RAPPEL:
Rating : M
Disclaimer : L'univers et les personnages utilisés dans cette histoire appartiennent à JKR
N.B. : ce récit tient compte de tous les tomes de la saga, mais pas de l'épilogue du tome 7!


Résumé : Malgré la mort du Seigneur des Ténèbres, les forces du Mal ont triomphé et Lucius Malefoy est ministre de la Magie. Ron et Harry sont emprisonnés, et Hermione arrive péniblement à exercer son travail d'avocate. Afin de faire libérer ses amis, elle accepte l'accord qu'il lui propose : commettre 7 fautes en échange de leur liberté.

Merci à : Lupinette, Hamataroo, Zazaone, Enna62, littlebeattle et nattie black d'avoir laissé des commentaires.


Sept Leçons


Chapitre 3
Orgueil

« Un homme politique est en constante recherche d'amélioration. C'est pourquoi je souhaitais, ce soir, rompre l'isolement qui jusqu'ici caractérisait ces rencontres.

Dehors, les premières étoiles piquetaient le ciel. Hermione resserra sa cape autour d'elle, peu désireuse d'exhiber la robe de soirée noire et volontairement simple qu'elle avait revêtue.

Miss Granger,
Lucius Malefoy, ministre de la Magie, a l'honneur de vous convier le Jeudi 12 Avril à la première du concert de l'orchestre symphonique magique intitulé

« Musique Indigène,
ou l'art dégénéré du moldu Beethoven »

Tenue correcte exigée
Départ du Ministère à 19h

Depuis l'interdiction de la critique d'art, ce type de manifestation foisonnait.

« Il y aura beaucoup de monde ce soir, notamment le Comité d'évaluation des Produits Artistiques de Valeur Inférieure. Vous serez observée de toutes parts.

« - Je m'y attends, souffla-t-elle avant de se mordre l'intérieur des joues avec force.

« - Il est nécessaire, pour le bien de notre accord, que vous affectiez une attitude plus que respectueuse. Cette soirée pourrait voir s'effondrer vos espoirs…ou vous apporter plus que vous n'attendiez. Ne sous-estimez pas la reconnaissance que je vous offre. Vous recevez plus que vous ne devriez, plus que vous ne méritez.

Elle retint son envie de lui cracher ses quatre vérités à la figure. Lui avait-elle seulement demandé de prendre part à ses réunions mondaines ? Quant à cette idée de musique dégénérée, elle provoquait en elle une véritable nausée intellectuelle : comment pouvait-on en arriver à de telles considérations ?

Comme toujours la tension nouait son ventre, mais pas autant que lors de la dernière séance. Le fait d'assister à un événement public la tranquillisait.

Il se dégagea de sa chaire, et elle constata qu'il avait revêtu une cape de soirée sobre mais luxueuse, qui lui conférait une élégance écrasante. Alors qu'il mettait en ordre divers parchemins qui recouvraient son bureau, elle se laissa aller à quelques considérations.

Le col de chemise couleur crème qui enrobait son cou ne présentait pas le moindre faux pli, et sa cravate de soie brodée devait être hors de prix. Elle se demanda qui s'occupait des tenues que devait porter le ministre de la Magie, avant de réaliser qu'une demi-douzaine de conseillers devait s'en charger. Rien dans l'apparence d'un politicien n'était laissé au hasard. Un point commun avec les moldus. Elle se demanda ce qu'il penserait de cela.

Il écrivit une courte missive qu'il envoya vers la porte d'un coup de baguette, avant de signer différents documents. Debout devant le bureau ministériel, Hermione n'avait d'autre choix que de le regarder, en attente du geste qui les mettrait en route.

Ses cheveux blonds, aujourd'hui encore retenus en arrière, contrastaient avec la couleur sombre de ses vêtements. D'un point de vue physique il ne manquait pas d'attrait, pensa-t-elle à contrecœur. Bien au contraire. Exceptée la froideur qui figeait ses traits, et la certitude d'avoir devant soi le plus grand des salauds depuis l'extermination de Voldemort.

