*POV Edward*

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Lorsqu'Edward se réveilla, le soleil était déjà haut dans le ciel. Ce qui signifiait qu'il devait être assez tard. Tout en baillant, le jeune homme débraillé se leva, les yeux encore lourds et la bouche pâteuse. Il avait eu froid cette nuit, ayant oublié de se réfugier sous la couette. Il était encore fatigué et il sentit qu'il avait sûrement chopé la crève. A demi endormi, il sortit de sa chambre pour se diriger vers la cuisine. Il fut étonné d'y retrouver son frère, littéralement affalé sur la table, écrasant le livre qui visiblement lui avait tenu compagnie durant la nuit. Edward eut un élan d'affection pour Alphonse, qu'il exprima en lui tapotant doucement l'épaule.

- Hey, Al. Qu'est-ce que tu fous là ?

- Hmm... Dodo... fis l'intéressé, tout en s'étirant un peu.

- Tu vas avoir des courbatures... Relève-toi, je vais faire le ptit dèj !

Très surpris de ne pas être plus sermonné, Alphonse commença à émerger. Il étendit ses bras en grimaçant. Effectivement, il était bon pour les crampes. L'adolescent se frotta les yeux et observa son frère.

- Il est quelle heure ?

- Onze heure passé, mais c'est pas comme si on devait faire un truc aujourd'hui.

- Bah, et ta nouvelle mission ?

- Elle commence que ce soir.

- Ah...

Il y eut un silence durant lequel Edward prépara un solide repas, tenant plus de l'ordre du déjeuner de midi qu'autre chose. Mais Alphonse, connaissant l'appétit de son frère, ne l'en blâma pas. De toute façon, il avait faim lui aussi. Une fois les deux garçons assis, chacun s'occupa de son assiette. Les oreilles un peu bourdonnantes, Edward hésitait à parler de ce qui le préoccupait. La discussion, ça n'avait jamais été son fort. D'autant plus qu'entre les deux frères, l'entente avait toujours été tacite et ils avaient rarement eu besoin de s'expliquer pour se comprendre. Pourtant... Tout était si différent depuis qu'Alphonse avait retrouvé son corps ! Il le sentait parfois comme très éloigné de lui, comme s'il le perdait de vue, et cela l'inquiétait.

- Dis, Al...

- Oui Nii-San ?

- Tu fais toujours des insomnies n'est-ce pas ? Quelque chose ne va pas en ce moment ?

Son frère garda le silence un moment, semblant réfléchir, avec un air un peu contrit, gêné peut-être. Edward n'aurait su le dire, il attendit. Puis Alphonse lui adressa un sourire de bien-heureux, comme un gosse de dix ans (ce qu'il semblait souvent redevenir d'ailleurs).

- Mais non, tout va bien, y a aucun problème je t'assures !

- Et le fait que je te retrouve endormi dans la cuisine ne doit pas m'inquiéter autre mesure donc ?

Continua-t-il, nullement rassuré par le ton faussement joyeux de son frère.

- Bah ! Ajouta Alphonse d'un air blasé, en regardant la table. Fallait bien que je m'occupe vu que je n'arrivais pas à dormir, donc j'ai lu. Tu sais bien que mon horloge biologique n'est pas encore très douée pour s'adapter aux horaires normaux de sommeil...

- Mouais, la prochaine fois, tu restes dans ton lit au moins, histoire que je n'ai pas à recoller les morc...

Une soudaine démangeaison dans la gorge le stoppa. Il toussa puis éternua plusieurs fois avec une violence subite. Ses oreilles bourdonnèrent très désagréablement. Et voilà... Pourquoi fallait-il qu'à chaque fois il tombe malade en hiver ? En plus, Al va encore vouloir jouer l'infirmière ! Bon d'accord, il s'était bien habitué à ce rôle lorsqu'il était dans l'armure, mais là ce n'était plus pareil.

- Tu es tombé malade ?

- Mais non voyons, je fais semblant ! Grogna-t-il, un mal de crâne lancinant commençant à poindre à l'intérieur de sa pauvre tête.

- Je suppose que tu as dormi tout habillé ! Et dire que je me suis fatigué à t'apporter une écharpe pour rien hier soir !

S'indigna Alphonse tout en se levant pour s'approcher de son frère et poser la main sur son front. Main qui fut vite repoussée par le-dit frère, trop mécontent d'être pris pour un faible, et n'appréciant pas l'inquiétude quasi-maternelle, et surtout maternante d'Alphonse.

- T'inquiètes pas, c'est rien. Je vais juste me reposer un peu et ça ira vite mieux. Ah et puis merci quand même pour l'écharpe hier, et euh...

- Hmm ? Quoi ?

Non vraiment Edward ne se sentait pas d'aborder le sujet de l'étreinte bizarre et anxieuse de la soirée dernière. Il avait l'impression de nager en eaux troubles, aussi se tut-il.

