Séparation
Le soleil venait à peine de se lever lorsque Maeve et Sinbad entendirent frapper à leur porte. Maeve se leva péniblement et alla ouvrire. Derrière la porte se tenait une des servantes du palais, complètement paniquée.
-Mademoiselle! Il faut faire vite! C'est sa majesté, son état empire!
Maeve ne prit pas le temps d'en écouter plus et courut vers la chambre de son frère. Lorsqu'elle arriva dans la chambre elle vit que Firouz y était déjà. Amire était en sueur et arrivait à peine à parler. Il souffrait énormément. Maeve vint tout de suite s'asseoir près du lit alors que Sinbad arrivait.
-Tout va bien aller…, dit-elle à son frère en lui prenant la main.
-Je… J'ai apprit que tu attendais un bébé, dit-il en souriant péniblement.
-Oui… Je n'ai pas voulu te réveiller hier soir.
-Je suis… désolé… d'avoir à te laisser la…responsabilité de régner.
-Non! Tu vas t'en sortir…
-Non, Maeve, coupa-t-il. Tu dois te faire à l'idée… Je ne serai plus là maintenant. Tu n'es pas forcée…de prendre… le… trône. Je sais que tu ne serais pas heureuse. Sois heureuse, Maeve.
Maeve écoutait son frère sans pouvoir retenir ses larmes. À cet instant, Dermott entra dans la pièce.
-Tu vas veiller sur elle, Dermott?
Puis, Amire se tourna vers Sinbad.
-Prend soin de ma petite sœur, d'accord?
-Je le promets, répondit le capitaine.
Amire ferma les yeux et laissa tomber sa tête sur l'oreiller. Firouz s'approcha de lui et vérifia son poux, puis il se tourna vers Maeve.
-C'est fini…, dit-il.
Maeve posa sa tête sur le corps inanimé de son frère et pleura en silence. Sinbad et Firouz restèrent silencieux. Après quelques minutes, Firouz sortit en même temps que les quelques servantes. Sinbad tira une chaise et s'assit près de Maeve. Il posa sa main sur son dos et le frotta lentement. Après un moment, Elle cessa de pleurer, mais ils restèrent assis, sans rien dire pendant des heures.
Lorsqu'ils sortirent enfin, les autres les attendaient dans la salle du trône. Firouz leur avait apprit la nouvelle. Quelques conseillers étaient réunis autour d'une table et discutaient entre eux. Lorsqu'ils virent Sinbad et Maeve entrer, ils se ruèrent vers eux en ne cessant de poser des questions sur ce qu'elle allait faire à propos du trône. Lorsqu'elle les vit arriver, elle posa ses deux mains sur sa tête et s'agenouilla au sol. Sinbad ne savait pas quoi faire, il voulait l'aider, mais ne savait pas comment. Les conseillers continuaient à la foudroyer de questions sans se préoccuper de ce qu'elle vivait.
Théod les regarda avec dégoût, il jeta un regard à Maeve qui fondait en larmes une fois de plus. L'adolescent alla se placer entre son amie et les conseillers.
-Mais qu'est-ce que vous faites!?! Vous n'avez pas penser qu'elle pouvait vivre un moment difficile et qu'elle n'avait pas envie de parler de politique!?!
Les conseillers écarquillèrent les yeux, puis réfléchirent un moment avant de se retirer en s'excusant à l'héritière et à Sinbad. Théod se tourna vers ses amis, et Sinbad lui adressa un petit sourire de remerciement en aidant Maeve à se relever.
Doubar et son frère étaient assis sur un rocher en regardant la mer. Maeve avait réussit à s'endormire après deux nuits blanches.
-Petit frère, je sais que ce n'est peut-être pas le moment de te demander cela… Je me demandais… Maintenant que tu as Maeve, qu'elle va hériter du trône et que vous aurez bientôt un enfant, vas-tu reprendre la mer un jour?
-Doubar, il est évident que je vais reprendre la mer. Je ne vais pas vous abandonner. Nous allons trouver une solution. Je veux seulement attendre quelques jours que les choses se calment.
Il baissa la tête quelques secondes, puis se retourna vers son frère.
-Je n'ai pas du tout l'intention de vous abandonner, mais je suis inquiet, pour Maeve. Je ne l'avais jamais vu ainsi. On dirait qu'elle va s'effondrer à tout moment.
-Je suis d'accord, Sinbad, mais tu sais que l'équipage s'impatiente. Si tu veux trouver une solution, il faudra la trouver rapidement.
Tout l'équipage était réuni avec les conseillers du palais. Ils cherchaient tous une solution. Les conseillers voulaient que Maeve prenne le trône, mais l'équipage voulait qu'elle reparte avec eux. D'un côté, elle n'avait pas vraiment le choix de le prendre puisqu'il n'y avait personne d'autre pour en prendre la charge. Ce qui était au départ une discussion, tourna très vite à la catastrophe. Tout le monde criait sans demander l'avis de Maeve qui restait silencieuse. Seule elle et Émilie n'avait rien dit depuis le début.
