RAPPEL:
Rating : M
Disclaimer : L'univers et les personnages utilisés dans cette histoire appartiennent à JKR
N.B. : ce récit tient compte de tous les tomes de la saga, mais pas de l'épilogue du tome 7!
Résumé : Malgré la mort du Seigneur des Ténèbres, les forces du Mal ont triomphé et Lucius Malefoy est ministre de la Magie. Ron et Harry sont emprisonnés, et Hermione arrive péniblement à exercer son travail d'avocate. Afin de faire libérer ses amis, elle accepte l'accord qu'il lui propose : commettre 7 fautes en échange de leur liberté.
Merci à Bunny188, Lupinette, fjudy, Daxia09, yue kizu, nattie black, Snapette, et khalie pour leur commentaires encourageants! Snapette, si tu veux que je réponde en détail à ta review, il faut me laisser une adresse mail! J'ai été contente de ta "réapparition", et ton commentaire m'a vraiment fait plaisir.
Sept Leçons
Chapitre 7
Colère
La lettre, semblable à toutes les précédentes, était arrivée seulement deux jours après leur dernière rencontre. Hermione y vit là une volonté d'en finir, et un soulagement modéré la gagna alors qu'elle déchirait l'enveloppe.
Dans son misérable studio perdu aux confins du Chemin de Traverse le silence régnait, alors qu'elle apprenait que la prochaine rencontre se déroulerait le dimanche suivant. Au Manoir Malefoy.
Il lui sembla qu'un piège encore mal connu se refermait sur elle. L'inquiétude qu'en ces lieux il pourrait disposer d'elle comme bon lui semblait, mais aussi celle d'être confrontée à Narcissa Malefoy qui ne manquerait pas de l'humilier de toute sa verve.
Croyait-elle sérieusement être confrontée à cette situation ? Lucius était bien trop exclusif dans ses possessions, l'exemple le plus évident étant son désir de réserver le savoir sorcier à ceux de sa lignée.
L'invitation était formulée pour laisser entendre quelque civilité habituelle de la haute société. J'ai l'honneur de vous convier à un entretien privé, disait la lettre. Lieu, date, heure. L'heure du thé, vraisemblablement. Et pour la première fois depuis l'envoi de ces invitations, la lettre était signée : Lucius Malefoy. Cette fois-ci, pensa-t-elle en avocate, la missive permettait d'impliquer formellement le ministre de la Magie.
Joint à la lettre, un ruban de soie verte était frappé de lettres argentées : PORTOLOIN. Elle comprit que jusqu'alors, il n'avait fait que s'exercer. La vraie partie allait donc se jouer dimanche, à l'heure du thé.
Elle abandonna la rédaction de la plaidoirie qui l'occupait depuis le début de la matinée, une affaire minable de recel de chaudrons. Les affaires les plus délicates étaient confiées à des avoués de bonne naissance, jugés plus fiables.
Une missive bien plus importante réclamait à être rédigée.
***
Elle se trouvait devant la grille du manoir.
Le soleil se cachait par moments derrière de lourds nuages, un peu comme si ce dimanche d'Avril n'arrivait pas à se décider sur le visage à prendre. Hermione posa la main sur le fer ouvragé et le sentit vibrer de magie. Les ferrures frémirent puis s'ouvrirent à elle.
En fin de compte, il y aurait de l'orage.
Un pop caractéristique eut lieu à quelques mètres sur sa gauche, et un elfe crasseux vint à sa rencontre. Lorsqu'il leva les yeux, le cœur d'Hermione fit une embardée. Une seconde durant, elle avait cru voir Dobby ressuscité. Mais la créature était légèrement différence, son oreille gauche notamment comportait une large entaille.
« Je suis Blinky. Le Maître m'a envoyé vous chercher, couina-t-il en s'inclinant.
La voix était si comparable…
Alors que leurs pas crissaient sous le gravier impeccablement ratissé, Hermione en vint à la conclusion que l'elfe était parent de feu son ami.
« - Connaissiez-vous Dobby ? demanda-t-elle spontanément.
Les gros yeux de l'elfe s'embuèrent.
