Illusion

À bord du Nomade, tout était parfaitement normal. Pendant que Firouz montrait sa nouvelle invention à Rongar, Maeve et Sinbad discutaient ensemble. De son côté, Doubar écoutait les histoires d'Émilie sous le regard discret de Théod.

Doubar se mit à rire. Malgré son jeune âge, la petite magicienne avait long à dire sur sa vie et elle avait le don de rendre ses histoires amusantes. Lorsqu'elle vint à raconter ses péripéties avec les garçons, Doubar jeta un coup d'œil en direction de Théod. «Et depuis que tu fais partie de notre équipage, demanda l'homme, il n'y a personne qui t'intéresse? » Doubar n'avait jamais su jouer avec la subtilité. Émilie se mit à rire et lui lança un regard amusé.

-Non, voyons. J'ai mit un terme à toutes ses histoires d'amour. Je veux vivre ma vie comme je l'entends.

-Ah, là je te comprends, ma petite.

-Et de toute façon je suis jeune et j'ai encore toute la vie devant moi.

Doubar eut l'air déçu. Il savait que son jeune cousin avait eut un véritable coup de foudre pour la petite magicienne. «Terre en vue! Cria soudainement un des marins. » Sinbad laissa la barre à Rongar et vint rejoindre son frère à l'avant du navire. Il observa l'île qui semblait déserte pendant quelques secondes. «Que diriez-vous de quelques jours de congés? Demanda le capitaine. » Tout l'équipage lui répondit avec des cris de joie. Ils étaient tous très fatigués et ses quelques jours sur la plage allaient leur faire du bien. Ils se dépêchèrent à monter un campement avant la tombé de la nuit, puis chacun fut libre de faire ce qu'il voulait.

Aussitôt que Sinbad l'eut annoncé, Théod se tourna vers Émilie. Cette dernière ne lui porta pas attention. Son esprit était déjà ailleurs. Ses lèvres étaient fendues en un grand sourire et ses yeux étaient rivés sur la mer. Elle retira ses chaussures et son habit pour ne garder qu'un mince tissu rouge. Elle laissa ses vêtements sur le sable blanc, puis courut en direction de l'océan, les bras en croix. On aurait dit qu'elle allait s'envoler. Elle se jeta dans les vagues, puis remonta à la surface en riant aux éclats.

Théod l'observait de loin sans oser aller la rejoindre. Il était émerveillé par sa beauté. Le tissu qu'elle portait, maintenant mouillé, collait à sa peau laissant paraître ses formes sinueuses. Le jeune homme laissa échapper un long soupir avant de s'éloigner.

Maeve et Sinbad partirent ensemble pour une promenade en forêt. Une fois qu'ils furent rendus assez loin du campement, ils s'arrêtèrent. Maeve s'appuya contre un arbre et fixa son beau capitaine. Sinbad s'approcha avec ce sourire qui faisait craquer toutes les femmes. Il prit Maeve par la taille et l'embrassa passionnément, pressant ses hanches contre les siennes. La magicienne sentit une sensation de bien-être l'envahir. Elle laissa ses mains se promener sur le corps de Sinbad alors qu'il l'embrassait dans le coup.

Avec l'aide de Rongar, Doubar avait fait un immense feu sur la plage. Alors que le soleil déclinait à l'horizon, tous se réunirent pour contempler les flammes. Après un certain temps, ils finirent tous par s'endormir.

Le lendemain matin, la plupart des membres de l'équipage firent la grasse matinée. Il n'y a que Maeve et Émilie, qui aimaient se lever aux aurores, qui partirent tôt pour aller chercher des fruits.

-Alors, tu aimes ces vacances? Demanda Maeve.

-Oui, ça fait du bien.

-Tu sais, je crois que Théod aimerait bien passer du temps avec toi en dehors des jeux d'épées.

-Eh bien, il n'a qu'à le dire.

Maeve se mit à rire, mais elle changea vite d'expression lorsqu'elle se tourna vers sa jeune apprentie. Cette dernière avait soudainement le regard au loin et un visage confus.

