Louisiane C5 : retour à Londres


Chapitre cinq : Londres, correspondances


Londres, 17 septembre 1801

Jane récupéra le petit paquet de lettres qui venaient d'arriver de Pemberley et fronça les sourcils à la vue de la lettre émanant de Lydia.

Jamais Lydia ne lui écrivait...

Poussée par la curiosité, elle mit de côté les deux autres lettres, une de Lizzie et une de son père et décacheta la lettre de sa cadette.

Cher Jane...

Je sais que Lizzie ne va pas tarder à t'écrire elle-même mais j'ai tenu à émettre mon avis avant qu'ici les choses ne dérapent de façon définitive.

Jane fronça des sourcils. Se pouvait-il que quelque chose... Elle passa à la ligne suivante.

Ne t'inquiète pas, rien de grave n'est arrivé. C'est même plutôt l'inverse dans la mesure où nous allons probablement d'ici un peu moins de huit mois acquérir un statut supplémentaire...

Un sourire remplaça la mine soucieuse. Elle et Lizzie avaient beaucoup parlé et elles étaient toutes deux persuadées que leur premières étreintes avec leurs maris respectifs n'étaient pas restées sans conséquences et qu'elles avaient d'ores et déjà en elles le plus beau témoignage de l'Amour et de l'approbation divine. Elle fut aux anges de savoir qu'Elizabeth avait eu raison de croire en ses intuitions. Elle pouvait d'autant plus croire en les siennes.

Exactement ! Notre chère sœur vient de se rendre compte qu'elle était sans doute porteuse de l'héritier des Darcy. Ce qui est une excellente nouvelle, nous en convenons toutes mais je crains fort que, compte tenu des circonstances, notre cher frère ne se mette en tête de ne pas pouvoir laisser courir le moindre risque à sa famille et n'essaye donc d'enfermer notre pauvre sœur –et nous autres aussi par la même occasion– (sourire de Jane) dans un cocon hermétique dont elle ne pourra plus sortir avant d'avoir mis au monde leur enfant.

Tu me connais, je sais que je vais trouver un moyen pour ne pas me faire enterrer ici. Ne serait-ce qu'en insistant un peu auprès de papa pour lui rappeler qu'il risque de ne plus te voir avant que vous ne partiez vers les Amériques.

Prépare déjà ma chambre, je suis presque déjà en route. La chambre que tu occupais lorsque nous étions au Palais me conviendra tout à fait, inutile de chercher autre chose.

Cette fois Jane ne put que rire. Décidemment Lydia était incorrigible. Mais, d'une certaine façon, elle avait raison puisqu'elle aurait la chambre qu'elle voulait...

Jane secoua la tête et reprit sa lecture.

Mais je sais que Lizzie n'a pas, pour le moment, envie de résister à son Fitzwilliam. Et s'il insiste suffisamment en lui faisant ses grands yeux énamourés, elle risque de céder à son insistance et accepter de ne plus quitter Pemberley pendant les huit prochains mois. Sans compter qu'après il aura beau dire qu'un voyage ferait courir des risques au bébé et je suis sûre qu'elle voudra s'en occuper elle-même jusqu'à ce qu'il marche. Tu vois que si elle n'en profite pas maintenant, elle sera enfermée dans ce superbe Palais pour des années...

Une fois de plus Jane ne put que secouer la tête. Lydia ne savait qu'exagérer. Et, en plus, elle le faisait avec un naturel qui ne pouvait qu'être admiré.

Mais ne crains rien, j'ai la solution. Pourrais-tu t'arranger pour que ton mari convoque les Darcy/Bennet à Londres ? Je suis sûr qu'il trouvera une bonne raison qui nécessite notre présence et le seul fait que ça risque de mettre son frère de mauvaise humeur devrait être suffisant pour lui faire écrire la convocation dans les plus brefs délais...

Jane perdit tout sourire à la lecture de ces dernières lignes. Elle avait bien conscience que la légère accalmie que Lizzie et elle avaient construit entre Geoffroy et Fitzwilliam n'était que passagère et, qu'à tout moment elle risquait de dégénérer. Et comptez sur Lydia pour savoir profiter de toutes les dissensions pour en tirer parti.

