-Chapitre 10-
Notre destin
Seiji et Inuyasha ont embrassé la vie d'un humain et les faiblesses qui l'accompagnent. Comme Rin, qui d'une certaine manière, accepte son destin.
Elle avait pleuré longuement à notre départ du futur. Elle avait pleuré la mort de Seiji, sans doute, dont nous ne sûmes jamais l'issue. Comme nous ne sûmes jamais ce qu'est devenu la vie d'Inuyasha et de sa femme Kagome, par la suite.
Trois ans ont passé depuis, et parfois, je m'interroge encore. Parfois, mais plus maintenant. Plus quand je vois Rin s'affaiblir pour mourir. Inexorablement. Et là encore, je me demande bien ce que peut apporter cette vie d'humain, si fragile, si éphémère.
Mis à part… de pas être sans elle.
« C'est une bonne chose qu'on ait pu voir Bokuseno-ojisan, Totosai et Myoga cet automne, tu ne trouves pas ? fait-elle comme pour combler le silence.
- Si tu le dis… »
Ce voyage, notre dernier voyage, n'a été qu'une façon masquée de se dire adieu. Et cela… m'a fait mal, ce jour-là. Même si la situation aurait été plus difficile si nous n'avions pas gardé la façade du mensonge connu de tous.
« J'aimerai voir la neige, » déclare-t-elle soudain.
Je suis surpris, et même si je ne le montre pas, je sais qu'elle l'a remarqué.
« Le froid est trop rude pour toi, Rin. Et l'aube n'est toujours pas levée. Tu ne pourrais pas la voir.
- S'il te plait, Sesshomaru, insiste-t-elle. Avec toi à mes côtés, je n'aurai pas froid. Et j'aimerai juste… une dernière fois… »
Quelque chose se brise là où mon cœur bat. Douloureusement et sans pitié. Que puis-je face à ce sentiment de perte, de déclin que je ne peux freiner ? Elle me regarde, ses yeux grands et patients, pleins d'amour et de compréhension.
Que puis-je face à elle également ?
Je m'agenouille à ses côtés, rassemblant un lourd châle sur ses épaules minces puis l'entourant dans une couverture. Elle appuie doucement une de ses mains sur mon épaule comme pour s'aider à se relever, mais elle s'est affaiblie. Je le sens, elle ne peut plus.
Je la positionne sur mon bras, et la porte de son lit de malade, de mourante, tout contre moi. Sa faible tiédeur qui s'éteint me refroidit au lieu de me réchauffer.
Mais Rin veut voir la neige.
Alors dans le silence de la maison, de la nuit, j'ouvre la porte et fait quelques pas dehors, Rin contre moi.
Des flocons doux, glaciaux, tombent sur nous, sur mon visage que je penche au dessus de celui de Rin pour qu'elle ne soit pas affectée. Mais elle tend la main avec lenteur, comme une enfant qui s'émerveille à une sensation nouvelle.
AhUn, le dragon à deux têtes de Rin, viennent nous rejoindre. Conscients du drame qui se joue, fidèles malgré tout, ils tendent leurs têtes pour que Rin les caresse une dernière fois. Ils se battent presque pour avoir le privilège de toucher une dernière fois les doigts glacés de Rin, et elle émet un doux rire qui s'éteint beaucoup trop vite.
Alors j'essaie de respecter la joie simple et enfantine de Rin. J'essaye d'oublier que les lumières du jour touchent l'obscurité de la nuit avant de l'envahir en me volant Rin, définitivement. J'essaye de la garder contre moi en ignorant comment tout a été chamboulé trois mois auparavant.
J'essaye de ne pas entendre les cris de Yuki qui continue le cycle de la vie, non loin de là, au crépuscule de la nuit.
