-Chapitre 6-

Notre amour

Kazuma et Kyosato ont vécu dans le village depuis lors. Je n'ai jamais approuvé, mais bien sûr, je n'ai jamais eu mon mot à dire non plus. Et même si cela avait été le cas, Rin m'aurait certainement affronté. De toute façon, nous étions en voyage à travers le pays la plupart du temps. Je ne voyais ni Kazuma, ni son fils suffisamment pour qu'ils m'insupportent au point de vouloir les tuer.

Rin a retrouvé ses forces par la suite, même si ce n'était pas comme auparavant. Je pouvais le sentir, tout en ne cessant de le nier, elle était devenue plus fragile que par le passé. Nous l'avons su tous les deux depuis le début, et pourtant, ni elle ni moi ne l'avons mentionné. Pas une seule fois.

Malgré le manque de considération que j'avais pour notre fille, nous avons pu être d'une certaine manière heureux. Je tolérais Yuki, respectais mon devoir de parent envers elle, tout en gardant mes distances.

Plus elle grandissait, plus je la voyais devenir comme sa mère. Elles partageaient à l'époque la même joie de vivre, les mêmes sourires. Et même après, c'était toujours le cas, sauf dans cette période sombre de notre vie que nous traversons actuellement. Dans laquelle nous nous enfonçons.

Il est impossible de ne pas aimer Yuki, tant elle ressemble à Rin. Impossible, et pourtant, je n'y suis jamais parvenu.

Rin dort contre moi, sa respiration douce et profonde, lointaine aussi. Je n'aime pas la voir dormir. Même si son visage est serein et que je sais qu'elle va bien, c'est comme si je la vois s'échapper loin de moi, dans un endroit où je ne pourrais l'atteindre, la toucher, la garder auprès de moi. Elle est dans un monde qui n'appartient qu'à elle, que je ne connaîtrais jamais. Un seul être a vécu ses rêves avec elle, et ce n'était pas moi, mais Naraku. Je hais encore le hanyo après sa mort pour cette raison, une parmi tant d'autres.

Je n'aime pas la voir endormie. Je n'aime pas la voir si proche du monde de la mort. Je la serre alors un peu plus contre moi, mon nez touchant le sien, mon front posé contre le sien. Ma vie a toujours été faite pour être partagé avec elle, semble-t-il, comme tous les moments heureux qui peuvent le prouver à ceux qui veulent nous défier.


Sesshomaru était assis contre le tronc d'un arbre, ayant cédé à la demande de Rin et de Yuki de se reposer pour profiter de cette après-midi d'été. Sesshomaru n'était pas pressé par le temps. Il n'avait pas vraiment de but particulier, se contentant de patrouiller sur l'immense territoire de l'ouest, son héritage, que les années de poursuite de Naraku avaient mis de côté.

Ses terres avaient prospéré en son absence, surtout, il devait l'admettre grâce à l'implantation des humains. Leur présence déplaisait à Sesshomaru, mais il ne changea rien à cela. Rin était humaine, il serait aberrant de les anéantir parce qu'ils étaient humains, alors qu'il ne pouvait se passer de sa compagne.

Et puis, là encore, elle se serait opposée à lui.

Il le regrettait parfois. Il regrettait sa prudence qui l'obligeait à éviter de la blesser par ses convictions. Cela incluait qu'il se devait d'épargner les humains qu'ils croisaient alors même que certains d'entre eux ne méritaient que la mort. Ceux qui les injuriaient, injuriaient leur union alors que les autres les fuyaient craintifs.

Rin avait toujours pris soin de protéger Yuki, leur fille, une hanyo, du mépris et du sarcasme de leurs races respectives. Cinq ans étaient passés depuis la naissance malheureuse de Yuki, et depuis tout ce temps, Rin n'avait pas échoué. Yuki était une enfant joyeuse et insouciante, comme l'avait été Rin.

