-Chapitre 3-
Notre ennemi
Depuis Toran, beaucoup de yokai sont venus me défier, parce qu'ils m'ont cru affaibli. Je l'ai ai tous tués, les uns après les autres, pour garantir à ma force, à Rin, sa sécurité, son bonheur qui me sont tout aussi nécessaires.
Quand je la regarde endormie, si confiante, malgré le danger potentiel que je peux devenir, parfois j'oublie les inquiétudes que la nuit amène et me laisse envahir par une chaleur que j'ai appris à reconnaître. Mon amour pour elle.
On frappe à la porte, et entre sans attendre de signal, l'humain Kohaku, le meilleur ami de Rin. Le seul du trio d'amis qu'ils formaient initialement encore vivant.
Kohaku ne s'est jamais marié, au plus grand regret de Rin. Du moins, j'ose l'espérer. Il n'a jamais cessé de l'aimer. Je l'ai accepté depuis bien longtemps, je crois, et peut-être, sous l'influence de Rin, une partie de moi ressent de la compassion pour cet homme.
« Elle dort toujours ? » demande-t-il.
Il pose un plateau de nourriture à l'attention de Rin.
« Oui. »
J'aurais pu me taire. Il peut très voir que Rin est encore endormie. J'aurais pu l'ignorer et ne pas daigner de répondre à sa question.
Peut-être, ai-je fini par avoir un certain respect pour Kohaku. Il a été capable d'une chose que je n'aurai pas su accomplir. Renoncer à Rin pour qu'elle puisse être heureuse avec un autre. Je n'ai pas ce genre de générosité. J'aurais tué n'importe quel prétendant au cœur de Rin. Car jamais, je n'aurais accepté de la voir avec un autre.
Kohaku s'agenouille en face de moi, ses traits prenant un air triste. Il passe lentement ses doigts à travers quelques mèches sombres aux fils argentés de Rin. Je le laisse faire, je sais qu'il n'ira pas plus loin. C'est sa façon à lui d'aimer Rin.
Ils ont toujours été proches, et même maintenant, leur relation n'a que peu changé. Elle s'est peut-être même fortifiée avec le temps. J'envie Kohaku pour avoir une partie de Rin qui ne m'appartient pas. J'envie tous ces gens qu'elle aime inconditionnellement, parce qu'elle leur offre à chacun quelque chose qui ne m'est pas destinée.
C'est un sentiment stupide sans doute, que je ne devrais pas avoir, puisque je reçois tellement d'elle, plus que n'importe qui d'autre. Plus que notre enfant, même, du moins, ça aussi, j'ose l'espérer.
Kohaku n'est pas le seul à être tombé sous le charme de Rin. D'autres humains ont tenté de s'approprier son cœur, pour le Shikon no Tama ou pas. Dans les villages qu'elle a visité sans moi, des hommes l'ont regardée sans retenue. Combien parmi eux ont demandé plus qu'il n'est convenable à Rin, ma compagne ? Combien l'ont ensuite traité de catin à yokai quand elle les a repoussés ?
J'ignore la réponse, Rin ne me parle jamais de ces problèmes-là. Je sais qu'ils existent, mais elle refuse silencieuse mon intervention.
Naraku était l'un d'eux. Le plus dangereux de tous ceux qui avaient abordé Rin. Car même après sa mort, il reste quelque part dans son cœur. Même vingt ans après. Il n'est pas un fardeau permanent et inguérissable de notre vie. Ce serait lui donner trop de crédit.
Mais parfois, il ressurgit dans les cauchemars nocturnes de Rin. Il n'y a aucune logique ou de raison valable pour l'expliquer. Et je n'ai jamais su prévenir quand Rin retombera dans l'angoisse suivant la mort du hanyo. Alors je veille près d'elle, lorsqu'elle dort, pour la prendre contre moi si elle éclate en sanglots après avoir revécu la mort de ses parents… ou l'une de ses trois morts.
Je suis toujours là, si cela arrive. Je suis toujours là pour elle. Quoiqu'il advienne.
J'ai appris que son passé ne se limite pas à Naraku. D'autres ont cherché à la prendre avant que nous soyons ensemble. Des humains en quête de pouvoir, certains de l'obtenir en ayant Rin. L'un d'eux, celui qui changea le cours de notre vie, portait le nom de Tomoeda Hiue.