Et puis il y avait ses yeux : ses yeux la glaçaient.

En choisissant de l'exhiber à cette soirée, elle, une née de moldus, ne travaillait-il pas son image publique ? En voulant de la sorte amadouer ses détracteurs, il s'apprêtait peut-être à perdre ses partisans de la première heure…

Cette pensée l'apaisa un peu, sans toutefois la tranquilliser.

Que faisait-elle au milieu de cette foire aux convictions, elle qui n'aspirait qu'à vivre sereine au milieu de ses livres poussiéreux, entre deux batailles pour ce que d'autres appelaient ses causes perdues.

Enfin, il contourna le bureau et d'un geste ample, la convia à passer la porte avec lui. Dans le vestibule du bureau ministériel, une dizaine de diplomates et de hauts fonctionnaires attendaient déjà, auréolés d'une meute d'Aurors. Tous se turent à leur arrivée, et elle fut conquise par un sentiment d'importance qu'elle se détesta aussitôt de ressentir.

Oh, Malefoy, je ne suis qu'une décoration pour votre soirée à thème…

« Et bien et bien, mes amis…je suis navré de vous avoir fait attendre.

Un murmure mielleux de dénégation lui fut rendu, ponctué de « Oh, monsieur le ministre… », « C'est un honneur ! », et autres « Nous sommes flattés de… ». Les hommes inclinaient la tête, les femmes lui souriaient avec une avidité pathétique.

Elle tourna le visage vers lui, et surprit dans son regard une lueur impériale et carnassière. Face à ce masque de triomphe, elle déchiffrait l'ivresse du pouvoir qui l'habitait, cette jouissance de la domination suprême.

Deux aurors entrèrent, et s'adressèrent à mi-voix au Ministre.

« Tout est en place, Monsieur. Si vous voulez bien nous suivre…

Il leur emboîta le pas, et le restant du groupe les suivit sans hésitation dans une antichambre voisine.

Le portoloin, une statue de glace représentant une harpe, avait été placé au centre de la pièce. Elle s'était préparée à l'éventualité d'un transplanage, mal à l'aise à la pensée que cet acte lui était défendu, à elle et à tous les nés de moldus. La présence d'un portoloin la rassura : elle n'aurait pas à user du transplanage d'escorte au bras du ministre.

Chaque invité posa la main sur la surface luisante de la sculpture, et quelques instants plus tard, Hermione se retrouva au pied des escaliers d'un Hall majestueux, surmonté d'une coupole. Deux volées de marches symétriques grimpaient au premier, où une porte gigantesque doublée de velours rouge menait vraisemblablement à l'auditorium.

Le ministre de la Magie lui tendit le bras et elle dut le prendre.

Assez vite, elle ressentit le poids des regards qui se posaient sur elle, s'attardant sur sa mise, son visage, sa chevelure.

Certains se concertaient à voix basse après l'avoir dévisagée. Ils savaient qui elle était, le rôle qu'elle avait tenu autrefois. Mais aujourd'hui elle n'était qu'une avocate au futur incertain, se battant pour des causes oubliées, une sorcière de seconde classe.

Ils gravirent les marches et s'arrêtèrent à mi chemin sur un palier aménagé pour l'occasion en tribune. Hermione se retourna et cessa momentanément de respirer. De ce point de vue, la pièce était immense, et occupée par la foule jusqu'au moindre recoin.

Lucius fit face à l'assemblée, et le silence se fit. Hermione se recula instinctivement. Un océan de capes s'affaissa en position de révérence, dans un froissement de tissu presque religieux.

Des quelques mots qu'il prononça elle ne retint que le mépris, enrobé comme toujours dans des termes innocents, dans la suavité la plus pure.

***

Lucius jubilait, savourant le plaisir de la savoir là, asservie comme jamais, s'étonnant même de l'étendue de cette satisfaction.

