RAPPEL:
Rating : M
Disclaimer : L'univers et les personnages utilisés dans cette histoire appartiennent à JKR
N.B. : ce récit tient compte de tous les tomes de la saga, mais pas de l'épilogue du tome 7!
Résumé : Malgré la mort du Seigneur des Ténèbres, les forces du Mal ont triomphé et Lucius Malefoy est ministre de la Magie. Ron et Harry sont emprisonnés, et Hermione arrive péniblement à exercer son travail d'avocate. Afin de faire libérer ses amis, elle accepte l'accord qu'il lui propose : commettre 7 fautes en échange de leur liberté.
Sept Leçons
Chapitre2
Gourmandise
Hermione détailla avec davantage d'attention le bureau ministériel. La richesse s'étalait du sol au plafond dans une ostentation gênante. Le parquet luisait comme un diamant. De chaque côté du bureau, les murs étaient garnis d'une bibliothèque dont les étagèrent grimpaient jusqu'au plafond, proposant des milliers d'ouvrages protégés par une vitre. Au vu de leur état impeccable, elle comprit que ces livres ne devaient jamais êtres consultés.
Les murs étaient recouverts d'un papier peint brodé d'or, et ornés de portraits encadrés avec autant de richesse. Les plafonds parés de boiseries étaient sculptés de motifs changeants d'elfes et de gobelins, représentés dans des scènes de dur labeur.
Derrière le bureau à la superficie imposante, s'élevaient deux immenses fenêtres entre lesquelles une toile de maître représentait Salazar Serpentard guidant le peuple sorcier. Sous le portrait, le siège ministériel, visiblement en cuir de dragon. L'homme y était confortablement engoncé.
« Je crains d'avoir paru austère, lors de notre dernière entrevue. Et même rébarbatif. Je ne voudrais pas vous donner l'image d'un individu sans imagination. Sans une telle qualité, jamais je n'aurais atteint le poste que j'occupe. Vous devriez comprendre cela : les individus de votre sorte ont beaucoup d'imagination, pour croire qu'ils auront un jour une place dans le monde sorcier. Dans notre monde, précisa-t-il avec un sourire condescendant.
Il repoussa les comptes rendus remis le matin-même par le bureau de liaison des Gobelins. La pile de parchemins s'enroula sur elle-même avant de disparaître. Hermione Granger, sa petite torture régulière. Quel triomphe pour lui… Il éprouvait un contentement grandissant à l'idée de ces rencontres.
La convocation qu'elle avait reçue deux jours plus tôt l'invitait à se rendre dans le bureau ministériel à 11h30 précises. Le ventre noué, au bord de la nausée, Hermione ne réalisait pas que toute énergie l'abandonnait. Elle avait déjà oublié le visage des aurors qui l'avaient reçue dans le vestibule et avaient conservé sa baguette, ainsi que celui de la secrétaire qui l'avait introduite.
Depuis leur première entrevue elle éprouvait le plus grand mal à dormir, manger, travailler. Son esprit s'égarait, trop souvent occupé à deviner quelle humiliation il allait lui infliger.
Il l'invita à s'asseoir, avec la froideur de celui qui accorde un privilège inespéré à quelque va-nu-pieds.
« Puis-je vous proposer de quoi vous rafraîchir ? Ou de quoi vous sustenter ?
« - Non, je vous remercie, répondit-elle d'une voix sourde, le regard rivé au sol.
Il plissa les yeux, comme s'il cherchait à sonder ses pensées.
« - Si, vous allez bien prendre quelque chose.
Hermione sentit un lien magique s'enrouler autour de ses membres, une entrave ferme et glacée se plaquer sur sa peau. Alors la tension des derniers jours se libéra d'un coup et les premiers sanglots firent cahoter sa respiration déjà irrégulière.
Dans un coin de sa tête, une part de logique jusqu'ici préservée la sermonna sur sa faiblesse. Elle avait tant lu sur le contrôle de soi, les vertus de la concentration…son projet ne pouvait pas échouer ! La peur de ruiner ses efforts en se mettant à pleurer acheva de la faire paniquer.
Elle céda entièrement à son trouble.