Rin souriait tranquillement, ses mains tournant doucement les pages de son album. Elle s'arrêtait souvent sur les photographies qui la touchaient le plus : ceux de ses amis qu'elle n'avait pas revus depuis si longtemps. Une voix en elle murmurait même qu'elle ne les reverrait jamais plus. Kagome et Inuyasha, Sota et Hitomi, Seiji et Rowena. Ils étaient synonymes de joies, de rires, de souvenirs de son passé qui appartenaient en réalité à un futur dont elle n'aurait plus accès. Pas dans cette vie, du moins.
Cela faisait trois ans qu'elle avait fait son dernier adieu à Seiji, Rowena, Inuyasha, Kagome et les autres. Le temps était passé, avait continué de tourner, indifférent aux désirs des hommes. Toutefois elle se demandait encore comment ils allaient… et s'ils vivaient encore.
Elle tourna la page, sachant pertinemment qu'elle n'aurait pas de réponse. Et elle regarda d'autres images, plus rares, de sa famille, Miroku, Sango, les enfants, Kohaku, Shiori et Shippo. C'étaient les dernières photographies qu'avait faites Kagome. Son dernier souvenir de Shippo aussi.
Il lui manquait également, avec sa petite frimousse de renard espiègle. Shippo était devenu la grande absence de sa nouvelle vie, celle après sa mort, et sa résurrection, et rien n'arrivait à le remplacer. Oui, Shippo lui manquait tellement.
Elle n'était pas la seule qui souffrait encore de sa mort, bien sûr, même après cinq ans. Shiori restait inconsolable, et leur amitié n'avait jamais été la même depuis, malgré les efforts de Kohaku en particulier. Rin ne lui en voulait pas, même si elle regrettait les moments qu'elle avait partagé avec la hanyo.
Kohaku aussi pleurait leur meilleur ami, Rin en était certaine. Parfois, lorsqu'ils partageaient tous les deux un rire après une histoire du village, elle le voyait se pencher de côté comme s'il allait demander l'avis de Shippo. Comme avant. Il se reprenait toujours à temps, son front se plissant avec tristesse. Ces moments ne les quittaient pas, malgré les saisons qui passaient, les joies et les peines qui auraient pu prendre leur place.
Inconsciemment, Rin se mit à chercher l'aura de Sesshomaru. Il était à la limite du village, faisant le guet, au cas où un yokai roderait trop près. C'était une sécurité pour le village, mais pas suffisante pour entièrement rassurer Rin. Elle n'était bien que lorsqu'il était à ses côtés et non à cette distance respectueuse qui les avait séparés lors de son adolescence ou quand elle vivait auprès de Kikyo.
Rin n'avait pas oublié la miko après toutes ces années. Vingt ans s'étaient presque écoulés depuis sa mort, mais Rin se souvenait de son mentor, devenue tantôt amie et sœur, tantôt ennemie et rivale. Cependant, malgré leur différent né de la destinée des trois lignées, Kikyo était une personne qui avait compté pour Rin. Sans elle, elle ne serait pas devenue ce qu'elle était à présent.
Elle était une personne qui manquait à Rin, encore maintenant.
Et puis, il y avait l'autre hériter de Midoriko et Taho.
Son ennemi, son antagoniste, son ami, son compagnon.
Naraku.
Il était mort, réduit au néant. Et pourtant ce vide, cette absence créait une présence, une trace indélébile qui ne la quittait jamais véritablement et la hantait aux heures les plus sombres de son sommeil. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu'ils avaient partagés un lien aussi fort pendant plusieurs années ?
Elle continuait sa vie, comme si de rien n'était, comme si quelque chose d'essentiel ne manquait pas. C'était un mensonge peut-être, une façade certainement, que Sesshomaru était le seul à savoir.
Du moins, c'était ce qu'il semblait à Rin. Ni l'un, ni l'autre n'abordait le sujet, comme d'autres qui pourtant méritaient d'être exposés. Apparemment, Naraku était l'un des interdits que Rin ne se voyait pas défier. Ni maintenant, ni sans doute jamais.
Et puis, elle n'avait pas à se plaindre. Elle vivait avec l'homme qu'elle aimait. Sa fille, sa merveilleuse fille, s'était mariée quelque mois auparavant et coulait des jours heureux auprès de Kyo-chan.