Sesshomaru observait Rin endormie contre lui. Là où le plus souvent, ses nuits étaient paisibles, il sentait la peur suintait autour d'elle. Elle faisait un cauchemar.
Il la serra encore un peu plus contre lui. Cela ne réussit pas à la calmer, et Sesshomaru commença à envisager sérieusement de la réveiller, malgré son besoin accru de repos à cause de son état actuel. L'odeur des larmes accompagnait à présent celle de sa peur, et Sesshomaru n'hésita plus. Il devait faire cesser sa peine.
Mais elle se réveilla brusquement.
« Non ! »
Sa respiration était saccadée, violente. Son cœur battait à une cadence trop rapide. Elle paniquait, elle désespérait. Et il détestait la voir ainsi.
« Rin. »
Elle tourna ses grands yeux bruns emplis de larmes vers lui, écarquillés par la peur et la douleur. Elle crispa ses poings sur son haori, son visage contracté. Puis, elle se serra autant qu'elle le put contre lui, appuyant son ventre légèrement arrondi contre le sien, et son visage contre son torse. Elle éclata alors en sanglots.
Sesshomaru posa sa main dans le creux de son dos, et son menton sur sa chevelure brune, respirant son parfum en dessous de l'odeur amère des larmes. Elle prit la parole, interrompue seulement par les sanglots les plus violents.
« Il… Naraku… il voulait me voler notre enfant… »
Elle n'en dit pas d'avantage, mais Sesshomaru n'avait pas besoin de plus de détails. Naraku. Il était mort depuis bientôt quatre ans, mais encore il hantait les rêves de Rin. Sesshomaru le haïssait d'être encore présent dans son cœur, là où s'était formé un lien indélébile que ni le temps, ni son amour pour elle ne réussissaient à briser.
Sesshomaru se demandait parfois si Rin ressentait la même chose que lui par rapport à son bras amputé. Ce bras qui n'était plus là, perdu à tout jamais, mais qu'il pouvait sentir lorsqu'il n'en prenait pas vraiment conscience. Une douleur lancinante, capable de le faire sortir du réconfort des bras de Rin.
Naraku semblait avoir le même effet, et il la hantait plus souvent depuis qu'elle était devenue enceinte.
Il s'efforça de la calmer, de la bercer, jusqu'à ce qu'elle se rendormît enfin. Il espérait qu'elle aurait de meilleurs rêves cette fois-ci.
Alors il repensa aux quatre derniers mois qui étaient passés, pour ignorer les ronflements de Jaken et AhUn.
Il se souvint. Rin avait été si heureuse lorsqu'elle apprit qu'elle attendait un enfant. Leur enfant. Elle chantait avec la fin du printemps, et cela suffisait à Sesshomaru. Pour sa part, il avait été plutôt indifférent à la nouvelle. Avoir un enfant n'était pas dans ses projets. Mais c'était l'enfant de Rin, capable d'illuminer ses yeux sombres d'étincelles joyeuses. Pour elle, il accepterait le hanyo qu'ils avaient engendré. Pour elle, malgré la place supplémentaire que cet autre être prendrait dans le cœur de Rin.
Le début de sa grossesse avait été difficile. Son corps réagissait violemment à son nouvel état. Les trois premiers mois avaient alternés entre les vomissements matinaux et les migraines nocturnes. Rin se soignait avec des herbes, mais les remèdes de miko ne s'avéraient pas aussi efficaces qu'elle ne l'aurait voulu. Sesshomaru supposait que porter un hanyo en était la cause, mais il ne fit pas part de ses suspicions. Rin les aurait tout simplement ignorées.
Il se contenta de la soutenir autant qu'il le pouvait, l'accompagnant à la rivière lorsqu'elle se vidait du peu qu'elle avait avalé le matin, la berçant la nuit contre sa fourrure pour faire passer son mal de tête.
Elle s'excusait souvent d'être devenue un fardeau, mais il l'ignorait. Il avait sa part de responsabilité, et ne subissait aucune manifestation physique contrairement à elle.
Malgré ces maux, Rin rayonnait jour après jour. Elle annonça joyeusement la nouvelle à ses amis qui la reçurent avec le même enthousiasme. Même l'humain Kohaku avait maintenu une bonne façade pour Rin. La taijiya avait été la plus excitée, faisant partager son expérience à une Rin ravie de pouvoir en profiter.