Yuki ressemblait plus à une humaine qu'à un démon, c'était évident, et bien plus les nuits de croissant de lune, deux fois par moi, où son sang de yokai s'éteignait pour la transformer entièrement en humaine.

Mais Sesshomaru savait que Rin ne pourrait pas la protéger indéfiniment, contrairement à ce qu'elle souhaitait en tant que mère. Il se demandait quand ce moment arriverait. Que ferait Rin ce jour-là ? Non, ce n'était pas la question la plus importante. C'était plutôt : que ferait-il à ce moment là ?

Il n'avait pas de réponses pour l'instant et préférait ignorer le problème. Rin était heureuse, il n'avait pas à réfléchir sur des questions qui ne se posaient pas. Encore.

Rin avait entrepris d'apprendre à Yuki comment faire des couronnes de fleurs une activité qu'elle aimait depuis son enfance. La première couronne avait fini sur la tête de Rin, qui rayonnait sous les fleurs et le soleil d'été. Maintenant elle aidait Yuki à en faire une, corrigeant avec douceur et patience les gestes encore maladroits de l'enfant. Le résultat était satisfaisant et Yuki l'amena sur sa tête.

Elles en firent d'autres encore, deux pour AhUn, et une pour Jaken. Yuki, à force de supplication avait réussi à convaincre le petit yokai. A vrai dire, quand Jaken avait imploré du regard Sesshomaru pour le sauver, il n'avait même pas levé un sourcil. Yuki aurait sans doute pleuré s'il était intervenu contre sa faveur, ce qui aurait importuné Sesshomaru. Non, Jaken ferait mieux de se plier aux volontés de l'enfant.

« Maman ! appela Yuki. Regarde, j'en ai jamais fait une aussi jolie ! C'est pour Père ! »

Sesshomaru qui avait commencé à somnoler, ouvrit brusquement les yeux. Il n'aimait pas du tout ce qu'il avait entendu. Et il aimait encore moins le sourire complice que Rin donnait à sa fille.

« S'il le veut bien, Yuki-chan.

- Ma réponse est non, déclara-t-il fermement.

- Mais… mais... je l'avais fait exprès pour toi, Père…

- Je me moque…

- Je ne crois pas que te laisser le choix était une solution, Sesshomaru, » coupa Rin.

L'environnement vibra autour d'eux. Rin puisait dans ses pouvoirs. Il comprit vite dans quel but. Elle avait érigé une barrière.

Rin souriait, légèrement moqueuse et défiante. Sesshomaru aurait rendu le même sourire, s'il n'y avait eu que Rin. Elle voulait s'amuser, il n'avait qu'à répondre à son souhait.

« Tu ne peux plus t'échapper, dit-elle.

- Il te faut encore m'attraper avant de crier victoire, Rin.

- Yuki, dit-elle en continuant à le fixer, ça te dit de couronner ton père avec des fleurs ?

- Maman… » commença Yuki timidement.

Sesshomaru savait qu'il avait toujours un peu impressionné Yuki.

« Ne t'en fais pas, Yuki-chan. A nous deux, nous pourrons l'avoir, n'est-ce pas ?

- Oui ! »

La chasse commença. Sesshomaru n'était pas le prédateur, du moins pour l'instant. Il transformerait la partie à son avantage quand il le jugerait bon.

Il esquivait aussi bien Yuki que Rin, les faisant toutes les deux courir dans l'espace réduit que Rin avait délimité. Yuki courait déjà rapidement pour une enfant de son âge, bien plus que Rin même, montrant clairement son héritage yokai. Mais elle ne rivalisait pas avec la vitesse de Sesshomaru. Il doutait qu'elle y parvînt même un jour.

Rin commençait à s'essouffler un peu, et Sesshomaru décida de changer la règle du jeu. Il fit volte-face, devant une Rin surprise. Profitant de son moment d'hésitation, il sauta sur elle et la fit basculer sur l'herbe. Elle poussa un léger cri de surprise.