Le ministre de la Magie retira les fines lunettes cerclées d'acier qui ornaient son visage lorsqu'il traitait de longs dossiers manuscrits, et contempla son interlocutrice avec curiosité.
« - Restez tranquille, il s'agit d'une simple mesure de sécurité. Je ne suis pas un barbare. La douleur que vous éprouvez est votre œuvre personnelle. Rappelez-vous, nous avons eu notre content de sang versé, pendant la guerre.
Au prix d'un effort colossal, Hermione parvint à atténuer l'amplitude de ses sanglots, mais une boule affreusement douloureuse nouait sa gorge et ses joues ruisselaient de larmes piquantes. Son état mental était catastrophique, aucune pensée cohérente n'arrivait à prendre forme.
« Par ailleurs, reprit Lucius Malefoy, si vous ne parvenez pas à vous détendre, vous ne serez pas en mesure de manger.
Ce mot flotta dans l'air, abstrait. Elle mit un moment à l'assimiler. Et alors qu'elle y réfléchissait, sa panique imperceptiblement s'atténua. Un long moment passa, pendant lequel il se contenta de l'observer.
Enfin, il fit calmement le tour de son bureau et s'y appuya, lui faisant face. Son corps mince ploya légèrement au-dessus d'elle, les bras croisés, et il plissa à nouveau les yeux pour évaluer son l'expression de son visage.
Elle s'efforça de ne pas dérober son regard à celui de l'homme. L'attention extrême avec laquelle il la regardait faisait ressortir les ridules autour de ses yeux, luisants d'intérêt. Retenue par un ruban, sa chevelure blonde glissa sur son épaule et tomba devant sa poitrine. Une fossette se creusa dans sa joue, un muscle joua sur ses maxillaires. Il souriait, paisible en apparence.
Hermione avait cessé de pleurer sans s'en rendre compte, la panique remplacée par une terreur froide. Sans doute crût-il qu'elle était enfin parvenue à se calmer, car il reprit d'un ton satisfait :
« Et bien, vous voici revenue à de meilleures dispositions.
Il caressa sa joue d'un long doigt tiède, et Hermione retint difficilement un sursaut de dégoût. Il lui semblait qu'un reptile l'avait frôlée.
« Je vais annuler ce charme, mais il faut me promettre de vous montrer coopérative.
Elle hocha la tête.
« Le chat a-t-il mangé votre langue ? Je ne m'attendais pas à des manières irréprochables, venant de vous : vos semblables sont des sauvages. Mais un minimum de politesse serait le bienvenu, n'est-ce pas ?
« - Je ferai ce que vous direz.
L'humiliation collait à sa peau comme un seau de purin renversé sur son visage. Elle réalisait que jamais elle n'avais été aussi avilie, pas même pendant la guerre, lorsque Bellatrix l'avait tailladée de sa lame et de ses insultes.
Voilà qu'il faisait mine de lui accorder la faveur de la détacher, alors que jamais elle ne s'était montrée récalcitrante. Sans doute était-ce une ruse du monde politique : donner l'illusion d'être celui qui fait une faveur.
« - Un peu de dignité, voulez-vous ? Cessez de vous tourmenter.
Son regard acéré semblait ajouter « laisse-moi ce plaisir ».
Ses doigts blancs décrivirent une arabesque dans les airs, et un long verre apparut dans sa main. Hermione réalisa qu'elle était plus détendue. Encore un geste aérien, et une fiole remplie de vin rejoignit le verre sur le bureau. Il en versa un peu, le respira, et le tendit à Hermione.
Son état d'anxiété ne lui permettait pas de reconnaître un bon vin d'un mauvais, cependant le liquide rubis coula dans sa gorge sans trop de mal. Elle fit un geste pour reposer la coupe, mais il l'intercepta et but d'un trait ce qu'il en restait.
Elle ne s'était pas attendue à une telle familiarité.
Il lui sembla que le vin était instantanément passé dans ses veines, et elle sentit son corps devenir plus léger, le sang fourmiller à nouveau dans ses membres, sa respiration se calmer de façon définitive.
Lucius Malefoy fit apparaître un siège en face du sien, et s'y installa. Puis avec la même élégance de prestidigitateur, il fit apparaître entre eux un guéridon. La lumière de midi colorait les boiseries de la pièce d'une chaude couleur de miel. Il lui tendit à nouveau le verre à vin, et elle l'accepta avec l'espoir insensé que son bien-être allait entièrement revenir.