Il se souvenait de la première fois où Rin avait senti l'enfant bouger en elle. Elle avait émis un cri de surprise qui avait immédiatement alerté Sesshomaru. Elle l'avait ensuite regardé de ses grands yeux pleins de vie et avait guidé sa main avec la sienne sur son ventre.
Sesshomaru avait été perplexe au début. Il se concentra dans le regard de Rin pour le guider vers les sensations qui passaient sous sa main. Et toujours, grâce aux yeux encourageant de Rin, il s'était laissa abandonner dans les sensations vivantes, si riches en elle pour la sentir enfin. Cette vie, cette toute petite vie qui grandissait, si insignifiante aux yeux du monde, si importante aux yeux de Rin.
« Tu l'as senti ? Notre enfant. »
Le cœur de Sesshomaru s'emplit d'une douce chaleur, non pas pour cet enfant qu'il ne connaissait pas encore, mais pour Rin et ses yeux brillants de joie. Pour ce qu'il avait crée avec elle.
Souvent encore elle l'amena à toucher son ventre, toucher cet être avec une tendresse qu'il ne savait pas. A chaque fois, elle resplendissait, plus complète, épanouie alors que petit à petit, elle devenait mère.
Les humeurs de Rin se mouvaient à un rythme propre que Sesshomaru ne parvenait pas à saisir, mais auquel il s'adaptait aisément. Tantôt elle riait aux éclats, incapable de se retenir et pour des raisons insignifiantes. Tantôt elle se montrait affectueuse, bien plus qu'à l'accoutumée, elle qui était déjà démonstrative dans ses émotions. Il aimait ces moments-là, par-dessus tous les autres.
Et il y avait la nuit, froide et obscure dans l'esprit de Rin où le souvenir de Naraku la hantait dans ses rêves.
Ses sautes d'humeur et ses cauchemars récurrents furent les seules choses qui ne disparurent pas après les trois premiers mois de la grossesse. Mais maintenant qu'on commençait à voir son ventre de femme enceinte, Sesshomaru ne pouvait toujours rien pour prévenir Naraku de briser Rin quand ses défenses s'affaiblissaient.
Ils étaient à la fin de l'été quand une visite impromptue vint s'insinuer dans leur vie calme et errante. Rin était revenue d'une visite à un village qui avait eu besoin de l'aide d'une miko. Rin n'était plus une miko depuis qu'ils étaient ensemble, certes, mais ses pouvoirs ne lui avaient pas faits défauts et elle les utilisait encore au service des autres.
Sesshomaru entendit le son de sabots d'un cheval au galop en provenance du village que Rin avait quitté. Il mena alors son petti groupe hors de la route, préférant rester le moins possible en présence d'humains. Le mieux était de les éviter, et Rin, ayant peut-être senti l'autre voyageur le suivait sans rien dire. Elle ne discutait pratiquement jamais ses décisions.
L'homme sur son cheval, les aperçut de la route et s'arrêta. Au lieu de continuer son chemin, il vira dans leur direction et les interpella.
« Rin-sama ! »
Rin fit arrêter AhUn et regarda curieusement l'homme qui s'approchait d'eux. Sesshomaru en était vaguement étonné. La plupart des humains aurait fui en les voyant. Leur race craignait généralement les yokai. Ou bien l'homme était brave ou bien il était stupide. Sesshomaru penchait pour la seconde possibilité.
L'homme fit arrêter son cheval et sauta à terre. Sesshomaru se tendit légèrement. Cet homme était un soldat.
« Etes-vous Rin-sama, la miko guérisseuse ? demanda-t-il.
- Je ne suis plus une miko, répondit Rin, mais je guéris toujours. Et je suis Rin, en effet. Que voulez-vous ? »
Rin sursauta quand l'homme posa un genou à terre.