Sesshomaru amortit leur chute grâce à son bras, et prit soin de ne pas laisser tout son poids sur Rin. Il la maintint juste assez pour la faire prisonnière contre son torse.

« Tel est pris qui croyait prendre, Rin.

- Et tu te crois malin, dit-elle avec un sourire.

- Tout à fait. »

Il baissa sa tête, jusqu'à embrasser les lèvres de Rin, sensuellement, avec toute la tendresse qu'il pouvait ressentir pour elle. Peu lui importait dans l'immédiat qu'il se montrait affectueux envers sa compagne devant Yuki, Jaken et AhUn. Il voulait goûter ses lèvres, il la désirait, maintenant. Et elle répondait.

Elle glissa ses mains autour de son cou, avec la même douceur dont il était devenu désespérément dépendant. Rin n'hésitait jamais à être démonstrative quand ils étaient ensemble, en privé ou pas.

L'une de ses mains quitta sa chevelure, et au son du léger craquement de son poignet, Sesshomaru devina quelle était son intention. Rin faisait signe à Yuki de lui mettre sa couronne de fleurs.

Il entendit les exclamations étouffées de Jaken, sans doute par Yuki, mais n'y prêta pas plus attention. Il ne s'intéressa même pas Yuki qui s'approchait précautionneusement de lui. Elle pouvait lui mettre sa couronne de fleurs sur la tête, Sesshomaru s'en moquait à présent. L'environnement extérieur était beaucoup moins intéressant que le goût de la bouche de Rin contre la sienne. Beaucoup moins accaparant.

Il sentit le poids des fleurs tomber sur sa tête, mais ne s'arrêta d'embrasser Rin que lorsque celle-ci écarta doucement ses lèvres. Il ouvrit ses paupières pour croiser les yeux rieurs de sa compagne.

« Je crois que nous avons gagné, Sesshomaru.

- Vraiment ? Alors je ne me plains pas du lot de consolation. »

Il captura à nouveau les lèvres de Rin et les embrassa avec passion. Il fut content quand elle répondit de la même manière.

« Yuki, appela Jaken de sa voix criarde, arrête de regarder tes parents de cette manière ! C'est indécent !

- Mais Jaaaken, rétorqua Yuki avec l'intonation traînante caractéristique qu'elle employait en disant le nom de leur serviteur, ils font quoi Maman et Père ?

- Rien qui n'intéresse les enfants de ton âge ! »

Rin souriait incontrôlablement contre ses lèvres. La conversation entre Jaken et Yuki l'amusait. Elle allait peut-être s'écarter pour apaiser leur fille, mais Sesshomaru la retint. Jaken et Yuki pouvaient continuer à parler cela l'indifférait.

« Jaaaken, appela Yuki à nouveau. Est-ce que Maman et Père font un bébé ?

- Idiote ! Ne dis pas des choses pareilles ! »

Rin éclata vraiment de rire, et même Sesshomaru esquissa un sourire contre ses lèvres. Cette fois-ci il laissa Rin se dégager un peu. Ils s'assirent tous les deux, Rin toujours riant.

« Non, Yuki-chan, répondit-elle. Ce n'est pas ainsi qu'on fait les bébés.

- Oh ? Alors comment on les fait, maman ?

- Je te le dirai quand tu seras plus grande, Yuki-chan.

- Et pourquoi, maman ? Pourquoi pas maintenant ? Je suis grande ! »

Sesshomaru savait où cette situation les mènerait. Yuki poserait indéfiniment des questions que Rin répondrait avec plus de patience qu'il n'était possible d'avoir. Elles étaient toutes les deux très douées pour ce genre de choses. Sesshomaru n'avait certainement pas envie de les entendre jusqu'à la fin du jour. Surtout qu'il avait maintenant des attentes, plus… pressantes. Qui concernaient Rin.

