RAPPEL:
Rating : M
Disclaimer : L'univers et les personnages utilisés dans cette histoire appartiennent à JKR
N.B. : ce récit tient compte de tous les tomes de la saga, mais pas de l'épilogue du tome 7!


Résumé : Malgré la mort du Seigneur des Ténèbres, les forces du Mal ont triomphé et Lucius Malefoy est ministre de la Magie. Ron et Harry sont emprisonnés, et Hermione arrive péniblement à exercer son travail d'avocate. Afin de faire libérer ses amis, elle accepte l'accord qu'il lui propose : commettre 7 fautes en échange de leur liberté.

Merci à Lupinette, yue kizu, Mathilde, fjudy, Hamtaroo, Snapette, Acetone, Camille, PaulinaDragona, Nefertété Khalie, K.P. et Sherazades pour leurs commentaires. Merci mille fois. Nous voilà donc arrivés au dernier chapitre. J'espère que cette histoire vous aura plu, pour ma part ce fut un régal à écrire. D'autres projets suivent leur cours, je donnerai régulièrement des nouvelles sur mon profil quant à mes prochaines publications. Encore merci à tous !


Sept Leçons


Chapitre 8
La huitième faute

Un bureau particulier dans la portion la plus huppée du chemin de traverse. Derrière les fenêtres, s'élevait le bâtiment altier mais néanmoins étrange de la banque Gringotts.

Son visage lui apparut creusé, ses yeux cernés. Le visage d'un homme soumis à un stress ininterrompu et cela depuis des mois. Ses longues mèches platine étaient mêlées près des tempes de fils encore plus clairs. Il avait maigri.

Il se leva et elle put constater qu'il n'avait rien perdu de sa stature altière, malgré ses traits tirés et la destitution fracassante dont il avait fait l'objet. Il la jaugea du regard. Ses sourcils se froncèrent, son regard se troubla. Les glaces de ses iris fondirent, laissant place à une expression indéchiffrable.

Soudain une crispation douloureuse tordit son visage. L'ancien ministre de la Magie abattit la main sur le rebord de son bureau, et la colère contracta ses traits. Il se tint légèrement incliné sur le meuble le temps de reprendre contenance. Apaisé, il ramena les yeux sur elle.

Elle se rappela alors que deux mois plus tôt, Lucius avait été la cible d'un attentat sanglant, perpétré par des sorciers nés de moldus.

Il sondait ses émotions, encore. Elle se doutait de l'effort qu'il faisait pour affronter son regard, lui qui était désormais en disgrâce. Dans un coin de la pièce, un guéridon soutenait un plateau de fioles et de compresses. Sur le bureau, luisait une bouteille de Whiskey Pur Feu vidée de moitié. Il saisit sa canne, qui désormais remplissait pleinement son rôle, et avança vers elle.

Hermione se tenait toujours dans l'encadrement de la porte et le contemplait.

« Aujourd'hui c'est moi qui vient à vous, dit-il.

Paisible, elle observait sa difficile progression. Ses partisans avaient abandonné les lieux, tout comme ils avaient abandonné leur chef. Seule une secrétaire austère l'avait accueillie, et n'avait même pas retenu sa baguette, se contentant de l'introduire et de refermer la porte derrière elle.

Appuyé contre le mur de gauche, l'immense portrait de Salazar Serpentard guidant le peuple était à demi déballé.

Ses partisans n'étaient pas les seuls à s'être éloignés de lui. Narcissa avait tout appris à la fois : l'évasion de Draco et son emprisonnement. On murmurait qu'elle avait tenté de tuer son mari, avant de passer les mois suivants dans le département de psychiatrie de Ste Mangouste. Suite à ces évènements, elle avait fui à l'étranger pour rejoindre son fils adoré.

Lucius s'était arrêté à une distance respectable de son invitée.

Elle fit un pas vers lui, tendit la main et effleura le côté de son buste qui le faisait manifestement souffrir. Les yeux plantés dans les siens, il releva le menton.