Rin avait été heureuse pour Yuki. Sa fille de quinze ans avait trouvé son bonheur. Elle grandissait et devenait une femme et une adulte.
Une partie de Rin le regrettait. Une partie qu'elle réprimait. Elle ne pouvait après tout rien contre le cours du temps. Sa fille mûrissait et elle construisait sa vie de son côté, sans plus avoir besoin de sa mère pour lui tenir la main.
Rin se sentait… non, pas vraiment inutile ou vieille, mais plutôt… nostalgique peut-être ? Alors qu'elle avait toujours su que ce jour arriverait ? C'était sans doute ridicule comme impression…
Serait-ce ce qu'aurait ressenti sa propre mère en la voyant faire sa vie avec Sesshomaru ? Son père et son frère Haru ? Sans doute pas, Sesshomaru était plus effrayant que Kyo-chan… mais… Oui, qu'auraient-ils pensé ? Auraient-ils pu être heureux pour elle ?
Elle se demandait également si Sango et Miroku avaient eu les mêmes incertitudes pour elle et Ren. Si Kohaku et Sesshomaru étaient passés par les mêmes sentiments. Kohaku… peut-être bien. Il avait eu un sourire heureux le jour du mariage, mais ses yeux portaient une certaine… oui, nostalgie, sans nul doute. Jaken avait lui éclaté en sanglot et les railleries de Kiyoshi n'avaient rien arrangé.
Mais Sesshomaru… Il avait été impassible. Rin ignorait s'il aurait assisté à la cérémonie si Rin ne le lui avait pas demandé. Elle ignorait s'il se sentait assez concerné pour y participer si elle n'avait rien dit.
Rin se leva, son album toujours entre ses mains et s'approcha du feu mourant de la salle commune familiale.
Elle se demandait si Sesshomaru se sentait soulagé de ne plus voyager avec Yuki à présent… Rin secoua la tête pour se forcer de ne pas approfondir ses pensées et ses doutes.
Yuki était en effet l'autre sujet qu'elle et Sesshomaru n'évoquaient pas avec la possibilité d'avoir d'autres enfants dans le futur. Une possibilité qui s'amenuisait avec le temps. Sesshomaru était intransigeant, et Rin n'ignorait pas que la fertilité d'une femme diminuait avec l'âge, d'autant plus qu'elle touchait bientôt à ses trente-sept ans. Que pouvait-elle… ?
Rin laissa soudain échapper l'album de ses mains. Il chuta, presque lentement aux yeux de Rin, accablée d'une étrange faiblesse. Puis, elle compris. En direction de la maison de Kazuma-san… comme un battement de cœur.
Le Shikon no Tama.
Etait-ce… était-ce bientôt la fin ?
Sesshomaru observait Rin d'un regard attentif. Ils étaient tous les deux dans la salle commune du moine et de la taijiya. Rin écoutait en souriant doucement les babillages du jeune homme Kiyoshi sur l'une des filles du village quand Jaken n'émettait pas une remarque acerbe superbement ignorée par le jeune homme. C'était une occurrence assez commune puisque le jeune taijiya passait apparemment son temps libre à faire du charme aux femmes qu'il rencontrait, célibataire ou pas. Il était sur certains points pire que son père.
Pourtant, cette conversation n'intéressait pas Sesshomaru. Rin était le centre de toute son attention. Depuis près de deux mois, elle paraissait… étrange, évasive presque. Sesshomaru n'avait pas réellement abordé le sujet avec Rin, pensant, non, espérant, qu'elle choisissait le moment opportun pour lui parler de ce problème qui semblait peser sur elle. Mais elle ne l'avait pas même une seule fois évoqué.
Il supposait que l'une de ses raisons étaient le mariage de Yuki. Rin avait paru enchantée pour leur fille et Sesshomaru appréciait le privilège de ne plus avoir à la partager. Mais il savait que Yuki lui manquait. C'était évident à sa façon de regarder lointainement, les yeux dans le vague, en direction sans nul doute du village. Sesshomaru s'efforçait alors de la ramener à lui par une caresse, une parole, n'importe quoi qui pouvait suffire à glisser de nouveau un rayon de soleil enjoué dans ses yeux bruns.