« Je m'appelle Soma Kazuma. Je suis un soldat au service d'un seigneur samouraï du sud qui m'envoie chercher votre aide. Il est au plus mal, et aucun guérisseur ou miko invité au château ne parvient à le sauver. Mais l'une d'entre elles nous a parlé de vous, et de votre capacité à guérir n'importe quelle blessure, n'importe quelle maladie. Plusieurs d'entre nous vous cherchent à travers le pays, une femme qui voyage auprès de yokai. Je viens implorer votre aide pour sauver notre Seigneur. »
Sesshomaru trouva l'humain ridicule. A croire qu'il ignorait que tous devaient mourir un jour, même les seigneurs de guerre. Les humains semblaient dépendre de plus en plus des pouvoirs de Rin, et cela à travers tout le pays. Sesshomaru devait faire cesser cette habitude.
« La vie de cet homme ne nous concerne pas, dit-il froidement.
- Exactement ! acquiesça Jaken de sa voix criarde.
- Sesshomaru, dit Rin sur un ton de reproche. Je peux très bien y aller, tu sais. Cela ne me dérange pas.
- Tu devrais te reposer, argumenta Sesshomaru. Les humains puisent trop dans ton énergie. Ils devraient apprendre à se faire à leur mort.
- Et c'est toi qui dit cela, » dit-elle.
La réponse de Rin blessa Sesshomaru. Elle lui rappelait toutes les fois où il avait refusé sa mort.
« C'est différent, avança-t-il.
- Et en quoi ? »
Sesshomaru n'allait pas avancer ses raisons devant un parfait inconnu et Rin le savait.
« Bien, j'irais donc.
- Riiin, cria Jaken, tu devrais suivre l'avis de Sesshomaru-sama si…
- J'irai, répéta-t-elle, et c'est final. »
Rin avait un ton intransigeant. Il avait réussi à la mettre en colère. Sesshomaru savait qu'il était impossible de lui faire entendre raison dans ces cas-là.
« Sesshomaru-sama, dit l'homme, je vous jure qu'il n'arrivera rien à Rin-sama. Sur mon honneur et la vie de mon fils unique, j'y veillerai. »
Sesshomaru allait lui répondre qu'il se moquait bien de son honneur et de la vie de son fils unique, puisque Rin valait bien plus que cela. Mais elle serait sans doute devenue plus furieuse encore. Et Sesshomaru se méfiait des changements brusques d'humeur dans son état actuel.
« Bien, dit-il finalement, fais comme tu voudras. »
C'était une façon de dire qu'il acceptait, pourtant Sesshomaru avait perdu dès le départ devant la volonté de Rin. Il détestait quand elle faisait cela. Il ne put que donner un coup de pied sur le crâne de Jaken dont la bouche était restée grande ouverte, pour calmer en partie sa frustration.
Ils voyagèrent rapidement pour gagner le château du seigneur de Soma Kazuma. Le soldat et Rin s'entendirent rapidement malgré les regards froids que lançait Sesshomaru dans leur direction ou les remarques désobligeantes de Jaken pour l'homme. Sesshomaru savait que les intentions de l'humain envers Rin n'étaient pas mauvaises, mais il n'avait aucune confiance en les hommes qui tournaient autour d'elle. C'était instinctif chez lui.
Au bout de deux jours, ils gagnèrent enfin leur destination. Rin et AhUn les quittèrent avec l'homme pour entrer dans les terres du seigneur qu'elle devait guérir. Sesshomaru n'avait aucune envie de se mêler à des humains qui de toutes façon aurait été trop effrayés à son approche.
Il regarda longtemps la silhouette de Rin s'éloigner. Elle lui manquait déjà, comme toutes les fois où elle se rendait seule dans un village quelconque. Pourtant, il avait l'impression que quelque chose était différent de toutes les occasions précédentes. Et il n'aimait pas cela.
Rin laissa Kazuma la mener à l'intérieur de la court du château de son seigneur. Sans le vouloir, elle jeta un coup d'œil derrière elle, comme si elle s'attendait à voir Sesshomaru marchant sereinement pour la rejoindre. Bien évidemment, ce n'était pas le cas, ils s'étaient toujours arrangés ainsi. Mais Rin aurait aimé que Sesshomaru fût plus sociable, même si ce n'était pas le seul critère nécessaire. Il fallait en effet une plus grande ouverture d'esprit de la part des humains aussi.
Rin se rendait bien compte qu'elle avait une chance unique. Elle était un lien entre le monde des yokai et celui des humains, deux mondes qu'elle ne verrait jamais entrer en synergie. C'était l'un de ses plus gros regrets, un rêve impossible.