« Je ne vous fais plus peur, murmura-t-il avec une ironie presque amusée.

Il saisit la main de la jeune femme et la pressa contre sa blessure, s'infligeant un accès de douleur qui crispa momentanément ses mâchoires. Hermione sentit l'épaisseur des bandages, sous le tissu. Il la scruta, hautain. « Les vôtres ne m'ont pas épargné.

Elle lui rendit un sourire courtois, et l'ancien ministre de la Magie reprit la parole : « Vous allez présider le Magenmagot, dit-on. Il lâcha sa main.

« - En effet.

Il se trouva à cours de sujets de conversation, et elle ne souhaita pas combler le silence qui s'installa. Elle réalisa qu'elle gardait encore sa paume contre son buste meurtri. Lui ne la quittait pas des yeux. Une douceur épouvantable s'installait peu à peu dans ses prunelles grises, suffisant à combler tout silence.

Elle retira sa main. Il pencha les yeux sur ce geste, avant de revenir à son visage.

« - Etes-vous ici pour m'enseigner quelque vertu, miss Granger ?

« - Vous avez pris l'initiative de m'écrire.

Cette fois il baissa les yeux.

« Vous salissez tout, vous pervertissez tout. Vous transformez la fierté en orgueil, le repos en paresse, la pudeur en avarice, clama-t-elle avec une émotion qui commençait à déborder. Vous m'écrivez des mots d'amours alors qu'il n'est question que de frustration (elle recula d'un pas). Quelle sorte de romance espériez-vous…

Il inspira et la dévisagea, impassible, avant de répondre :

« - Rien n'a changé, depuis deux ans. Je ne vous réclame qu'une chose : quelques heures avec moi.

Il se mit alors à arpenter le sol du bureau, sa canne frappant sèchement le sol au rythme incertain de ses pas. Il tourna son visage vers elle, sa longue crinière blonde fouettant son dos.

« Que croyez-vous que j'aie fait, pendant ces deux années ! éclata-t-il. Une part de vous partageait cette envie, et moi je ne vous réclamais qu'une nuit ! La révolution était aux portes du Ministère, et moi je ne pensais qu'à vous baiser !

Ses yeux gris l'assassinaient sans détour. Hermione essuya son visage mouillé de larmes.

« - Une nuit…moi, j'aurais pu vous les donner toutes, si seulement vous aviez su me faire la cour au lieu de me tourmenter.

Lucius se figea.

« Mais je suis une Sang-de-Bourbe, une parvenue. Je suis une bête à abattre pour vous et vos semblables, un sac de chair tout juste bon à torturer. Un sous-être à la merci de votre haine, des Endoloris de Bellatrix Lestrange, de vos appétits de domination et d'humiliation.

Elle le considéra froidement. « Vous n'avez rien à m'offrir.

Elle fit demi-tour et s'apprêta à quitter la pièce. Il se précipita vers elle et retint son bras, déversant dans son oreille une tempête de mots.

« - J'ai vécu l'enfer ! Deux années à crever à petit feu, avec ce manque qui brûlait mes tripes, incapable de dormir ! Vous ne savez rien de l'homme que je suis devenu. J'ai cru crever de frustration, et je sais que cela vous réjouit !

« - Tout le monde souffre.

Il se retint de dire qu'il s'en fichait. Il voulait qu'elle cède. Il voulait son corps, son silence consentant. Il désirait cela avec la force d'une frustration grosse de deux années. Deux années à ne pas dormir pour ne pas rêver d'elle, deux années à payer des espions pour connaître son sort.

Il lui semblait que sa délivrance était là, face à lui. Et il réalisa qu'en effet, il n'avait rien à offrir en échange : pas de service à rendre, aucun d'acte d'éclat pour changer l'opinion qu'elle avait de lui. Il n'avait rien excepté une fortune qui se comptait en millions, et dont elle ne voulait pas. Il n'avait rien.

« - Parfait.

