Le décor est planté.

Alors, si vous avez passé outre les avertissements, on y va...


Le lendemain, Sirius se surprit à repasser devant la boîte de nuit. Il était encore plus tôt que la veille. Il regarda à nouveau les photos. Il y avait des hommes de tous âges, mais plutôt jeunes en majorité. Quelques photos représentaient des couples, s'enlaçant ou s'embrassant. Ils avaient l'air heureux, constata Sirius avec amertume.
Il s'éloigna. Lui aussi aurait voulu être comme eux. Tenir Remus par le cou, l'embrasser…

Ses pas le ramenèrent à l'appartement. Remus n'était pas là. Sirius prépara à son tour le repas pour le soir.

Remus rentra un peu plus tard que d'habitude. Lorsqu'il s'assit pour partager le repas avec Sirius, celui-ci nota tout de suite les yeux plus brillants que d'habitude et les joues plus colorées aussi.

- Passé une bonne journée ? demanda Sirius, avec un poids sur l'estomac. Il redoutait la réponse.

- Oui. Oui, excellente…

Comment des mots aussi simples pouvaient avoir un effet aussi cruels sur quelqu'un ? Sirius se força à sourire.

- Alors, raconte !

- Tu sais, la fille dont je t'ai parlé ?

Sirius fit oui de la tête. Comment aurait-il pu l'oublier ?

- Et bien, ce midi, j'ai déjeuné avec elle.

- Bien. L'estomac de Sirius se tordait de douleur à chaque phrase commencée.

- Elle s'appelle Mary(1).

Sirius ne quittait pas le sourire figé qu'il avait réussi à mettre sur ses lèvres. Il écouta sans broncher Remus lui raconter les détails. Et comment il l'avait retrouvée le soir après les cours au bistrot du coin. Le repas parut interminable à Sirius. Il n'avait aucun échappatoire. Il aurait voulu crier à Remus d'arrêter, que lui l'aimait et que c'était un supplice qu'il ne devait pas lui faire subir. Mais il devait se taire. Ne pas dire ses sentiments s'il voulait que Remus reste à cohabiter avec lui.

Quand, enfin, Remus se tut, Sirius se leva pour débarrasser la table. Remus voulut l'aider mais Sirius le remercia et Remus rejoignit sa chambre. Sirius se retint d'envoyer valser les assiettes.

Il aurait dû se réjouir pour Remus et sans doute quelque part, au fond de lui, il y avait un petit peu de ça, mais une grande lassitude le saisit. Il ne pourrait jamais avoir celui qu'il aimait.

Sirius se sentit soudain très vide. Vide d'amour. Vide et froid. Sa chambre elle-même était froide. Il saisit sa cape et sortit.

Il se mit à errer dans la rue et ses pas le conduisirent sans qu'il ne le veuille vraiment, devant la boîte de nuit moldue. Il y entra. L'intérieur était sombre et chaud. Légèrement enfumé également. Sirius trouva le chemin jusqu'au bar et y prit un siège. La musique était forte et il dut presque crier pour passer sa commande.

Autour de lui, il n'y avait que des hommes. Ce qui semblait normal pour une telle boîte. Pourtant certains d'entre eux auraient pu aisément se faire passer pour des femmes. La plupart étaient en couple. Pas Sirius.

Assis un peu plus loin que lui au bar, un mec barraqué, vêtu d'un simple débardeur qui laissaient voir ses bras musclés dont un portait un tatouage, lui lança une œillade. Sirius sourit sans insister et tourna la tête. Deux hommes s'embrassaient tendrement au bout du bar. Sirius but d'une traite son verre puis recommanda la même chose.

Il sentait tout ce désert à l'intérieur. Lui aussi aurait voulu sentir la chaleur de quelqu'un près de lui. Il avala l'alcool sans plus de façon et recommanda.

La musique l'assommait à moitié, brouillant ses pensées. Il se leva pour aller aux toilettes. Un jeune mec, brun comme lui, en jean et en tee-shirt se lavait les mains. Sirius sentit son regard sur lui alors qu'il était devant l'urinoir.
Lorsqu'il se retourna, le garçon lui fit un sourire. Sirius lui répondit. Maintenant côte à côte devant les lavabos, leurs regards se croisèrent un peu plus longuement. Le jeune homme, visiblement habitué au fait, lui caressa le visage. Une vague de chaleur saisit Sirius. Il avait besoin de cette chaleur humaine. L'autre garçon le sentit car il l'entraîna alors dans une des cabines libres.

Il referma la porte derrière eux et déshabilla Sirius. Sans qu'il le veuille vraiment, mais sans le repousser non plus, Sirius se laissa faire. Le garçon n'était pas vilain, et lorsqu'il se déshabilla à son tour, Sirius le trouva presque beau. L'autre prit les initiatives et après quelques caresses expertes, retourna Sirius pour le prendre avec force. Sirius se retint de crier en s'appuyant sur la lunette des toilettes. Quand l'homme eut fini de jouir à l'intérieur de lui, il attrapa le sexe de Sirius pour à son tour l'amener à une éjaculation sans orgasme.

La scène n'avait duré que quelques minutes, une dizaine, peut-être quinze, mais pas plus. Ni l'un ni l'autre n'avait prononcé une parole.

Le garçon sortit. Sirius mit un peu plus de temps. Devant le miroir, il n'osait qu'à peine se regarder. Qu'est-ce qu'il venait de faire ? Qu'est-ce qu'il cherchait vraiment ?

Il se sentait vaguement coupable. De quoi il ne savait pas. Peut-être d'avoir ressenti un peu de chaleur à l'intérieur. Coupable d'avoir laissé son corps se faire prendre par un autre. Il se lança un regard plein de haine. Il détestait ce corps, ce visage qui ne savait pas se faire aimer du seul homme qui comptait pour lui.

Sirius rentra chez lui, chez eux. Il pouvait encore percevoir la douleur physique de la pénétration. Ce n'était pas grand chose, mais c'était là, au fond de lui. Ca lui rappelait les coups que lui donnait son père lorsqu'il avait fait une bêtise enfant. C'était pareil. Un châtiment qu'il méritait pour être tombé amoureux de Remus. Oui, il devait être puni. Et la douleur était méritée. Il en ressentit alors une certaine exaltation.


(1): Mary Sue, évidemment !!!

Toujours là ? Vous ne m'avez pas encore détestée?

Rassurez-vous, c'est encore soft...Ceci dit, je comprendrais que vous n'ayez pas envie d'aller plus loin...