Chapitre II

SIMPLE LIFE

***

Je me réveillais en avance pour mon premier jour de « travail ». Je voulais faire bonne impression. C'était facile de se lever ici, à 5h30 le ciel commençait déjà à s'éclaircir. Et ici, on voyait le ciel. On ne voyait que ça, pas besoin de slalomer entre les buildings. Je prenais rapidement ma douche et enfilais un vieux jean troué et un t-shirt délaver. Pas besoin d'abîmer le peu de vêtements potables que j'avais.

Un café plus tard, j'arrivais comme convenu devant le futur bureau de Carlisle. Il n'était que 8h45 et Esmé était déjà au travail perchée sur une échelle en bois. Elle portait une salopette en jean duquel dépassait des rouleaux et autres outils pour peindre, ses cheveux cachés sous un banana. Même dans une tenue plus négligée, Esmé Cullen restait magnifique. Les meubles avaient été poussés et protégés par des housses en plastique. J'approchais timidement, les mains dans les poches et elle m'accueillis avec son éternel sourire étincelant.

- Bella ! Tu es en avance.

- J'étais réveillée.

Pieux mensonge, j'avais eu l'impression qu'un bulldozer m'était passé dessus quand j'avais posée le pied par terre.

- Prend la seconde échelle et monte me rejoindre.

Elle remarqua mon air dépité.

- Qu'est-ce qu'il y a ma poupée ?

- Hum … C'est à dire que c'est un plafond très haut … au moins 2 mètres …

- Trois, pourquoi ?

- Trois mètres. Répétais-je en sentant déjà des sueurs froides parcourir mon dos.

- Ne me dit pas que tu as le vertige.

- D'accord je ne le dirai pas. Soufflai-je en fixant cette maudite échelle. Esmé, rien que de te voir perchée là-dessus, suffit à me donner le tournis.

- Je vois.

Elle descendit lentement et me tendit une raclette en métal.

- Commence par décoller le papier peint de ce côté. Je m'occuperai des hauteurs.

- Désolée.

- Contente toi d'être la pro du décollage. Me répondit-elle en déposant un baiser sur mon front.

Je me rendais sur le mur opposé et commençais à gratter le papier peint.

- Esmé ?

- Hum ?

- Ma mère était dans ma chambre c'est ça ?

Il y eu un blanc.

- Alice me l'a dit.

- Je ne savais pas si ça te ferait plaisir ou pas, j'hésitais à te le dire. M'avoua-t-elle.

- C'est très bien … je veux dire, hum, je suis venue sur ses traces donc c'est parfait.

- Renée adorait cette chambre. C'est la plus calme et elle disait que la vue était la plus belle de toutes les chambres de la maison. Elle passait des heures dans cette pièce. Presque autant que dans l'atelier. Des fois je la retrouvais perché sur le rebord de la fenêtre entrain d'écrire son journal.

A l'évocation du carnet j'arrêtais mon geste, essayant de chasser les images déplaisante de ma mère en fin de vie me le confiant, puis recommençait à gratter.

- Elle n'avait pas le vertige elle.

Je riais intérieurement.

- Non, ma mère était capable des pires folies !

- C'est vrai, enchaîna Esmé sa voix tintée de nostalgie, elle était téméraire et intrépides. Renée n'avait peur de rien.

- Tout le contraire de moi. Soufflai-je.

- Je l'admirais pour ça, mais ça nous a souvent conduit dans des histoires pas possibles. Quand elle avait une idée dans la tête on ne pouvait pas l'en déloger.

- J'avoue que je suis un peu comme ça aussi. C'est ce qui m'a conduite ici.

- Et nous en sommes ravis.

Nous échangions un sourire et Esmé me faisait signe de continuer à gratter.

- Quel genre d'histoire ?

- Pardon ? Demanda Esmé.

- Tu as dit « ça nous a souvent conduit dans des histoires pas possibles », quel genre d'histoire ?

- Bella, on était jeune …

- Ne t'inquiète pas, riais-je, je ne me précipiterais pas pour faire la même chose Esmé.

- Et bien, elle parut réfléchir un instant, un soir nous devions sortir avec deux garçons de notre lycée et Renée voulait absolument impressionner celui qui aimait les grosses cylindrées. Elle s'était mise dans la tête de prendre la Harley de ton grand-père.

- Il avait une Harley ? !

Difficile d'imaginer ce petit homme trapu sur une Harley Davidson.

- Je t'assure. Bien sûr il était hors de question qu'elle ait sa bénédiction et il n'y avait qu'une Harley dans Forks. Tout le monde savait à qui elle appartenait. Elle l'a donc prise en douce un soir, pendant que son père dormait.

- Tu es sérieuse ?

- Malheureusement, ce que nous n'avions pas prévus c'était que l'engin pesait des tonnes et qu'il faisait un bouquant de tous les Diables. Si bien que quand elle voulue démarrer, moi à l'arrière, le moteur ameuta tous les voisins et ton grand-père. Rénée tenta de s'enfuir quand même mais quand elle a enlevé la béquille la moto est tombée de ton son poids sur le côté et nous avec.

Elle riait et je restais captivée par son histoire, l'imaginant avec Renée faire toutes ces choses que jamais je n'oseraies faire.

- Ton grand-père était tellement furieux qu'il nous a conduit au poste de police et a dit nous avoir prise en flagrant délit de vol. On est restée toute la nuit en cellule et il est revenu nous chercher le matin. Bien sûr il avait avertit le shérif, comment s'appelait-il déjà, monsieur Swan …

Elle me lança un regard complice.

- Mon grand-père paternel ? !

- Shérif de Forks à l'époque. Il l'a avertit qu'il voulait juste nous donner une bonne leçon. On était morte de trouille. Heureusement que l'adorable fils du shérif était là pour nous rassurer.

- Charlie ? !

- Il était encore apprentie à l'époque. C'est la première fois qu'ils se sont rencontrés. Au départ, ils ne se prêtaient aucune attention et on ne l'a revu que des années après. Qui aurait cru que ces deux là finiraient par se marier. La vie est étrange parfois.