Les personnes, serviteurs et soldats, qu'ils croisèrent, la saluèrent avec respect, même s'ils se tenaient à distance d'AhUn. Rin oubliait parfois qu'un dragon à deux têtes pouvait être impressionnant.
« Papa ! Papa ! »
Un petit garçon de trois ou quatre ans courut à leur encontre, alors que Rin et Kazuma descendaient de leurs montures. Le visage du jeune guerrier s'éclaira d'un sourire. Il prit l'enfant dans ses bras en le faisant tournoyer dans les airs. Rin sourit devant la joie respective de l'homme et de son fils.
Elle se demanda si Sesshomaru pourrait être aussi démonstratif envers leur enfant. Elle essaya de l'imaginer, mais ce fut impossible. Sesshomaru ne montrait pas ses sentiments, sauf à elle-même, et encore, parce qu'elle savait les lire mieux que quiconque.
De toute façon, ce qui comptait était qu'il aimait leur enfant. Rin avait bon espoir, après tout, ne l'avait-il pas déjà accepté ? Un hanyo, certes, mais le leur. Notre enfant.
Kazuma se retourna vers elle en souriant.
« Rin-sama, je vous présente mon fils, Kyosato. Kyo, voici Rin-sama. C'est elle qui est venue guérir notre seigneur.
- Bonjour, Kyo-chan, dit Rin en souriant. Je suis heureuse de te rencontrer.
- Bonjour, Rin-sama. Tu sais tout guérir ?
- Kyosato, prévint Kazuma sévèrement, ne sois pas aussi familier avec Rin-sama…
- Kazuma-san, je vous en prie. Ce n'est rien, je vous assure. »
Elle se tourna vers Kyosato.
« Je ne dirais pas que je suis capable de tout guérir, mais je peux toujours essayer.
- Tu pouvais guérir maman ? Dis, tu pouvais ? »
Le visage de Kazuma s'assombrit tristement. Il lui avait raconté que sa femme était morte en couche après avoir enfanté Kyosato. Et Rin ne sut pas vraiment quoi lui répondre.
« Je ne sais pas, Kyo-chan. Je suis désolée.
- Oh. »
Une ombre passa sur le visage de l'enfant, mais il se remit vite à sourire.
« Je t'aime bien, Rin-sama. Je suis sûre que maman était aussi gentille que toi.
- Je t'aime bien aussi, Kyo-chan. J'aimerai que mon enfant soit aussi gentil que toi.
- Enfant ? demanda Kyo les sourcils froncés.
- Rin-sama attend un enfant dans son ventre, expliqua Kazuma en le posant au sol. Comme ta mère l'avait fait pour toi. »
Kyosato parut troublé. Rin retira son armure qu'elle plaça dans l'un des sacs d'AhUn, puis s'agenouilla devant lui. Elle prit sa petite main et la posa sur son ventre. Au contact de la main de Kyosato, son enfant à naître remua et frappa la paroi de son ventre. Il était vif depuis le matin, cela n'étonna pas Rin qu'il réagît aussi rapidement.
« C'est lui ou elle, Kyo-chan. Mon enfant te dit bonjour à sa façon. »
Le visage de Kyosato montrait bien son incompréhension du phénomène, puis il sourit comme s'il avait trouvé une explication parfaitement logique à son problème.
« Oui ! Mais j'espère que c'est un garçon ! Comme ça je pourrai jouer avec lui !
- Soma ! » cria au soldat qui courait vers eux.
Rin se releva. Le soldat lui jeta un coup d'œil critique, avant de s'adresser à Kazuma.
« Tu as trouvé Rin-sama ? demanda-t-il.
- Oui, Rin-sama a accepté de guérir notre Seigneur. »
Le soldat se courba devant elle.
« Nous vous remercions, Rin-sama. Soma, tu devrais amener Rin-sama au plus vite auprès du Seigneur.
- Oui, répondit Kazuma. Kyo, tu veux bien rester ici en attendant ? Rin-sama, si vous voulez bien me suivre.
- J'arrive. A toute à l'heure, Kyo-chan. »
Elle ébouriffa un peu la tête de Kyo puis suivit Kazuma dans le château. Les couloirs étaient sobrement décorés mais sombres, aussi lugubres que la cour était éblouissante au soleil de fin d'été. Rin pouvait presque croire que le shiro était endeuillé par la maladie de son seigneur.
