-Chapitre 5-

Notre fille

La venue au monde de Yuki n'a pas été sous des esprits propices. Pour ce qui me concerne, elle a causé la mort de Rin, et je ne peux le pardonner même maintenant, seize ans après. Surtout maintenant.

Qui aurait pu dire que quelques semaines après sa naissance, viendrait le dernier élément qui serait la chute de Rin à présent ? Qui aurait pu dire que des enfants en seraient la cause ?

Kohaku m'a enfin laissé seul avec Rin. Je la regarde donc longuement dormir puis m'allonge auprès d'elle. Mon bras s'enroule autour de sa taille, de la forme frêle de ma compagne devenue la femme de ma vie.

Le rythme de sa respiration capte mon attention. Moins profonde, moins lointaine, je sais qu'elle se réveille. Je caresse son visage pour aider son retour du monde des rêves. Parfois, je peux calmer ses cauchemars ainsi. Parfois, mais pas toujours. Et cette fois-ci, j'ai eu de la chance. Elle a dormi paisiblement.

Lentement, elle se met à bouger, ses paupières se plissant avant de s'ouvrir. Ses yeux sont encore perdus dans le vague, mais elle se reprend, et me sourit en me voyant.

« Bonjour, » dit-elle.

Pour toute parole, j'embrasse ses lèvres. Elle sait que les mots ne sont pas mon fort. Elle m'a toujours accepté ainsi.

« Tiens, où est Jaken ? » demande-t-elle soudain.

Jaken ne s'est pas résolu à quitter le chevet de Rin ces derniers temps, allant même à m'agacer. Mais heureusement, Yuki l'occupe tout autant.

« Il est avec Yuki.

- Oh. Tant mieux alors. »

Je laisse glisser les pensées sombres qui semblent occuper l'esprit de Rin, et je change de sujet.

« Kohaku est passé. Il t'a amené de quoi manger.

- C'est vrai ? sourit-elle. Et il est parti avant que je ne le remercie.

- Il reviendra sans doute. Yuki et Kyosato passeront. »

Mon ton est plus sec que je ne l'avais voulu et blesse Rin. Je le vois dans ses yeux, ils ne mentent jamais.

« Je… vois. »

Je regrette mon ton, parce que je regrette de l'avoir blessée, même si elle m'a déjà pardonné. Quelque part, Rin a trouvé la force de pardonner la rancune que j'ai envers notre fille et l'humain qu'elle a choisi comme époux. Mais moi, je ne puis pardonner ce qu'ils font contre Rin, malgré eux.

« J'espère qu'elle va bien, dit Rin pour relancer la conversation sur un ton plus joyeux. Yuki a eu une grossesse parfaite depuis le début, je l'envie. Tu te souviens de toutes les fois où j'avais envie de vomir ou passais du rire aux larmes sans prévenir ?

- Oui… »

Comment aurai-je pu oublier ?

« Et malgré tout, tu étais heureuse…

- Et je le suis toujours, déclara-t-elle. Je suis heureuse pour Yuki. C'est amusant d'être grand-mère, tu ne trouves pas ? Tu penses que leur enfant naîtra bientôt ? Demain peut-être ?

- Arrête ! »

Je cris avec une violence qui me ressemble peu et qui fait disparaître la joie dans les yeux de Rin. Je pose ma tête contre son épaule et inspire son parfum pour m'apaiser. Elle porte sa main à mes cheveux, faufilant ses doigts à travers mes longues mèches. Elle sait calmer ma colère, ma peine, les assourdir au point de n'être plus qu'un douloureux et sombre écho en moi.

Elle comprend ce que je ressens. Alors que tant d'autres auraient répondu avec la même violence que j'ai montrée, elle, elle me prend dans ses bras.

« Pourquoi ? dis-je sans le vouloir. Comment peux-tu être si heureuse de ce qui leur arrive quand cela veut dire… ?

- Chh… Je suis heureuse, parce que notre fille le sera. Parce que la vie reprend son cycle comme il le devrait avec la naissance prochaine de son enfant.

- Même au prix de ta vie ?!

- Je t'aime, Sesshomaru, sourit-elle contre ma joue. Ici, ailleurs, dans le passé, maintenant ou dans le futur. Quoiqu'il arrive.

- Alors pourquoi permets-tu à cet enfant de vivre ? Pourquoi ne cherches-tu pas à rester avec moi, toujours ?

- Parce que je suis le Nagimitama. J'agis en premier lieu pour mes amis, ma famille. Ce que je désire passe en second.

- Mais moi ? As-tu pensé à moi ?

- Je… »

Rin n'achève pas sa phrase. Quelqu'un frappe à la porte et avant qu'ils n'ouvrent, je quitte la chaleur réconfortante des bras de Rin. Je ne veux pas montrer mon trouble à des étrangers, même si ces visiteurs sont tout sauf des étrangers. Ma fille et son époux.

Ils rentrent ensemble Kyosato toujours aussi proche de sa femme comme s'il craignait de la voir défaillir. L'humain a toujours était ainsi avec Yuki surtout depuis qu'elle est enceinte. Rin a avancé une fois qu'il craint que Yuki meure en couche comme sa mère, autrefois. Il le craint d'autant plus sans doute que la même chose est arrivée à Rin à la naissance de Yuki.