- Oui, soufflai-je, il faudrait pouvoir avoir un livre dans lequel on écrirait précisément toute notre vie, en détail. On le fermerait et on oublierait tout. On serait juste certain que rien de mal ne peut nous arriver et que nous faisons les bons choix.

- C'est un peu pessimiste comme vision de la vie.

- Non, c'est juste une vision prévoyante.

- D'une personne qui a peur de l'avenir. Me fit-elle remarquer.

Les échos de sa réponse résonnaient dans ma tête et je retournais à mon papier peint.

- Tu sais Bella …

Quand je me retournais, Esmé m'avait rejointe.

- Tu as 19 ans. Tu ne devrais pas craindre le futur. Tu as la vie devant toi et si tu fais un faux pas, tu auras le temps nécessaire pour te relever et tu apprendras de tes erreurs. Je sais que la vie ne t'a pas gâté ces derniers temps mais ça ne veut pas dire que tu dois arrêter d'y croire.

Je ne répondais pas et elle n'attendait aucune réponse. Esmé se contenta de retourner à sa peinture et je l'en remerciais intérieurement. Elle m'avait percée à jour. « Bella n'a pas confiance en elle », comme si ça avait été marqué sur mon front. Malgré tout, elle avait la courtoisie de ne pas me cuisiner d'avantage sur le sujet. Le reste de notre session matinale se passa en silence et nous avions bien avancé à 12h00, si bien qu'Esmé me donna mon après-midi. Elle me demanda en contrepartie de commencer une heure plus tôt demain matin et j'acquiesçais, l'air volontaire, alors que mon esprit me hurlait de trouver une parade, qui cependant ne vint pas.

L'après-midi je décidais de me promener sur la propriété, profitant du soleil et de l'air chaud. Voilà maintenant 2 jours que j'étais à Volterra et cette balade après le déjeuner était devenu mon petit rituel chronique. Il faut dire que le domaine était tellement grand que j'étais loin d'en avoir fait le tour. J'arrivais au grand étendu de pieds de vigne. J'avais traversé trois champs de blés immenses pour arriver ici. Je pense que je n'avais jamais été aussi loin. J'apercevais Emmett qui surveillait les jeunes grappes encore vertes. On aurait dit une mère qui couvait ses petits. J'avais du mal à imaginer Emmett aussi calme et concentré sur quelque chose. J'approchais lentement, dès qu'il posa les yeux sur moi son regard changea et le Emmett que je connaissais- le pénible – refit surface.

- Vous êtes perdue jeune fille ?

- Peut-être, c'est plutôt grand chez vous.

Il me sourit.

- Alors c'est ici que tu joues les hommes ?

- C'est ici que je travail oui. Et toi ? Tu n'es pas censé être avec ma mère ?

- Elle m'a donné mon après-midi figure toi.

- T'as de la chance, quand je bosse avec elle, c'est un vrai bourreau.

- Ça te fait les pieds.

- Commence pas à me chercher ma petite, je suis occupé là, retourne plutôt jouer à la poupée.

Je grimaçais et lui tirais la langue. J'aurais aimé avoir Emmett comme grand frère. J'allais m'en aller quand il m'interpella de nouveau, à sa façon … Je reçus un grain de raison pas mur à l'arrière de la tête.

- Aïe !

Je me frottais la tête.

- Ça te dit ce soir un bowling ? Alice et Jasper sont de la partie.

- T'aurais pu simplement m'appeler par mon prénom au lieu de me balancer le fruit de ton travail dans la tête !

- C'est oui ?

- Oui ! Répondis-je faussement agacée.

- Cool ! Maintenant va-t-en avant que je ne gâche ma récolte pour toi.

Alors que je m'éloignais j'entendais les rires irritants de ce gros lourdaud d'Emmett.

Ma balade m'amena jusque devant une maison de bois rouge, au toit noir et toute en longueur. Un abri, sous lequel des camions et des motos étaient garés, prolongeait la façade. « La petite maison rouge perdue dans les champs de blés », j'allais de découverte en découverte ici. Je ne savais pas quelle distance j'avais parcourue mais je savais que je marchais depuis environs 30 minutes, depuis les vignes déjà assez éloignées de la villa.

Un homme aux cheveux longs, noir corbeau, sur un fauteuil roulant sortit de la petite maison et fit tomber ses clés de voiture. Il se débattait furieusement pour les récupérer alors que je l'élançais déjà vers lui pour l'aider.

- Attendez, j'arrivais à sa hauteur et ramassais les clés, voilà.

- Merci beaucoup jeune fille, il me dévisagea un instant avant d'ouvrir grand les yeux, tu es la fille de Charlie Swan ? ! Bella, c'est ça ?

- Heu … oui, répondis-je surprise, je … enfin … vous connaissez mon père ?

- Si je le connais ? ! Ton père et moi avons été à la pêche ensemble tous les dimanche pendant près de 10 ans ! Tu n'étais qu'une toute petite fille quand nous avons quitté la région, mais tes yeux … je reconnaîtrais cette couleur noisette entre milles.

Je rougissais.

- Je suis Billy Black.

- Vous êtes le père de Jake ?

Je lui serais la main et il affichait un grand sourire.

- Et bien oui entre autres. Je vois que tu as pu rencontrer mon fils.

- On s'est vu oui.

- Qu'est-ce que tu fais si loin de chez toi dit moi ?

- Les Cullen m'ont accueillis pour l'été.

- Et bien, si je pensais te trouver ici ! Tu as tellement grandie. Comment vont Charlie et Renée ?

Mon visage se ferma.

- J'ai bien peur Billy que les nouvelles ne soient pas très bonnes. Répondis-je poliment.

- Pourquoi ça ?

Je m'agenouillais en face de lui, près de son fauteuil et entourait mes bras autours de mes genoux.

- Ma mère est décédée il y a un mois Billy. Des suites d'un cancer.