- Non rien... Bon, lâche-moi le front, j'ai pas de fièvre tu vois bien ! Mentit-il effrontément, tout en se relevant un peu trop brusquement. Il vit son frère hésiter, et se mordre la lèvre inférieure avant de se rasseoir.

- Je vais me doucher, tu t'occupes de la vaisselle ?

- Yep, Nii-San. J'irais après toi, ensuite tu te reposes hein ?

- Mère poule. Murmura ironiquement Edward tout en sortant de la cuisine.

Bien à l'abri dans la salle de bains, il s'autorisa un gémissement de douleur du au mal de crâne qui promettait de durer, puis il s'accorda la détente d'une douche bien méritée. Bon, il continuait d'éternuer, mais ce n'était pas ça qui allait l'empêcher de vivre ! Il espérait que Al n'allait pas le forcer à rester au lit... Il ne supporterait pas de rester bloqué dans l'appartement. Tout en se séchant très vaguement les cheveux, l'alchimiste pensa avec violence que c'était exactement ce sentiment d'enfermement que devait ressentir Alphonse.

C'est vrai ça, comme son frère ne travaillait pas, il restait toute la journée ici, ses seules sorties étant pour faire les courses, se rendre à la bibliothèque nationale, ou encore pour ses séances de remise en forme... Edward se demandait s'il n'allait pas finir avec un teint de cadavre ambulant, à force de faire ses fichues nuits blanches et de rester enfermé la plupart du temps. Oui il s'inquiétait un peu, mais l'alchimiste d'état savait qu'Alphonse était encore trop faible pour travailler, et qu'il n'avait personne avec qui il pourrait occuper ses journées. S'ils retournaient à Rizembool peut-être... Mais ils ne pouvaient pas, Edward était coincé par ses obligations militaires, et Alphonse ne voulait pas partir sans lui. Enfin, heureusement il allait parfois chez la femme de Maes, qui l'accueillait toujours à bras ouvert, de même que la petite Elisya, trop heureuse d'avoir un partenaire de jeu.

Le jeune homme soupira, comme il en avait l'habitude depuis quelques temps, tout en nattant ses cheveux mouillés. Il se regarda dans la glace, se trouvant une allure de chat écrasé. Il n'allait pas réussir à berner son frère sur sa santé avec une gueule pareille. La journée promettait d'être longue et éprouvante.

Il fut content de penser qu'il allait pouvoir se changer les idées avec cette nouvelle et pourtant ennuyeuse mission. Il stoppa net, étonné, indigné. Quoi ? Je suis heureux parce que je pourrais ne pas voir mon frère ce soir ? Mais c'est quoi ça ? Pourquoi je voudrais l'éviter ?! En colère contre lui-même, il frappa le mur de son bras droit, un peu trop fort. Il jura, s'étant fait plutôt mal. Il oubliait encore souvent qu'il n'avait plus d'auto-mail. Cela ne faisait que deux mois après tout, deux longs mois tout d'abord passés à assister son frère dans la reprise en main de son corps, puis à chercher un moyen de subsistance.

A vrai dire, il commençait à s'ennuyer ferme. Il avait tant été habitué à toujours bouger, voir du monde, se battre, partir à la recherche d'un mythe, dans une quête effrénée et qui semblait alors impossible à réaliser... et maintenant que tout était fini, il se sentait incomplet, presque malheureux, indécis. Il ne savait plus quoi faire de sa vie, il n'avait plus de but à atteindre, rien.

Évidemment, il avait été transporté de joie lorsqu'il avait découvert le vrai visage de son frère, rendu par la porte après tout ce temps. Lorsqu'il avait pu le serrer dans ses bras. Ils avaient pleuré de bonheur et de bien-être. Le jeune homme sourit à cette pensée. Après ils s'étaient évanouis en même temps et s'étaient réveillés tout les deux, moribonds, à l'hôpital.

Il allait continuer à ressasser tous ces charmants souvenirs lorsqu'un tambourinage de porte le rappela à la réalité ; cela faisait plus d'une demi-heure qu'il faisait poireauter Alphonse dehors.

- Nii-Saaan ? Tu as fini ? Tu n'as pas utilisé toute l'eau j'espère ?

- Naaan, il t'en reste t'inquiète. Et je sors oui.

Lui répondit-il en quittant la pièce embuée, recouvert d'une serviette, et le corps encore humide. Bien que parfaitement non pudique, voire sans-gène, Edward fut un peu surpris de se retrouver face à face avec son frère. Il n'aimait clairement pas être si proche. Non pas qu'il n'appréciait pas le contact avec Alphonse, mais c'était en vérité la différence de taille qui le gênait particulièrement. Sa propre croissance semblait belle et bien s'être arrêtée, tandis qu'Alphonse continuait encore à grandir, à son grand désespoir (il avait pris un centimètre par mois depuis sa renaissance). Ronchonnant, il dépassa son frère tout en l'effleurant accidentellement, pour aller s'habiller dans sa chambre. Et l'alchimiste blond n'avait absolument pas remarqué le visage rouge et le regard embarrassé de ce dernier.

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