« - Dobby était mon frère. Au manoir, il est interdit de prononcer son nom.
Ce faisant, il sauta par dessus la courte haie qui délimitait l'allée se précipita tête la première contre le tronc d'un if.
« - Non ! cria Hermione en se précipitant pour l'empêcher de s'y cogner une deuxième fois. Ton frère est l'une des…personnes les plus courageuses que j'ai connues. Il faut être fier de lui. Pourquoi ne te sauves-tu pas ?
L'elfe cessa de se débattre et frotta son crâne meurtri.
« - Et où donc irait Blinky, miss ? Blinky appartient à la famille Malefoy. D'ailleurs le maître m'a interdit de parler avec vous ! ajouta-t-il farouchement.
Il pinça son mince bras de toutes ses forces.
« - Ne fais pas ça ! Je promets que je ne t'adresserai plus la parole.
Blinky cessa et se remit en route, ses petites jambes s'actionnant à la vitesse de pistons. Hermione dût courir un peu pour ne pas être semée.
La façade du manoir finit par apparaître, vaste, ombrageuse, couverte dans les premiers mètres d'une vigne qui commençait à verdir et s'achevait en ligne droite au niveau du premier étage. Les pierres gris foncé qui la constituaient étaient régulièrement trouées de hautes fenêtres qui se répétaient sur deux étages. Le toit piquait le ciel de tourelles pointues, probablement inutiles, mais conférant à la bâtisse des airs de maison hantée.
Elle se trouvait maintenant devant la porte.
Massive, luisante, cloutée. Sculptée de motifs compliqués, elle renvoyait à la vanité hautaine de cette famille épouvantable. Dépourvue de heurtoir, sourde au monde extérieur. Hermione s'apprêtait à frapper mais tout comme la grille du domaine, la porte s'ouvrit devant elle. Pour la deuxième fois de sa vie (et la dernière, espérait-elle), elle entra dans la demeure Malefoy.
Le hall était vaste, mais sombre. L'elfe la précéda, ses pieds minuscules s'enfonçant à demi dans l'épais tapis. D'atroces souvenirs refluèrent à sa gorge, mais elle les chassa avec courage, concentrant son attention sur la pièce qui venait de l'accueillir.
A mesure que ses yeux s'habituaient à la pénombre, Hermione discernait les éléments tarabiscotés du mobilier, les peinture monumentales de sorciers morts depuis longtemps et qui la suivaient des yeux, les hauts plafonds ornés de fresques dorées à l'or fin.
Un lustre majestueux déployait ses cristaux, étincelant malgré qu'il fût éteint. Elle ne se rappelait pas tous ces détails : lors de sa première visite, trois ans plus tôt, son attention était entièrement occupée par le désir de survivre.
Hermione jeta un coup d'œil vers la droite, vers la porte d'un salon aux murs violets qu'elle ne connaissait que trop bien. Mais Blinky la mena au pied de l'escalier de marbre noir qui conduisait à l'étage.
« Je dois vous laisser ici, miss. Mais avant vous devez me confier votre baguette, le Maître l'a exigé.
Hermione s'exécuta. « Le Maître va vous rejoindre.
Avant qu'elle ait pu dire un mot, l'elfe avait disparu. Hermione fit un demi tour sur elle-même, les bras repliés sous sa poitrine pour calmer le tremblement de ses mains, scrutant la pénombre. Elle entendait les tableaux chuchoter sans saisir leurs paroles.
« Une vraie souillon, tonna soudain une voix à sa droite.
Elle tourna la tête.
Dans un cadre doré aux motifs serpentins, la peinture d'un sorcier brun la contemplait. Il avait les mêmes yeux que Lucius.
« - Je vous demande pardon ? demanda-t-elle avec raideur.
« - Vous semblez droit sortie du ruisseau, ma pauvre enfant, répondit le sorcier avec un accent français à couper au couteau. Il eut un hoquet méprisant.
« - Je vous interdis de me parler de la sorte !
« - A la bonne heure ! s'exclama-t-il dans sa propre langue. Exaspérée, Hermione lui tourna le dos.