-Tout va bien?

-C'est toi? demanda-t-elle sans s'adresser à Maeve.

Maeve essaya de voir à qui Émilie parlait, mais il n'y avait personne. Ensuite, elle agita sa main devant ses yeux et n'obtenu aucune réaction. «Papa, c'est toi! s'écria la jeune fille avant de s'élancer au pas de course. » Maeve la suivit de près et la saisit par le bras tout juste avant qu'elle ne se jette dans un ravin. Elle tourna la petite magicienne vers elle et tenta de la raisonner. «Émilie, il n'y a personne ici. Tu m'entends? » Elle fut rassurer lorsqu'elle vit qu'Émilie la regardait maintenant dans les yeux.

-Tu m'as tellement manqué! Je t'aime papa, fit-elle en serrant Maeve dans ses bras.

-D'accord… Je crois que nous ferions mieux de retourner au camp.

Arrivée sur la plage, Maeve courut vers Sinbad.

-Quelque chose ne va pas avec Émilie. Elle a des hallucinations.

Sinbad courut vers Émilie. Cette dernière semblait être en transe. Le capitaine tenta de lui parler, la secoua un peu, mais elle n'eut aucune réaction.

-Papa, comment es-tu arrivé ici?

-Émilie, écoute-moi. Ton père n'est pas ici, dit Sinbad en tentant de la raisonner.

Elle le regarda dans les yeux pendant un instant, puis elle s'évanouit. Firouz l'examina sans être capable de déterminer ce qui lui était arrivée. Théod resta à ses côtés pendant une quinzaine de minutes, jusqu'à ce qu'elle se réveille. Elle cligna plusieurs fois des yeux et posa une main sur sa tête.

-Qu'est-il arrivé? J'ai mal à la tête.

-C'est étrange, lui dit Théod. Tu délirais, puis soudainement tu t'es évanouie.

-Firouz, dit le capitaine. Tu as une idée de quoi cela peut-il s'agir?

-Non malheureusement, répondit le scientifique.

Tous oublièrent vite cet incident et reprirent leurs occupations. Firouz expérimentait un jouet de son invention avec Rongar, Doubar et Théod s'étaient donné la responsabilité de trouver des provisions, Émilie marchait sur la plage en rêvassant et Maeve et Sinbad se promenaient dans la forêt.

-Je trouve que ses vacances sont très agréables, commenta la magicienne celte.

-Je suis ravi que tu les apprécies Maeve.

-Nous en avions tous besoin.

-Je suis d'accord, approuva-t-il avec amusement.

Tout à coup, le sourire sur le visage de Maeve s'affaissa.

-Sinbad, je pressens quelque chose d'étrange, dit-elle en baissant la tête.

Puis, elle releva doucement la tête et fixa son capitaine dans les yeux. Son regard était remplit d'émerveillement.

-Est-ce vraiment toi? demanda-t-elle comme pour s'assurer que ce qu'elle voyait était réel.

-Oui…c'est moi, répondit Sinbad avec confusion.

C'est alors que Maeve lui fit son plus beau sourire les yeux remplis d'eau avant de lui sauter au coup. Sinbad ne savait pas quoi penser.

-J'ai cru que jamais je ne te reverrais, mon frère, disait-elle. J'aurais fait n'importe quoi pour te sauver, tu le sais?

-Maeve, dit Sinbad en la prenant par les épaules, je ne suis pas ton frère. C'est moi, Sinbad.

Elle ne semblait pas entendre ce qu'il lui disait.

-Si tu savais comme j'ai hâte d'annoncer la bonne nouvelle aux autres! Il n'y aura plus de secret maintenant.

-Maeve, de quoi parles-tu? Dit le capitaine en la secouant un peu.

Comme Émilie, elle s'évanouit. Sinbad la prit dans ses bras et la porta jusqu'à la plage. Une fois qu'il fut arrivé, il déposa Maeve sur une couverture.

-Firouz, cria-t-il! Maeve ne va pas bien.