Kazuma s'arrêta à une porte à laquelle il frappa. Ils attendirent silencieusement, avant qu'une belle femme, une courtisane, si Rin se référait aux vêtements luxueux qu'elle portait, fît glisser la porte pour leur faire face.
« Mokoto-sama, déclara Kazuma en se courbant légèrement, j'ai amené Rin-sama pour soigner le seigneur. »
Mokoto, le visage baissé, acquiesça et s'écarta pour les laisser entrer. Ce qui frappa Rin lorsqu'ils pénétrèrent dans la chambre fut l'aura qu'elle sentit à l'intérieur. Elle connaissait l'homme allongé derrière le paravent. Il avait décimé un village entier pour elle.
« Tomoeda Hiue. »
Elle s'était retrouvée sans vraiment se rendre compte derrière le paravent pour confirmer de ses yeux ce qu'elle avait ressenti. Et à son grand regret, ses sens ne l'avaient pas trahie.
Il était bien Tomoeda Hiue. Ses traits étaient marqués par la maladie, c'était indéniable. Il ne l'avait pas appelée pour la piéger ou se venger. Ou s'il l'avait fait, il avait profité de son état.
Tomoeda ouvrit les yeux et quand il l'aperçut, un sourire s'esquissa sur ses lèvres. Elle aurait presque frémit. Même dans son état affaibli, il n'avait pas perdu son orgueil, son arrogance. Avec ce sourire-là, il l'appelait encore 'belle petite miko' en lui promettant de faire payer son rejet.
« Rin-sama, » fut tout ce qu'il dit en s'asseyant avec lenteur.
Elle ne répondit pas. Kazuma et Mokoto s'approchèrent.
« Rin-sama, déclara Mokoto, je vous en prie, asseyez-vous. »
Rin hésita, puis s'agenouilla auprès du futon de Tomoeda. Pour la première fois de sa vie, elle envisageait de ne pas guérir un homme. Pour la première fois de sa vie, elle voulait se mettre à la place de la justice.
« Rin-sama, vous allez bien ? » demanda Kazuma.
Rin croisa son regard. Il paraissait véritablement inquiet pour elle. Il ne devait pas être au courant de ce qui s'était passé entre Tomoeda et elle. Il était simplement fidèle à son maître.
« Oui, merci, Kazuma-san, se força-t-elle de répondre avec un sourire. Pourriez-vous nous laisser seuls avec votre… seigneur ?
- Mais…, commença à protester Mokoto.
- Mokoto, coupa Tomoeda, ne discute pas. Je n'ai rien à craindre d'une belle petite miko comme Rin-sama. »
Rin se raidit et Kazuma fronça des sourcils. Rin se demanda s'il commençait à se douter que rien n'était naturel entre Tomoeda et elle.
« Rin-sama ?
- Kazuma-san, merci pour votre gentillesse, dit-elle.
- Merci à vous, Rin-sama. Si Tomoeda-sama l'accepte, j'aimerai vous inviter à dîner avec mon fils. Cela lui ferait plaisir.
- Nous envisagerons cela plus tard, dit Tomoeda. Vous pouvez tous les deux disposer. »
Tomoeda avait clos la conversation, forçant Mokoto et Kazuma à se retirer avec une révérence.
« Soma s'est-il amouraché de toi, petite miko ? demanda Tomoeda quand ils furent sortis. Ou est-ce encore cette loyauté inconditionnelle que te donne les gens qui t'approchent ?
- Kazuma-san est un homme bien, répondit-elle. Fidèle à son seigneur, même si celui-ci n'est qu'un monstre.
- Toute de suite des paroles bien cruelles, Rin-sama. Après ces années sans se voir.
- Tu as massacré un village ! Des innocents ! Et tu veux que je te traite avec respect ? Que je te guérisse pour que tu puisses recommencer ?! »
Toujours ce sourire énigmatique touchait les lèvres de Tomoeda, agaçant Rin plus encore au fur et à mesure qu'elle lui parlait.
« Tu es une miko, ton devoir est d'offrir ton aide à ceux qui le demandent.
- Je ne suis plus une miko. »
Les yeux de Tomoeda s'écarquillèrent. Il avait compris ce qu'elle insinuait. Elle n'était plus pure.