Toutefois, Sesshomaru sentait que le trouble de Rin ne résidait pas vraiment là. Ce trouble était né quelques temps après le mariage. Mais il était impossible pour Sesshomaru de déterminer l'événement qui l'avait crée.
« Maman ! »
Yuki entra comme une trombe dans la maison, et sauta au cou de Rin. Sesshomaru fut surpris par cette entrée brusque, tout comme Kiyoshi et Jaken qui avaient tous les deux la bouche ouverte, bloqués sur leurs commentaires respectifs. Le cri de Yuki attira même la taijiya et le moine dans la salle quittant leur ménage dans les chambres.
« Et bien, et bien, déclara le moine en souriant. Quelle entrée ! Qu'est-ce qui nous vaut cet honneur ? »
Yuki se mit à rougir en se détachant de Rin. Les humains Kyosato, Kohaku et Kazuma entraient à leur tour dans la salle.
« J'oublie toutes les règles de politesse, dit Yuki en guise d'excuse. Mais… Maman, je… je suis enceinte. »
Le sourire de Rin s'étira un peu plus, gagnant ses yeux avec une étincelle de joie. Elle enlaça Yuki dans ses bras.
« Félicitation, Yuki-chan, dit-elle. Je suis heureuse pour toi. »
Elle l'était, Sesshomaru ne pouvait que le constater. Mais elle n'était pas surprise, comme si elle était déjà au courant. Peut-être était-ce bien le cas. Rin, en tant qu'ancienne miko, était attentive à ces choses-là. Elle devait l'être plus encore quand Yuki était concernée.
Sesshomaru n'avait rien vu venir pour sa part. Il savait qu'il était plus que probable que Yuki eût un enfant, mais il n'avait jamais envisagé la possibilité. Il avait fallut trois ans à Rin pour se retrouver enceinte.
Il avait toutes les preuves devant ses yeux. Le rire joyeux de Yuki qui résonnait dans la pièce, la fierté du regard de l'humain Kyosato pour sa femme, l'espièglerie du taijiya Kiyoshi, la tendresse heureuse de Rin et des autres humains…. Et enfin, le bruit d'un second battement de cœur, faible mais rapide, au creux du ventre de Yuki.
Non, Sesshomaru ne pouvait nier que le temps s'écoulait sans pause, sans répit.
Le soir, après que tous furent couchés, Yuki fut portée par son mari, épuisée sans doute d'avoir posé mille et une questions à sa mère. Sesshomaru resta aux côtés de Rin, assise près du feu. Elle assembla ses trésors du futur, son album, ses deux recueils de poésie, le collier et le pendentif offert par Seiji et qui ne l'avait jamais plus quittée, sa flûte et quelques vêtements. Puis, elle les jeta au feu.
Sesshomaru en fut surpris, presque choqué, mais n'interrogea pas Rin. Et elle ne donna aucune explication.
L'été battit son plein. Et le comportement de Rin commença à inquiéter Sesshomaru. Alors que Yuki se développait en mère, petit à petit, Rin s'éloignait presque, plus évasive que jamais. Pourtant, il semblait que parfois, elle se raccrochait plus à lui. Ses baisers, ses caresses devenaient plus insistants, plus désespérés. Plus tendres aussi, si une telle chose pouvait être possible.
Et elle s'affaiblissait, du moins Sesshomaru le croyait. Non, il le voyait, à chaque pas qu'elle faisait, à chaque soupir qu'elle émettait lorsqu'elle croyait qu'il ne prêtait pas attention à elle.
Elle ne souhaitait plus voyager, prétextant de vouloir surveiller la grossesse de Yuki. Elle ne portait plus son armure, ni son arc et son carquois, se contentant de ses protège-bras qui abritaient les lames de Totosai. Elle disait que le nombre de yokai qui les attaquait avait suffisamment diminué et qu'après tout, il était là pour la protéger lors des menaces occasionnelles qu'ils pouvaient subir. Deux arguments valables, mais qui sonnaient faux à l'oreille de Sesshomaru.