Ma voix se bloqua. Même si j'avais répété cette phrase des dizaines de fois au cours des dernières semaines, je ne m'y habituais toujours pas. L'expression des personnes en face de moi était comme un coup de poignard. Il y avait deux types de personnes : celles qui avaient pitié de moi et me regardaient de façon condescendante et celles qui en étaient également affectées, les pires à supporter. Ma peine je pouvais la gérer mais celle des autres était atroce. Malheureusement pour moi, Billy faisait partit de la deuxième catégorie. Son visage avait perdu le magnifique sourire propre à sa famille et ses grands yeux noirs fixaient un point fictif sur le sol. Au bout de quelques secondes il reporta son visage sur moi, sa voix était mal assurée. Même si je ne me souvenais pas du tout de cet homme, le fait qu'il soit autant affecté par la nouvelle me rapprochait de lui. Je mis la main sur son genou et esquissait un triste sourire.

- Bella … j'appréciais vraiment ta mère. Je n'étais pas au courant pardonne moi.

- Ce n'est pas de votre faute Billy. Tout vas bien je vous assure.

- Je ne savais pas que les Cullen côtoyaient ta famille.

- Esmé et Renée étaient très proches plus jeunes.

Il méditait ma réponse quand une voix familière m'interpella.

- Bella ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Jake, je me relevais et lui adressais un sourire, je suis arrivée là par hasard et j'ai rencontré ton père.

- Papa ? Tu vas bien ? Demanda-t-il inquiet en découvrant l'expression de Billy. Tu ne devais pas aller en ville ?

- Si … si mais j'irai plus tard finalement. Bella, si tu n'as rien à faire, je te propose de passer la journée avec nous. Tu rencontreras une partie de la famille Black. Qu'est-ce que tu en penses ?

- J'en serais ravie.

Je surpris le sourire béat de Jacob fasse à la nouvelle. Nous suivions alors Billy à l'intérieur. J'aidais Billy avec son fauteuil, Jake sur mes talons. La maison était très cosy et ne donnait qu'une envie, s'asseoir par terre en fin de repas pour discuter de choses et d'autres. De gros cousins jonchaient le sol autour du canapé. L'intérieur n'était pas très lumineux sans pour autant être sombre, c'était l'ambiance parfaite pour se relaxer. On se sentait bien dans cette maison et à première vue, tous les habitants respiraient la joie de vivre. Une jeune fille aux cheveux coupés courts regardait la télé à côté d'un garçon plus jeune qui lui avait les cheveux long : Le monde à l'envers. Je me surprise à sourire devant ce tableau de famille alors qu'ils ne m'avaient même pas encore été présentés.

- Bella, je te présente Leah et Seth. Ma fille et mon neveu.

Ils se levèrent et vinrent me saluer. Malgré ses airs de garçon manqué, Leah avait une voix douce et agréable. Seth quant à lui semblait assez turbulent. Il devait avoir 14 ou 15 ans tout au plus mais je remarquais immédiatement que devant Jacob, il bombait le torse et se donnait des les airs d'un homme.

- Salut Bella, commença Leah, Jacob m'a beaucoup parlé de toi. Dit-elle avec un sourire en coins.

Je regardais l'intéressé qui fusillait sa sœur du regard, mais je décidais de faire comme si je ne remarquais rien. Il semblait déjà assez mal à l'aise. Ce genre de situation m'arrivait trop souvent pour que je n'aie pas pitié du pauvre Jake. Ensuite, Billy me proposa un thé glacé que j'acceptais avec plaisir vu la chaleur à l'extérieur. En sirotant je regardais Jake chahuter avec son cousin comme deux adolescents testant leur virilité. Bien sûre la bataille finie en combat de cousin déclenchant les grognements de Billy. C'était une vraie famille, soudée, à l'instar des Cullen. Il y avait longtemps que je ne m'étais pas sentie dans un cocon aussi chaleureux. Leah préférait discuter avec moi et son père et lançais des fois des regards désabusés au deux autres s'égosillant sur le canapé, roulant des yeux comme seule les femmes savent le faire. L'après-midi passait vite et après une heure passée en compagnie de Billy et des autres, Jacob me proposa d'aller marcher ensemble, proposition que j'acceptais sans réserve. Je ne connaissais que très peu Jacob Black mais ce garçon respirait la confiance et la gentillesse. Comment lui refuser quelque chose. Bien sûr je fis encore une fois abstraction des clins d'œil plein de sous entendus que Leah lui jetait avant que nous sortions. C'était son rôle de sœur de taquiner Jake.

- Ils sont très sympas. Dis-je pour engager la conversation.

- Ouais, chez les autres. Lança Jake, un peu amère cependant.

- Tu as une chouette famille.

Il me sourit.

- Alors comment ça se passe pour toi ici ?

- Très bien. Vous êtes tous aux petits soins avec moi alors.

- C'est bien normal. Une si jolie fille que toi. Me lança-t-il de son plus beau sourire.

Je rougissais.

- Tu ne travails pas aujourd'hui ?

- J'ai fini. Vu le climat ici, le jardinage est un travail que l'on commence aux aurores. Je fais 5h00 / 12h00 tous les jours sauf le dimanche en général, m'expliquais Jake, au début c'est un peu difficile surtout pour un gros dormeur comme moi mais on prend vite le plis.

- Moi j'ai du mal à me lever avant 9 heures alors, crois moi, je t'admire.

Il riait.

- Je ne savais pas que mon père connaissait tes parents. C'est une drôle de coïncidence. Un signe peut-être.

- Un signe ?

- Le signe qu'on était destiné à ce rencontrer Bella. Répondit-il toujours charmeur.

Je décidais de ne pas m'engager sur ce terrain glissant et enchaînais avec un autre sujet :

- Pourquoi vous avez quitté Forks ? Tout le monde semble fuir cette ville. Je n'y ai pas vécue longtemps mais mes souvenirs sont agréables.

- Je n'avais que 10 ans quand nous avons déménagés. Comme toutes les petites villes, Forks à son charme mais côté travail c'est plutôt calme, surtout dans une réserve Indienne. Nous étions un peu excentré de Forks en réalité à La Push, près de la mer. On est donc partit vivre à Olympia et mon père a monté sa boutique. Il vendait des articles de pêche.