Sa main tremblait encore quand elle l'avança pour reposer la coupe. Il intercepta son poignet et le guida à sa place, le regard sévère.
Un regard qui disait : « tu peux apprendre par cœur tous les livres de droit qui existent, ta place est d'être ici, à ma botte. Ta place est d'être inférieure ». Hermione le percevait sans difficulté. Mais la douleur de l'injustice était moins cuisante, moins présente. L'alcool avait permis cela.
Lucius desserra sa cravate et tapota la surface du guéridon. Différents mets apparurent : fruits, miel, tranches de poisson cru, fromages fondants, diverses sauces, une carafe d'eau couverte de buée.
Ses yeux gris penchés ne traduisaient aucune convoitise pour les aliments nouvellement apparus. Il arracha un grain de raisin blanc, qu'il promena à la surface d'un saucier de vermeil rempli de miel. Il se pencha au-dessus de la table et lui tendit le fruit ainsi assaisonné.
Hermione déploya le bras à sa rencontre, docile, comme flottant hors d'elle-même. Il recula la main qui tenait le fruit et abattit sur elle la foudre glacée de son regard. Elle rangea prestement sa main sous la table, comme s'il allait la lui sectionner. L'expression de mépris qui avait déformé son visage s'estompa. Incliné au-dessus du guéridon, il présenta le fruit à ses lèvres. Elle se décida avec peine à ouvrir la bouche. Ses yeux se fermèrent et le fruit trempé de miel se posa sur sa langue.
Elle écrasa ses lèvres l'une contre l'autre afin de les débarrasser du miel qui avait coulé, et les referma sur la pointe de ses doigts qui s'étaient attardés, le bout de sa langue passant sans le vouloir sur l'extrémité de son index.
Elle eut un réflexe de repli, mais l'homme en face d'elle ne recula pas d'un pouce. Il la contemplait avec un détachement presque clinique. Enfin, il reprit possession de ses doigts et les porta à sa propre bouche pour achever d'en ôter le miel.
Dire qu'à quelques pas de là, de hauts fonctionnaires vaquaient à leurs occupations avec toute la sobriété imposée à leur rôle…Hermione ferma les yeux une seconde, à la recherche de souvenirs de ses récentes lectures. Etre concentrée, oui, réguler sa respiration. Focaliser son esprit sur les objets autour d'elle et se contenter de gestes simples. Elle avait connu pire situation, pendant la guerre. Des dangers bien plus crus et imminents. Il lui fallait à tout prix se raisonner.
Le ministre de la Magie se leva, contourna le guéridon, passa derrière Hermione et posa une main sur le dossier de sa chaise. Il se pencha vers la table pour y saisir quelque aliment, son bras se détendit au-dessus de l'épaule de la jeune femme, et un effluve subtil, masculin, atteignit son odorat.
Une curiosité insolite la gagna, et elle se demanda si cette fragrance provenait de sa peau ou de ses vêtements. Il émanait de lui l'odeur fraîche de la pâte aux clous de girofle dont ses parents se servaient quotidiennement pour panser les dents nouvellement soignées. Un parfum rassurant, qui sentait le propre.
Un des cercles invisibles qui comprimaient encore sa poitrine se desserra, et elle respira librement pour la première fois de cet entretien. Elle aurait voulu encore respirer cette odeur, se perdre en elle pour oublier, s'extraire de toute réalité non olfactive. Mais Lucius Malefoy avait à nouveau disparu derrière elle.
Une main tiède se posa sur son cou, et renversa légèrement sa tête en arrière. Il la fit croquer dans une fraise trempée dans du sucre roux, puis essuya du gras du pouce les grains restés au coin de sa bouche. Hermione ne le vit pas porter à ses propres lèvres le résultat de cette toilette.
Divers aliments lui furent présentés, qu'elle n'accepta que malgré elle. Il lui présenta une crème au caramel, au creux d'une cuillère en argent. Elle planta ses dents dans plusieurs pâtisseries dont les saveurs élaborées lui échappèrent. Elle but de courtes gorgées de plusieurs nectars de fruits, sans jamais voir que les mains de son hôte, posté derrière elle.