Les jours passèrent, augmentant l'anxiété de Sesshomaru malgré les sourires emplis de soleil de Rin, malgré ses rires, malgré son amour qui transpirait au moindre de ses gestes.
Il ne fut plus le seul à remarquer ce glissement de comportement. Le moine Miroku le prit à part une après-midi de fin d'été, mentionnant les inquiétudes qui les touchaient. Apparemment tous l'avaient vu, sauf sans nul doute Yuki et son époux. Mais Sesshomaru n'avait aucune réponse à lui fournir, aucune parole pour le rassurer.
Le soir, la taijiya leva le sujet au dîner, profitant de l'absence de Yuki et de Kyosato, en disant qu'elle s'inquiétait de l'état de santé de Rin. Cette dernière balaya la remarque d'un sourire, mais Sesshomaru avait senti son embarras. Il était certain qu'elle en savait plus, qu'elle cachait une partie de la vérité derrière sa façade souriante. Mais, quand ils furent couchés, Sesshomaru n'interrogea pas Rin, espérant encore qu'elle se confierait à lui d'elle-même. En vain.
Le lendemain, Sesshomaru fut interpellé par le moine et les taijiya Kiyoshi et Kohaku. Pour trouver une solution, une explication.
« Si Rin souhaite ne rien dire, déclara le moine, nous aurons du mal à obtenir la vérité de sa part.
- Peut-être est-elle malade ? demanda le jeune Kiyoshi. Peut-être qu'elle se tait pour ne pas nous inquiéter.
- Je ne sens aucune odeur de maladie, » répondit Sesshomaru.
Il aurait reconnu la déchéance de la maladie si elle avait touché Rin, aussi infime put-elle être. Sesshomaru en était certain.
« Mais si c'était une maladie différente de ce que nous connaissons ? proposa l'humain Kohaku. Avec le Shikon no Tama dans le cœur de Rin… peut-être…
- Peut-être, dit le moine, mais aucun de nous n'est suffisamment sage dans ce domaine pour pouvoir dire ce qu'il en est vraiment.
- Bokuseno, déclara subitement Sesshomaru.
- Hein ? fit le jeune Kiyoshi.
- Rin en parle parfois, expliqua le moine. Elle respecte énormément le savoir de ce yokai. Peut-être qu'il saura en effet.
- Bien, j'irai, » déclara l'humain Kohaku sans détour.
Sesshomaru allait rétorquer qu'il pouvait très bien y aller seul, même s'il semblait que la décision du taijya ne pouvait être ébranlée. Surtout qu'elle était encouragée par les deux autres humains.
« Ouais, moi aussi j'irai, déclara Kiyoshi.
- Excellente idée les garçons, s'exclama le moine. Vous suivrez Sesshomaru sur le dos de Kirara.
- Je refuse d'être accompagné, rétorqua Sesshomaru.
- Et pour quelle raison ? riposta le moine avec bonne humeur. Kohaku et Kiyoshi veulent en apprendre plus, tout autant que vous. Et je compte plus sur eux pour avoir un rapport complet sur ce que vous trouverez. »
Sesshomaru n'eut alors plus mot à dire sur le sujet. Bien sûr, il était ennuyé de la présence des deux humains. Kohaku aimait toujours Rin, et même si Sesshomaru l'acceptait, il n'appréciait pas forcément ce fait. Et Kiyoshi… était facilement irrespectueux à son égard. Il avait pris cette habitude en suivant l'exemple du kitsune.
Mais comme le faisait remarquer le moine, il n'avait pas de raison valable pour les empêcher de le suivre.
Ils partirent tôt le lendemain, sans prévenir Rin. Sesshomaru ne savait pas comment lui présenter ses interrogations et ses doutes. Il ne savait comment elle l'aurait pris. Et puis, elle apprendrait bien assez tôt la raison de cette excursion imprévue.