« Qui ? Qui t'a touchée ?
- Cela ne te concerne pas.
- Alors pourquoi es-tu venue ? »
Elle hésita. Elle n'avait pas perdu ses pouvoirs, mais le lui révéler, serait révéler qu'elle pouvait le guérir. Rin ignorait si elle le voulait. Elle ne pouvait pas lui pardonner. Ni maintenant, ni jamais peut-être.
Il la fixait obstinément, ses yeux orgueilleux ordonnant une réponse de sa part. Elle resta interdite, indécise, mais sans baisser les yeux devant ce regard autoritaire. Elle n'avait pas flanché pour Naraku, elle ne flancherait pas pour Tomoeda.
Ce fut lui qui brisa leur échange silencieux lorsqu'il fut secoué par une quinte de toux déchirante. Il se courba sous la douleur, et Rin, bien malgré elle, posa une main sur son dos replié. La quinte s'accentua, et n'écoutant que son instinct, son habitude de soigner toutes les maladies qu'elle croisait dans les villages, elle prit le visage de Tomoeda dans ses mains et puisa dans ses pouvoirs. L'énergie du Shikon no Tama passa de ses mains au visage de Tomoeda, parcourant les trajets multiples de son sang et éradiquant la cause de sa maladie.
Tomoeda reprit son souffle et la regarda avec surprise.
« Tu m'as guéri ? »
Elle ne répondit pas immédiatement. Que pouvait-elle bien dire ? Elle n'était même pas sûre d'avoir agi comme elle l'aurait dû.
« C'est la première et dernière fois que je te guéris, Tomoeda. »
Rin allait se relever, mais Tomoeda lui attrapa sa main. Sa poigne était ferme, et Rin doutait qu'elle fut capable de s'en défaire par un simple effort physique.
« Reste, dit-il.
- Ma place n'est pas ici. Je n'ai plus rien à y faire.
- Tu ne veux pas recevoir la récompense que tu mérites ? Tu pourrais devenir ma femme, tu gouverneras sur un empire quand j'aurai conquis le pays.
- Je ne suis toujours pas intéressée, Tomoeda.
- A cause de cet homme ? Abandonne-le.
- Jamais. Il est le seul homme que je pourrai aimer et le père de mon futur enfant, ajouta-t-elle en posant sa main libre sur son ventre.
- Tu es enceinte ? »
Tomoeda la relâcha. Rin en profita pour s'écarter. C'était instinctif, bien qu'elle sût qu'elle ne risquait rien face à un humain. Mais Tomoeda était un homme dangereux, prêt à tout pour arriver à ses fins. Naraku avait été le même genre d'homme, et près de sept années à vivre avec lui avaient appris à se méfier.
Malgré elle, alors qu'elle était une femme assez indépendante comme il y en avait rarement à son époque, Rin se mit à regretter l'absence de Sesshomaru. Lui qui pouvait la rassurer par sa simple présence. Sesshomaru, j'aimerai tellement être avec toi. Mais cela ne servait à rien d'avoir des pensées si futiles. Elle saurait se débrouiller.
Tomoeda se remit de son choc et se leva, un regard déterminé posé sur elle.
« Je ne te laisserai pas partir, Rin, dit-il.
- Tu n'as pas le pouvoir de me retenir, Tomoeda.
- Vraiment ? Gardes ! Gardes ! »
Les cris de Tomoeda se répercutèrent dans tout le château, semblait-il, un chamboulement de bruits chaotiques résonnant dans les couloirs.
« Tomoeda-sama !
- Tomoeda-sama ! »
Des hommes, dont Kazuma, et même la courtisane Mokoto pénétrèrent brusquement dans la pièce. Ils s'arrêtèrent surpris de voir leur seigneur sur pied.
« Capturez-la ! » ordonna Tomoeda.
Les gardes hésitèrent. S'attaquer à une miko, même ayant abandonné son titre n'avait rien d'anodin.
« Mais Tomoeda-sama, commença Kazuma, elle vous a guéri…
- Ne discutez pas mes ordres. Capturez-la ou vos familles souffriront ma colère! »
Rin ne laissa pas le choix aux hommes de Tomoeda. Ses lames se dégainèrent de ses protège-bras, et elle trancha les portes en papier qui menaient à une terrasse. Elle siffla AhUn, et monta sur le parapet, ses bras déployés pour maintenir un semblant d'équilibre.