De temps à autre, il lui refusait la bouchée dans laquelle elle s'apprêtait à mordre. Mortifiée, elle ne pouvait qu'imaginer l'expression diabolique dans ses yeux gris. Il reculait prestement la main qui maintenait, entre ses doigts pincés, la bouchée qu'il lui destinait. Elle le maudit mille fois. Puis, avec une complaisance qui se devinait dans son geste, il se décidait enfin à la porter à ses lèvres.
Enfin, il se décida à lui faire face. Debout près d'elle, il fit apparaître une coupelle remplie d'un sorbet immaculé décoré de tranches de citron si fines qu'elles en étaient transparentes.
« Le sorbet est le seul dessert acceptable à la fin d'un repas copieux, expliqua-t-il avec toujours le même calme.
Il préleva une bouchée du dessert à l'aide d'une cuillère ouvragée et, contre toute attente, la porta à ses propres lèvres. Le visage impassible, il se pencha sur elle, posa les mains sur les accoudoirs qu'elle s'était empressée de libérer, et effleura sa bouche de ses lèvres fermées. Elle appréhenda de façon instinctive ce qu'elle avait à faire.
Sa bouche s'entrouvrit, et l'homme y déversa la bouchée froide et à demi fondue, qui ruissela sur sa langue et l'imprégna d'un goût acide et sucré. Hermione sentit une part d'elle se dissoudre, par le biais d'une honte sans nom et d'un autre sentiment qu'elle analysait encore mal : une émotion froide mais caressante un peu comme…un sorbet.
Tout en se relevant, il s'épongea les lèvres avec un mouchoir satiné sorti de la poche de son veston. Il le rejeta sur les restes du repas, et se pencha pour déposer un baiser sur son front, comme l'on embrasserait un animal de compagnie qui a su se monter affectueux. Hermione, au supplice, espérait que la rencontre était en train de se terminer.
Quelle était sa motivation à la traiter de cette façon ? Voulait-il voir ce qu'on ressentait lorsqu'on badinait avec une Sang-de-Bourbe ? Si c'était le cas, il n'avait sûrement pas attendu de la connaître.
L'homme s'éloigna, reprit place derrière son bureau. Il s'enfonça dans son siège ministériel, et la toisa un long moment.
« Vous êtes coupable de gourmandise.
Il eut un sourire démoniaque. « Vous pouvez disposer. »
***
Le visage amaigri, si pâle que l'on voyait les veines qui couraient sous sa peau, Ron se tenait assis devant elle, dans la salle des visites.
« Ils l'ont emmené hier. Il toussait, c'était horrible. Une sorte de bronchite. Il a même craché du sang. Vois si l'infirmière veut bien que tu lui rendes visite. Ginny est venue ce matin et n'a pas pu le voir. De toute façon, Harry est toujours mieux là-bas.
Hermione lui tendit la main : elle était glacée.
« - Je t'ai apporté du linge.
Elle embrassa ses doigts, les larmes aux yeux. « Essaie de tenir le coup, mon cœur. Je fais tout ce que je peux pour vous faire sortir.
« - Fais-nous sortir, je craque…
Ron eut un hoquet douloureux, mais Azkaban avait gelé même ses larmes.
« - Je fais tout ce qui est en mon pouvoir. Et même plus.
Il eut une quinte de toux avant de reprendre, de sa voix exténuée par le froid et l'âpreté de la vie carcérale.
« - Un nouveau prisonnier est arrivé hier, pendant la promenade. Son visage était caché par un drap. On l'a installé dans une cellule isolée, et il prend ses repas à part. Mais quand on nous a ramenés du réfectoire, je l'ai croisé. Sa capuche s'est un peu soulevée, et j'ai vu…
Il fut coupé par une nouvelle quinte de toux.
« - Tu as vu ?
« - Je suis sûr que c'était Drago Malefoy.
Les connections se firent à une vitesse folle dans l'esprit d'Hermione, qui ressentit un peu de l'ivresse intellectuelle connue autrefois à Poudlard, quand son intelligence parvenait à dénouer un problème coriace.
« - Surtout n'en parle à personne.
Merci de suivre cette histoire.
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