Elle semblait avoir les mêmes symptômes qu'Émilie. La sueur qui perlait sur son visage inquiétait beaucoup le scientifique. Maeve se réveilla soudainement. Elle semblait se sortir d'un cauchemar.

-Dermott!!! Cria-t-elle.

-Ce n'est rien, lui dit son capitaine. Tout va bien.

Maeve promena son regard autour d'elle. L'équipage l'encerclait et ils semblaient tous s'inquiéter de son état. La magicienne se leva d'un bon et le regretta aussitôt, car elle fut assailli par une terrible douleur à la tête.

-Que s'est-il passé?

-Il semble que tu ais eu la même chose qu'Émilie. Tu divaguais, expliqua le scientifique.

-Il se passe quelque chose d'étrange, déclara Sinbad, et je compte bien découvrir ce que c'est. Firouz, y a-t-il un village sur cette île?

-Oui, répondit le scientifique. Le plus prêt est au nord. Nous pourrions longer le littoral ou passer par la forêt, c'est plus court.

-Bien, répondit Sinbad. En route.

Ainsi, l'équipage du Nomade s'aventura dans la forêt la plus dense qu'ils avaient vu jusqu'à ce jour. La marche était difficile, car les nombreuses branches bloquaient le passage et le sol était très abrupt. De plus, Sinbad avançait très rapidement afin d'arriver au village avant la nuit.

Soudain, le capitane cessa d'avancer. Il secoua la tête et plissa les yeux comme s'il venait d'être frappé par une terrible migraine. Il se tourna vers Maeve, et tendit une main vers elle. «Ça va, petit frère, demanda Doubar.»Mais Sinbad ne l'écoutait pas.

-Léa, murmura-t-il. Je croyais t'avoir perdue pour toujours.

Il s'avança vers la magicienne et la serra dans ses bras alors que celle-ci regardait les autres d'un regard interrogateur. Doubar baissa la tête. Il comprenait soudain ce qui se passait. Il ressassait le passé. À peine eut-il le temps de réagire, que Rongar sembla plonger dans le même genre de transe. Il courait dans tous les sens en cherchant un endroit où se cacher. Il finit par s'accroupir derrière un buisson. Théod voulu aller le voir, mais il s'arrêta à mi-chemin et se mit à pleurer. Après un moment, Ils étaient tous perdus dans leurs pensées, totalement déconnectés de la réalité. Ils finirent tous par s'évanouir.

Émilie ouvra les yeux dans une extrême confusion. Un jeune homme aux oreilles pointues était penché sur elle. Ses grands yeux bleus la fixaient avec inquiétude.

-Suis-je morte? Demanda la jeune fille

Le garçon se mit à rire alors qu'Émilie regardait autour d'elle. Elle était allongée dans le lit le plus luxueux qu'elle avait vu. La chambre dans laquelle elle se trouvait lui rappelait les comptes de fées que son père lui lisait lorsqu'elle était petite. Cette pensée la rendit triste.

-Où sont mes amis? Que s'est-il passé?

-Rassure-toi, tes amis sont en sécurité. Tu veux un verre d'eau? demanda-t-il en lui tendant une coupe incrustée d'or et de diamants.

La jeune magicienne prit la coupe avec méfiance. Le garçon était beaucoup trop beau et aimable pour être méchant. Il avait les cheveux longs et blonds soigneusement attachés, un teint pêche et de magnifiques yeux. Il n'y avait que ses oreilles qui lui donnaient un air curieux. Il portait un magnifique habit de soie. Lorsqu'Émilie baissa la tête pour regarder ses propres vêtements, elle remarqua avec panique qu'elle était en chemise de nuit. Elle regarda le jeune homme avec soupçons. Était-ce lui qui l'avait déshabillée? Comme s'il avait lu dans ses pensées, il lui sourit en disant :

-Ce n'est pas moi qui t'aie mit cette chemise de nuit. J'étais seulement chargé de veiller sur toi jusqu'à ce que tu te réveille.

-Et maintenant, je peux retrouver mes amis?