- Tu faisais partie d'une réserve ?

- Techniquement nous en faisons toujours partie : La réserve Quileute.

Je riais.

- Quoi ?

- Rien, ça fait mystique tout ça. C'est une facette de toi que je ne connaissais pas.

- Il y a encore beaucoup de chose que tu ne connais pas à mon sujet Bella.

Nous restions silencieux quelques instant.

- Et donc, Olympia … pourquoi cette ville ?

- C'était pratique, ça nous permettait de nous rapprocher de Leah.

- Rapprocher ?

- C'est ma demi-sœur, nous n'avons pas la même mère. Le problème avec les clans, c'est que les « nouvelles filiations » ne sont pas bien perçues. Quand mon père a commencer à côtoyer Sue Clearwater, la mère de Leah et Seth …

- Seth n'est pas ton cousin ? l'interrompais-je, remarquais l'incohérence.

Jake m'adressais un sourire.

- J'ai une famille compliquée, avoua-t-il, Seth est le demi-frère de Leah. Ils partagent la même mère. Vu la situation, nous le voyons comme notre cousin. C'est sur que biologiquement, Seth et moi ne partageons rien mais ça n'est pas important, tu ne penses pas ?

J'acquiesçais et il continua son histoire, tandis que nous nous enfoncions plus loin dans le domaine Cullen.

- Donc quand mon père a commencé à côtoyer Sue Clearwater, les gens de la réserve n'ont pas vu ça d'un très bon œil et Sue est partie vivre à Olympia. Elle était déjà enceinte de Leah mais mon père ne l'a appris que bien plus tard. Il s'est occupé de sa fille à distance et Sue s'est remariée avec un chic type, Harry, le père de Seth. Ils sont toujours ensemble. Malgré tout, Billy souffrait de la séparation avec sa fille, d'où le choix d'Olympia.

Il pris un moment et reprit.

- Leah a deux ans de moins que moi et Seth, 4. Au début, nous n'étions pas très proches mais en allant dans la même école, on s'est vite attaché et maintenant les Black et les Clearwater ne forme qu'une grande et belle famille.

- Oui, j'ai remarqué. Soufflai-je, envieuse d'un tel cadre familiale.

- Ensuite mon père a eu son accident et il a dû vendre sa boutique.

- Qu'est-ce qui lui est arrivé ?

- Un chauffard ivre l'a reversé un soir avant de prendre la fuite, laissant Billy pour mort.

- C'est horrible.

- Il a perdu l'usage de ses jambes ce jour là. Ça va bientôt faire 5 ans.

- Ton père est une force de la nature.

- Nous sommes comme ça nous les Black, nous ne nous laissons pas abattre.

Nous échangions un sourire.

- Comment avez-vous atterris à Volterra ?

- Mon père a mis du temps à s'adapter à sa nouvelle condition. Même en vendant la boutique, il n'a pas réussis à rembourser la banque. Il ne trouvait pas de travail et on allait bientôt devoir vendre la maison. Carlisle, qui à l'époque était le médecin traitant de Billy, nous a proposé son aide. Billy a d'abord refusé … par fierté je pense, mais ensuite les choses devenaient trop dure. Le Docteur Cullen et sa femme ont sonné un soir à la maison et nous ont parlé de Volterra et de leur domaine. Il a promis un job à mon père. Deux moi après, on arrivait en Italie. Nous travaillons pour eux depuis 4 ans.

- Tu faisais des études ?

- J'ai arrêté les cours très tôt, ce n'était pas mon truc. Leah et Seth poursuivent des cours par correspondance.

- Et leur mère ?

- Nous ne voulions pas être séparés encore une fois, Sue l'a compris. Elle vient nous rendre visite à chaque noël avec Emily et Sam, des proches de la famille. Eux habitent toujours la réserve.

- Ça ne te manque pas, la réserve ?

Il haussait les épaules.

- Se n'est pas le lieu qui compte mais les gens qui t'entourent. J'ai suivis les miens.

Nouveau silence. Seul le froissement de nos pas sur les épis étaient perceptibles.

- Donc, enchaîna-t-il, j'ai cru comprendre que ta mère …

Il ne finit pas sa phrase et je hochais simplement la tête en fixant mes chaussures.

- Je sais ce que c'est …

Je l'interrogeais du regard.

- Ma mère nous a quitté quand j'avais 2 ans. Je ne me souviens pas bien d'elle.

- Je suis sincèrement désolée.

- Je le suis aussi pour toi.

Il me donna un coup d'épaule complice.

- Encore un signe c'est ça ? Demandai-je avec un demi sourire.

- Pas très attrayant celui-ci, on le laissera de côté.

- Non c'est bien. Je n'ai personne autour de moi qui puisse réellement comprendre ce que ça fait de ne pas avoir de mère.

- Je suis là maintenant Bella.

- Ouais, soufflai-je, tu es là.

Nous nous regardions dans le blanc des yeux, ayant arrêté de marcher. J'appréciais vraiment Jacob, il était facile de se confier à lui. C'était simple. Il venait de me raconter les moindres détails de sa vie, sans même que je lui demande et ça ne semblait pas l'inquiéter le moins du monde. Aucun sujet ne semblait tabou avec lui. Quand le silence devint inconfortable, je me détournais de son regard profond et rencontrais celui de Leah qui marchait vers nous. Quand Jake remarqua sa sœur, il la fusilla du regard encore une fois, comme si elle venait de casser le moment.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Lui demanda-t-il amère.

- Je me balade. Répondit simplement la jeune fille.

- Ici ? !

- Hey ! T'as pas le monopole des champs me semble-t-il ? !

Les yeux de Jake lançaient des éclairs.

- Bon alors tu la ferme idiot ! Lui lança sa sœur en lui clouant le bec.

J'essayais de me retenir de ne pas rire. Cette fille avait un tempérament de feu. Elle arriva près de moi et me prise par le bras, m'entraînant dans ses pas, Jacob nous suivant peu de temps après.