Je te vois littéralement froncer des sourcils et me condamner vertement pour ma petite proposition. Mais pour une fois, ce n'est pas égoïstement pour moi que je travaille (moue dubitative de Jane) mais pour toi et Lizzie. Parce que si, comme le prétend maman, les filles Bennet sont les dignes héritières de la lignée de Gardiner, tu devrais, toi aussi, entrer prochainement dans la zone où ton époux va être encore plus protecteur... Et si Lizzie est bloquée à Pemberley par Fitzwilliam et toi à Londres par Geoffrey, vous n'êtes pas prêtes de vous revoir... Donc soit tu viens avant que ton mari ne sache que tu attends un petit d'Arcy, soit tu prends à ton compte ma petite idée.

Ceci étant, si jamais tu te décidais à venir plutôt qu'à convoquer les Darcy et les Bennet, pense, avant de partir, à prévenir ton staff que je ne vais pas tarder à arriver... J'espère qu'il reste de la réserve de chocolat du Prince de Galles. Je sais que j'en abuserai à souhait !

Ta petite sœur qui t'aime et qui ne t'oublie pas...

Lydia

PS : sais-tu si le général Duroc est encore à Londres ?


Jane décida de ne pas se fâcher. Après tout, Lydia était Lydia et selon toute vraisemblance, elle ne changerait que si elle le voulait bien. Tout ce que pourrait dire ses sœurs ou sa mère pour la corriger ne ferait que la braquer.

Elle récupéra les deux autres lettres et, voulant garder le meilleur pour la fin, opta pour la lettre de son père.

Jane chérie,

J'espère que tu vas bien et que les obligations gouvernementales de ton époux ne te privent pas trop de ses attentions. Je sais que lorsqu'on est passée par une période de grande abondance, il est d'autant plus difficile de s'adapter à une période de disette et de restrictions...

Jane fut très fâchée de sentir ses joues se mettre à chauffer. Elle pouvait littéralement voir les rides autour des yeux de son père se creuser tandis qu'un sourire espiègle ornait son visage.

Je suis sûr que tu es en train de rougir et je ne t'en aime que plus. J'ai été jeune et passionné et je sais ce que c'est que de découvrir tous ces plaisirs inconnus qui vous transforment et vous font décider, de temps en temps, que le soleil est déjà couché et que le temps est à l'ardeur et à la passion... (la rougeur des joues de Jane s'accentua. Comment son père pouvait-il ?). Mais je t'écris pour autre chose que de me moquer de toi. Je suis sûre qu'une autre lettre de Lizzie t'est parvenue en même temps que la mienne et que tu l'as gardée pour la fine bouche. Donc c'est par mes mots que tu vas apprendre que je vais être grand-père et que toutes les dispositions ont d'ores et déjà été prises pour mener une longue et victorieuse campagne de Bennetisation du futur petit Darcy. Bennetisation qui s'ajoutera, sans les annuler, à de multiples tentatives de gâter le premier de mes petits-enfants.

Jane ne put que sourire. Avec Lizzie pour maman et le grand père en embuscade pour gâter son éducation, il était plus que probable que le premier mâle –si c'en était un-- de la lignée des Darcy/Bennet n'ait quelques problèmes pour être aussi rigide et hautain que son papa... Jane poussa un soupir et s'imagina un Darcy aussi beau et ténébreux que son papa mais avec l'humour de son grand père et l'ouverture de sa maman... Quel mélange détonnant ! Si elle avait des filles, il faudrait qu'elle les surveille lorsqu'elles seraient en compagnie de leur cousin. D'ailleurs ce serait sans doute aussi vrai pour les autres, de cousins...