-Bien sûr, dit-il en se levant.

Il prit les vêtements d'Émilie sur une chaise et les déposa sur le lit avant de sortir. Lorsqu'elle eut fini de se changer, elle rejoignit le garçon derrière la porte. Ce dernier se présenta alors qu'ils commençaient à marcher dans le long corridor. Il s'appelait Samir et ils se trouvaient dans le palais des elfes. Cela expliquait bien les oreilles pointues. Il guida la jeune fille dans une grande salle remplit de canapés et de coussins. Sur une table, les elfes, pour la plupart des femmes, avaient déposé une foule de bonnes choses à manger.

-Tes amis ne devraient pas tarder à arriver, murmura Samir avant de s'éloigner.

En effet, Sinbad arriva quelques minutes plus tard. Il semblait aussi perdu qu'Émilie. Il s'assit près d'elle en remerciant les deux femmes qui l'avaient accompagné, puis il se pencha vers elle.

-Tu as une idée de ce qui s'est passé? Demanda-t-il

-Non, pas du tout, répondit-elle.

-Je crois que ces gens pourront nous le dire.

-Ce sont des elfes.

À ce moment, Maeve fit son apparition. Elle avait une main sur son front et plissait les yeux laissant croire qu'elle avait mal à la tête. Elle s'assit en face d'Émilie et de Sinbad sans dire un mot. Elle se sentait mal à l'aise avec ce qui c'était passé plus tôt. Qui était cette Léa? À cet instant, il l'avait regardée comme jamais il ne l'avait regardée auparavant.

-Tout va bien Maeve? demanda Sinbad, mais elle ne répondit pas.

C'est alors que Doubar et firouz arrivèrent, suivis de Rongar. Il ne manquait plus que Théod. Ils eurent tous le temps de discuter un peu avant que Samir refasse son apparition. Il s'assit volontairement près d'Émilie en lui affichant son plus beau sourire. C'est à ce moment que Théod arriva enfin. Ce dernier fut mal à l'aise en voyant la scène, mais il ne le laissa pas paraître.

-Peux-tu nous dire ce qui nous est arrivé? Demanda Sinbad à Samir.

-Vous vous êtes aventuré dans une forêt maléfique, expliqua l'elfe. Elle a jadis été ensorcelée par une méchante sorcière qui voulait créer des guerres et des conflits sur cette île. À chaque fois que quelqu'un s'aventure dans cette forêt et qu'il y reste assez longtemps, il fini par être possédé par ses propres esprits. Les secrets les plus profonds et les plus douloureux sont alors révélés. Vous avez de la chance qu'un des elfes vous ait trouvés. Sinon lorsque vous vous évanouissez, je ne sais pas comment, mais la sorcière le sait et elle serait venue vous chercher. Elle n'attend que ça. Les gens entrent dans cette forêt sans savoir et tombent dans son piège.

-Nous pouvons donc regagner le navire en longeant le littoral, proposa Firouze.

-Non malheureusement, répliqua Samir. La sorcière a prit soin de bloquer ce passage depuis déjà longtemps.

-Alors nous devons retourner dans cette forêt maudite? Demanda Sinbad.

-Il n'y a qu'un seul moyen d'y retourner en toute sécurité, répondit Samir en souriant à Émilie. Vous devez vous dire vos secrets les plus profonds et les plus douloureux pour ensuite apprendre à les accepter. Ainsi ils ne pourront plus vous envahir.

Chacun se plongea alors dans ses souvenirs et pesa les conséquences de les révéler à leurs amis. C'était presque impossible pour eux d'envisager cette possibilité. Il y a avait bien une raison pourquoi ces souvenirs restaient secrets. Ils déterminaient tous la faiblesse de chacun.

-Il doit y avoir une autre solution, dit Émilie avec espoir.

-Pourquoi? Demanda Samir avec amusement. Tu as honte? De quoi as-tu peur? Ces souvenirs sont ce qui te définit. Ils sont au creux de ton âme et ils révèlent qui tu es vraiment. Après toute cette histoire tu seras heureuse de pouvoir dire que tes amis te connaissent mieux que quiconque.

