Les prochains chapitres sont les conclusions de l'histoire. Ils se déroulent pendant le dernier volume, voire après. Les romans passent très vite sur ce qu'il advient des Yirks après la fin de la guerre, je ne fais donc ici que supposer.
Chapitre 10
La reddition
Il ne fallut que quelques heures pour que tout soit réglé. En faveur des Andalites, des Animorphs et des hôtes bien sûr.
Quand tous les vaisseaux restant eurent abdiqué, le vaisseau Mère atterrit, accompagné de quelques petits vaisseaux andalites, le vaisseau Dôme et une dizaine de chasseurs restant en altitude pour surveiller.
Nous fûmes tous invités à nous poser dans les parages. Là, des troupes andalites et des Hork-Bajirs libres nous accueillirent, toutes armes brandies – ce qui se résumait souvent aux lames qui parsemaient leurs corps, en ce qui concerne ces êtres arboricoles. Nous avions devant nous un couloir aux murs hérissés et à l'issue désespérante.
« Vous tous, les Yirks, vous allez quitter vos hôtes et retourner dans votre bassin. Il ne vous sera fait aucun mal et vous obtiendrez le pouvoir de morphoser, que vous ne devrez utiliser qu'une seule fois, et définitivement, » déclara Jake Berenson d'une voix blasée.
Etant donné ce qu'il nous demandait de faire, j'aurais préféré qu'il n'ait pas l'air à des kilomètres d'ici. Ne pouvait-il donc pas au moins faire semblant de se sentir plus concerné ? Ou devait-il fuir le présent, de peur de faire face au peuple dont il avait massacré de si nombreux membres ?
Toujours est-il que nous n'avions pas le choix. Devant l'insistance oppressante de cette assemblée, je pris mon courage – je savais depuis peu que j'en avais – à deux mains – lesquelles je n'aurais au contraire bientôt plus – et avançai en tête de file, bientôt suivit par mes camarades. L'un d'eux me souffla à l'oreille :
« Tu crois vraiment que ces sales empêcheurs de tourner en rond tiendront leurs promesses ? Tu rêves, pauvre con ! Tu nous as envoyé au casse-pipe ! A l'éternité dans l'obscurité d'une mare !... »
J'accélérai sensiblement le pas pour m'éloigner, traversant les couloirs et les salles du vaisseau comme si j'étais pressé de retourner dans ladite mare. Je n'étais pas d'humeur à écouter leurs reproches ni à leur répondre. Et à vrai dire, je m'en fichais. Ce qu'ils pouvaient penser de moi m'importait moins que les résultats des matchs de baseball – quel intérêt les Humains trouvent-ils dans ces jeux idiots ?
En passant devant Jake le Tueur de Yirks, je remarquai ses rides. Celles que l'on ne voit jamais chez un garçon de cet âge. Celles qui disent « J'ai vécu trop de choses ». S'il n'avait été celui qu'il était, j'aurais peut-être éprouvé de la compassion. Mais de moi, il n'eut droit qu'à un regard de mépris.
« Tiens ta promesse, Tueur de Yirks, » lui rappelai-je tout bas avant de suivre le couloir qui menait au bassin.
((C'est ici que nous nous quittons, Ronny,)) dis-je à mon hôte.
((Pour un certain temps seulement. Quand tu auras un corps, quand tu auras morphosé, tu reviendras me voir. Je t'attendrai,)) me répondit-il, non sans émotion et optimisme. Il était heureux que la guerre se termine si bien, sur une amnistie, avec une promesse de liberté pour chacun de nous. Mais je n'étais pas aussi sûr de cela.
((Merci,)) lâchai-je, en toute sincérité.
((Au revoir et à bientôt,)) ajouta-t-il tandis que je nous penchai au-dessus de la boue clapotante.
((Adieu,)) fis-je, ému et amer. Et je sortis le plus vite possible de son crâne, je lui laissant pas le temps de réagir, pour finalement plonger en aveugle dans le liquide.
Alors les jours passèrent.
Quand ils formèrent une semaine, je me demandai s'ils ne nous avaient pas oublié. Quand ils en formèrent deux, je compris qu'il n'y avait plus rien à espérer. Et puis je perdis le compte des jours. Quelle importance ?
Ils avaient eu leur reddition, avec un minimum de pertes – de leur côté, s'entend. Ils étaient enfin débarrassés des sales limaces qu'ils avaient eu la malchance de trouver sur une planète et qu'ils avaient malgré eux lancé dans l'espace. Les Andalites pouvaient être fiers ! – bien qu'il est difficile d'imaginer qu'ils puissent l'être plus encore. Et les Humains ne valaient pas mieux. A présent que nous étions sans défense, ils pouvaient remercier leurs sauveurs et insulter tout leur saoul les parasites tyranniques qui les avaient réduits en esclavage !
Qu'espérait-on ?! Ce bassin serait notre dernière maison. Notre lit, notre monde, notre tombe.
Même Ronny m'avait laissé tombé. Peut-être m'avait-il déjà oublié, heureux, avec ses parents. Libre.
Libre !
Alors que je ne l'étais plus. Oui, il m'oublierait, il ferait tout pour cela.
Voici donc le bout du chemin.
Vous pouvez choisir de vous arrêter ici ou de continuer...
