- Chapitre 11 –
Notre crépuscule
Je marche au creux de l'hiver, Rin au creux de mon bras. AhUn nous suivent plus loin, mais semblent vouloir nous laisser de l'intimité.
Nos souffles forment des petits nuages éphémères, à peine éclairés par les premières lueurs de l'aube. Je ne puis m'empêcher de remarquer que ceux de Rin disparaissent un tout petit peu plus à chaque fois.
Mais j'ignore ce détail. Je continue à marcher, loin de la hutte de la miko Shiori. Là où proviennent les cris de Yuki. Non, je m'avance tout droit, inconsciemment je crois vers Goshinboku et la clairière du puits Dévoreur d'Os. Là où peut-être tout a commencé. Où tout finira.
Rin lève les yeux vers les branches lourdes de neige du grand arbre. Un faible sourire s'esquisse sur lèvres. Un sourire triste.
« J'aurais aimé… »
Je m'arrête, attentif à ce que Rin a à me dire.
« … voir cet enfant qui nait. »
J'avale difficilement cette boule qui m'étreint la gorge. Je cherche une réponse sachant pertinemment que je n'en trouverai pas.
« L'aube se lève… Tu crois que Kiyoshi rentrera bientôt à la maison ?
- Je l'ignore.
- Lui aussi… j'aurais aimé le revoir. »
Dois-je lui dire qu'elle le reverra sûrement ? Dois-je nous mentir à tous les deux ?
« Je n'ai pas… vraiment le droit de me plaindre, n'est-ce pas ? J'ai eu une vie heureuse… J'ai été heureuse avec toi. »
Heureuse ? Malgré les morts qui ont traversé sa vie ? Les épreuves ? L'ironie amère du destin ?
Pourtant… oui, je comprends ce qu'elle dit.
« Moi aussi… je l'ai été auprès de toi. »
La faible lueur naissante du matin éclaire son sourire, son merveilleux sourire pour lequel j'ai vécu depuis toutes ces années. Ces si courtes années.
Je l'ai tellement…
« Il y aura, murmure-t-elle presque péniblement, toujours… un lendemain… pour nous… »
… aimé.
Un cri de femme retentit au loin, pas assez puissant pour éveillé le village endormi, pas assez fort pour retenir les paupières de Rin de tomber.
« Je… »
Un souffle puis un battement de cœur s'échappe d'elle, et je ne peux que finir ses dernières paroles, que je n'ai jamais prononcées auparavant.
« …t'aime. »
Mes genoux tombent sur le sol enneigé glacé et je la serre contre moi, conscient du lourd silence de l'aube qui s'achève pour faire place au matin. Conscient du poids sans vie, sans espoir, de l'épée Tenseiga à ma hanche. Conscient du pleur de l'enfant qui nait de notre enfant au loin.
Et Rin… le premier matin sans Rin. Au crépuscule de cette aube…
Rendez-la-moi ! Rendez-la-moi…
Quelque soit la force qui existe, quelque soit son origine, quelque soit le prix qu'on me demande…Tout ce que je désire… c'est d'être avec elle.
Et peut-être à force de la bercer, recroquevillant nos deux corps l'un contre l'autre dans cette neige froide, peut-être à force de désirer, de souhaiter…
Une énergie s'échappe du cœur de Rin, son âme peut-être, ou la dernière volonté du Shikon no Tama. Cette force m'envahit, Rin et moi, nous entoure et nous étreint, et bientôt je comprends.
Je faiblis. Je vieillis sans doute. Je la rejoins et accepte d'être comme elle. Elle est avec moi. La femme que j'aime, la femme qui m'aime. Pour une autre vie. Après notre mort, au crépuscule de l'aube.
Au crépuscule de l'aube, un dragon à deux têtes, mais à un cœur, hurle son désespoir de perdre sa maîtresse, celle qu'ils ont fidèlement porté pendant tant d'années. Et être les derniers témoins de leur fin, à elle et à l'homme qu'elle a aimé, brise son cœur en deux. Ils pleurent donc comme deux créatures distinctes que seules ces deux personnes étendues dans la neige avaient pu comprendre, au crépuscule de l'aube.
Au crépuscule de l'aube, un petit serviteur tout aussi fidèle sort de la hutte de la miko du village à la recherche de son maître pour lui annoncer la nouvelle de la naissance de son héritier. Malgré le drame qui se tisse, il sait que c'est son devoir. Il le trouve enfin, guidé par les cris du dragon à deux tête, et le voit enlacé à la femme, la mortelle, qu'il a aimé, leurs deux souffles n'étant plus. Et le petit serviteur ne peut que laisser couler ses larmes devant son maître, méconnaissable, que la mort a emporté. Devant cette femme qui avait été la plus remarquable de ses amis. Alors au crépuscule de l'aube, le petit serviteur fidèle pleure.