Des pas résonnèrent dans les escaliers. Le lustre parut littéralement s'enflammer, inondant la pièce d'une lumière qui lui fit mal aux yeux. Les battements de son cœur s'accélérèrent.
Le maître des lieux descendait les escaliers, sans se presser. Il était pieds nus. Parfaitement vêtu d'un ensemble noir brodé qui soulignait la blancheur de sa peau, mais pieds nus, et les cheveux lâchés. Ses yeux brillaient, inquiétants, cernés de fines ridules. Deux étoiles froides.
« Vous êtes ici depuis quelques minutes et vous voilà déjà en conflit avec mes ancêtres, dit-il de ce ton traînant auquel elle s'était habituée. Pardonnez ma mise, mais quand je suis seul je me permet une certaine…décontraction.
Hermione prit une inspiration courageuse.
« - Et bien vous n'êtes plus seul, maintenant, répliqua-t-elle avec froideur.
Il la contempla d'un air intrigué, tout en descendant les dernières marches. Une fois face à elle, il se pencha et d'un geste altier déposa un baiser sur son front, sa main à peine posée contre l'arrière de sa tête. Sans s'en rendre compte, Hermione s'était inclinée pour faciliter son geste.
Il s'en aperçut et se demanda si elle avait souhaité hâter ce contact ou bien sa conclusion.
« - Cette gueuse ne m'inspire rien qui vaille. Flanque-la à la porte, Lucius, brailla le portrait qui un peu plus tôt avait insulté Hermione.
Il s'écarta d'elle et contempla le tableau par-dessus son épaule, un sourire indulgent sur les lèvres.
« - Avec plaisir. Dès que j'en aurai fini avec elle, vieil imbécile.
Le personnage aux yeux gris (qui lui ressemblait de façon frappante excepté la noirceur de sa longue chevelure) poussa un oh! indigné et apostropha le portrait voisin, une belle femme blonde, qui s'esclaffait d'un rire aigu de sa déconvenue. « Voudriez-vous ne pas rire de cette façon, Dionaea ?
Lucius avait déjà entrepris de remonter les escaliers.
« - A moins de ne vouloir leur tenir compagnie, je vous conseille de me suivre, dit-il d'un ton nonchalant.
Hermione tourna les talons et le suivit dans son ascension.
Elle se sentait mal à l'aise de sa propre docilité et commençait à se méfier de ce dégoût qui se transformait trop facilement en curiosité : elle en déduisait sa résignation à ce rôle de servante charnelle auquel la soumettait. Dans le temps, c'était son intelligence et son esprit que l'on sollicitait. Barbare parmi les barbares, Lucius se plaisait à ignorer l'une comme l'autre.
L'escalier claquait froidement sous ses pas, brillant comme un diamant noir, poli à l'extrême. Devant elle, le Ministre de la Magie se déplaçait sans bruit, la peau de ses pieds en contact direct avec cette matière glacée.
Ils atteignirent l'étage et suivirent un couloir lumineux, tout aussi chargé de tableaux que l'entrée principale. Les portraits et scènes de chasse, les paysages, les natures mortes, tous vibraient de réalité comme autant de fenêtres sur des mondes inaccessibles.
Hermione sentait les personnages la défigurer, certains ayant avec Lucius de vagues traits communs, d'autres lui ressemblant furieusement, comme le portrait du hall. Une vieille femme au visage mince, au nez pointu, lui évoqua Drago avec une évidence rare.
Sur une nature morte, elle vit une mouche se poser sur une pomme édénique, la goûter, puis repartir. Sur le tableau suivant, elle vit un lac frémir et un poisson exécuter un saut à la surface de l'eau. A l'arrière plan, les sapins se balançaient dans le vent.
La toile suivante, immense, présentait une falaise en proie à la tempête. Une vague s'écrasa sur le granit, et elle sentit presque l'écume sur son visage. Le visage de Dobby traversa son esprit avant de se fondre, remplacé par la peinture suivante.
Elle avait conscience de ne savoir où regarder, agitant son attention autour de ces images vibrantes de réalité, vaguement consciente de Lucius Malefoy qui marchait devant elle sans prêter attention aux tableaux.
Enfin, il s'arrêta.