Elle fit volte-face.

« - Je n'ai aucun plaisir à vous voir souffrir. Mais si autrefois vous m'avez infligée sept leçons plutôt douloureuses, de mon côté je ne vous en retourne qu'une : je ne suis pas à vendre. Vous souffrez, bien entendu. Vous découvrez que vous n'êtes qu'humain. C'est cela qui me contente.

« - A votre service, répondit-il avec une haine contenue.

Hermione se détourna et sortit sans attendre.

Ses pas la guidèrent le long du Chemin de Traverse. Déambulant dans la foule, elle laissait son esprit errer d'une pensée à l'autre, comme un insecte bourdonnant de fleur en fleur. Chaque visage lui paraissait beau, chaque objet exposé en vitrine d'un éclat indiscutable. Ces petites choses l'apaisaient, après cet affrontement difficile qu'elle avait su mener à bien. L'avenir s'ouvrait enfin à elle. Elle aurait du travail. Elle avait ses amis. Elle était bien.

Elle marcha jusqu'à ce que ses pieds ne la portent plus, et que la fraîcheur du soir lui rappelle que l'été était encore loin. Elle avait reculé le plus possible le moment où elle se remettrait à réfléchir.

Elle aurait voulu prendre à la seconde même ses fonctions de présidente du Magenmagot afin de penser à rien de personnel, et surtout pas à Lui. A son odeur. A son regard. A toutes ces choses qui n'avaient pas changé.

Elle voulait travailler sans relâche pour dissoudre ces sentiments contradictoires. Travailler, travailler encore.

***

Le mois de juillet était déjà bien avancé, et de lourds nuages flottaient comme un couvercle au-dessus de la ville. Les habitants du Chemin de Traverse erraient au ralenti en attendant la pluie qui les aurait libéré de leur torpeur. Hermione eut l'impression de mijoter depuis une semaine dans quelque potion gluante, alors qu'elle essuyait la pellicule de sueur qui couvrait son front, montant lentement les escaliers qui menaient à son appartement.

Elle occupait sa fonction de présidente du Magenmagot depuis maintenant plus de deux mois.

Elle aurait pu déménager depuis longtemps pour un logement grand et confortable, mais il lui semblait qu'elle devait conserver cette habitation minable le plus longtemps possible : c'était le seul appartement qu'on avait bien voulu lui vendre, à l'époque du ministre Malefoy. Elle ne voulait pas gommer les injustices de cette époque, et rester ici lui semblait le meilleur moyen de ne pas oublier.

Alors qu'elle pointait sa baguette sur la serrure, elle eut une pensée pour la douche tiède qui l'attendait. Elle sentit vaguement une fragrance étrange, mais n'y prêta pas attention.

La première chose qui la frappa, une fois la porte ouverte, fut la puissance de l'odeur qui lui sauta au visage. Capiteux, sucré, musqué, le parfum l'enveloppa sans réserve.

Hermione fit un pas prudent en avant, et alluma d'un geste l'ensemble des bougies du plafonnier. La surprise fut telle que sa bouche s'ouvrit de façon involontaire, alors que ses yeux s'écarquillaient. La pile de livres et de dossiers qu'elle portait chuta lourdement sur le plancher. Elle faillit même lâcher sa baguette, mais ses esprits reprirent contenance et elle se mit à détailler la pièce avec un regard plus froid.

Du sol au plafond, sur chaque meuble, sur chaque coin d'étagère, sur le rebord de la fenêtre qu'elle avait laissée grande ouverte, on avait disposé d'opulents bouquets de lys. Blanches, nacrées, souveraines, les fleurs avaient colonisé son petit appartement.

Un mince passage lui permettait d'accéder au centre de la pièce, où une enveloppe flottait dans les airs. Elle tendit la main mais retint son geste, craignant quelque attentat. Elle lança sans y croire un sort de Révélation. Quelque chose en elle savait qui était derrière cela.