Kyosato est un humain à l'allure assez commune. Plutôt grand, ses cheveux sombres se rassemblent en une petite queue à la base de sa nuque. Son visage peut être considéré comme agréable par les femmes, je pense. Mais je crois que ce sont ses yeux profondément sombres qui ont le plus attiré Yuki. Elle et Rin ont toujours été fascinées par les yeux d'autrui.

Yuki se raccroche à son bras, son faux sourire ne masquant aucunement son inquiétude, son malaise. Notre fille, encore trop jeune pour être mère avec ses seize ans, est devenue une belle femme. Elle ressemble beaucoup plus à Rin qu'à moi, les traces de son héritage yokai ne se limitant qu'au pâle croissant de lune mauve sur son front, à ses deux fines tresses de cheveux blancs qui entourent sa tête brune comme un fin diadème, et ses raies dorées sur le champs brun de ses yeux. Ce sont nos seuls points communs, et s'ils n'étaient présents, personne n'aurait été capable de la désigner comme ma fille. Personne n'aurait su la différencier d'une simple humaine.

Certes elle est une hanyo, mais reste fondamentalement humaine comme sa mère. Plus résistante, plus forte, ou plus rapide que n'importe quel autre humain, peut-être, mais loin des capacités d'un yokai.

Son caractère enjoué est celui de sa mère aussi. De même que son courage et sa détermination qui lui ont permis à m'affronter à certaines occasions. Oui, avant tout, Yuki est la fille de Rin et le restera toujours.

Même maintenant quand Yuki semble sur le point de s'effondrer parce qu'elle entraîne la mort de Rin. Même maintenant, elle ressemble à la femme qu'elle tue, la seule que je n'ai jamais aimé.

« Maman… Père… »

Père. La distance qui me sépare de Yuki réside même dans la façon dont elle s'adresse à moi. Certains, les ignorants, diront qu'elle me parle avec le respect qui m'est dû, mais la vérité est plus complexe encore. Elle est peut-être ma fille, mais depuis le début, elle est mon ennemie. Elle et son enfant à naître.

« Bonjour Yuki-chan, bonjour Kyo-chan ! »

Rin n'a jamais cessé d'appeler Kyosato par son surnom enfantin. Il l'accepte même s'il a maintenant vingt ans. J'ai toujours pensé qu'il la considère comme la mère qu'il n'a jamais connue.

« Maman… »

Yuki se laisse tomber au sol, ses genoux frappant d'un coup sec le plancher de bois. Ses larmes surgissent de ses yeux. Parfois, elle peut se montrer si faible.

« Yuki-chan ? appelle Rin presque affolée. Est-ce que ça ? »

J'ai envie de gronder. Rin est inquiète et si je ne pose pas ma main sur son épaule, elle se précipiterait au chevet de Yuki pour s'assurer qu'elle va bien. La générosité de Rin ne devrait pas être ! Pas envers Yuki qui lui vole sa vie avec cet enfant.

Kyosato resserre son étreinte autour des épaules de Yuki qui relève sa tête et essuie ses larmes.

« Yuki, ce n'est pas l'enfant, n'est-ce pas ? demande le jeune homme anxieux.

- Non, non… Je regrette de vous inquiéter ainsi.

- Yuki-chan, tu es ma fille, il est normal que…

- Pardonne-moi, maman, dit Yuki d'une voix prête à se briser. Pardonne-moi… »

Nous sommes déjà passés par cette discussion. Depuis que nous avons compris la raison de la faiblesse croissante de Rin qui l'a accablée depuis plusieurs mois. Depuis qu'elle nous a avoué que le Shikon no Tama renaît dans le cœur de l'enfant de Yuki, et qu'il meurt dans celui de Rin. Un fait qu'elle n'aurait jamais révélé si nous n'avions pas eu l'information en premier lieu par Bokuseno.

« Tu n'as pas à t'excuser, Yuki-chan, dit Rin. Tu devrais être heureuse d'être bientôt mère. Je l'étais quand je t'attendais.

- Mais maman, cet enfant, il…

- Il sera le nouveau porteur du Shikon no Tama. Je le regrette bien sûr, être gardien de la perle n'est pas une destinée enviable. Mais si vous êtes là pour l'aider, le soutenir, l'aimer, toi et Kyo-chan, il pourra être suffisamment fort pour être heureux.

- Maman ! »

Malgré son ventre, Yuki se jette dans les bras de Rin et se met à pleurer contre elle. Rin, avec un sourire triste, serre son étreinte autour d'elle, et lui caresse doucement les cheveux.

« Rin-sama, merci, » murmure Kyosato.

Il les rejoint et serre les deux femmes dans ses bras.

Pourquoi les pardonne-t-elle toujours ? Pourquoi continue-t-elle à les aimer même à en mourir ? Pourquoi je ne puis les mépriser, mépriser cette scène pitoyable où Yuki et Kyosato se montrent tous les deux aussi faibles, aussi inférieurs ?

Parce que Rin est avec eux. Aussi simple que cela.

« Allons ma belle, console Rin. Tu sais bien que tu es tellement plus jolie quand tu souris, n'est-ce pas ? Arrête de paraître si triste, je t'aime tellement plus lorsque tu es heureuse. Et toi aussi, Kyo-chan.

- Maman…

- Rin-sama… »

Kyosato et Yuki se dégagent un peu de Rin. Mais Yuki grimace soudain en se tenant le ventre.

« Yuki ! appelle Kyosato. C'est encore une contraction ? »

Yuki ne répond pas et se concentre sur sa respiration, soufflant lentement et profondément. Et étrangement, je revois Rin dans la même situation seize ans plus tôt.