A leur droite, une porte s'ouvrit. Un salon brun et ocre, rehaussé ça et là de bibelots argentés, et dont le sol était couvert d'un immense tapis persan. Une horloge ouvragée trônait face à l'entrée. La grande aiguille se dirigea vers le sommet du cadran, et Hermione se prépara à la puissance d'un carillon qui ne vint pas. Une mélodie semblable à une boite à musique s'éleva alors, célébrant les dix-sept heures du thé.
Sans s'en être aperçue elle se trouvait déjà devant la pendule, le regard rivé au balancier. La musique l'avait plongée dans un état second. Un bruit de liquide versé bruissa à son oreille. Sa cape glissa de ses épaules, comme mue d'une volonté propre. Elle l'entendit même pas tomber.
Le visage penché, Lucius versait le thé. La fumée s'en élevait dans la lumière de fin d'après-midi, virginale. La boisson coulait, accrochant joliment la lumière, mais c'était son visage à elle qui occupait ses pensées. Sa détresse, sa détermination aussi. Un sourire étira ses lèvres minces.
« Asseyez-vous, je vous prie. Prenez-vous du sucre ?
« - Non, merci.
Elle s'arracha à la contemplation de l'horloge et prit place, dos à la fenêtre. Les dernières notes du carillon s'égrenaient dans l'air. Il s'installa face à elle. Dans le contre-jour, il ne voyait pas son expression.
« Si vous êtes perspicace, vous aurez deviné qu'il est question aujourd'hui de Colère.
Lors de la rencontre initiale, l'idée des Sept fautes lui était venue sans trop de mal. Il avait cherché un moyen de la voir s'avilir, et quoi de plus simple que cette liste ancestrale de tous les travers humains ?
Mais Lucius réalisait qu'une part de son plan avait échoué. Elle avait commis avec plus ou moins de docilité les fautes qu'il lui avait imposées. Cependant, au lieu de l'enlaidir, ces égarements l'avaient illuminée, transcendant son ascendance fangeuse. Au lieu de se délecter de sa laideur, il s'était surpris à la convoiter, à ressentir la soif de cette rébellion de ses gestes et de ses mots. Lui, un Vautre-en-bourbe ? Personne n'était obligé de le savoir…
Il avait décidé d'aller au bout de ses appétits.
Sa prisonnière restait silencieuse, le visage incliné et auréolé de lumière. Il devinait ses mains sagement croisées sous la nappe. Elle n'avait pas touché à sa tasse. Se méfiait-elle de ses ruses ?
« Buvez, votre tasse ne contient que du thé. Les choses sont sérieuses, désormais.
Il poussa la tasse vers elle, et elle s'en saisit avec lenteur. La lumière l'empêchait de bien la voir, et d'un sortilège il referma les rideaux. Une lumière ocre baigna la scène, et enfin il put voir l'expression de son visage : une larme avait coulé sur sa joue gauche.
« Je vous ai assuré du bon déroulement de notre accord, mais je renonce à vous voir en colère. En échange, je souhaite autre chose.
Hermione reposa bruyamment sa tasse, un sanglot tordant son visage.
« - Je sais ! Je sais ce que vous voulez.
« - Ce que je veux…
Le cerveau de Lucius s'était mis à bouillir. Cette comédie avait suffisamment duré. Il se leva brutalement et balaya le vase qui trônait sur la table. L'objet s'écrasa au sol dans l'indifférence, répandant ses élégants arums sur le tapis.
La fille s'était raidie sur sa chaise, effrayée. Il vint la saisir par le col et la précipita par terre. Bienveillant, le tapis amortit sa chute. Il s'agenouilla au-dessus d'elle avec empressement.
« Assez de ces fautes ! Assez de cette comédie insipide ! Je me fiche de votre colère ! Je sais ce que je veux ! Comment avez-vous pu penser que ces futilités seraient une compensation suffisante au service que je vais vous rendre !
Sa main droite s'abattit sur le tapis, à quelques centimètres du visage d'Hermione.
« - Vous aviez dit que vous ne coucheriez jamais avec moi, répondit-elle en désespoir de cause.