Vous n'êtes pas à vendre.
En revanche, moi, je le suis. Vous êtres libre de fixer le prix de cette transaction.

Lucius Malefoy

Il avait signé de son nom. C'était seulement la deuxième fois qu'il le faisait, et deux ans auparavant, la signature ponctuait un texte bien plus formel. Et puis cette proposition… Sans qu'elle s'en aperçoive, un sourire exaspéré avait transformé son visage. « Votre place est en prison, soupira-t-elle pour elle-même. Fichez moi donc la paix…

« - Est-ce là tout ce que vous réclamez ?

Elle fit volte face, glacée.

Lucius souriait, depuis l'encadrement de la porte.

« - Vous n'entrerez pas ici.

« - Je n'en avais pas l'intention.

« - Pourtant vous avez fait tout ça, cria-t-elle en balayant la pièce d'un geste emporté.

« - Le sorcier du magasin de fleurs a fait cela. Moi, je ne mettrais les pieds dans ce taudis pour rien au monde.

Hermione sentit la colère gagner son cœur mais, comprenant que c'était la réaction qu'il attendait, referma la porte d'un coup de baguette rageur. Il la retint d'un claquement sec de sa canne. Son sourire s'était évanoui. Elle exhiba la lettre :

« - Je n'ai besoin d'acheter personne, déclara-t-elle en s'efforçant de rester calme. Il y a tout simplement des gens que j'aime, et qui m'aiment en retour.

« - Dans le temps, moi aussi j'aimais les miens. Et je haïssais les sorciers nés de moldus. Aujourd'hui je les hais tous, quels qu'ils soient.

Hermione se mordit la lèvre inférieure, les yeux baissés.

« - Je m'en fiche. Allez vous-en.

Mais il continua.

« - Toi, tu flottes hors de cet univers.

Elle ne voulut pas répondre, persuadée que ces paroles n'étaient guère plus que les dernières astuces d'un politicien au bord de l'échec. Un long silence s'installa, et elle sentait son regard posé sur son visage détourné. Ses lèvres s'ouvrirent, et les mots coulèrent hors d'elle comme ces joyaux qui, autrefois, avaient roulé hors de sa bouche.

« - Je ne t'achèterai pas, Lucius. C'est à toi de te donner. Et peu importe les risques.

Il fit un pas et sans se départir de son regard froid, entra dans la pièce. Elle le regarda bien en face, et affronta ses yeux pleins de colère. Il répondit.

« - J'ignore comment on fait ces choses-là.

Et elle comprit que cette haine dans son regard était sa seule émotion possible, parce qu'il ignorait toutes les autres.

« - Qui te dit que j'ai envie de te les apprendre ?

Son regard se durcit davantage, chose qu'Hermione n'aurait pas crue possible.

« Je sais qu'il y a quelque chose, là, dans ta tête, qui pourrait dire oui. Je voulais quelques heures avec toi, mais si j'avais connu ton inclination à mon égard, je les aurais toutes revendiquées.

« - Tu es ambitieux, souffla-t-elle.

« - Je suis un homme politique, souviens toi.

Il fit encore un pas, sa cape sombre frôlant les fleurs délicates qui couvraient le sol.

« Viens avec moi, murmura-t-il d'une voix sourde. Accompagnant ses paroles, sa main gantée de cuir se tendit vers elle.

« Viens avec moi. Il y a une chambre, chez moi, la plus grande de tout le manoir. Personne n'y a dormi depuis près d'un siècle. Elle n'attend que toi. Il y a deux bibliothèques remplies d'ouvrages dont tu n'aurais même pas soupçonné l'existence. Tous les livres de droit dont tu as besoin. Il y a une salle entière, pleine de vêtements neufs faits à tes mesures, dignes de tes nouvelles fonctions, dignes de toi. Garde ce trou à rats si tu le veux (balaya l'air de son minuscule appartement), mais viens avec moi.

Encore un pas, agrémenté d'une crispation presque imperceptible de son visage quand sa canne heurta le plancher, soutenant son buste affaibli.