Ils volèrent donc en direction de la forêt de Bokuseno, les deux humains sur le dos de la neko yokai. Aucun d'eux ne parlait, sans doute parce qu'ils savaient que Sesshomaru ne dirait rien d'autre que le strict nécessaire. Il les tolérait, c'était suffisant. Ils se toléraient pour Rin, et personne ne pouvait se permettre d'en demander plus.
Ils arrivèrent en début d'après-midi dans la forêt de Bokuseno. Sesshomaru se posa dans la clairière du vieil arbre, suivi par la neko yokai.
« Sesshomaru. Le vent m'a mis au courant de ta visite et de celle de tes deux amis. »
Quelque chose dans le ton de Bokuseno troubla Sesshomaru, suffisamment pour ne pas le reprendre sur le terme 'd'amis'. Il chercha plutôt dans les traits gravés du vieil arbre un indice qui indiquerait la raison de son… malaise. Et l'odeur lointaine, effacée de Kagura, qui secouait les branches de l'arbre lui donnait un mauvais pressentiment.
Kagura faiblissait au fil du temps, et devenait une partie indivisible du vent. Mais elle subsistait toujours pour le prévenir d'un danger ou d'une menace quelconque au cours des choses.
Alors maintenant…
« Bonjour, Bokuseno-sama, fit l'humain Kohaku. Je suis Kohaku, un ami de Rin, et voici Kiyoshi, mon neveu. Nous sommes venus…
- Pour savoir ce qui arrive à Rin, finit le yokai à leur place. J'aurais espéré qu'elle vous en parle d'elle-même. Mais elle a toujours été obstinée lorsqu'il ne le fallait pas, n'est-ce pas ?
- Grand-père, demanda Kiysohi, si vous savez ce qu'a Rin-neechan… »
Le vent souffla secouant les branches du vieil arbre. Il réfléchissait. Non, plutôt… il cherchait une façon de leur annoncer ce qu'il savait. Sesshomaru détesta l'attente, quand bien même elle devait être infime en réalité.
« Dis-le nous, Bokuseno, » ordonna-t-il.
Quand même il allait haïr ce qu'il allait entendre, il devait savoir.
« Rin, commença Bokuseno d'une voix faible, est mourante. »
Bien sûr, Sesshomaru en fut choqué. Bien sûr, les mots du vieux yokai le blessèrent au point qu'il ne trouva pas la force de nier, de le faire démentir puisqu'il devenait sans aucun doute sénile…
« Ce… ce n'est pas possible, déclara le plus jeune d'entre eux. Neechan ne peut pas… Elle n'est pas malade, elle…
- Son enfant porte le futur gardien du Shikon no Tama. La force de la perle quitte peu à peu Rin.
- Comment ? » demanda calmement Kohaku.
Un calme qu'il avait du mal à maintenir si Sesshomaru pouvait en juger au léger tremblement de ses mains. Un calme que ne ressentait sûrement pas Sesshomaru.
« J'ignore si c'est la volonté des âmes de Midoriko ou Taho qui habitent le Shikon no Tama, mais il a été décidé que la passation de la perle se fera vers l'enfant à naître de Yuki. C'est une chance que cette passation ait attendue la génération suivante ou nous aurions perdu Rin depuis bien longtemps…
- C'est stupide, déclara froidement Sesshomaru. Pourquoi Rin en mourrait ? La perle n'est pas un élément essentiel de sa vie. »
Il se mentait.
« Et même… si elle venait à mourir, je… »
Il posa sa main sur la garde du Tenseiga, à côté de sa lame sœur le Tessaiga. Les deux épées qu'il avait destinées à protéger Rin, à la sauver…
« Combien de fois as-tu ressuscité Rin, Sesshomaru ? demanda Bokuseno. Combien de fois as-tu failli échouer ? »
Sesshomaru serra le poing autour de sa garde.
« Je n'échouerai pas.