Ce qui m'amène à la raison de cette lettre. Il faudrait que tu demandes à ton mari de nous inviter, ta mère et moi. Nous pourrions en profiter pour convaincre Fitzwilliam de se séparer pour quelques semaines de sa jeune épouse. J'ai bien conscience que cela va être difficile –autant pour de nobles raisons comme la nécessité de protéger sa femme et son héritier que pour des raisons tout à fait égoïstes que tu comprendras d'autant mieux si tu te mets à imaginer passer tes nuits seule sans ton mari–!

Cette fois Jane résista. Elle s'y était attendu et la tentative de son père de la faire rougir à distance tomba –presque– à plat.

Si j'échoue dans cette tentative, j'ai bien peur que vous n'ayez plus l'occasion de vous voir avant que toi et ton mari ne partiez pour la Louisiane. D'ailleurs c'est aussi pour cela que j'ai envie qu'il nous invite. Cela nous permettra de passer tes derniers mois en Angleterre en ta compagnie. Après, qui sait combien d'années s'écouleront avant que je ne te revoie.

Bien évidemment, nous ramènerions Lydia ; il faudrait l'enfermer dans une geôle pour l'empêcher d'aller à Londres et j'ai d'ores et déjà le plus grand mal du monde à l'empêcher de partir toute seule sans nous attendre ! Et tu comprendras que je ne souhaite pas courir le risque d'un nouveau Brighton... Pour les autres, je ne sais pas. Kitty est fort satisfaite d'être en compagnie de sa nouvelle amie et Mary semble plutôt pressée de retourner à Longbourn. Donc il est possible qu'elle vienne te saluer juste avant de retourner à la maison.

Si tu pouvais trouver une excuse pour la retenir lorsqu'elle sera à Londres, je t'en serai gré. Je dois avouer qu'elle m'inquiète quelque peu. J'ai un peu peur que ce ne soit elle qui supporte le plus mal la nouvelle situation. Elle a beau être Mademoiselle Bennet maintenant, elle ne semble pas s'y faire avec autant de satisfaction que je l'aurai cru. Il va falloir que je la surveille et même à Londres, il ne faudrait pas que je me mette à la négliger sous prétexte que je souhaite passer du temps avec toi. Peut-être qu'une invitation étendue à elle (et Lydia, mais ne vous faites pas d'illusions, même non invitée, elle viendra!) ferait du bien à son moral...

Sinon que te dire ? Que je me trouve très bien à Pemberley ? Que je m'entends à merveille avec Fitzwilliam qui est devenu un jeune homme charmant et attentif à la seconde où nous avons perdu de vue votre escorte ? Que votre mère et moi avons enfin longuement discuté de nos erreurs passées et qu'après avoir tout analysé nous sommes probablement maintenant en mesure d'élever correctement tous nos futurs enfants ?

Les petits-enfants, bien évidemment, ne pourront pas profiter de notre sagesse nouvellement acquise dans la mesure où tout le monde sait que le rôle des grands parents n'est pas d'élever votre progéniture mais de défaire votre éducation qui, par essence, est inadéquate !

Voilà, le reste je te le dirai à haute et intelligible voix lorsque nous vous aurons rejoint à Londres.

N'oublie pas que l'Angleterre compte sur toi ! Tant qu'il s'occupe de toi, il nous oublie.

Je t'embrasse ma chérie et à bientôt.

Ton père qui t'aime.

Le bas du troisième feuillet était couverte d'une écriture que Jane eut quelque mal à reconnaître dans la mesure où sa mère n'écrivait que très peu.

Ma petite Jane,

Juste un petit mot pour te dire que, bien que je sois très heureuse de te savoir entre les mains d'un mari qui t'aime, je me surprends à regretter le temps où je vous avais tout à moi. Quelle ironie pour moi d'avoir passée tant de temps à souhaiter vous caser et un mois seulement après votre mariage déjà regretter votre départ.

Ton père t'a sans doute dit, je vais être grand mère. Ça me fait tout drôle d'être ainsi passée en moins d'un mois de maman anxieuse à (future) grand mère comblée...

Parfois je me dis que ce mois d'Août 1801 est un rêve et que je vais me réveiller demain avec mes chères petites toujours autour de moi et les Français toujours en train de se demander s'ils vont oser ou non...