« Ce n'est pas la première fois qu'elle en a une aussi douloureuse, n'est-ce pas Kyo-chan ?

- Non, répond-il. Juste en arrivant, et d'autres encore avant. Mais Ykui voulait tellement te voir… Yuki, ça va ?

- Je… je crois…

- Kyo-chan, je crois que tu devrais appeler Sango, dit doucement Rin.

- Hein ? Mais pourquoi cela ?

- Je pense que le travail est à son tout début, » répond Rin.

L'annonce de Rin est comme une dague enfoncée en plein cœur. Elle annonce la naissance de l'enfant. Elle annonce sa propre mort.

Je veux me lever pour attaquer Yuki, pour la tuer s'il le faut, tout pour éviter l'abomination qui va être commise.

« Non… non, murmure Yuki entre deux souffles.

- Kyo-chan, dépêche-toi ! » ordonne Rin en me tenant les épaules.

Son emprise est faible, un simple haussement d'épaule peut me délivrer d'elle. Pourtant je ne le fais pas. Comme si je ne puis me permettre de la repousser même un seul moment.

Et le démon primal rugit en moi, commandant de frapper Yuki toujours pliée en deux. Et peut-être parce qu'il aperçut mon regard rouge sang, ou qu'il s'inquiète plus encore pour sa femme, Kyosato se décide d'appeler à l'aide.

« Sango-san ! Sango-san ! »

J'entends des pas précipités, puis la porte s'ouvre brusquement pour laisser entrer la taijiya et son époux, leurs traits plus tirés par l'inquiétude que par les années passées, Kohaku et l'humaine Ren.

« Yuki-chan ! » s'écrient la taijiya et sa fille.

Rin me maintient toujours les épaules et même le taijiya Kohaku, ayant rapidement analysé la situation, se place entre moi et Yuki, prêt à m'arrêter s'il le faut.

« Sango, Ren-chan, appelle Rin, amenez Yuki auprès de Shiori. Le travail commence sans doute.

- Non, murmure Yuki alors que Kyosato et Ren essaye de la relever. Non, maman, je ne veux pas ! Je ne veux pas ! S'il te plait, maman ! »

Elle pleure en se débattant faiblement, tandis que Kyosato et Ren l'emportent hors de la chambre.

« Tout ira bien, lui dit Rin en souriant certes, mais les larmes au yeux. Tout ira bien, n'est-ce pas ? Tu sais que je t'aime de tout mon cœur, Yuki-chan…

- Maman !

- Adieu. »

Et j'ai mal, tellement mal, quand j'entends le dernier murmure de Rin dirigée à notre fille même si elle ne l'entendra jamais. Même si je crois qu'il n'était pas fait pour être entendu par qui ce soit.

La colère du yokai s'est éteinte en moi, étouffée par cette peine.

Il ne reste que le moine Miroku et le taijiya Kohaku dans la chambre. Ils regardent tristement Rin, alors que moi-même, indifférent à leur présence, je pose mon front contre sa poitrine. Pour assourdir cette peine. Et doucement, elle enroule ses bras autour de moi, m'entourant de sa chaleur qui m'apaise et me sauve.

Le silence est tout, jusqu'au moment où le moine prend la parole.

« Es-tu sûre, Rin ? demande-t-il. Es-tu sûre… que cela a commencé ?

- Oui… peut-être que Yuki accouchera cette nuit, je dirai, peut-être demain matin. »

Je resserre mon étreinte. Je voudrais croire qu'elle ment, qu'elle se trompe, mais je sais que c'est impossible. Je relève les yeux pour regarder son visage que j'ai appris à aimer, toujours si plein de vie, malgré la fatigue qui l'accable. Elle est triste bien sûr, mais ne regrette rien. Comme si elle avait appris, il y a bien longtemps, qu'il ne faut rien regretter, pour pouvoir mourir en paix.

Elle ne regrette pas d'avoir choisi la vie de sa fille devant la sienne. Et pourtant… combien moi je le regrette.

« C'est injuste ! s'écrie soudainement l'humain Kohaku. C'est tellement injuste ! Pourquoi… ? Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? »

Je le comprends. Je comprends ce qu'il veut dire. Je suis passé si souvent par les mêmes interrogations depuis que je sais que la fatalité semble encore vouloir frapper Rin. Il semble que, contrairement à ce que nous avons cru, la malédiction du Shikon no Tama, des trois lignées de Midoriko ne s'est pas complètement achevée avec la mort de Naraku.

Et ces interrogations… ces questions n'ont pas réellement de réponse. Même Rin n'en a jamais vraiment trouvé.

« Je suis… tellement désolée que tout ce passe ainsi, dit-elle doucement.

- Rin, murmure le moine.

- Rin, je… »

L'humain Kohaku se reprend immédiatement après un coup d'œil rapide de mon côté. Je sais ce qu'il allait dire, des mots que je n'ai moi-même jamais prononcés pour Rin, mais qui lui échappe parfois. Je t'aime.

Quand il est inquiet et fébrile, il lance cette déclaration venue de nulle part à l'intention de Rin, trop égoïste pour se rendre compte qu'il la blesse par ses paroles.

« Kohaku-kun, moi aussi je t'aime, » murmure Rin.