Aujourd'hui il avait tout : le pouvoir, la reconnaissance et même la gloire. Mais il lui semblait parfois qu'il avait goûté à un met longtemps convoité…sans lui trouver le goût auquel il s'était attendu.

Cependant sa vie actuelle était encore loin de le lasser. Son emploi du temps chargé et la ronde de ses nouveaux privilèges contrastaient avec l'existence incertaine qu'il avait vécue avant la chute de Voldemort.

Ce soir, il contemplait la Sang-de-Bourbe comme un enfant convoite un jouet neuf. N'avait-il pas eu dans l'idée, dès sa première visite, de lui faire subir quelque torture de la sorte ? Son statut de Responsable du monde Magique méritait bien de menues compensations.

En gravissant les dernières marches, il la voyait blanchir et détourner les yeux, et même parfois esquisser un sourire forcé. Il sentait la tension de son bras posé sur le sien, alors qu'il la guidait vers la porte de l'auditorium. Il saluait au passage divers invités, expliquant brièvement la présence de la jeune femme.

Oui, une née de moldus, qui m'accompagne ce soir…

Une ancienne connaissance de ce pauvre Potter.

Ces gens-là devraient pouvoir profiter d'une réinsertion en milieu moldu, s'ils le souhaitent. Bien sûr, le ministère pourrait financer cela…

Hermione, atteignait de nouveaux sommets en terme d'humiliation. Jamais elle ne s'était sentie aussi bafouée, réduite au néant. Elle se sentait comme abrasée, compressée dans une enveloppe qui n'était pas la sienne, la honte annihilant une fois de plus ses pensées.

Bien entendu, elle ne parlait pas. Malefoy, sans doute peu désireux de tenter le diable, ne lui en donnait pas l'occasion. D'autant que son mutisme devait renforcer son statut sorcière de bas étage.

Je suis une sorcière comme tu les aimes : muette et prête à s'effacer.

Ce ne fut qu'une fois assis dans la loge ministérielle et toutes lumières éteintes qu'elle commença à se sentir mieux. Un peu comme si les ténèbres cachaient aussi les blessures faites à sa fierté.

Le ministre de la Magie regardait les musiciens avec l'attention perçante d'un prédateur. Il n'accueillait pas la mélodie avec délice, les yeux mi-clos. Hermione comprit qu'il n'était pas homme à se laisser porter par la musique, mais plutôt à vouloir la transpercer de sa compréhension.

Incapable de savourer le concert, elle jetait alentours de brefs regards, en attente d'en finir. Elle ne s'était pas attendue à découvrir un mélomane en la personne de Malefoy. Son esprit cruel et retors était incapable d'une telle sensibilité. Elle aurait été incapable de dire, ce soir, lequel des deux considérait l'autre comme le plus dégénéré.

Il avait fait enfermer son fils à Azkaban, comme un vulgaire opposant : sa propre descendance n'avait donc pas plus de valeur que le dernier de ses sujets. Un sujet et non un citoyen, parce qu'il était question d'un monarque et de son règne. Plus d'un ministre et de son mandat.

A leurs pieds, les musiciens en habit de concert moldu leur faisaient parvenir une mélodie qui aurait dû les toucher. Autour d'elle, Hermione voyait à peine reluire les visages des invités. De temps à autre, un diamant ou une chaîne dorée envoyait un éclat de lumière, trahissant le mouvement d'un convive.

Elle posa ses bras sur les accoudoirs, déterminée à retirer quelque bien-être de la musique que l'on jouait pour eux. Sa paume se posa sur une main inattendue, et elle la retira comme si elle s'était brûlée. Malefoy rattrapa son poignet au vol, et le força à se reposer sur l'accoudoir. La prise de l'homme se desserra un peu, mais sans la lâcher.

C'était la première fois qu'il se permettait un geste aussi ferme envers elle, d'autant qu'ils étaient en présence de tiers. L'obscurité empêchait quiconque de voir, mais elle aurait préféré mourir que d'être au centre d'une rumeur de romance avec ce monstre.