« - Envie, Orgueil, Luxure, Colère, Avarice, Gourmandise, Paresse ! scanda-t-il en réponse. « Une farandole de mises en bouche, mais rien que je ne puisse vraiment m'approprier.
« - Non !
« - Non ? Mais non à quoi !
Elle tenta de se relever, mais du plat de la main il la maintint au sol, appuyant sans effort sur sa gorge.
« Ecoutez moi, écoutez moi…Je voulais vous offrir une situation confortable, des privilèges comme vos semblables n'en connaîtront jamais. Je vous aurais destiné les affaires les plus prestigieuses. C'est l'impunité que je vous offrais, le rêve de chacun ! J'aurais effacé vos origines (il vit les yeux de la fille s'agrandir de dégoût), j'aurais dit que vous aviez été enlevée à votre naissance par des moldus ! Et l'argent n'aurait jamais plus été un problème.
Il caressa sa joue avec empressement, écartant les boucles qui couvraient son visage. Hermione se tortilla, essayant vainement de s'extraire de sa posture.
« Ne bougez pas, écoutez ce que j'ai à dire.
Il approcha son visage du sien, promena ses lèvres sur sa joue, son corps mince plié en deux au-dessus de celui d'Hermione. Sa bouche rampa jusqu'à son oreille.
« Si seulement vous saviez vous contrôler…Il y a un endroit où vous pourriez vous étendre, près d'ici. Si confortable que chacun de vos muscles perdrait de sa réalité. Il n'y aurait pas une caresse que je ne pourrais vous prodiguer, pas un plaisir que je pourrais vous refuser.
Il baisa sa bouche puis affronta son regard. « Seriez-vous insensible ? demanda-t-il avec rage.
Elle voyait ses yeux, grands ouverts sur sa folie, ce désir qu'elle ne voulait pas partager. Il y avait sa main, tiède, contre sa gorge : il tremblait. Une vague de peur la traversa, aussitôt engloutie par une autre émotion. Un élan de compassion imprévu, oui, une pitié qui résoudrait tout, dissoudrait cette violence.
Elle tendit la main, et il sursauta quand elle la posa sur sa joue. Elle entrouvrit la bouche, cherchant ses mots, attentive à rester sincère.
« - Je comprends ce que vous voulez. Je vois l'expression de votre visage.
Il la coupa, plongeant de nouveau vers son oreille.
« - Alors laisse-moi faire. Je ne m'abaisserais pas à mentir. Je te ferai ce que j'ai dit. Juste un soir. Tu voleras, tu oublieras tout. Je te donnerai l'illusion que tu m'aimes.
Elle surmonta sa frayeur et l'enlaça avec douceur, espérant le calmer.
« - Mais quel intérêt, monsieur ?
« - Ma satisfaction, petite Sang-de-Bourbe.
Il avait dit cela avec une tendresse qui glaça Hermione, mais elle maintint son étreinte avec toujours l'espoir de le calmer. Il passa les mains derrière son dos et la fit se redresser.
« Je sais ce qu'il y a dans ta tête, continua-t-il. Rien ne m'a échappé et je sais que parfois tu te laisses aller, et ton esprit s'ouvre. Par moments, tu m'aimes un peu.
« - Quel intérêt, répéta-t-elle.
Il la serra davantage. « Je prendrai soin de toi.
Elle sentait la caresse de ses mains dans son dos, dans ses cheveux. Ses baisers éperdus dans son cou, ses soupirs, et cette odeur si fraîche. Elle se détacha un peu, étudiant son visage. Quelque chose dans son ventre se vrilla, comme vaincu. Il y avait dans l'éclat de ses yeux une frustration intense, presque enfantine.
Il était entrain de la supplier.
Incertaine, elle lui donna un léger baiser sur le coin de la bouche. Il prolongea le contact, l'approfondit de façon presque obscène. Il l'enserra presque douloureusement, broyant ses reins. Elle ignorait pourquoi elle ressentait le besoin de le réconforter, car au-delà de cet instant précis, il demeurait un monstre. Pourtant…un instant plus tôt, n'avait-elle pas aperçu quelque chose, derrière ces apparences ?