« - Non, murmura-t-elle à son tour. Elle se passa la langue sur les lèvres. « Toutes ces choses ne m'intéressent pas. Il te faudrait faire l'apprentissage de certaines valeurs que tu ignores. Et il te faudrait me faire tes excuses pour toutes ces choses que tu m'as fais subir.

Encore un pas.

« - Viens. En temps voulu tu me donneras toutes les leçons que tu veux.

« - S'il y en avait une, elle durerait tout le reste de ta vie.

Elle fit un pas en arrière, et s'assit sur le lit qui faisait aussi office de divan. Il était recouvert de lys qui bruissèrent sous son poids. « Je ne viendrai pas avec toi. Qu'espérais-tu ?

Il avança encore, et fit un arrêt à moins d'un mètre d'elle. Il dégagea sa baguette de la canne qui le soutenait, et Hermione empoigna la sienne avec nervosité. Mais au lieu de la pointer sur elle, Lucius la saisit à deux mains et d'un geste assuré, la brisa en deux.

L'objet émit un bref éclat argenté, puis redevint un simple morceau de bois mort. Il laissa retomber les débris de sa baguette, et la tête de serpent qui ornait l'une des extrémités heurta sèchement le sol. Le ventricule de cœur de dragon dépassait de l'autre fragment.

Elle le regardait, incrédule.

A ce moment là, il sentit une douleur violente vriller tout son buste. Il se pencha, à la recherche d'un appui supplémentaire, et ne trouva que le bras d'Hermione, qui atténua sa chute sur le sol. Sur le sol ? Non, sur un épais parterre de lys. A travers ses doigts, il sentait le liquide chaud qui coulait hors de son corps.

« - Crois-tu que détruire ta baguette prouve quoi que ce soit, Lucius Malefoy, clama-t-elle avec une exaspération presque amusée. Espèce de malade !

Malgré la douleur il la fusilla du regard. Il sentait le côté droit de son costume qui commençait à s'imbiber de sang. Hermione s'agenouilla dans les fleurs et le déboutonna à la hâte. Il pensa à toutes les fois où il avait rêvé de ces gestes, se maudissant de n'être à ce moment crucial qu'un sorcier sans baguette, blessé et vacillant.

Elle déchirait sans ménagements ses vêtements hors de prix. Sa tête tournait de plus en plus.

Il avait voulu parader en se montrant debout devant elle, alors que les médicomages lui avaient imposé de rester alité près de d'un mois encore. Lors de sa visite, deux mois plus tôt, il avait pu tenir sur ses jambes presque sans trembler. Mais ce soir il était resté longtemps debout, attendant sa venue avec entêtement.

Elle allait voir son corps amaigri, les veines qui saillaient hors de sa peau comme des serpents, sa carnation maladivement blanche depuis l'accident. Et bien sûr, la blessure. Une estafilade longue d'une vingtaine de centimètres, dont seule une combinaison savante de potions savait calmer l'épanchement.

Le sang coulait, sans qu'il puisse rien y faire. Il entendit Hermione lancer un accio pharmacie ! et plaquer sa main sur la plaie afin d'en limiter le débit.

« Episkey ! EPISKEY !

Le sort était insuffisant.

De nombreuses fioles se pressèrent dans les airs tout autour de sa tête. Elle en mélangea quelques unes à la hâte et réduisit de son mieux l'afflux sanguin, appliquant pour finir une compresse neuve. La blessure était temporairement refermée.

Le sang avait éclaboussé les fleurs autour d'eux, les colorant d'un voile rouge criard. Sa tête ne tournait plus. Il regardait Hermione. Elle contemplait ses propres mains, tachée d'hémoglobine. Il vit la pellicule rouge accumulée sous ses ongles. Te voilà souillée, pensa-t-il.

Sa tête reposait contre les lys. Il était bien. Il toucha son flanc blessé. « Toi ou les tiens, auriez mieux fait de m'achever. Il me semble que c'est ce que je t'ai conseillé de faire, avant que tu ne quittes le pays.

