre invasion, déprimait de plus en plus Ronny. Il avait recommencé à communiquer avec moi, mais très peu. Nous étions toujours en froid, et la seule liberté de mouvement dont il disposait se limitait à l'enceinte de sa cage au bord du bassin. Je me méfiais de lui, redoutant qu'il ne tente de prévenir ses proches à l'instant même où je lui rendrais le contrôle de son corps. Pour diminuer cette punition, toutefois, je continuais à faire des choses qu'il aimait, le laissant en profiter dans une certaine mesure.

Je ne m'étais pas excusé. Les Humains s'excusent souvent, semblant penser que quelques mots peuvent effacer le passé. Je ne pouvais rien changer à la situation, et cela me semblait parfois mieux ainsi. Mes frères avaient raison depuis le début. Nos deux peuples étaient trop différents, et la liberté de l'un détruirait celle de l'autre. Je pensais comprendre l'impuissance de Ronny, car elle ressemblait tant à mon sentiment lorsque je quittais son enveloppe. Sans les autres Contrôleurs pour nous défendre, les Humains, nos propres esclaves, pourraient nous tuer sans la moindre difficulté. Prisonniers de notre destin, nous l'étions tous. Et j'avais déjà choisi lequel de nous deux devrait passer sa vie pris au piège dans son propre corps.

Après plusieurs jours d'enquête vaine, nous avions élargis la surface d'investigation. Nous restions jour et nuit dans les environs, surveillant les toits, les maisons, les trottoirs… Mais cette recherche semblait sans fin ! Comment les retrouver s'ils se transformaient en cafard ou en mouche, ou même en Humain ?! Après tout, il leur était facile de prendre l'ADN d'un autre Humain et de prendre son apparence le temps de passer devant nos yeux.

Je continuais une partie de la nuit à parcourir les rues, passant d'un quartier à un autre.

Un soir – ou plutôt un matin de très bonne heure –, mon errance nocturne m'amena près de bars et de discothèques ouverts toute la nuit. Je me faufilais parmi les groupes de jeunes quand une main agrippa ma manche et me tira près du mur. Et près du corps d'une jolie fille.

page déchirée

De plus, nous avions des affaires plus importantes. Ces résistants commençaient sérieusement à m'agacer. Par leur faute, je ne faisais que travailler et ne pouvais plus profiter des bienfaits de la liberté et de l'usage d'un corps humain. Le fait que Ronny recommencent vaguement à me parler me détendais un peu, mais sans plus. Ma colère se faisait persistante. J'avais hâte que l'on capture ses faux Andalites !

Je fus exaucé quelques jours plus tard. Ou presque…

Si je n'avais pas levé les yeux vers le ciel un instant, ce soir-là, quelques jours seulement après l'apparition des rebelles dans ce quartier, jamais je n'aurais vu l'étrange manège qui s'y déroulait.

Il faisait déjà bien sombre et je dus plisser les yeux pour mieux voir. Un nuée d'oiseaux se déplaçait groupée à une centaine de mètres de là et se dirigeaient vers l'hôpital. Plutôt étrange, à cette époque de l'année. Je m'approchai de l'hôpital, mi-courant mi-marchant, et aperçus un fait encore plus singulier : les volatiles étaient pour la plupart des pigeons, accompagnés… d'oiseaux de proie ! Les pigeons voyagent rarement de cette façon, et encore moins en telle compagnie. Je compris vite à qui j'avais affaire. J'accélérai le pas et fonçai vers l'hôpital. Malheureusement, j'arrivai tout juste vers le bâtiment principal quand ils disparurent derrière le coin. Le temps de contourner, il n'y avait plus un seul oiseau dans le ciel. Malgré tout, j'avais pu remarquer qu'ils se dirigeaient vers les étages supérieurs. Mais peut-être n'était-ce là qu'une feinte. Je m'engouffrai dans l'entrée, et manquant percuter une vieille Humaine et son accompagnateur, je ralentis l'allure. Réalisant que je risquais de paraître bizarre, je pris un moment pour me calmer et reprendre mon souffle, avant de me diriger vers l'accueil. Par chance, l'un des infirmiers qui passait par là était un Contrôleur que je connaissais de visu. Je lui fis signe et lui expliquai ce que j'avais vu. Il m'écouta, mais finit par repousser l'idée d'un geste las.

« Tu as dû mal voir… Laisse-moi, j'ai du travail.

- Je te parle des rebelles ! Je suis sûr que c'est eux ! Ces oiseaux étaient trop zarb' ! Et on sait qu'ils sont venus par ici il y a moins d'une semaine ! argumentai-je.

- Tu as parlé d'une nuée d'oiseaux. Tu sais bien que les rebelles ne sont qu'une poignée. Tu vois quand même la différence entre « une nuée » et « une poignée », n'est-ce pas ? répliqua-t-il, un sourire ironique au coin des lèvres.

- Je sais bien, mais si jamais…

- Ca suffit ! coupa-t-il. Si tu es si sûr de toi, vas donc expliquer ta théorie au Vysserk ! Ca l'amusera certainement ! »

La simple évocation du Vysserk me fit l'effet d'une douche froide. Jamais je n'oserais l'approcher, encore moins pour lui parler de choses que je croyais avoir vu.

Le temps que je me ressaisisse, l'infirmier-Contrôleur avait disparu dans un autre couloir.

Je n'étais à présent plus très sûr de ce que j'avais vu ni de ce que je devais faire. Après tout, peut-être étais-je si obsédé par les rebelles que j'avais tout imaginé.

Si seulement j'avais eu un peu plus confiance en moi. Je me demande à présent si la suite n'aurait pas été différente. Qu'est-ce que l'avenir nous aurait réservé si j'étais monté dans les étages, si j'avais fouillé tout l'hôpital… si j'avais trouvé les rebelles en train de rallier d'autres gens à leur cause. Peut-être serais-je mort. Sûrement. Ou peut-être aurais-je pu prévenir le Vysserk. Peut-être serais-je sous-Vysserk à ce jour.

Mais il est bien vain de regretter tout cela.

Le lendemain soir, l'un des nôtres aperçut par hasard les rebelles sur les caméras de surveillance de l'école pour aveugles où son hôte travaillait.

Le hasard se joue souvent de nous ainsi. Si je n'avais pas levé les yeux vers le ciel la veille, humant l'air de fin de journée, j'aurais certainement été plus surpris en apprenant la nouvelle.

Les rebelles avaient été vu en train de discuter avec une jeune aveugle, à qui ils semblaient avoir donné le pouvoir de morphoser. Vysserk Un et ses hommes, les plus grands combattants hork-bajirs, les avaient presque attrapés. Mes soupçons se trouvèrent alors confirmés quand ceux-ci se retrouvèrent entourés et attaqués par de nombreux rebelles.

Une nuée de rebelles…

Le Vysserk aurait pu tuer Jake, le petit chef des résistants, si l'un des Hork-Bajirs-Contrôleurs de sa propre garde rapprochée n'avait été un traitre. Seulement, on ne sut jamais lequel c'était… Et les rebelles purent s'enfuir.

Mais la nouvelle la plus époustouflante était l'habileté de Tom Berenson. Pendant la bataille, il avait réussi à subtiliser le Procédé Escafil andalite.

La technologie de la morphose était entre nos mains.

Harkar avait des étoiles plein les yeux en m'annonçant cela. Et je crois bien avoir eu le même air dans les jours qui suivirent.

Cette nouvelle inespérée avait éclipsé tout le reste.