- Alors Bella, commença-t-elle, tu as un petit ami ?

J'étais à la fois surprise et amusée par sa franchise.

- Pas en ce moment non.

- Hum … Tu en cherches un ? !

J'ouvrais la bouche, séchée par sa ténacité.

- Leah la ferme ! Grogna son frère.

- Ça va Jake, je t'assure.

Je reportais mon regard sur Leah qui attendant patiemment que je réponde. Je savais aussi que Jacob attendait cette réponse, rien que par sa façon de tendre l'oreille sans croiser mon regard.

- Non pas spécialement, en fait je ne me pose pas ce genre de question. Je ne suis pas à l'affût. Si je rencontre quelqu'un de sympa et qui me plaise pourquoi pas, mais ce n'est pas un drame si je suis célibataire.

- Oui je vois, répondit Leah en réfléchissant, je peux te garantir que Jake l'est lui, à l'affût.

Je riais.

- Cette fois ça suffit ! Arrangea mon ami.

Il se précipita sur sa sœur qui elle se cacha derrière moi, hilare. Je me mordais les lèvres pour ne pas réagir de la même façon.

- Black, soupirai-je, je crains que je ne puisse te laisser approcher cette magnifique jeune fille.

- Je vois Swan, tu as choisis ton camp. Répondit-il sur le même ton.

- Le clan des filles ! Criais Leah au dessus de mon épaule.

- Stupide « Girls Power ». Marmonnait son frère.

Cette fois je ne pu retenir mon rire qui éclata franchement.

- C'est ça moque toi.

- Franchement Jake, une référence aux Spice Girl, sérieux ? ! Je riais de plus belle.

- Bon cette fois c'est la guerre, vous allez me le payer les filles.

Leah s'échappa de mon dos en riant et Jacob s'attaqua à moi. Je levais les poings comme pour me défendre mais il me maîtrisa sans mal, passant derrière moi pour me chatouiller les côtes.

- Résiste Bella, me criais Leah essayant de couvrir mes rires, c'est son attaque spéciale !

J'essayais de me débattre mais les deux étaux qui lui servaient de bras ne m'en laissaient pas la possibilité. Bientôt mes pieds ne touchaient plus le sol.

- Allez Bella !

- Ne t'inquiète pas, réussis-je à prononcer entre deux fou rires, je t'assure que je peux le maîtriser tout de suite ! Quand je veux.

- C'est ça ouais. Lança Jake, ses doigts parcourant mes côtes, décuplant mon hilarité et la sienne.

Mon regard se perdait vers l'horizon tandis que j'essayais de m'échapper et fût happé au loin. Soudainement, les chatouilles de Jacob ne me faisaient plus aucun effet et mon visage se détendit. Mon corps aussi apparemment car Jake me libéra de lui même, fixant la même chose que moi.

- Oh … t'inquiète pas c'est normal. Ce mec déambule souvent dans les champs comme ça.

Leah s'approcha un peu de nous, le regardant aussi.

- Seul … avec ses Ray-Ban. Soufflai-t-elle rêveuse.

Son frère lui donna un coup derrière la tête.

- Mais euuuh ! Siffla-t-elle en donnant un coup de poing dans l'épaule de son frère.

- Arrête de baver devant Cullen.

- Je ne bave pas ! Se défendit-elle.

- Vous le connaissez ? Demandai-je.

- Pas vraiment, me répondit Jacob, de toute la famille c'est celui qu'on voit le moins souvent. Assez solitaire comme gars.

- Et mystérieux. Roucoula Leah.

- J'allais dire bizarre mais bon, chacun ses opinions. Répondit son frère.

Je souriais. La jeune Leah semblait craquer sur Edward comme une adolescente devant son boys band préféré. Je me baissais, les mains appuyées sur mes cuisses pour reprendre mon souffle. Je ne sus pourquoi mais je ne pouvais pas détacher mes yeux de lui. Il m'intriguait. Il était là, seul marchant lentement à travers les champs de blés. Il s'étirait. Ses cheveux étaient encore plus désordonnés que d'habitude, comme s'il venait de se réveiller. A 17h00. Un petit sourire étira le coin de mes lèvres. Je n'avais observé ça chez personne avant lui. Edward paraissait libre comme l'air, dans son propre univers. Je me surprise à l'envier une seconde. Jacob coupa mes drôles de réflexions, me ramenant à la réalité.

- Ca vous dit de pancakes ?

- A cette heure là ? ! Demandai-je.

Leah entoura mes épaules et nous rebroussions chemin.

- Tu apprendras que chez les BlackWater, il n'y a pas d'heure pour le pancakes.

- BlackWater ? Riais-je.

- Famille compliquée. Me souffla Jake.

Nous rions tous les trois en retournant chez eux, Jacob et Leah m'entourant, chacun un bras autour de mes épaules. Je jetais un rapide coup d'œil en arrière. Edward était partit.

***

Je regagnais la villa vers 19h00 et aidais Carlisle à préparer le repas. Il était rentré tôt ce soir ce qui me permettait de passer un peu de temps avec lui. Cet homme était le calme incarné. Ses yeux reflétaient une maturité sans failles et une gentillesse inégalable. Sa présence suffisait à imposer le respect.

- Passe moi les tomates.

Je m'exécutais et continuais à couper les oignons en faisant en sorte qu'ils ne me montent pas aux yeux. Nous parlions peu, nous n'en avions pas besoin. Je n'avais jamais été de ces personnes qui se sentent obligé de parler pour combler le vide et apparemment, Carlisle non plus. Une fois les oignons découpés, je les faisais doucement revenir à la poêle. Pendant ce temps, Carlisle avait découpé le poulet en émincé et s'apprêtait à les faire frire. Ensuite j'y ajoutais les oignons caramélisés et les tomates. Au bout d'une minute déjà, une odeur délicieuse envahissait la cuisine. Le docteur et moi échangions un regard complice. En fin de cuisson de mettait le riz à cuire. Carlisle m'expliquait la façon dite « Pilaf » qui permettait au riz de ne pas coller et de garder toute sa saveur. Pour ça, il suffisait de le faire frire à l'huile d'olive et de rajoutez, au bout de quelques minutes, deux fois son volume en eaux. Décidément, Carlisle savait beaucoup de chose dans beaucoup de domaines. Nous passions ensuite à table avec Alice et Esmé.