« - Je ne cèderai pas, Monsieur.
Il se recula comme si elle l'avait giflé, scrutant son regard avec circonspection. Elle en profita pour le repousser et se remettre debout, arrangeant sa coiffure et lissant ses vêtements. Il en fit promptement de même, repoussant en arrière ses cheveux emmêlés.
« - Très bien, fit-il de ce ton froid qu'elle connaissait si bien. Et bien je me vois dans le regret de ne pas pouvoir tenir mon engagement.
Hermione prit une longue inspiration, soucieuse de mettre dans ses mots le plus de poids possible. Elle planta ses yeux dans les siens, affrontant de son mieux leur éclat hostile.
« - Vous allez devoir le tenir, pourtant. Autrement je serai dans l'obligation de divulguer, vous concernant, certaines informations.
« - Je vous écoute, rétorqua-t-il avec une ironie méprisante.
« - Il y a dans un quartier isolé d'Azkaban, une personne très proche de vous.
Elle le vit se figer. « Si vous ne tenez pas votre engagement, malgré le fait que j'aie honoré ma part, je vais révéler au grand public que vous maintenez votre propre fils en détention.
Il ne disait toujours rien. Elle poursuivit : « Si je ne le contacte pas avant ce soir, un homme de loi enverra une vingtaine de courriers révélant tout à divers individus, membres de l'opposition comme de votre propre camp. Pensez à ce qu'ils pourraient faire de cette information. Pensez à ce qui est arrivé à Barty Croupton.
Lucius semblait s'être transformé en statue.
« Qu'avait-il fait ? poursuivit Hermione. Qu'avait-il fait pour être traité de la sorte ? Elle n'attendait pas vraiment de réponse, mais il la lui donna quand même.
« - Il voulait s'enfuir, quitter son pays…Il a refusé le soutien que tout fils doit à son père, dit-il d'une voix blanche, le regard perdu dans le vide.
L'homme détourna les yeux.
« Ils seront libres demain matin.
« - Je vous en remercie, dit-elle avec sincérité. Et n'ayez crainte, je quitterai le pays avec eux.
Sans doute incapable de supporter la défaite, il lui tourna le dos.
« - Où irez-vous ? demanda-t-il en un souffle.
Hermione sentit les larmes, inexplicables, lui monter aux yeux.
« - Préparer la révolution, mon cœur.
Il se retourna. Ses yeux étaient tristes, résignés. Il resta plongé dans son regard et quand il parla, sa voix trembla un peu.
« - Alors n'économise pas tes forces. Et quand le moment sera venu, détruis-moi sans hésiter.
***
Deux ans.
Deux années à se battre, à discourir, à élaborer stratégie sur stratégie. Du monde, elle en rencontra. A travers les communautés irlandaises, françaises, allemandes, et tant d'autres aussi. Tellement de réunions, d'appuis apportés et de désistements aussi.
Au-delà des frontières, dans sa Grande-Bretagne, un homme s'élevait. Kingsley Shacklebolt faisait face, et il tenait bon.
Aux côtés de ses amis de toujours, Hermione se battait. Non pas avec la magie de sa baguette mais avec celle de ses mots. Son travail d'avocate l'avait habituée à la plaidoirie, mais à présent il s'agissait de leur avenir à tous, de changer durablement un monde qui s'enfonçait dans les ténèbres.
Elle apprit à convaincre tout simplement en ouvrant son cœur, en métamorphosant les sentiments en phrases simples. La Vérité était plus que jamais son alliée. De l'autre côté de son âme, trônait la Justice.
Deux ans qu'elle avait quitté, victorieuse, le manoir Malefoy. La liberté de ses amis enfin garantie, et l'esprit en paix. Deux ans aussi qu'elle avait quitté l'Angleterre.
Il lui arrivait de revoir ces yeux gris clair, fauves, perçants. Elle revoyait aussi la fêlure, la détresse de celui qui l'avait regardée partir, seul au centre de ce salon baigné d'ocre, immobile, vaincu.