Ils se chamaillèrent pendant quelques minutes, puis Émilie se leva et alla taper sur l'épaule de Sinbad.
-Pas maintenant!
-Mais je…
-Ne te mêle pas de ça, tu es trop jeune! Dit-il avant de se retourner vers les conseillers.
Émilie essaya de cacher sa rage. Comment avait-il put lui dire cela? Pour qui se prenait-il? C'était bien vrai qu'elle était plus jeune, mais elle les avait beaucoup aidé depuis qu'elle était avec eux. Elle essaya encore une fois d'attirer son attention.
-Sinbad, j'ai une solution! Cria-t-elle
Tout le monde se tut, et décida de l'écouter étant donné qu'ils n'étaient arrivés à rien. Elle rougit en voyant que tous la regardaient.
-Nous t'écoutons, dit l'un des conseiller.
-D'abord il faut savoir une chose, dit-elle en se tournant vers Maeve. Veux-tu prendre le trône ou repartir?
-Je ne peux pas répondre, dit-elle tristement.
-Maeve, dis-toi qu'il y a seulement toi, personne d'autre. N'ai pas peur de décevoir quelqu'un. Il s'agit de toi. Si tu veux partir, j'ai une solution, et je suis sûr que tout le monde sera d'accord.
Elle réfléchit un moment en regardant chaque personne autour d'elle. Elle se souvint de sa vie au palais, lorsqu'elle était plus jeune. Elle n'était pas heureuse. Elle se rendit compte qu'elle était plus heureuse libre en mer, sans toute cette pression.
-Je… Je veux repartir.
Les conseillers soupirèrent longuement, puis il y eut un moment de silence.
-Alors, quelle est la solution? Demanda Théod.
-On peu élire quelqu'un pour prendre le trône.
-Quoi?!? S'exclamèrent-il tous en même temps.
Émilie soupira en roulant les yeux.
-Je ne peux pas croire qu'avec une île qui porte ce nom, vous ne savez pas ce que c'est. On sélectionne ceux qui sont près à prendre cette responsabilité, puis ensuite les villageois votent pour celui qu'ils veulent voir gouverner.
-C'est logique, dit Firouz.
-Oui, c'est même une excellente idée, dit Sinbad. Qu'en penses-tu Maeve?
-Ça peut marcher, dit-elle avec une lueur d'espoir.
Sinbad était sur le nomade et préparait le bateau pour le départ. Il n'avait pas encore dit à Maeve qu'il partait. Il ne pouvait plus rester sur Élire. Il devait partir pour Bagdad pendant qu'elle s'occuperait des élections. Cela lui faisait mal au cœur en y pensant, mais il n'avait pas le choix.
Maeve avait reprit du courage. Elle discutait dans la grande et luxueuse chambre où Sinbad et elle dormait depuis quelques semaines.
-Crois-tu vraiment qu'on pourra trouver quelqu'un qui pourra le faire? Je ne veux pas prendre le trône, mais je n'abandonne pas le royaume pour autant. Je veux trouver quelqu'un en qui je pourrai avoir confiance.
-Oui, tu y arriveras, dit Sinbad.
-Tu vas me donner ton avis?
-Non, Maeve je ne pourrai pas…
Maeve le regarda dans les yeux en essayant de comprendre ce qu'il voulait dire. Il garda le silence pendant un moment, puis l'emmena sur le balcon de la chambre. La nuit était magnifique.
-Sinbad, explique-toi.
-Je dois partir pour Bagdad.
-Non, murmura la magicienne en fixant le vide.
-Maeve, je ne peux pas laisser tomber l'équipage.
Elle resta sans un mot. Elle était folle de rage contre lui, mais il avait raison.
-Je t'en prit, dis quelque chose, dit-il en attendant sa réaction.
-Tu ne peux pas me laisser toute seule…, dit-elle à mi-chemin entre la colère et la tristesse.
-Il y aura plein de gens pour t'aider. Je reviendrai lorsque tout sera fini et tout redeviendra comme avant.
-Quand pars-tu?
-Demain…
Elle ne voulait plus lui parler. Elle rentra dans la chambre et alla se mettre au lit sans rien dire. Sinbad préféra ne pas en faire plus. Il alla se coucher lui aussi.
Le soleil était à son plus haut dans le ciel. Tous étaient à bord du Nomade, sauf Maeve. Ils s'occupaient des derniers préparatifs avant le départ. Émilie s'approcha de Sinbad.
-Je crois que… que je devrais rester, dit-elle. Maeve a besoin de quelqu'un et je suis la seule qui sache bien comment fonctionne une élection.