Il avait dit cette dernière phrase en entourant ses épaules avec son bras et cela avait eu pour effet de la rassurer. Théod, de son côté, bouillonnait de jalousie.

-Bon alors je vais vous laisser, souffla Samir. Vous avez sans doute beaucoup de chose à vous dire.

Tous le regardèrent quitter la pièce avec l'envie de le supplier de rester. Les autres elfes qui se trouvaient dans la pièce le suivirent pour laisser l'équipage en toute intimité. Le silence s'installa avec lourdeur. Chacun évitait le regard de l'autre pour ne pas avoir à parler. Après un moment, Sinbad sentit qu'il se devait d'intervenir.

-Maeve, tu ne peux pas abolir cette malédiction?

-Je n'ai aucune idée comment et de toute façon, je suis curieuse de savoir qui est cette Léa pour laquelle tu m'as prise plus tôt.

Sinbad se racla la gorge avant de répliquer : «Et toi, tu as un frère? Où est-t-il? Pourquoi n'en as-tu jamais parlé?» Maeve détourna le regard et aperçu Dermott perché sur une fenêtre. Le silence envahi la pièce à nouveau, avant que Théod se mettent à parler. «Il faut le faire, sinon nous ne sortirons jamais d'ici. Alors, qui est prêt à commencer?»

Rongar leva un doigt pour se désigner volontaire. Il fit plusieurs signes pour tenter d'expliquer pourquoi il avait si peur et qu'il courait dans le but de se cacher. Firouz fini par comprendre que dans son pays natal, Rongar est recherché par les autorités parcqu'il s'est évadé de la prison où il avait été enfermé pour un crime qu'il n'avait pas commis. Il ne pourrait donc plus jamais revoir ses proches. Les autres le regardèrent compatissants, puis Firouz expliqua comment il avait dû se battre pour pouvoir étudier et qu'il l'avait souvent fait en cachette parce que sa famille comptait sur lui pour reprendre la ferme. Il les avait donc abandonné pour poursuivre se rêves et se retrouvait depuis rongé de remords, car il se trouvait égoïste.

-Mais ta science a sauvé plusieurs vies, l'encouragea Sinbad. Ils ne t'en veulent sûrement plus maintenant. Ils ont vu que tu n'étais pas fait pour ce genre de vie.

-Tu as sûrement raison.

C'est ensuite Doubar qui expliqua comment il ne s'était jamais pardonné la mort de ses parents. Il se disait que s'il avait pu trouver de l'aide et les sauver, Sinbad aurait sûrement eu une plus belle enfance. Sinbad mit un bras autour des épaules de son frère et lui assura qu'il avait eu tout ce dont il avait besoin et que c'était grâce à lui. Doubar versa une larme et serra son petit frère dans ses bras imposants. Tous un peu émus, personne n'osa prendre la parole. Après une pause, Théod pris la parole : «Mes parents avaient tout planifié depuis ma naissance. Je devais me marier avec Rosana, la fille d'un ami de mon père afin d'une leur deux commerce et s'enrichir. Je l'aimais bien, mais je n'étais pas amoureux d'elle et je lui ai brisé le cœur. Elle m'a ensuite pardonné, mais mon père ne veut plus jamais me voir. » Émilie le regarda avec empathie alors que Maeve angoissait, car elle savait que son tour viendrait bientôt. Elle décida alors de lancer le flambeau à Émilie pour faire diversion.

-Et toi? Tu as aussi parlé de ton père dans la forêt. Que s'est-il passé?

-Vous ne pourrez pas comprendre. Même à mon époque c'est un sujet tabou. Mon père n'avait plus toute sa tête. Cela a brisé le mariage de mes parents. Il a un jour tenté de revenir à la maison, mais il était malade, ce n'était pas vraiment lui. Il hurlait et il ne voulait rien entendre. À un moment, il m'a demandé de choisir entre vivre avec lui ou avec ma mère. Je l'aimais vraiment, mais je savais que la vie avec lui aurait été impossible, alors je lui ai demandé de partir… Je ne l'ai plus jamais revu. J'ai peur qu'il ne sache pas que je l'aimais et que, j'aurais voulu que les choses soient différentes.