Il se releva avec peine.

« Ta seule Faute, c'est ma survie, Hermione.

Il avait prononcé son prénom avec une douceur et une intimité si nouvelles qu'elles lui vrillèrent l'estomac. Elle était toujours agenouillée sur le sol, au milieu des lys, les fioles de potion gravitant toujours autour d'elle. Il la dominait à nouveau de toute sa stature, de son regard redevenu altier, mais elle n'était plus dupe de ces attitudes. Courbée, les mains en sang, les cheveux épars, elle se savait pourtant la plus digne et la plus fière des deux.

« - Ma seule faute, corrigea-t-elle avec lassitude, c'est de penser qu'un jour tu seras capable de demander pardon pour ce que tu as fait.

Elle se releva, fit un pas vers lui et entreprit avec hésitation de refermer sa chemise. Il lui attrapa les mains.

« - Laisse ça tranquille.

Les mots qui coulèrent hors de sa bouche lui firent l'impression d'échardes brûlantes, mais il s'efforça de ne pas ciller pendant qu'il parlait, d'une voix sourde :

« Je regrette le mal que j'ai pu te faire. Je te demande…

Il fit une courte pause, cherchant péniblement ses mots.

Parler de cette façon lui donnait l'impression d'être dépouillé à vif de sa peau, à l'aide d'un poignard rouillé et mal aiguisé. Il ne se rendait pas compte qu'au fil des mots, ses doigts se refermaient de plus en plus douloureusement sur les poignets d'Hermione. Il vit alors l'expression de douleur sur son visage, et baissa les yeux sur ses mains. Il relâcha sa prise, et contempla la marque de ses phalanges sur la peau claire de la jeune femme.

Plus forte que l'humiliation, l'envie de parvenir à la convaincre permettait de supporter cette atteinte à ce qu'il considérait comme son intégrité. Mais à vrai dire, rien n'était nouveau. Il s'humiliait pour la séduire, comme autrefois il s'était humilié devant Voldemort pour atteindre le pouvoir.

« Je te demande de me pardonner, pour ces souffrances que je t'ai causées.

L'éclat intense de ses yeux gris faisait presque peur à Hermione. Contre toute attente, elle ne douta pas de sa sincérité, mais fut alertée par la folie, la douleur de sa frustration. Et même l'amertume aux coins de sa bouche.

« - Je ne te connaissais pas un tel courage, murmura-t-elle.

« - Mais tu connais ma détermination, répliqua-t-il avec arrogance. Tu ne devrais pas sous-estimer tes ennemis. Les politiciens ont l'habitude de retourner leur veste, ajouta-t-il avec une sorte de tristesse.

Elle voyait cette arrogance, dernier rempart à sa fierté, comme le dernier vêtement avant la nudité. C'était celui-ci qu'elle voulait le voir enlever, même pour quelques secondes. Elle caressa son visage.

« - Encore une leçon que tu voudrais m'apprendre, j'imagine. Il lui adressa un regard mêlé de courroux et d'incertitude. « Tu as des ambitions d'éducateur, Lucius, mais tu manques de méthode.

Elle se rehaussa sur la pointe des pieds et posa un baiser sur sa mâchoire, qui frémissait de colère, puis posa les mains contre ses joues creusées par les récentes épreuves. Il la repoussa, la considérant avec froideur. Elle étudia l'expression de son visage, nullement impressionnée, et croisa les bras.

« Tu m'as demandé pardon avec des mots, dit-elle. Mais il y a mille autres façons de le faire.

Il lui adressa un regard perçant, et elle comprit aussitôt l'équivocité de ses propres mots.

« - Oh, je vois. Rien ne me plairait davantage, répondit-il en levant un sourcil ironique. Mais pourquoi avoir attendu deux ans, pourquoi avoir attendu de me voir affaibli, gavé de potions qui me privent de ce qui me reste de…vitalité ?