- Humm … c'est délicieux ! S'exclama Alice la bouche pleine.

- Tout le mérite reviens à Bella, elle a été une assistante très assidue. Me complimenta Carlisle.

- Tu cuisine, tu bricoles … Notre Bella est bonne à mariée. Lança Esmé en plaisantant.

- Oui … non merci, j'ai encore de beaux devant moi ! Répondis-je.

- Moi si je pouvais je me marierais toute suite, rien que pour pouvoir créer ma robe.

Nous rions tous à la remarque d'Alice.

- Et un peu pour Jasper aussi. Ajouta-t-elle.

- Ça a été à la boutique ? Demanda sa mère.

- Mouais … peu de client … ils sont tous à Cecina.

- Cecina ?

- C'est une ville en bord de mer, à 30 minutes d'ici en voiture. Les gens profitent plus de la plage l'été que des magasins, m'expliqua Alice, on ira un jour si tu veux. Il y a souvent des fêtes « feu de camps » l'été. ça peut être sympa.

- Ouais pourquoi pas.

- Il y a une très jolie marina par là bas aussi. Ajouta Esmé.

Je jouais inconsciemment avec mes grains de riz.

- Edward ne dîne pas avec nous ? Demanda Carlisle à sa femme.

A l'évocation de son prénom, son image dans les champs cet après-midi refit surface.

- Pff, comme s'il mangeait avec nous. Bouda Alice. Maintenant que monsieur a son pool il est toujours aux abonnés absents.

- Je suppose que ça veut dire non. Et toi Bella, qu'as tu fais de ton après-midi ?

- Je me suis promenée. J'ai rencontré Emmett qui m'a parlé du bowling de ce soir.

- Ah oui ! Je savais que j'oubliais quelque chose. Ils passent nous chercher dans 1 heures. M'informa Alice.

- Ensuite j'ai rencontré les Black et j'ai marché avec Leah et Jacob.

- Et bien, tu nous a fais un vrai parcours de santé Bella, s'exclama Carlisle, la maison de Billy est à plus de 2 kilomètres au sud de la villa.

- J'ai pris mon temps.

- Se sont des gens adorables. Commenta Esmé.

- Oui. Billy connaissait mes parents.

- A Forks tout le monde se connaît de toute façon. Lança Alice. On dirait ces villages où tout le monde est consanguin.

Tout le monde grimaçait.

- Bon Appétit ! S'exclama le petit lutin en face de moi, toute contente d'avoir écœuré tout le monde avec ses bêtises.

Emmett et Rosalie étaient venus nous chercher à l'heure et je pouvais enfin admirer la magnifique Mercedes rouge décapotable de mademoiselle Hale. Intérieur cuir beige, carrosserie lustrée. Le luxe. Pas banal comme voiture pour sortir au bowling. Nous rejoignions Jasper sur place au Centro Bowling Valdelsa Di Tognetti Carla E C. (impossible de se souvenir de ce nom plus tard), dans la ville de Castelfiorentino, proche de Volterra. Nous jouions quelques parties, bien sûr fille contre garçon. L'infériorité des hommes en nombre ne leur faisait pas peur, d'ailleurs vu ma pitoyable performance au bowling, tout reposait sur les épaules d'Alice et Rose. Elles en avaient bien conscience cela dit. Elles enchaînaient spare et strike pendant que moi j'essayais seulement de ne pas faire tomber ma boule dans la rigole. Ils étaient tous doués à ce jeu en faite. « Tout est dans le mouvement » me conseillait Alice. Je regardais Rose lancer la boule avec grâce et « striker » encore et encore. « Le mouvement » me répétait Alice. J'avais bien compris la théorie, mais la pratique laissait à désirer. Les rires incessants d'Emmett à chacun de mes tires, n'aidaient certainement pas non plus.

En fin de jeu, le deal était que celui qui avait marqué le moins de point payait une tourné au groupe et évidemment cette personne ne fut pas dure à désigner. Heureusement qu'Esmé m'avait discrètement donné un peu d'argent après le repas. J'avais refusé au début bien sûr, mais elle avait insisté en prétextant que ça récompenserait les efforts que j'avais fournis dans la matinée. Le petit groupe s'installait donc en face des pistes et me laissais ramer pour passer commande en italien. Aucun d'eux ne me seraient venu en aide bien sûr, la blague était trop bonne. Je revenais, presque épuisée de m'être égosillée en face du barman, et m'affalais sur la banquette près de Rosalie.

- Bon … j'ai commandé, maintenant je ne promets pas que ce qui vous serra servit sera vraiment ce que vous aurez commandé !

Emmett passait le bras au dessus de sa compagne et me pinça la joue, telle une vieille grand-mère.

- Bella, Bella, Bella … Trop longue ! Tu devrais savoir ça à ton âge.

- Quoi donc ? Je repoussais sa main et frottais ma joue rosie par son pincement.

- Où que tu ailles dans le monde, il y a certains mots qui te seront toujours indispensables ! Tu te dois de les apprendre dans les langues principales.

- Des mots genre « bière » c'est ça ?

- Un des plus important même.

- Comme si tu savais le dire en plus de 3 langues ! Lançais-je en croisant mes bras sur ma poitrine.

- Balance !

- Espagnol ?

- Cerveza. Répondit-il, sans aucune hésitation et, en plus, avec le bon accent.

- Allemand ? Continuai-je sous les rires du reste du groupe.

- Bier, facile.

- Anglais ?

- Beer. D'autre question petite ? Dit-il avec un sourire satisfait.

- Non ça ira.

Je me renfrognais sur le siège quand le serveur, qui me fit un sourire enjôleur, nous apporta nos boissons.

« J'aime les américaines » me dit-il avec un fort accent italien, avant de partir sans me laisser le temps de répondre.