« Rin-sama !
- Désolée, Kazuma-san, je crois que je dois refuser votre invitation à dîner, finalement.
- Rin ! » appela Tomoeda.
Rin avait entendu les hennissements d'AhUn, lui donnant le signal pour sauter. Elle fut récupérée prestement par le dragon. Quelques flèches volèrent, sans les atteindre. AhUn s'élevaient déjà haut dans les airs, hors de leur portée.
Rin inspira profondément. Elle se courba soudain, une douleur aiguë enserrant son ventre, le rendant aussi dur que de la roche.
« Sesshomaru… » appela-t-elle d'un murmure.
Et à son grand soulagement, il venait vers elle, alerté plus par l'activité qui avait résonné à partir du château, que par sa petite voix. Elle irait mieux dès qu'il serait là avec elle, elle sentirait moins la douleur qui allait et venait en contractant son ventre.
AhUn hennirent inquiets, mais Rin tenta de les rassurer.
« Ne vous inquiétez pas. Sesshomaru arrive, il n'est pas loin. »
Il arrivait, volant vers elle, son visage tiré par l'anxiété pour qui savait le lire. Elle essaya de lui sourire, mais la douleur l'en empêcha. Elle persista dans ses tentatives pourtant, n'aimant pas le voir ainsi, surtout pour elle.
« Rin ! fit-il en montant AhUn derrière elle. Qu'est-il arrivé ?
- On va dire que j'ai rencontré une ancienne connaissance là-bas et que je me suis un peu énervée.
- Rin. »
Rin ne souhaitait pas donner plus de détails, sachant très bien que Sesshomaru n'aurait qu'une envie, mettre le château de Tomeda à feu et à sang. Et en effet…
« Je vais y retourner, dit-il. Je ferai payer le coupable.
- Non, il n'en vaut pas la peine. »
Rin se blottit contre Sesshomaru, passant ses jambes sur le côté. Elle essaya de retrouver un peu plus de paix, contre lui, contre sa chaleur, pour calmer cette douleur intermittente au ventre qui lui donnait envie de pleurer. Il posa son menton sur sa tête et l'entoura de son bras, et peu à peu, la douleur commença à s'estomper. Elle caressa son ventre comme elle le faisait souvent depuis qu'elle se savait enceinte.
« Tout ira bien, petit être. Je te le promets. »
Elle se laissa bercer par le vol d'AhUn et finit par s'endormir contre Sesshomaru.
Cynthia: Merci de passer. ^^ Oui, je crois que tu n'es pas la seule à relire Les Trois Lignées, je dirais même, que certains chapitres sont plus populaires que d'autres vu le nombre de visiteurs qui y vont plus volontiers.
BlueMoon JT: Merci d'être encore là. J'espère que la suite te plaira malgré la direction qu'elle prendra.
Arwen: Merci pour ces deux reviews! ^^' *Toujours un peu génée, mais reste touchée* Oui, le titre évoque plusieurs choses: un moment précis à la fin, et puis ça coupe la symboliqueque j'ai essayais de donner à Rin, c'est-à-dire l'aube. Celui de Sesshomaru, mais celui des trois lignées aussi, là où Kikyo était plutôt le crépuscule, Naraku la nuit, Kagome le jour... Voilà, c'est un peu tout cela.
Seveya: Oui, tu vas être servie en tristesse, je te le garantis. Autrement, ai-je d'autres fics en projet en dehors de Sesshomaru et Rin, tu veux dire? Il y en a une en cours de rédaction post-manga dont le personnage principal est Kohaku, mais on retrouve Sesshomaru et Rin. J'avais comencé une collection de one-shot Inuyasha (chacune des OS se cadrant sur un personnage d'Inuyasha), mais elle demande d'être travaillée et est loin d'être terminée. Enfin peut-être qu'un jour j'en ferai une Bleach (j'ai cette idée qui traine depuis quelques temps...) . Mais n'étant pas très prolifique, ça risque de prendre du temps tout ça. Sinon, dans cette fic même, on aura plus par flash la devenir d'un peu tout le monde que croiseront Rin et Sesshomaru durant leur vie. Oui, c'est juste distillé ici et là.