Je me joins aux salutations de votre père.

A bientôt à Londres.

Jane ne put que secouer, une fois de plus, la tête. Qui l'aurait cru ? Sa mère se mettant à regretter de ne plus avoir toutes ses petites autour d'elle ! Le monde était décidément vraiment bizarre.

Elle prit une longue inspiration et fit une prière pour qu'elle ne soit pas en train de vivre dans le rêve de sa mère.

Parce que, une chose était sûre, si les Français n'avaient pas débarqué, Fitzwilliam Darcy n'aurait probablement pas pris la décision de refaire une demande à Lizzie de façon aussi précipitée. Et sans cette précipitation, qui pouvait dire si leur histoire se serait terminée de façon aussi positive ?

Elle respira, sécha les deux larmes qu'une poussière importune avait délogé de ses yeux et entreprit de récupérer la dernière lettre.

Elle savait que le plus important avait déjà été dit mais elle n'en avait pas moins hâte de la lire.

Très chère Jane,

Je sais que Lydia et papa t'ont tous deux écrits et je n'ai donc plus rien à t'apprendre sur le fait que mes intuitions ne m'avaient pas trompée. Je suis enceinte et je flotte sur un petit nuage de satisfaction dont même Fitzwilliam ne réussit pas à me faire descendre. Il est donc obligé de me faire monter encore plus haut ce qu'il réussit de mieux en mieux. C'est comme si j'étais en suspension au dessus du sol, trop loin pour qu'on puisse m'importuner mais assez près pour ne rien laisser échapper de ce qui se passe en bas.

Je suis folle de joie et j'attends chaque jour la nouvelle de Londres me confirmant que tes intuitions aussi se sont confirmées.

Jane, te rends-tu compte, je vais être maman ! Je n'arrive pas à le croire. Il y a deux mois à peine j'étais prête à une vie de célibat pour m'occuper de l'éducation des petits anges que tu ne manquerais pas de mettre au monde et aujourd'hui c'est moi qui suis enceinte et ce sont mes propres petits anges que je vais pouvoir élever...

J'en pleure de joie et si certains de mes mots sont illisibles ce sera parce que mes larmes n'auront pu être contenues.

J'ai honte compte tenu de la situation politique mais je vis une totale félicité. J'ai un mari qui m'aime et qui se met en quatre pour me satisfaire jour et nuit (!). J'ai une famille qui pour la première fois de toute ma vie me remplit de fierté à l'idée d'être une Bennet. Rends-toi compte, même Lydia se conduit comme une jeune fille bien élevée... Je ne me fais pas d'illusion et me doute bien que ça fait partie de sa stratégie pour s'attirer les bonnes grâces de Fitzwilliam mais, à la limite est-ce vraiment important pourquoi elle le fait, du moment qu'elle le fait ? Fitzwilliam s'entend à merveille avec papa et trouve à maman des qualités que personnellement j'ai toujours étiquetés comme des défauts...

Si je ne craignais d'attirer le mauvais sort j'irais jusqu'à utiliser des mots très forts pour qualifier ma situation.

Seule ombre au tableau, ma chère Jane : ton absence.

Je sais que, compte tenu de la rivalité de nos époux respectifs, ton absence est une bonne chose mais il n'en demeure pas moins que tu me manques et que je me languis de nos longues heures de confidences et de secrets partagés. Il y a tant de choses que je pouvais te dire et que jamais je ne pourrais confier à une lettre de peur que mes enfants un jour ne les lise et ne découvre avec horreur que leur mère, lorsqu'elle était jeune mariée, passait le temps où elle n'était pas avec son mari à rêver de la prochaine fois où elle le serait...

Juste un mot pour dire que le départ de ton mari a fait sauter certains blocages et, depuis, Fitzwilliam a consenti à faire quelques essais suite à ses conseils. Et je suis ravie du résultat... Il est évident que les chinois ont une science de ces choses qui surpasse tout ce que nous savons.

Je n'en dirai pas plus sur ce sujet mais sache que je me considère comme comblée.