- OOuuhh Bella a une touche avec le serveur. Sifflait Alice.

Alors que j'étais déjà toute rouge.

- C'est juste l'effet « touriste » Alice. Soufflai-je

- Pourquoi tu dis ça ? Je suis pas d'accord … tu as tout pour plaire à ce garçon, tu es mignonnes et intelligente …

- Et il a vu tout ça quand je lui ais demandé 5 bières ?

Je riais.

- ça et peut-être aussi la perspective de te donner des cours particulier de lancer de boule. Ajouta Rosalie.

- C'est vrai que ça ne te fera pas de mal. Fit remarquer Jasper

- Ouais mais si tu veux mon avis, lui lance pas trop les boules si tu veux avoir une chance. Riait Emmett.

Jasper et Emmett échangèrent un regard douloureux.

- Que c'est distingué mon chéri. Dit Rosalie en soupirant.

- C'est pour ça que tu m'aimes. Roucoula-t-il dans le cou de sa compagne.

- Ouais ça dois être ça … lança t'elle sarcastique, accueillie par nos rires.

- Sérieusement Bella, il ne t'intéresse pas le petit serveur ? Continuait Alice. C'est quoi le type de mec qui te fait vibrer ?

Encore une fois l'image des Ray-ban s'imposait à moi.

- J'ai pas de type précis, qu'est-ce que vous avez tous à vous intéresser à ma vie amoureuse tout d'un coup ?!

- Rien ! C'est juste que …

- Ça fait un peu cinquième roue du carrosse là, finit Rosalie disant tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, ramène quelqu'un on ne serait plus désavantagé au bowling comme ça !

- Ouais, très bonne raison Rose, j'y penserais ! Vous aussi, vous tous avec votre « anti-célibatérisme » ! Je suis très bien seule !

Tout le monde me sourit, voyant que leur conversation n'irait nul part. J'étais fière de me sentir forte en tant que célibataire. Forte et indépendante. Je croisais les bras, méditant sur ses réflexions personnelles, quand Emmett ébouriffa mes cheveux.

- Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi têtu. Même Alice l'est moins que toi.

- Je prends ça comme un compliment ! Souris-je fièrement, montrant toutes mes dents comme l'aurait fait une enfant.

- Pas moi ! Lançais Alice, vexée d'avoir été détrônée.

Elle tira la langue à son frère qui riait, se consolant dans les bras de Jasper qui lui, se retenait de rire. Ensuite tout le monde leva son verre à ma santé.

- Ravie de t'accueillir dans notre petit club cinquième roue ! S'exclamait Emmett, recevant immédiatement un coup de coude de Rosalie.

- Arrête de plagier mes phrases ! Que ton été à Volterra et auprès de nous soit le plus agréable possible Bella.

- A Bella, commençais Jasper en levant son verre, la fille d'un mètre 65 qui réussis à tenir tête à Emmett Cullen !

Emmett grimaça.

- Rien que ça c'est admirable, riait Alice, à Bella !

Dans cet élan de joie je levais moi aussi mon verre.

- A moi !

Nous entrechoquions nos verres et buvions quelques gorgées avant de partir dans de nouveau éclats de rires. Il y avait longtemps que je n'avais pas rie comme ça. Nous étions unis, détendus et heureux. Je ne connaissais ces personnes que depuis quelques jours et pourtant je sentais déjà qu'ils occuperaient maintenant une place importante dans ma vie. Ils m'avaient adopté. Pour la première fois de ma vie, j'appartenais à un groupe. Sans me forcer. C'était naturel. Je voulais faire partie de ce groupe.

***

2 ans plus tôt – New York –

Je bouclais mes bagages. New York allait me manquer. Je partais 2 mois rendre visite à ma cousine par alliance, Angéla. Elle et ses parents vivaient à Los Angeles. Ça n'allait pas être évident pour plusieurs raisons : La première c'était que le père d'Angéla était pasteur. C'était une famille très catholique. Moi je n'avais pas la moindre éducation religieuse. J'avais toujours peur de les offenser quand j'ouvrais la bouche. Je savais qu'Angéla serait là pour rattraper mes boulettes, si toutefois j'en faisais. J'adorais cette fille. Nous aurions pu être les meilleures amies du monde si nous n'habitions pas à 8 heures d'avions et 3 heures de décalage horaire l'une de l'autre. Le frère de Charlie, mon oncle, était resté marié 10 ans avec Mey, une femme qu'il avait rencontré lors de ses nombreux voyages. Mey était chinoise, je l'avais toujours connue et toujours considérée comme ma tante, alors quand mon oncle et elle avaient divorcés, nous sommes restées en contact avec elle. Mey s'était remariée avec le père d'Angéla il y a deux ans. Je l'avais vite adoptée elle aussi.

La deuxième chose était que je ne m'étais jamais éloignée aussi longtemps de Renée. Nous étions très proche et j'avais parfois l'impression que ma mère ne pourrait pas survire sans moi. Elle avait toujours été tête en l'air et perdait toujours tout. J'avais toujours été là pour lui rappeler les choses importantes. Mon père nous disait souvent qu'elle et moi avions inversés les rôles. Nous aimions ça, nous avions notre propre mode de fonctionnement à nous et dans un sens nous étions assez fusionnelle elle et moi. Nous nous complétions. Quand je sortais de la maison, Renée m'accueillie les larmes aux yeux. Je savais que les grandes eaux n'étaient pas loin même si elle tentait de dissimuler ses yeux rouges derrières son chapeau de paille. René avait toujours été très émotive, nous avions donc convenue qu'elle ne viendrait pas à l'aéroport. Charlie allait m'y accompagner. Il attendait déjà près de la voiture afin de laisser la mère et la fille se dire au revoir en toute intimité. Nous n'avions jamais exclu Charlie de notre cercle mais il savait aussi reconnaître les moments qui n'appartenaient qu'à nous.

- Tu m'appelles dès que tu es arrivée à L.A.X airport ok ? Me répétait ma mère en réajustant machinalement mes vêtements.