Ces yeux la hantaient quelquefois, ainsi que la pensée d'avoir été fourbe. Mais elle pensait aussi : J'ai été comme toi, Lucius Malefoy. Je n'ai pas laissé de chance à l'ennemi. Elle n'avait pas eu le choix : oh non, elle n'aurait pas échangé sa vertu contre la liberté de Ron et Harry. Ces choses-là étaient sacrées.
Drago s'était évadé d'Azkaban moins d'un an plus tard, et ses amis ignoraient tout de l'étrange marché qui l'avait liée au Ministre de la Magie. Qu'y avait-il à regretter ?
Peut-être une étreinte fraîche, étrange. Une élégance gestuelle élaborée, presque maladive. Une violence dans les mots, dans le regard. Une brûlure. Une faiblesse.
Elle avait été faible, et lui aussi. Il l'avait voulue, et elle avait été curieuse de lui. Qu'aurait-il pu arriver s'il n'avait pas été son éternel tortionnaire ? Le spectateur de sa torture, l'instigateur de sa soumission. Aurait-elle cédé ?
Jamais elle n'aurait de réponse, pensait-elle, debout sur le pont de ce ferry moldu qui la ramenait dans son pays. Ginny vint s'accouder à ses côtés et lui tendit un gobelet en plastique rempli de café.
Coup d'état, élections anticipées : deux jours plus tôt, Kingsley avait été élu Ministre de la magie. Aujourd'hui il rappelait ses partisans pour la reconstruction, tous les exilés politiques qui, comme elle, avait œuvré pour la justice et le respect de tous les sorciers, quelle que soit leur origine.
Elle revenait.
Je rentre à la maison. Dans quelques temps les arbres auront entièrement reverdi, et l'air sera plus doux. Le printemps. Oh oui, je rentre à la maison.
***
Elle retrouva avec émotion le studio misérable qui avait abrité sa solitude, autrefois. Rien n'avait changé de place. Même les parchemins de la dernière affaire qu'elle avait traitée étaient encore déroulés. Dans le flacon transparent, l'encre avait séché.
Même cette vieille cape… Elle se revit la jeter sur le dossier de la chaise, deux ans plus tôt, décidée à n'emporter que le nécessaire dans son exil imminent. Elle ouvrit la fenêtre et un air tiède vint caresser son visage.
Les garçons s'étaient précipités à square Grimmaurd, prêts à se mettre au travail.
Ses amis.
Leur mission de sauveurs du monde libre avait étouffé son histoire naissante avec Ron, la dissolvant comme la marée haute démolis sans pitié les châteaux de sable attardés sur sa route.
Ils l'attendaient pour le repas du soir. Il y aurait probablement tout le monde. Et demain, la tribune du Magenmagot deviendrait sa seconde maison.
Un oiseau sombre se détacha des nuages et fondit sur sa fenêtre. Elle se recula pour le laisser atterrir. Un hibou altier d'un noir de jais, qu'elle prit d'abord pour un émissaire du Ministère. Elle détacha la lettre de sa patte, et une bouffée de déjà vu la submergea. C'était le même papier…
C'était son écriture.
Lui.
Elle détourna les yeux une seconde puis se mit à lire, fébrile.
Il lui souhaitait un bon retour dans son pays.
Elle avait été forte, sans pitié pour lui et son régime. Comme il l'avait souhaité. Il avait perdu les bonnes grâces du peuple sorcier, mais rien n'avait changé parce qu'il l'attendait toujours.
C'était elle qu'il voulait. Il lui dit qu'il l'aimait.
Que rien n'avait changé.
L'oiseau était reparti depuis longtemps, et accoudée à la fenêtre elle effleurait l'écriture du bout de ses doigts tremblants.
Une question lui vint à l'esprit. Connaissait-il les Sept Vertus, vagues miroirs des fautes qu'il chérissait tant ?
D'une main légère, elle les inscrivit pour lui sur un parchemin qui traînait là. Au-dessous, elle lui proposa un unique rendez-vous.
Merci de votre assiduité! Suite et fin la semaine prochaine. Un commentaire pour marquer la fin de cet avant-dernier chapitre? Lecteurs de tous horizons (je vous vois dans mes stats!), c'est le moment de vous exprimer. Bises à tous.