Je devrai être jaloux. Mais je ne le suis pas pour la première fois depuis bien longtemps. C'est un sentiment profond d'amitié qui les lie, un lien fraternel même si Kohaku souhaiterait qu'il en soit autrement. Mais il le sait, et parait sur le point de s'effondrer à son tour avant de se reprendre. Ses yeux restent pourtant humides.

« Rin…

- Kohaku-kun, Miroku, dit Rin, vous devriez rejoindre les autres chez Shiori. Yuki aura besoin de votre soutien.

- Mais Rin, contredit Miroku, et toi ? Nous n'allons pas…

- Yuki a plus besoin de vous que moi. Elle n'a toujours pas accepté… ce qui va se produire. Et puis, tu ne voudrais pas être présent pour la naissance de ton premier arrière petit enfant, n'est-ce pas, papa ? »

Papa. C'est la première fois à ma connaissance que Rin appelle Miroku ainsi. Bien malgré moi, j'ai appris à avoir du respect pour cet homme, cet humain, plus que n'importe quel autre je pense. Kohaku et mon frère Inuyasha peuvent peut-être prétendre à cette place dans mon estime.

Et je peux le voir toucher par l'affection de Rin. Il la considère depuis si longtemps comme sa fille aînée, sans doute depuis bien avant que Rin ne prenne conscience qu'elle avait trouvé un père en la personne de Miroku.

« Toi aussi, Sesshomaru, reprend Rin sans me regarder. Tu devrais y aller. Tu es le père de Yuki, elle aura besoin de toi. »

Je me raidis à sa déclaration. La réponse à sa suggestion vient d'elle-même.

« Non.

- Mais Sesshomaru…

- Je reste avec toi quoiqu'il arrive. De plus, tu sais très bien que je n'ai jamais été un père pour Yuki. Kohaku est le seul pouvant être considéré en tant que tel. »

Kohaku me regarde avec une expression de surprise, mais nous savons tous que j'ai raison. Kohaku a su aimer Yuki dès sa naissance, un fait que je n'ai jamais pu accomplir.

Rin acquiesce finalement. Elle sait que je ne lui laisse pas le choix. Miroku pose une main sur le bras de Kohaku lui mentionnant qu'il est temps de partir.

« Nous repasserons, dit-il.

- Oui, ajoute Kohaku. A tout à l'heure.

- Ce ne sera pas la peine, murmure Rin. Restez auprès de Yuki. Elle aura besoin de vous.

- Mais Rin, » commence Kohaku.

Le moine repose sa main sur l'épaule de son beau-frère et secoue la tête. Il sourit tristement à Rin, me donnant l'impression qu'il souhaite ajouter autre chose. Il se tait pourtant, me laissant croire qu'il se serait peut-être effondré s'il aurait révélé ce qu'il ressentait actuellement. Pourtant, je sais qu'un entendement silencieux passe entre lui et Rin, et sans doute que cela leur suffit.

Miroku tire doucement Kohaku vers la sortie. Le tajiya résiste faiblement, ses yeux prennent un voile, une peine qui ne s'efface pas de ma mémoire quand la porte se referme enfin, en me laissant seul avec Rin.

« Adieu papa, mumure Rin. Adieu Kohaku-kun. »

Sa voix semble se briser, mais aucune larme ne naît dans ses grands yeux tristes. Et j'ai mal de la sentir renoncer, même s'il n'existe aucune solution pour arrêter l'inaltérable cours du temps.

J'ai besoin de la sentir contre moi, de l'embrasser, de l'aimer pour ne pas oublier qu'elle existe, qu'elle est réelle, qu'elle est toute ma vie.

Elle le comprend, et me serre contre elle, dans ses bras chaleureux mais affaiblis. Elle embrasse mon front en glissant ses doigts dans mes cheveux. J'accepte et je prends tout ce qu'elle a à m'offrir, elle qui n'hésite jamais à tout me donner. Pour oublier, rien que cette fois-ci, que notre vie est décomptée par le grand cycle du temps.


Rin prit du temps pour se remettre de l'accouchement et de tout ce qui en avait découlé. Malgré la fatigue qui l'accablait, Sesshomaru la savait heureuse. Rin aimait leur fille, Yuki. Il le voyait à sa façon de sourire à l'enfant, de la bercer en chantonnant tendrement, de la nourrir avec son sein. Sesshomaru ne comprenait pas vraiment comment elle y parvenait, mais il l'acceptait.

Il la voyait faire tout pour devenir une bonne mère. Elle aurait sans doute désiré un autre enfant par la suite, si la hanyo Shiori ne l'avait pas déconseillé, déclarant qu'un autre enfantement la tuerait sans doute. Sous l'insistance de Sesshomaru, Rin avait accepté de prendre des plantes médicinales l'empêchant de se retrouver enceinte. Il refusait de la perdre à nouveau dans des circonstances semblables.

Il y avait eu beaucoup de visites de la part des amis les plus proches de Rin, sa famille. Beaucoup s'extasiaient devant la jeune hanyo quand ils ne s'inquiétaient pas de la santé de Rin.

L'une des visites les plus marquantes fut celle de la fille de la taijiya et du moine, Ren. Un soir, elle vint leur demander la permission de dormir avec Rin, une habitude qu'elle avait prise lorsqu'elle était encore très jeune, mais qui s'était atténuée avec le temps comme chez le garçon Kiyoshi. Ren avait pris soin de ne regarder que Rin à ce moment-là. Sesshomaru l'avait toujours intimidée et à juste titre.