Émilie fondit en larmes. Firouz vint alors s'assoir à ses côtés pour lui frotter le dos. Maeve et Sinbad s'affrontèrent du regard. «Toi, d'abord, ordonna Maeve. » Sinbad voulu protester, mais il céda en soupirant. Il ne servait à rien de repousser ce moment. «Léa était mon amie d'enfance. En fait, elle était beaucoup plus qu'une amie. Je l'aimais et un jour, alors que j'étais seul avec elle sur la falaise, des brutes nous ont attaqués et Léa est tombée. Je ne savais pas nager… Depuis ce jour je me dis que si je n'avais pas été aussi faible, j'aurais pu la sauver. » Doubar savait depuis que son frère était rongé de remord, mais il se retourna vers Maeve pour constater sa réaction. Elle s'étira pour prendre la main de Sinbad dans la sienne.

-Tu n'étais qu'un enfant, tu n'aurais rien pu faire. C'est un accident.

-Je m'en rends compte, mais je ne peux m'empêcher de me demander ce que j'aurais pu faire de différent. Si je ne l'avais pas amenée à la falaise, elle ne serait jamais tombée.

-Peut-être, intervint Doubar, mais tu ne serais pas non plus devenu marin et tu n'aurais pas tous ces amis devant toi.

Sinbad, remercia son frère d'un sourire, puis il leva les yeux vers Maeve. Elle devenue soudain très agitée. Elle évitait les regards de tout le monde restait silencieuse.

-Maeve, lui dit Sinbad, tu dois le dire. Tout ira bien, je te le promets.

-En fait, commença Maeve. C'est en lien avec Rumina. Il y a de cela un bon moment déjà, elle a attaqué le village où nous vivions moi et ma famille. Je ne pouvais pas la laisser détruire tout ce que nous possédions, alors j'ai décidée de l'affronter. Elle s'est mise en colère et elle a voulu me jeter un sort, mais à la dernière seconde, mon frère est arrivé et…

Maeve cessa de parler alors que tout l'équipage était pendu à ses lèvres.

-Alors quoi, s'impatienta Émilie.

-Alors elle l'a fait disparaître et elle a préféré me laisser vivre avec le remord plutôt que de me tuer.

-Je comprends tout maintenant, dit Sinbad. Pourquoi n'en as-tu jamais parlé?

-Parce que j'avais honte, j'imagine que je voulais régler mes problèmes moi-même.

Sinbad hocha la tête. Il connaissait bien Maeve et il n'était pas vraiment étonné de sa réaction. À cet instant, Samir revint dans la pièce. Il invita l'équipage à le suivre à l'extérieur. Maeve se dirigea d'abord vers Dermott. «Je sais que j'aurais dû tout dire, mais c'est notre secret et je ne veux pas que les autres le sache… Enfin, pas maintenant. » Dermott laissa échapper quelques cris et Maeve lui répondit d'un sourire avant de partir rejoindre les autres.

À l'extérieur du palais, l'équipage traversa un petit sentier puis parcouru une petite passerelle qui surplombait un ruisseau. Ils se retrouvèrent ainsi devant la dense forêt.

-Maintenant que la vérité a été révélée, dit Samir, vous ne risquez plus rien.

-Nous te remercions de ton aide, dit Sinbad.

Puis, le capitaine ouvra le pas pour retourner vers le navire. Lorsque Maeve passa près de Samir, il la regarda d'un air désapprobateur en secouant la tête. Lorsqu'Émilie arriva à sa hauteur il saisi son bras.

-Quoiqu'il arrive, murmura-t-il a son oreille, tu es forte.