- En es-tu si sûr ? Crois-tu que tu pourras éternellement défier le cycle de la vie ? Le cœur de Rin bat au rythme du Shikon no Tama. Il en est ainsi depuis que Naraku l'en fit devenir la gardienne bien malgré lui. Et il en sera ainsi jusqu'à la fin de la passation du Shikon no Tama.
- Il doit y avoir un moyen ! s'écria Kiyoshi. Rin-neechan n'est pas obligée de…
- Les pouvoirs de la perle s'éteignent en elle tandis que l'enfant de Yuki se développe, grandit. C'est le destin des porteurs de la perle jusqu'à la dernière gardienne, Kagome. Et rien ne pourra changer cela. »
La main de Sesshomaru relâcha le Tenseiga et se posa sur le Tessaiga en ignorant la décharge électrique qu'émit le croc récalcitrant de son père. Pour protéger Rin.
« Il existe un moyen, déclara froidement Sesshomaru.
- Lequel ? » demanda Kiyoshi avec espoir.
Sesshomaru ne prit pas la peine de répondre et tourna le dos au vieux yokai.
« Rin ne l'accepterait pas Sesshomaru, prévint Bokuseno.
- Sesshomaru, tu n'y penses pas ? appela Kohaku derrière lui.
- Mais de quoi ? demanda Kiyoshi.
- Yuki est en danger. »
Sesshomaru se transforma en boule lumineuse, ne s'intéressant plus aux humains et yokai derrière lui. Les deux hommes entreprirent de le suivre pourtant, et Sesshomaru était certain que Kohaku avait compris ce qu'il avait décidé d'entreprendre. Et qu'il essayerait de l'en empêcher.
Sesshomaru força son allure.
Il agirait avant l'humain. Il ferait le nécessaire avant d'être arrêté par Kohaku ou même Rin. Il allait accomplir ce qu'il aurait dû faire il y avait près de seize ans.
Il vola, ignorant les cris de Kohaku derrière lui, vola, aussi vite qu'il le pouvait. Et le soir tombé, il se posa dans le village.
Il renifla l'air, puis sentit son odeur, vers la maison du moine et de la taijiya. L'aura de Rin y était aussi. Il devait agir vite alors. Vite avant de se laisser convaincre par Rin. Avant d'être retenue par elle. Pour faire ce qui devait être fait.
Il dégaina le Tessaiga, se moquant de la douleur qui brûla sa main. L'épée le rejetait clairement, lui et ses intentions.
Il marcha résolument vers la maison du moine. Rapidement. Avant que Rin ne devine…
Le Tessaiga semblait lui arracher la peau. Il n'en avait cure. Il faisait cela pour Rin. Pour la protéger.
Il ouvrit la porte, d'un coup, surprenant les habitants réunis autour de la table du dîner.
« Sesshomaru ? fit le moine. Vous êtes rentrés ? »
Le Tessaiga vibrait comme pour appeler sa lame sœur à l'aide qui semblait trembler légèrement à sa hanche. Il serra sa prise malgré sa peine.
Pour ne pas la perdre.
Il la vit, son visage surpris alors que sa main tenait des baguettes. Il la vit à quelques pas de lui. Tenseiga protesta, répondant à l'appel du Tessaiga. Mais il n'en eut cure.
Il brandit le Tessaiga pour frapper définitivement leur fille. Yuki. Pour continuer à l'aimer !
« SESSHOMARU ! »
Des bras venus derrière lui se nouèrent autour de son torse. Tendrement, si familièrement. Il savait qu'il avait échoué.
« S'il te plait, murmura Rin contre son dos. Yuki est notre enfant. Notre seule enfant.
- J'aurais dû mettre fin à sa vie dès le jour de sa naissance ! Elle te tue, Rin. Elle t'a déjà tué, et tue encore… et à la fin…
- Je t'en prie, Sesshomaru. Je t'en supplie. »
Il lâcha le Tessaiga qui tomba au sol avec un claquement sourd. Puis, il tomba à genoux, laissant Rin pleurer contre son dos, son regard fixé sur la lame inerte du Tessaiga à terre.