Rin avait accepté bien sûr, et Sesshomaru ne s'était interposé, quand bien même il aurait préféré être seul avec Rin. Il s'était contenté de s'asseoir en tailleur contre le mur pour y passer la nuit.

« Dis, Rin-neechan ? avait fini par demander Ren.

- Qu'y a-t-il, Ren-chan ?

- Yuki-chan, elle est comme ma petite sœur, hein ?

- Oui, si tu le souhaites ainsi.

- Alors je la protégerai, comme Kiyoshi-onichan l'a fait pour moi. »

Rin n'avait pas répondu immédiatement, mais dans l'obscurité de la chambre, Sesshomaru avait aperçu son sourire.

« Merci, Ren-chan. Maintenant, dors.

- Oui, bonne nuit, nee-chan.

- Bonne nuit. »

Les jours qui suivirent l'accouchement, Sesshomaru se prit à envier Yuki qui accaparait toute l'attention de Rin. Il finissait par croire que Rin en devenant mère cessait d'être sa compagne, éteignant presque l'amour qu'elle avait pour lui par celui qu'elle réservait à Yuki. Et il détestait plus encore l'enfant quand il y pensait, l'accusant au fond de lui-même de lui voler toujours un peu plus Rin.

Rin s'en aperçut sans doute. Ses yeux bruns se posaient parfois sur lui avec inquiétude. Il se sentait alors coupable de ce qu'il ressentait, culpabilisait d'insérer le doute dans le coeur de Rin. Il n'en parla pas, il n'en dit rien, espérant que tout passerait, que tout redeviendrait comme avant une fois que Rin serait à nouveau sur pied.

Il ne voulait pas remuer ce qu'il voulait oublier. Mais sur ce point, Rin n'était pas du même avis.

Un jour, alors qu'elle finissait de bercer Yuki qui s'endormait dans ses bras, elle entama le sujet. Il n'eut plus qu'à en discuter avec elle.

« Pourquoi… pourquoi tu ne prends jamais Yuki contre toi, Sesshomaru ? »

Sesshomaru fut pris de cours par la question, même s'il s'était attendu à ce qu'elle la lui posât un jour ou l'autre. Il chercha tout d'abord une excuse, aussi médiocre fût-elle, mais qui la blesserait moins que la vérité.

« Toi et les taijiyas vous vous reléguez bien pour la prendre dans vos bras. Il n'est pas utile que je le fasse.

- Elle est ta fille, Sesshomaru… Peut-être ton unique enfant, alors…

- Elle sera mon unique enfant. Qu'allais-tu imaginer, Rin ? »

Le peut-être de Rin avait mis la puce à l'oreille de Sesshomaru. Pour une raison ou pour une autre, elle s'imaginait qu'il engendrerait encore… sans elle.

« Il te faut un héritier, n'est-ce pas ? dit Rin d'une voix faussement légère. Comme d'après Shiori il ne vaut mieux pas que je porte un autre enfant, il faudra que tu trouves une femme qui le…

- Ne sois pas stupide, Rin. Il n'y aura jamais d'autres femmes. »

Il leva le menton de Rin pour qu'elle le regardât en face. Il le regretta presque lorsqu'il s'aperçut qu'elle était sur le point de pleurer. Ces derniers temps, elle pouvait être tellement sensible.

« Rin. »

Il détestait de la voir ainsi et elle le savait sans doute. Elle se força de retenir ses larmes en fermant ses paupières. Quand elle les rouvrit, Sesshomaru se rendit compte avec soulagement qu'elle y était parvenue.

« Tu n'aimes pas Yuki, dit-elle soudainement. Tu n'aimes pas notre enfant. »

Ce n'était pas une question ni même une accusation. Elle énonçait un fait, avec tristesse et regret, mais sans colère.

« Elle t'a tuée, fut sa réponse.

- Ce sont les circonstances de la vie qui m'ont tuée. Pas notre enfant. Yuki n'y est pour rien. Tu es son père, tu dois l'accepter.

- L'humain Kohaku agit déjà comme un père pour elle, dit-il sans émotion. Elle n'a pas besoin d'un second.

- Mais Sesshomaru… »

Elle s'interrompit et inspira profondément pour ne pas entrer dans une dispute que ni lui, ni elle ne voulaient.

« Je t'en prie, Sesshomaru. Prends-la au moins une fois. Fais-le pour moi. »

Son regard était suppliant, le forçant malgré lui à obéir. Il ne voulait pas avoir le moindre contact avec l'enfant, mais la refuser ferait souffrir Rin. Et cela, il ne le pouvait pas.

Il se pencha alors sur elle et Yuki, et avec délicatesse, Rin posa l'enfant au creux de son bras, en veillant à la blottir contre lui.

Pour la première fois, Sesshomaru prit le temps de bien regarder la petite fille, paisiblement endormie. Une hanyo, certainement, mais il n'était pas gêné par ce fait. Yuki était la fille de Rin, et la sienne. En tant que telle, elle n'était pas une vulgaire créature comme tant d'autres grouillant sur terre.

« Elle est belle, n'est-ce pas ? »

Belle, oui, Sesshomaru ne pouvait le nier. Yuki tenait beaucoup de Rin. Bien sûr, le croissant de lune mauve pâle sur son front, ses deux mèches de cheveux argentées, ses yeux aussi que Sesshomaru avait entre-aperçu une fois ou deux, tous ces détails signalaient son héritage yokai. Mais elle était avant tout la fille de Rin, plus proche de l'humanité que du statut de démon.