« - Ce n'est pas du tout ce que je voulais dire, tempéra-t-elle en rougissant devant l'aveu qu'il venait de faire. Qu'es-tu venu chercher, ce soir ?

Il répondit d'une caresse sur la joue, du revers de l'index. Une autre, plus approfondie, au creux de la paume. Elle se détourna. Il la repoussa contre le mur. Bruissement d'étoffes, respirations. Il garda les yeux baissés sur elle pendant un temps indéfini.

Une caresse, du bout des lèvres, contre l'arête de sa mâchoire. Hermione s'autorisa à fermer les yeux. Des mains rampaient dans son dos, agiles comme des serpents, chaudes. L'une d'elles s'aventura jusqu'à sa nuque, l'autre serra douloureusement sa taille.

Elle avait envie de passer ses bras autour de son cou mais s'en empêchait, comme si par ce geste elle avait fait aveu de quelque faiblesse. Lucius dut le sentir car il s'arracha à elle et la considéra d'un air acéré. Hermione était tendue, partagée entre l'envie insoutenable de s'abandonner et la crainte tenace de se sentir compromise. Il désigna l'extérieur, les lueurs rougeoyantes du Chemin de Traverse et ajouta, enfiévré :

« Ils le sauront seulement quand tu auras décidé de leur dire.

Elle étudia son visage puis se décida. Sa main rampa jusqu'à sa nuque et s'y appuya avec hésitation. Il savoura ce geste. Elle lissa ses cheveux et après un moment d'hésitation, dénoua le ruban noir qui les retenait. Lucius ne put retenir un large sourire. Il donna un bref mouvement de tête et apprécia de sentir la liberté de ses mèches dans son dos.

Un frôlement, l'amorce timide d'un baiser qu'elle refusa de prolonger, détournant le visage. Lucius retint la colère qui lui monta à la gorge, et murmura d'une voix tendue :

« Pas même un baiser, n'est-ce pas ?

Hermione fut alertée par l'intonation de quelques mots, et constata sur son visage les premières ombres d'une déception qu'il parvenait à garder digne.

« J'imagine que c'est ta conception de la torture…Mais j'ai pris l'habitude de ces supplices. Le Seigneur des Ténèbres autrefois, et aujourd'hui toi. Deux ans à attendre de tes nouvelles, à me toucher en imaginant que c'était toi…

Il sourit en la voyant s'empourprer. « Oui, je suis encore efficace pour les discours. Et je parlerai jusqu'à ce que tu cèdes.

Il avait dit cela avec une affliction étrange.

« Tu peux te dérober indéfiniment, et je m'inclinerai indéfiniment devant ton choix, avant de recommencer d'une autre façon. C'est une chose que je peux faire longtemps, si ce que je convoite en vaut la peine. Parce que je sais que je te persuaderai. Je te raconterai par le détail chacune de mes nuits à imaginer ce que tu devenais, ce que tu mettais en œuvre pour me chasser du pouvoir. C'était presque un délice de penser que j'étais au centre de tous ces efforts.

« Je te raconterai la descente aux enfers. L'attentat. Comment ils m'on poussé au sol pour que l'explosion ne m'atteigne pas, mais c'était une seconde trop tard. Et la douleur était presque bonne.

« La douleur m'a permis de ne plus penser. Elle a réussi où le reste avait échoué. Et les potions calmantes m'ont maintenu hors du désir. C'était presque un soulagement de ne plus rien ressentir. Avant cela je faisais venir des femmes. Mais leur présence a fini par me dégoûter, et à peine avaient-elles passé le pas de ma porte que je les renvoyais. Mes propres mains touchaient et pressaient mon corps, mais même lui n'était pas dupe.

« Mais si tu savais…Tout ce que mon imagination t'a fait faire dans mon lit. Rougir ne te suffirait plus. Et peut-être qu'un baiser ne te semblerait plus aussi difficile à donner.