Au crépuscule de l'aube, un frère revient, les mains vides de sa mission perdue d'avance qu'il avait obstinément voulu mener à bien. Et bien avant de rentrer, il la trouve, sa sœur aînée, qu'il avait tant voulu sauver, protégée par le bras d'un vieil homme, un humain, autrefois taiyokai. Le dragon à deux têtes et le petit serviteur sont présents aussi, et pleurent toutes les larmes que semblent contenir leurs corps, mais le frère n'y prête pas véritablement attention. Il s'agenouille et efface un flocon de neige sur le visage apaisée par la mort de sa sœur. Il lève sa tête et regarde le ciel du matin pleurer des larmes glacées, et lui aussi, au crépuscule de l'aube se met à pleurer.
Au crépuscule de l'aube, une fille pleure sa mère, alors qu'elle-même est devenue mère. Elle pleure doucement, ses sanglots couverts par ceux de son enfant qu'elle serre contre elle, pour ne pas s'en vouloir, pour ne pas en vouloir à l'enfant. Pour ne pas récidiver le crime que son père avait lui-même commis envers elle du fait de sa naissance. Pour apprendre à accepter le cycle de la vie, le destin de leur lignée.
FIN
Ainsi s'achève mon cycle sur les Trois Lignées. J'espère que vous avez passé du bon temps, (certes sans doute un déprimant), et qu'on se verra sur d'autres fics. Encore merci de m'avoir lu jusqu'à la fin, car même si au fond, j'écris beaucoup plus pour moi que pour les autres, ça fait tout de même plaisir de voir que cette fic est appréciée. Donc merci encore (et particulièrement à ceux qui ont laissé des messages d'encouragement: Arwen, Cassegrain-MIB, Cynthia, Seveya, Tarentule et Bluemoon-JT, vous êtes les meilleurs!)
Cynthia: Oui, ça buguait pas mal dernièrement. Malheureusement, ça se finit plutôt mal comme tu peux t'en rendre compte. Mais bon, il y a toujours de l'espoir, je trouve. Aussi infime puisse-t-il paraître. C'est cela qui est intéressant. Ce qui me rappelle je viens de finir un livre de Brandon sanderson, Mistborn, (de la très bonne fantsay, j'espère qu'il sera un jour traduit en France... mais je pense qu'il n'y aura pas de soucis là dessus), l'un de ses personnages disait: "Je suis immortel. Car je suis l'espoir." Bien sûr, il meurt à la fin du bouquin, mais justement, l'espoir reprend malgré cela. Ah, qu'est-ce que c'était bien! (Je sais, je suis HS). Enfin bon, j'espère qu'on se recroisera sur ou ailleurs dans l'avenir et encore merci de m'avoir suivi.
Cassegrain-MIB: Comme je le disais à une amie, il est plus difficile pour Sesshomaru de faire le même choix qu'Inuyasha. Inuyasha est un hanyo, il se transformait une fois par mois en humain et savait donc ce qu'il deviendrait. Il a au fond toujours été un peu humain, chose qui était inenvisageable pour Sesshomaru. Pour Kagome, non, elle est sauve. Le truc, c'est qu'elle n'a plus le Shikon no Tama en elle, puisqu'elle l'a cédé dans le passé, donc elle ne le transmettra pas. Elle était la dernière porteuse de la perle. (Tu as un grand ouf de soulagement, là, avoue!). Oui, ça va, je me sens pas très déprimée après avoir écris ça. Je n'ai même pas eu une boule de la gorge. Encore moins une petite larme au coin de l'oeil, en même temps j'étais prête depuis belle lurette pour cette fin. Merci d'avoir pu finir cette fic malgré son côté déprimant, et on se revoit sur un ton plus joyeux avec le Grand Championnat. ^^
Arwen: Harry Potter, ça se dévore, y'a pas de soucis! Ca se lit vite, c'est drôle, y'a du mystère, de l'action du drame, de l'humour, un peu de romance, pas mal d'amitiés. Tout ce qu'il faut pour passer un bon moment. Et puis... y'a Severus quoi (ai-je déjà dit que j'étais une fangirl?). Je suis contente que ça t'ai plu, mais comme je dis à une amie: faut pas pleurer. C'est juste une fanfic. ^^' Par contre, j'ai peur qu'il va falloir que tu sois très patiente pour la fanfic avec Kohaku. J'ai heu.. toujours pas fini le 4e chapitre (et c'est sensé avoir heu... 12-13 chapitres longueur type les 3 lignées? ^^"). Quoiqu'il en soit à une prochaine, et prends bien soin de toi et de Saori (mange pas trop sucré, n'abuse pas sur les efforts, essaye de faire des cours de préparation à la naissance, et le tout le reste quoi...). A plus! ^^