L'enfant, sentant peut-être un changement dans son environnement, se réveillait. Sesshomaru attendit, curieux de voir sa réaction et espérant étrangement de voir plus nettement les yeux si particuliers de Yuki. Etaient-ils comme ceux de sa mère, riche d'émotions ? Ou comme les siens, froids et calculateurs ?

Les lourdes paupières de Yuki finirent par s'ouvrirent. Il les vit alors, ses yeux uniques en forme de fleur aux pétales dorés sur un champ brun. Ses yeux étaient encore chargés de sommeil, mais il se rendit pleinement compte que là encore, ils étaient comme ceux de sa mère. Les traces d'or n'y laissaient aucunement une marque froide et sans émotion quand ils le fixaient.

Elle l'observait en effet, apparemment avec la même curiosité qu'il gardait pour elle. Il souleva un sourcil se demandant qu'elle pût être sa réaction quand elle aurait fini son examen. Il l'obtint enfin, et le regretta presque, tant les pleurs de l'enfant devenaient désagréables à ses oreilles.

« Hé bien, Sesshomaru, dit Rin en riant, tu as réussi à la faire pleurer. »

Sesshomaru lança un regard dédaigneux à l'enfant puis à Rin pour lui signaler que c'était de sa faute à elle. Rin rit de plus belle.

« Donne-la moi, je vais la consoler. »

Sesshomaru fut soulagé quand Rin prit l'enfant dans ses bras. Elle la berça en fredonnant et bientôt Yuki se rendormit.

« Ce n'est pas si difficile, n'est-ce pas ? dit-elle enfin. Tu devrais essayer.

- Je ne suis pas sa mère, rétorqua-t-il assez sèchement.

- Mais tu es son père, releva-t-elle. C'est du pareil au même. »

La discussion allait dégénérer en dispute, mais quelqu'un frappa à la porte. Elle s'ouvrit et laissa entrer l'humain Kohaku. Il s'arrêta incertain quand il compris qu'il les interrompait.

« Je vous dérange, peut-être ?

- Oui ! s'exclama Rin.

- Non, » répondit Sesshomaru.

Il n'aimait certes pas l'humain, mais son intervention pouvait interrompre cette discussion qu'il ne désirait pas avoir.

« Je…vois, » dit l'humain encore hésitant.

Yuki en profita pour éclater à nouveau en sanglots bruyants. Kohaku s'approcha alors et prit délicatement l'enfant dans ses bras. Il la berça et lui murmura des mots rassurants. Il réussit à la consoler aussi facilement que Rin précédemment.

« Tu ne devrais pas te mettre en colère en la présence de Yuki, Rin, dit-il quand il eut fini. Tu sais qu'elle est receptive à ce genre de choses.

- Oui, tu as raison, dit-elle. Excuse-moi pour le dérangement, Kohaku-kun. »

A observer Kohaku et Rin ensemble, Sesshomaru se sentit envieux. Ils avaient tout d'un couple humain parfait, de parents heureux et aimant leur enfant. C'était une chose que Sesshomaru ne pouvait pas vivre avec Rin, il en était incapable. Il n'arriverait pas à aimer Yuki. Il n'arriverait pas à se sentir père d'un être qui avait tué Rin.

« Mais je n'étais pas venu vous rendre visite, dit-il en rendant Yuki à Rin. Il y a un homme qui souhaite te voir, un étranger. Il dit s'appeler Kazuma. »

Kazuma.

Sesshomaru se leva brusquement, et Rin le retint par la main.

« Sesshomaru, s'il te plait ! » supplia-t-elle.

Pourquoi le retenait-elle ? Ne voyait-elle pas qu'il devait tuer cet homme qui était autant coupable que celui qui avait tiré la flèche ? Il était un coupable parmi tant d'autres, peut-être plus que d'autres, et Sesshomaru voulait obtenir justice pour la douleur qu'il avait ressenti lorsque Rin était morte.

« Sesshomaru ! appela-t-elle à nouveau.

- Donc vous le connaissez, énonça calmement Kohaku.

- Il était avec ceux qui s'en sont pris à Rin, répondit Sesshomaru d'une voix qui ne masquait pas sa colère, avec ce Tomoeda. S'il n'avait pas été là, Rin n'aurait pas été attaquée, elle n'aurait pas accouché si précocement…

- Sesshomaru…

- Elle ne serait pas morte ce jour-là ! Tout aurait été différent ! »

Et j'aurai peut-être aimé notre fille.

Un éclair de colère apparut dans les yeux de l'humain. La même colère née de la douleur qu'ils avaient tous les deux connus ce jour-là. Les sentiments de Kohaku pour Rin étaient similaires aux siens, quand bien même Sesshomaru détestait l'admettre, mais pour une fois, il était prêt à passer outre pour s'allier à lui et réclamer la justice qui leur était due.

« Kohaku, Sesshomaru, Kazuma-san n'est pas coupable. C'est un homme bien. J'ai confiance en lui.

- Et tu vois où cette confiance t'a menée ! s'écria Sesshomaru. Il pourrait…

- Kohaku, j'aimerai le voir.

- Hors de question, répondit l'humain.