« Parce que, répondit-il d'un ton final. Rin et moi allons nous absenter quelques heures. Jaken, surveille Yuki.

- Oui, Sesshomaru-sama !

- Sesshomaru ? » demanda Rin un peu perplexe.

Il la prit dans son bras, souriant un peu quand elle laissa échapper un cri de surprise. Elle s'agrippa plus fermement à lui et il s'envola, loin, dans un lieu isolé pour continuer ce que lui et Rin avaient commencé.


Cynthia: Bon chapitre très court, mais un peu moins dépressif que le reste. Et oui, comme tu peux le remarquer, Sesshomaru est de moins en moins patient avec les enfants.

Cassegrain-MIB: Je suis revenue depuis quelques jours, mais entre la Japan et le retour, et bientôt la reprise du taff, je n'ai pas eu le temps de lire les chapitres que tu as écrits. Mais à partir de la semaine prochaine, tout ça devrait se décanter. J'ai du mal à voir Sesshomaru comme un père très expansif, même si tout le côté tragique de sa fille n'avait pas été là. Quoiqu'il est au final le type de personnage qui pourrait finir comme son père, que l'on aperçoit un peu dans le e film Inuyasha.

Seveya: Mon Sesshomaru est quelqu'un de particulièrement égoïste. Je pense qu'avec du recul et la fin officielle du manga, maintenant je ne l'écrirerai plus comme ça. Distant peut-être, mais pas aussi égoiste. Mais j'ai essayé de le faire évolué d'une façon logique vu les éléments que j'avais et les évènements qu'il traverse.

tarentule: Oui, ça va être triste. J'adhère rarement à la théorie où la compagne de Sesshomaru finit immortelle... parce que c'est trop facile (ou parce que Tolkien a influencé à tout jamais ma vision des choses). J'adore Rin d'ailleurs! Si, si vraiment. Elle est même mon perso préférée dans Inuyasha. Mais j'ai tendance à faire souffrir les persos que j'adore (c'est limite si on pourrait mesurer quels sont mes perso préférés au degré de souffrance que je leur fait traverser...). t'inquiète pur la sorcière vaudou, je me vexe pas. J'ai qu'une peluche Sesshomaru de toute façon (et Koga aussi!).

Arwen: Hello! Tu entres dans le 6e mois, non? Félicitation que ce soit une Arwen junior! La sciatique disparait... après l'accouchement (mais si tu ne fais rien). Maintenant, j'ai plutôt de bons échos sur l'ostéo ou même l'acupuncture comme alternatives. Non, pas de roman en préparation. Je ne suis qu'une fic-euse, je n'ai pas assez de patience pour créer tout un univers. Mes vacances se sont bien passées (mis à part pour mes épaules, elles ne se remettent pas des coups de soleil... je suis au bépanthène à forte dose, là). Autrement..., oui, Kohaku et Sesshomaru aiment Rin assez différent. Sesshomaru, d'un amour égoiste, presque possessif. Kohaku est celui qui a accepté de la laisser, même si lui n'arrive pas à tourner la page. Il est plus sacrificiel que Sesshomaru. Alors maintenant, le temps que j'ai mis... attend que je z'yeute mes notes... Pour les Trois Lignées j'ai commencé à la taper en septembre 2005 (et oui, ça date!), mais j'avais dû la terminer sur papier bien avant (ça me rappelle le temps où je l'écrivais quand j'étais dans le rer...). Disons 2003-2004? Et après, il y a eu quelques corrections supplémentaires. Pour Le Crépuscule... je l'ai commencé le 16/11/2005 pécise et l'ai fini vers septembre 2006. Sur papier. Après, il a fallut que je la tappe (fini en 2009), et là, je corrige à nouveau. (La vache, je suis sacrément lente! Y'a qu'à voir ma nouvelle fic où j'ai à peine fini le 3e chapitre en 9 mois!).