Émilie le dévisagea quelques instants, puis elle poursuivi son chemin. Après une heure de marche, Maeve se mit à halluciner. Elle semblait chercher son frère sans pouvoir le trouver. Comme plus tôt ce jour là, elle finit par s'écrouler. Doubar réussit à l'attraper avant qu'elle heurte le sol. Soudain, le vent se leva de façon brutale et un rire diabolique se fit entendre. Tout le monde reconnu la voix maintenant beaucoup trop familière. Un dense brouillard se forma, puis s'évapora très vite révélant la présence de Rumina.

-Encore toi! S'exclama Sinbad

-Oh, fit Rumina, je suis déçue que tu ne sois pas plus heureux de me revoir mon gentil marin. Pourtant, tu devrais être fier de moi, pour une fois que je fais une bonne action.

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

-Comme le petit elfe vous l'a sans doute expliqué, j'ai conçue cette forêt pour qu'elle démasque les menteurs et grâce à moi, ils sont sévèrement punis.

-Je constate plutôt que tu te sers de la souffrance des autres une fois de plus.

-Néanmoins, votre petite paysanne a perdu la partie. Rassurez-vous, elle est inconsciente donc elle ne sentira rien lorsque je lui retirerai toute forme de vie qu'il y ait en elle.

Rumina tendit une main vers Maeve et projeta un jet de lumière. «Non, hurla Sinbad. » Au même moment, Émilie s'interposait entre Rumina et Maeve.

-Qui es-tu petite insolente?

-Une élève de Maeve.

Rumina éclata de rire.

-Ma pauvre enfant! Ta maîtresse n'a même pas assez de pouvoir pour m'affronter alors je doute que tu en sois capable.

-C'est ce que nous allons voir.

Émilie leva une main vers Rumina et s'engagea dans un combat de magie avec l'une des sorcières les plus puissantes qu'il soit. Elle se concentra afin de ne pas dépenser toute ses énergies dès le début. Elle savait que Rumina était trop puissante pour elle, mais elle souhaitait seulement gagner du temps dans l'espoir que Maeve se réveille bientôt. Les autres assistaient à la scène avec impuissance. Sinbad se dirigea lentement vers Maeve en évitant de se faire remarquer. Il lui caressa la tête en l'appelant doucement. Peu à peu, Émilie faiblissait. Plus Rumina sentait qu'elle gagnait du terrain, plus elle riait. Maeve ouvrit doucement les yeux et se releva péniblement. Au moment où elle arriva près d'Émilie, cette dernière s'effondra. Maeve prit la relève avec une force qui prit Rumina par surprise. Après un instant, Émilie rassembla le reste de ses énergies pour aider Maeve. Rumina se mit en colère et disparue, humiliée. Tout l'équipage se réjouit et se dépêcha de retourner à bord du nomade.

Sinbad alla rejoindre Émilie et Maeve à l'avant du Navire. Elles étudiaient de nouveaux sortilèges.

-Tu seras bientôt une véritable menace pour Rumina, dit le capitaine à l'intention d'Émilie.

-Tu crois vraiment?

-Bien sûr, tu t'es très bien défendu.

-Merci.

À ce moment, Sinbad se tourna vers Maeve, qui elle se détourna vers la mer. Il y eu un court silence durant lequel Émilie comprit qu'elle était de trop. Elle ramassa ses livres et Sinbad lui fit un signe de tête alors qu'elle s'éloignait.

-Alors, il semble qu'il y ait toujours des choses qui te font angoisser.

-Je… Rien de ce que j'ai dit n'était faux.

-Maeve, je ne te cacherai pas que j'aimerais connaître ton passé… et ça m'attriste de penser que peut-être tu ne me fais pas assez confiance pour m'en parler.

Maeve se retourna pour contester, mais il leva une main pour l'en dissuader.

-Par contre, tant que je ne connaîtrai pas tous tes ennuis, je ne pourrai pas juger des raisons de ton silence. Alors je tenais à te dire que je ne t'en veux pas.

-Sinbad, c'est un secret que je n'ai jamais dit à personne, mais lorsque j'en serrai prête, tu seras le premier à le savoir.

Sinbad lui répondit d'un large sourire et la serra contre lui.