- Kohaku-kun… s'il te plait. »

La voix de Rin s'était adoucie pour devenir suppliante. Kohaku ne pouvait y résister. Même Sesshomaru n'y parvenait pas toujours. Et cela, Rin le savait parfaitement et l'usait quand elle n'avait pas d'autres moyens.

« Bien, soupira-t-il, mais je resterai.

- Si tu veux, » répondit Rin avec un haussement d'épaules.

Sesshomaru se retint de dire que la présence du l'humain n'était pas nécessaire. Il était là pour veiller à la sécurité de Rin et il n'avait certainement pas besoin de son aide.

Kohaku était déjà sortis hors de la chambre, les laissant seuls.

« Tu crois que c'est une bonne idée ? demanda Sesshomaru.

- Je ne crois pas que Kazuma-san me veuille du mal, si c'est ce que tu veux dire.

- Mais… »

La porte s'ouvrit encore, laissant passer Kazuma qui portait un paquet de couverture dans ses bras. Kohaku ferma la porte derrière lui.

« Rin-sama, je suis tellement navré, » dit Kazuma en s'approchant.

Sesshomaru gronda, le défiant de s'avancer d'avantage. Il tomba à genoux en tenant toujours délicatement sa charge. L'odeur qui en émanait atteignit les narines de Sesshomaru. C'était un humain, un enfant sans doute. Qui portait une odeur rappelant la mort.

Sesshomaru allait faire un pas, mais Rin agrippa encore la manche de son haori.

« Kazuma-san, c'est Kyo-chan, n'est-ce pas ? demanda-t-elle. Il ne va pas bien. »

L'homme laissa échapper des larmes qui ne tirèrent que du mépris de la part de Sesshomaru.

« Rin-sama, je vous en prie… Mon fils, il est tout ce qu'il me reste de ma femme. Je ne veux pas le perdre lui aussi. »

Rin semblait prête à se lever pour l'aider, mais Sesshomaru la retint.

« Il ne mérite pas ton aide, Rin. Pour tout ce qu'il nous a fait, il n'a qu'à rester dans son malheur.

- Non, répondit-elle calmement.

- Mais Rin, tenta d'intervenir Kohaku.

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi, Kohaku-kun ! Je ne suis pas surprise de la réaction de Sesshomaru, mais de ta part… C'est la vie d'un enfant qui est en jeu !

- Et la tienne aussi, contra Kohaku. Shiori a dit que tu devais te reposer et surtout ne pas utiliser tes pouvoirs. »

Sesshomaru n'avait pas du tout apprécié d'être comparer à l'humain par Rin, surtout dans des termes si défavorables pour lui. Mais la réponse de Kohaku était intéressante. Il tenait un point capable de mettre en échec Rin et la faire renoncer. Si seulement, elle avait été du genre à renoncer.

« Kazuma-san, dit-elle, je vais soigner Kyo-chan. Dîtes-moi ce qui s'est passé. Et toi Sesshomaru, prend Yuki. »

Rin ne lui laissa pas le temps de refuser, lui tendant l'enfant au creux de son bras. Kazuma les regarda avec précaution, puis rejoignit le chevet de Rin. Elle découvrit un peu le visage du petit garçon de trois ou quatre années, et Kazuma prit la parole.

« Je vous remercie, Rin-sama, je vous remercie. Mon fils… est tombé malade à la suite de mon retour sur les terres des Tomoeda. Makoto-sama l'a empoisonné pour venger la mort de Tomoeda-dono…

- C'est ridicule, déclara Rin. Vous n'avez pas tué Tomoeda. Sesshomaru l'a fait.

- J'étais l'un des hommes de Tomoeda-dono. J'aurais dû donner ma vie pour le sauver ou faire seppuku si j'échouai, même si je n'approuvai pas ses actions à la fin. Et puis… mon fils… je ne pouvais pas mourir…

- C'est ce que tu dis, humain, déclara Sesshomaru.

- Sesshomaru, je t'en prie… Je vous crois, Kazuma-san, continuez.

- Mokoto était la courtisane chargée d'entretenir Tomoeda-dono. Elle lui était attachée, et pour se venger, elle a fait empoisonner mon fils avec un venin mortel. J'ai demandé, j'ai supplié qu'on trouve un antidote, mais il n'en existe aucun. Mais vous Rin-sama… Vous avez guéri Tomoeda-sama, alors si vous pouvez sauver mon fils… je ferai n'importe quoi en échange, je donnerai ma vie s'il le faut… Votre… compagnon pourra me tuer s'il le désire, mais je vous en prie, sauvez Kyosato. Sauvez mon fils. »

Rin posa un regard tranquille sur Sesshomaru, comme pour le défier de s'en prendre à l'humain malgré ses paroles. Sesshomaru le regrettait, mais savait que Rin protégerait l'homme et son fils contre lui s'il le fallait.

« Ce ne sera pas nécessaire, déclara Rin. Je m'occuperai de Kyo-chan, j'ai suffisamment de forces pour y arriver malgré ce que croient mes amis. Puis-je le prendre un instant ? »

Kazuma posa son fils endormi et fiévreux sur les genoux de Rin qui le maintint dans une position semi-assise. Elle lui sourit comme elle aurait souri à Yuki, de cette façon maternelle qui surprenait encore Sesshomaru parfois par sa nouveauté, mais qu'il ne pouvait s'empêcher d'admirer. Elle était belle en mère, radieuse, il ne pouvait le nier.