Pour le reste, j'ai le plaisir de t'annoncer que Fizwilliam et moi (les autres aussi probablement mais ne leur ayant pas encore demandé je ne puis considérer qu'ils seront des nôtres) allons nous rendre à Londres pour au moins deux mois. Mon époux est conscient que, pour le moment, notre enfant ne risque rien tant qu'il ne m'arrive rien et que cette situation pourra encore durer quelques mois. Il m'a demandé d'être rentré à Pemberley pour la mi-décembre et j'ai accepté. Sachant qu'une fois revenue à Pemberley je ne quitterai plus le domaine qu'après la fin de mon confinement et la naissance de notre enfant.

C'est lui-même qui m'a proposé de faire ainsi. Il a précisé que s'il venait avec, c'est pour que nous puissions utiliser la maison de Grovesnor Street et ainsi m'éviter de trop avoir à côtoyer mon détestable beau-frère.

Tu comprendras que je n'ai pas réagis au-delà de l'expression de mon plus pur plaisir mais il serait vraiment temps que nous trouvions un moyen de faire en sorte que nos époux s'apprécient. Je sais que Fitzwilliam te verra avec plaisir nous visiter mais je ne doute pas un instant qu'il fera tout –et le reste-- pour ne jamais avoir à se rendre au Palais et que si Geoffroy venait à passer, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour être ailleurs...Et, d'une certaine façon, ce sera au mieux dans la mesure où ça nous évitera leurs regards de défi et leurs mines arrogantes...

C'est vraiment la seule chose dans nos relations familiales qui me pose problème. Je ne sais que faire et je me demande si, en essayant, nous ne risquons pas de nous brouiller avec nos époux !

Jane ne put que hocher de la tête en silence. La situation était difficile. Elle aimait le mari de sa sœur comme s'il était un frère et rien qu'à le voir la regarder lui faisait chaud au cœur. Mais il était évident que les deux hommes vivaient difficilement toute cohabitation. Il y avait à la fois une rivalité exacerbée et une volonté de ne pas faire confiance qui transformait leurs –rares, heureusement– rencontres en clash de volontés insupportables. Jane soupira. A Pemberley, Geoffroy ne venait jamais dans le bâtiment principal à moins d'y avoir été invité. Heureusement son père passait au moins une fois par jour chez son gendre français et en profitait pour le ramener avec lui. Le plus souvent à l'heure du déjeuner qu'ils prenaient souvent ensemble, lui, Jane et son père... Ils avaient fait un essai de repas en commun et personne n'avait trouvé ça amusant.

Donc son père –et Lydia qui ne cachait pas son admiration pour le mari de Jane– déjeunait avec Jane et Geoffroy et dinait avec Fitzwilliam, les d'Arcy ayant pour habitude de se retirer en début de soirée vers la maison que Fitzwilliam ne manquait jamais de rappeler qu'il mettait à disposition.

Nouveau soupir de Jane... Que la vie aurait pu être plus facile si ces deux coqs avaient trouvé les moyens de s'entendre !

Un sourire vint remplacer la mine soucieuse de Jane. Elizabeth et elle étaient tombées amoureuses de ces deux coq parce qu'ils étaient fiers et ombrageux et totalement dédiés à ce qui leur semblait important. Et d'ici trois mois, il y aurait un océan entre eux...

Elle revint à sa lecture.