Elle tenta de se dérober, mais il serra davantage.

Il se pencha vers elle.

« Tenez-vous tranquille.

En contrebas, l'orchestre avait laissé place au piano seul, qui entamait la Sonate au clair de lune.

Ses doigts sur son poignet, comme une serre. Elle était fatiguée. La solitude, ses amis loin d'elle, enfermés dans leur souffrance, ses parents qui comprenaient si mal sa vie, son travail bafoué, son sang sali par un monde qui autrefois l'avait accueillie en égale…

Mais quelque chose se produisait.

A présent la musique la gagnait, comme une amie qui comprend les pensées et les reformule. Un baume sur son âme, un exutoire à ses pensées empoisonnées.

La musique avait atteint son cœur. Les pensées se transformaient en sentiments, et ces sentiments coulaient à présent le long de ses joues, libres.

Elle ne sentait plus la main de son tortionnaire, elle ne sentait que la musique qui avait permis à son âme de s'envoler.

***

Lucius sentit rapidement que quelque chose avait changé. Au creux de sa main, le poignet captif avait cessé de bouger. Il lui parut même que, privé de sa consistance, il s'était changé en fumée, laissant sa dextre vide. Son regard glissa sur Hermione, et il vit seulement ses larmes qui brillaient dans le noir.

C'était bon. Cela arrivait peut-être un peu tôt, mais c'était un délice tout de même, sublimé par l'obscurité. Il avait l'impression de lui dérober un morceau de son âme, ici même, parmi la foule. La sensation que ces larmes étaient pour lui, et pour lui seulement, le ravit.

Il relâcha sa prise.

Le concert fut suivi d'une grande réception, à laquelle ils ne firent qu'une apparition. Des portoloins les attentaient dans une pièce dérobée.

« Avez-vous souffert, ce soir ? demanda-t-il sans préambule, alors qu'on leur remettait leurs capes.

Hermione se contenta de le foudroyer du regard.

« La douleur aura été à la taille de votre orgueil, soupira-t-il. Je suis lassé de ces cérémonies. Ne m'en veuillez pas mais je rentre chez moi. Ce portoloin est pour vous, dit-il en désignant un rutilant vase de jade. Bonsoir.

***

Splendide, Narcissa trônait dans la bibliothèque, un ouvrage de sortilèges négligemment posé sur ses genoux. Lorsqu'elle le referma, Lucius en vit briller le titre : 1001 sortilèges pour retrouver un disparu. Il eut une brève pensée pour son fils, sous bonne garde à Azkaban. Pour son bien! faillit-il crier à sa femme, avant de ravaler son émotion comme on avale une bouchée dégoûtante.

« Je ne vous attendais pas aussi tôt, mon ami.

« - Ces mondanités perdent de leur charme, le temps passant.

« - N'y avez-vous pas trouvé le moindre intérêt ?

Lucius n'ignorait pas qu'elle se moquait éperdument de ses activités extérieures, mais elle s'efforçait toujours de maintenir entre eux une civilité digne de leur rang.

« - Une jeune Sang-de-Bourbe, amie de Potter dans le temps, était présente. Nous l'avons questionnée ici même, en des temps plus troublés. Notre fils nourrissait autrefois une haine particulière à son égard.

A l'évocation de Drago, sa mère retint à grand peine une expression douloureuse, mais resta muette. « Sa présence fut un réel amusement. J'ai dans l'idée de réinsérer quelques figures populaires nées de moldus dans leur milieu d'origine, c'est un projet à développer.

Cette idée le suivait depuis longtemps mais en vérité, il avait pour la Sang-de-bourbe Granger des projets autrement plus intéressants. Et même si d'ordinaire, il ne dissimulait pas à sa femme ses frasques privées, il ne vit pas l'intérêt de lui dévoiler son nouveau divertissement.


Merci de suivre cette histoire. J'espère que ce chapitre vous a plu.
Vos commentaires me sont précieux, je le répète, donc n'hésitez pas à donner votre avis. A bientôt!