Rin posa sa main sur le front de l'enfant. Une lueur mauve et rose l'éclaira, son aura battit, plus puissante. Sesshomaru s'écarta presque, ses instincts de yokai repoussés par les pouvoirs de miko de Rin. Il se reprit et resta à sa place à côté de Rin. Elle était sa compagne, il ne craignait pas ses pouvoirs.

La lumière s'arrêta subitement, et Rin s'affaissa doucement contre l'enfant qu'elle tenait, sa respiration devenue difficile.

« Rin ! » appela l'humain Kohaku en la rejoignant.

Il posa sa main dans le creux de son dos, et l'autre sur son épaule. Sesshomaru voulut jurer. Il ne pouvait rien faire pour soutenir Rin en tenant Yuki. Il ne pouvait que regarder impuissant l'humain Kohaku se montrer trop familier avec Rin.

« Rin-sama… est-ce que… ? demanda Kazuma.

- Je… je vais bien, » répondit-elle.

Elle leva la tête en leur souriant.

« La bonne nouvelle, continua-t-elle, c'est que j'ai réussi à éliminer le poison qui courait dans son sang.

- Rin-sama…, demanda faiblement une voix enfantine, c'est toi ?

- Oui, Kyo-chan, tu vas bien ? »

Il se frotta un peu les yeux.

« Rin-sama, où est Papa ?

- Kyosato. »

Kazuma prit son fils dans ses bras, le serrant fort contre lui. Sesshomaru aperçut des larmes se formaient au coin des yeux de l'homme.

« Kyo, j'ai eu si peur de te perdre. »

Un pleur retentit alors, mais non pas de l'homme ou de son fils. Yuki se réveillait à nouveau. Sesshomaru tendit l'enfant à Rin sans plus y réfléchir. Rin lui lança un regard déçu, mais avec un soupir, prit Yuki pour la bercer.

« C'est qui ? demanda le petit garçon en se détachant un peu de son père.

- Elle s'appelle Yuki, répondit Rin. C'est ma fille.

- Oh, s'exclama l'enfant en s'approchant. Moi, je voulais qu'elle soit un garçon. Les filles… on ne peut pas jouer avec elles.

- Pourquoi pas ? demanda Rin. Je suis sûre que lorsqu'elle sera grande, elle voudra rien.

- Peut-être, dit l'enfant. En tout cas, elle est jolie. Mais pourquoi elle pleure ?

- Elle a faim, je pense. Je vais lui donner un peu de lait. »

Sesshomaru fit un bruit dans sa gorge pour mentionner aux humains de s'en aller. Kohaku rougit discrètement en comprenant le message, alors que Kazuma prit les épaules de son fils.

« Rin-sama, tu veux que j'aille te chercher du lait pour Yuki ?

- Je te remercie, Kyo-chan, mais j'ai tout ce qu'il me faut.

- Ah bon ? demanda-t-il en regardant autour de lui. Où ça ?

- Kyosato, déclara Kazuma d'une voix calme, je t'expliquerai tout à l'heure. Nous allons laisser Rin-sama seule.

- Mais pourquoi ? Moi, je veux aider Rin-sama à donner du lait à Yuki-chan.

- Tu ne peux pas le faire, dit Kazuma avec une patience qui dépassait Sesshomaru.

- Pourquoi ?

- Parce que, coupa Sesshomaru d'un ton définitif. Maintenant tu devrais quitter cette pièce avant que la curiosité soit la cause de ta mort prochaine, humain.

- Sesshomaru ! » s'écria Rin horrifiée.

Kazuma prit l'enfant dans ses bras en s'excusant de l'attitude de son fils. La porte une fois fermée derrière les humains, Sesshomaru entendit le commentaire du petit garçon, vite repris par son père.

« Il est méchant, le monsieur, Papa. »

Sesshomaru n'y prêta pas attention. L'enfant n'avait pas tort et heureusement d'ailleurs. Sesshomaru, même attaché à Rin, ne souhaitait pas montrer plus de générosité qu'il n'était capable d'éprouver.

« Sesshomaru, dit Rin irritée en défaisant son yukata pour présenter son sein à Yuki, ce que tu peux être insupportable, parfois !

- Tu n'as pas à montrer ta poitrine à d'autres hommes.

- Ce que je fais n'a rien d'indécent, Sesshomaru. Je ne fais que nourrir notre enfant. Crois-moi, au XXIe siècle, ils ne voient pas de problèmes à ce genre de choses.

- Tu es resté trop longtemps dans cette époque.

- Et au village, non plus, je te signale, ajouta Rin. Les maris ne sont pas aussi…

- Tu n'es pas mariée à l'un des hommes du village. Tu es ma compagne.

- Oh, et j'abandonne, Sesshomaru. Tu es trop entêté pour moi. »

Et c'est toi qui dis cela.


Seveya: Meuh non, t'es pas naive, c'est moi qui suis fortiche. Non, on peut se permettre beaucoup de choses avec Sesshomaru qui a un Tenseiga à disposition (enfin, si on oublie la version officielle du manga)

Cynthia: Mais... faut pas pleurer, c'est juste une histoire. Vi, je pense que ce chapitre te précise l'histoire de la malédiction.

Arwen: Bon ok. Je continue alors. Merci pour tes commentaires. (Et prends du magnésium pour les douleurs au dos et tout le reste. La sciatique, finit par passer aussi, si, si je t'assure!).

La suite dans 2 semaines puisque je serai loin de mon ordinateur pendant 10 jours. A la prochaine!