Il aurait pu dire tant de choses encore…il aurait pu lui dire les sorciers qu'il avait payés en sous-main pour l'espionner et la protéger, alors que le bureau des Aurors envoyait simultanément et par voie officielle d'autres agents, censés éliminer les agitateurs dont elle faisait partie. Il avait interdit au département du Trésor Sorcier de se réapproprier son appartement et son coffre à Gringotts, après sa fuite à l'étranger. Il avait même fait surveiller ses parents (deux pauvres moldus dont il n'avait toujours pas bien compris la profession), à l'affût d'une visite clandestine de leur fille. Mais jamais elle n'aurait à entendre ces choses. Ces secrets-là lui appartenaient.

Il aurait voulu la soulever entièrement dans ses bras et lui imposer un baiser chaud comme le sang, mais il se savait hors d'état de le faire.

« - Veux-tu en entendre davantage ? demanda-t-il.

Elle sentit presque la soumission dans le son de sa voix et, vaincue, se décida. Se hissant sur la pointe des pieds, elle approcha sa bouche de la sienne. Il n'eut pas la patience de la laisser faire, et se pencha brusquement à sa rencontre. Il leur sembla à tous deux que leurs rapports se résumaient parfaitement à ce baiser : non pas une approche harmonieuse et attendue, mais une pulsion, un impact.

Hermione sentit sa lèvre inférieure se fendre, une boule de douleur violacée, mais ne recula pas. Lucius rendit son baiser plus profond, accrochant son visage au sien comme un Détraqueur avide d'en extraire l'âme, soudant leurs bouches de toute la force de sa mâchoire, de toute l'abondance de sa salive. Il était convaincu que ce baiser pourrait la lier à lui, la marquer de façon définitive. Il ne pensa pas une seconde à retenir ses gestes.

Il la serra douloureusement par la taille, en équilibre incertain, les muscles tremblants, l'empêchant de respirer, et ne se décida à adoucir son étreinte qu'au moment où il la sentit suffoquer sous ses lèvres. Il l'embrassait toujours, goûtant sur sa bouche l'arôme cuivré de son sang, étonné d'y trouver la saveur de quelque friandise.

Soudain un éclair de raison le traversa, et il se détacha d'elle avec autant de violence que lorsqu'il l'avait prise dans ses bras. S'il se montrait trop empressé, elle pourrait prendre peur et se refuser une nouvelle fois, se coulant hors de son emprise…

Hermione caressa son visage et attrapa sa main, l'invitant à s'asseoir près d'elle sur le lit. Puis elle releva les jambes et s'allongea, l'invitant à en faire de même. Il se coucha sur le flanc pour pouvoir la regarder, s'étendant avec lenteur, à l'écoute de sa blessure encore fraîche, prenant soin de ne pas montrer de quelconque signe de sa douleur. Hermione s'en aperçut et l'émotion serra sa gorge.

Elle étudia son visage, troublée. Il n'était que l'ombre du sorcier qu'il avait pu être. Mais comme elle l'aimait ce Lucius terni, blessé, égaré par ses vanités d'autrefois…

Plus tard, elle guiderait ses mouvements, le portant dans ses efforts, l'aidant de son mieux à devenir son amant. Elle repousserait pour lui ses vêtements, le toucherait avec l'inquiétude de sa récente dégradation physique. Elle lui transmettrait sa force au sein d'un acte mesuré et tout en douceur, un peu comme s'il la laissait déverser dans son âme un peu de sa délicatesse à elle.

Quelque chose en elle sentait qu'il n'en serait pas toujours ainsi. Elle devrait constamment lui apprendre à être autre chose que son supérieur. Et elle le ferait. C'était la dure – mais unique – leçon qu'il lui avait demandé de lui enseigner.

FIN


Merci d'avoir suivi cette histoire jusqu'au bout. Je suis curieuse de savoir ce que vous avez pensé de la fin (et du reste). Chers lecteurs, c'est le moment de prendre la parole! Je vous embrasse bien fort.