Sinbad réfléchit pendant quelques secondes.
-C'est d'accord. Tu sais où elle est? Elle m'en veut de partir comme ça, et je m'en veux aussi, mais je n'ai pas le choix et je veux lui dire au revoir.
-Sinbad, que va-t-on faire sans magicienne à bord? Demanda Doubar.
-Nous saurons nous débrouiller, réponda-t-il avant de se retourner vers Émilie pour attendre sa réponse.
-Elle n'est pas sortie de la matinée…
Sinbad baissa la tête, il ne voulait pas partir sans lui dire au revoir. Émilie comprit et courut en direction du palais. Lorsqu'elle arriva, elle était à bout de souffle. Elle frappa à la porte de la chambre et entra sans attendre de réponse.
-Tu sais quoi? Je vais rester avec toi pour t'aider.
-Non, tu devrais aller avec eux, dit-elle tristement.
-Tu ne me feras pas changer d'avis.
Il y eut un court moment de silence.
-Il veut te dire au revoir.
-Bien moi je ne veux pas. S'il veut partir, alors il n'a qu'à le faire. Je m'en fiche complètement.
-Maeve, il n'y a rien de vrai dans ce que tu viens de dire. Il ne veut pas partir et tu le sais très bien.
Tout cela la mettait mal à l'aise. Émilie pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. Comment faisait-elle pour la comprendre si bien? Elle ne répondit rien, le silence s'installa à nouveau.
-Ils vont bientôt partir, ajouta Émilie.
-Quand? Demanda Maeve avec panique.
-Ils étaient presque prêts avant que je parte.
Maeve ne perdit pas une seconde et sortit en courant. Émilie essayait de la rattraper sans succès.
Tout était prêt. Ils pouvaient partir. L'équipage était sur la plage et attendait le Signal de leur capitaine pour monter dans la chaloupe. Sinbad avait les yeux river sur le sentier qui menait au palais. Il espérait que Maeve accourt et vienne lui dire au revoir, mais elle ne vint pas. Il se tourna vers son équipage qui le regardait avec un regard compatissant. Sinbad regarda une dernière fois derrière lui, et ils montèrent tous dans la chaloupe.
Ils commencèrent à s'éloigner de la rive. Le capitaine avait les yeux remplis de larmes. C'est alors qu'il entendit un cri. Au début il ne le comprenait pas, puis il put distinctivement reconnaître son nom. Il se retourna et vit Maeve, sur la plage, qui l'appelait. Sans prévenir, il sauta à l'eau et courut vers la rive. L'eau lui arrivait à mi-cuisse, alors il avait de la difficulté à courir, mais il n'avait qu'une envie. S'était de prendre Maeve dans ses bras.
Lorsqu'ils furent l'un près de l'autre, Maeve lui sauta au cou et il la serra très fort contre lui. Pendant ce temps, les autres avaient ramené la chaloupe, et Émilie était arrivée, encore à bout de souffle. Elle enlaça tous les autres membres de l'équipage en versant quelques larmes. Lorsqu'elle arriva devant Théod, les autres firent mine de ne pas écouter en se tournant vers Sinbad et Maeve.
-Je vais garder ton bracelet, je l'adore, dit-elle en l'enlaçant. Tu es mon meilleur ami.
-Tu vas me manquer, dit-il en essayant de ne pas trop montrer sa peine.
-Je ne veux pas que tu partes, dit Maeve.
-Je ne veux pas partir non-plus, répondit Sinbad.
Il s'embrassèrent tendrement avant de s'enlacer une fois de plus.
-Je vais revenir bientôt, Maeve.
-Non, ne part pas…, dit-elle en laissant couler ses larmes.
-Je n'ai pas le choix, répondit-il en se défaisant doucement de son étreinte. Ne pleur pas, je t'en prit, dit-il en essuyant ses larmes du revers de la main.
Ils se regardèrent pendant un moment en se caressant le visage.
-Je t'aime, murmura Sinbad avant de l'embrasser une fois de plus.
-Je t'aime aussi.
-Je reviendrai avant qu'il naisse, dit-il en posant une main sur son ventre qui avait un peu arrondit. Je te le promets.
Il lui donna un court baisé, puis se retourna. Il sentit la main de Maeve qui le retenait, alors il l'enlaça encore une fois, puis l'embrassa tendrement. Ils se regardèrent dans les yeux, puis Sinbad se retourna vers la chaloupe. La main de Maeve le retenait toujours, mais il dégagea doucement ses doigts et partit sans se retourner. Il ne le fit que lorsque la chaloupe fut à l'eau, car il savait que s'il l'avait fait plus tôt, il serait retourné vers elle, et cela aurait put continuer pendant des heures.
-Je t'aime murmura-t-il.
Il put voir que Maeve avait prononcé les même mots quelques secondes plus tard.