Assez de ce problème. J'en ai quelques autres mais qui sont, je te rassure, aussi mineurs que inconsistants, si ce n'est dans l'esprit de leurs auteurs. La famille de Fitzwilliam vient, semble-t-il, de se rendre compte des conséquences de ce qu'il a fait en m'épousant. Nous savions déjà ce que pensait Lady Catherine de moi mais il semble qu'elle a passé ce dernier mois à faire le tour de tous les parents de Fitzwilliam pour les convaincre de faire quelque chose contre l'intruse. Et hier sont arrivés, en même temps et par le même coursier, une demi douzaine de missives officielles émanant de ladite Lady Catherine, du Comte de Matlock, de la Comtesse, du Vicomte et de deux cousins dont je n'avais jamais entendu parler –Fitzwilliam plus depuis dix ans et que la famille a réhabilité juste pour accroître le nombre d'opposants à notre mariage. Il y avait aussi une lettre du général mais comme son contenu tournait essentiellement autour de reproches lancés à Fitzwilliam pour lui avoir subtilisé une des deux seules femmes intéressantes qu'il ait jamais rencontrées –Il faudra que je le remercie à sa prochaine visite, il a utilisé des termes très flatteurs et pour toi et pour moi, Fitzwilliam et moi partons du principe qu'il ne fait pas partie du front du refus mais qu'il s'est juste plié à la volonté paternelle. Il l'a fait avec un humour que je trouve très rafraîchissant et que je regrette qu'il n'ait pas pris le temps d'apprendre à Fitzwilliam. Mais comme papa fait de son mieux de ce côté là, tout n'est peut-être pas perdu...

J'ai donc le regret de t'annoncer que la famille de Fitzwilliam va engager une action en annulation de notre contrat de mariage –ironie des ironies auprès des nouveaux tribunaux civils installés par ton époux. Il semble que les traductions du Code Civil de la République aient trouvé de nombreux preneurs auprès de la famille de Fitzwilliam. Un des arguments tenant au fait que les français étant déjà en train d'occuper Pemberley ce n'était plus le droit Britannique mais le droit français qui s'appliquait et que donc le mariage est sans valeur juridique ! Ça m'a beaucoup fait rire jusqu'au moment où Fitzwilliam m'a expliqué que si ses parents obtenaient gain de cause cela voudrait dire que l'éventuel enfant conçu pendant cette période ne serait pas légitime et, sauf à se renseigner sur les subtilités de ce nouveau Code Civil, exclu de la succession de Pemberley... Mais ne t'inquiète pas, cet argument est d'ores et déjà caduque. J'ai demandé aux services du Proconsul que ton mari a laissé sur place et il m'a été répondu que, pour des raisons strictement personnelles et pour ne pas courir le risque de voir son mariage remis en cause par qui que ce soit, tous les documents nécessaires pour rendre les mariages inattaquables dans la forme sous les deux corpus juridiques étaient présents et ont été signés par nous et nos témoins. Il semble que ton époux ait, une fois de plus, eut une belle avance sur la mesquinerie des gens.

Jane ne put, une fois de plus, que secouer la tête. Décidément, certaines personnes étaient incompréhensibles. Qu'est ce que cela pouvait bien leur rapporter de vouloir ainsi briser le bonheur de deux êtres qui s'aimaient...

Elle retourna à sa lecture.

Donc les problèmes de forme ne pourront servir à remettre en cause notre mariage. Il reste les problèmes de fond pour lesquels nous allons devoir engager un avocat. Mais quoi qu'il arrive et quoi qu'il advienne, mon enfant est légitime même si le mariage devait, finalement, être dissout ! Cette peur-là ne sera jamais mienne. Pour le reste c'est une affaire juridique et Fitzwilliam m'a paru très confiant. Fâché mais confiant !

Et de toutes façons si notre mariage est dissout nous en serons quitte pour nous remarier !

Voilà pour ces quelques nouvelles. Remercie ton époux pour sa diligence et son art de prévoir les mesquineries des gens mais assure-toi qu'il n'envisage pas de régler le problème, comme je suis sûre qu'il va l'envisager, de manière définitive.

Nous devrions arriver dans quelques jours et nous serons à Grovesnor Street –j'ai hâte de visiter et tu seras la première prévenue de notre arrivée dans la mesure où tu auras vu débarquer Lydia qui se fait une joie de venir squatter le Palais de son "frèrele Proconsul"... Je suppose qu'elle t'a d'ores et déjà fait part de ses doléances quant à l'hébergement.

Je t'embrasse et je suis impatiente de te serrer dans mes bras...

Lizzie

PS : A très bientôt. Au moment où tu liras ces lignes, nous serons sans doute déjà en route.