Il n'entendit qu'à peine les deux humains, Kohaku et Kiyoshi entrer précipitamment dans la maison. Il n'entendit que partiellement les explications qu'ils donnèrent alors, entrecoupés par les sanglots contenus de Rin, ou ceux, choqués et désespérés de la famille. De Yuki.
Il avait bien échoué. Il n'avait pu tuer Yuki. Il n'avait pas sauvé Rin. Et rien au monde ne pouvait remplacer l'immense sentiment de perte qui l'engloutissait.
Voilà, hum.... il reste encore un chapitre. Il sera très court, mais comme je me suis pas mal étendue sur le mélodrame... Ca être étrange, car c'est vrai qu'après, je ne publierais pas grand chose, avant... avant... heu... bien longtemps (je mets plus d'un mois pour pondre un chapitre de ma nouvelle fic, donc bon... J'avais dit que j'étais lente. ^^')
Arwen: Naaaaan, y'a pas de suites et fins d'Inuyasha à Poudlard, ni du Grand Championnat 1 (c'est justement parce que ça buguait parmi l'un de nos écrivains qu'on a décidé de relancer la suite après... du coup, bah, l'épilogue que j'avais fini par préparer... je le ferai à part ^^'). J'ai pourtant en effet relancé Anubis sur IY à Poudlard que je ne verrais pas finir sans elle. Après tout, elle gérait beaucoup mieux que moi les 2e année, et moi c'était surtout les 1e et 3e années, mon truc. Et oui, je te conseille ardemment la lecture des Harry Potter. C'est franchement génial! (Et puis... y'a Severus quoi!)
Cassegrain-MIB: Vi, j'ai pas trop appuyé sur le malaise entre Inuyasha et Kagome, mais il est assez simple. Inuyasha, prend dans son métier pas mal de risque. Et il en prend volontier plus que la moyenne. Kagome a du mal à le supporter, car elle, elle se souvient très bien qu'à présent, il est humain. Elle a tout simplement peur de le perdre.
Cynthia: Pour imaginer Seshomaru en habit moderne, faut avoir englouti pas mal d'AU ou des fanarts dans ce thème. Ah, qu'est-ce que j'en avais d'ailleurs à une époque!
Seveya: Ce chapitre est de ton gout aussi? Parce que... heu... c'est triste. Personnellement, j'aimais bien l'introversion de Rin au début, et quand elle se rend compte que finalement le temps lui ai compté. Je sais pas, même moi, ça me touche dans les trippes. Et oui, je comprends, j'ai fait une overdose des happy end à la Disney (quoiqu'il en faut de temps en temps, je ne dis pas...). Du coup, les meilleurs fins, je trouve, ce sont les douces-amères. Un peu comme dans le Seigneur des Anneaux... qui laissent un arrière gout de nostalgie. Enfin, je ne sais pas trop si j'ai réussi à faire cela pour cette fic, tu en jugeras pour la prochaine fois.
tarentule: Je ne sais pas si c'est moi qui suis cruelle... C'est difficile d'imaginer des vies toutes roses, n'est-ce pas? Il y a toujours des épreuves, toujours au moins des contrariétés... C'est ce que j'ai voulu retranscrire. Mais j'ai aussi voulu dire, que même s'il y avait des problèmes qui s'accumulaient à un moment ou un autre, ce n'était as une raison de rayer le temps heureux qu'on a passé malgré tout. C'est ce que dit Seiji au final, il s'en est pris de biens mauvaises, et pourtant, il n'a pas de regret... Il a réussi à être heureux auprès de Rowena. Et oui, Yuki est égoïste. Sesshomaru l'est bien plus encore.
Voilà, et n'oubliez pas, si vous voulez passer du bon temps tout en écrivant, les inscriptions au Grand Championnat 2 sont possibles (on cherche 1 candidat encore, dixit un juge sadique). Plus d'infos en suivant le lien sur mon profil du forum Des Fics et des Lettres.