- Oui maman, je sais et pour la 50ème fois je te répète que je le ferais.

- Et …

- Et tous les jours, la coupais-je, toi promet moi de ne pas prendre ton bain près du sèche cheveux branché, de ne pas mettre la tête dans le four et de laisser papa s'occuper des allumettes.

- C'est ça jeune fille, moquez vous de votre pauvre mère. Comment je vais faire sans toi ?

- Honnêtement je me pose la question, riais-je, mais ne t'inquiète pas j'ai briffé Charlie il va bien s'occuper de toi. Ça vous fera le plus grand bien de vous retrouver tous les deux. Vous aurez l'impression de retourner au lycée !

- La maison va paraître bien vide sans toi et tu peux parler de ton père, mais je sais que si je le nourris pas il se laissera mourir.

- Je sais que côté cuisine tu pourras t'en sortir.

Elle soupira.

- Pourquoi as-tu grandi si vite mon bébé ?

- Humm … peut-être parce que c'est la nature. Plaisantai-je.

- J'ai l'impression que ça ne te fais rien de laisser ta pauvre mère derrière pour deux long mois !

- Maman, je la serrais contre moi, tu vas énormément me manquer. Mais dit toi que c'est temporaire. Se n'est pas comme si je quittais la maison.

- Ne parle pas de malheur ! Disait-elle en me frappant l'épaule, cachant ses larmes.

- Les filles ? Commença Charlie en s'approchant de nous. Je vous adore mais on a un avion à attraper !

J'embrassais une derrière fois ma mère essayant de lui sortir mon plus beau sourire pour ne pas l'attrister d'avantage. Elle nous couva du regard, moi et Charlie, jusqu'à ce que la Chevrolet rouge ait tournée au coin de la rue. Après ça je pu me laisser aller à pleurer silencieusement sur l'épaule de mon père qui me caressa les cheveux jusqu'à l'aéroport.

De nos jours – Volterra –

Je me réveillais en plein milieu de la nuit avec la gorge sèche. Il me fallait de l'eau. Je portais ma main sur le verre près de moi et le portais ensuite à mes lèvres réalisant péniblement qu'il était vide et que je n'échapperais pas à la corvée de me lever en pleine nuit. Impossible que je dorme comme ça. Je repoussais donc le drap aux pieds du lit et forçais mon corps à bouger dans un soupire de lassitude. Je ne prenais même pas la peine d'allumer la lumière et, bien sûr, me cognais à plusieurs reprises en bougonnant. Mes cheveux étaient tout ébouriffés et le t-shirt XXL que je portais était coincé dans ma culotte. J'essayais de m'arranger un minimum avant de m'engouffrer dans le couloir pour descendre à la cuisine.

Je descendais déjà les marches quand un bruit arrêta ma course. Je restais figée au milieu de l'escalier et mon cœur s'accéléra. Il faisait noir en bas, si quelqu'un de la maison était dans la cuisine il aurait allumé la lumière non ? Des bruits de verre et des grognements masculins me parvinrent. Je regardais vers le haut, hésitant à aller chercher du renfort. Impossible, j'étais seule cette nuit dans cette aile de la maison. Alice était chez Jasper et Emmett avec Rosalie. Impossible d'aller rejoindre Carlisle et Esmé. Une boulle d'angoisse me sera la gorge quand un objet se brisait sur le carrelage dans un fracas de verre supplémentaire. Je regardais autour de moi, cherchant désespéramment un moyen de me défendre. La seule chose que je trouvais c'était un parapluie plein de poussière – Preuve des rares précipitations en Toscane – j'étais fichue. Je me voyais déjà ligotée à une chaise, un bâillon sur la bouche, pendant que cet intrus vidait la maison sous mes yeux impuissants. J'inspirais profondément pour m'insuffler un peu de courage et descendais les dernières marches. Jetant un rapide coup d'œil vers la cuisine (avant de me plaquer de nouveau contre le mur, tremblante de la tête aux pieds), j'aperçus quelqu'un penché la tête dans le frigo. Les yeux fermés, les mâchoires serrées, je renforçais ma prise autour de mon arme de fortune. Je comptais mentalement : « 1 … 2 … 3 … » et m'élançais en hurlant, parapluie en l'air en espérant que l'intrus s'enfuirait avant notre collision. Soudainement j'étais arrêtée dans mon élan, mon « arme » bloquée en l'air par une main puissante.

- Bella ? ! T'es malade ! Chuchotait le corps me barrant la route.

Je levais finalement les yeux vers « mon ennemi » et découvrais Edward, éclairé par la seule lumière du frigo, encore ouvert.

- C'est toi qui es malade ! Tu m'as fichue une trouille bleue ! ça ne va pas de venir chez les gens à 4 heures du matin. Beuglais-je.

- Chut ! Tu vas réveiller tout le monde !

- Y'a personne. Répondis-je un peu plus acide.

Il eu un rapide regard vers le haut de l'escalier avant de lâcher mon parapluie, que je rabaissais pitoyablement, puis il reculait. Je me détendais un peu et allais m'appuyer sur l'îlot central.

- J'avais faim, lança-t-il un peu sur la défensive, et je suis plus chez moi que toi je te signale.

Je baissais les yeux, rouge de honte. Nous restions silencieux un moment.

- Pardon.

- Tu t'es sentie l'âme d'une guerrière pour m'attaquer comme ça ? !

- Ça va.

Je lui lançais un regard noir qui le fit sourire et déjà, nous nous détendions.

- La prochaine fois, prend une batte de base-ball au moins.

- J 'en ai toujours une avec moi ça tombe bien ! Répondis-je, sarcastique.

- Tu ne dors pas ?

- Toi non plus je te signale.

Il rit légèrement et alluma une petite lampe. La lumière me brûla les yeux une seconde. Edward sortit du réfrigérateur de quoi se faire un sandwich et je remarquais alors ça tenue : Un jean, des chaussures de ville et une belle chemise.

- Tu viens de rentrer ?

Il hocha la tête en préparant soigneusement son énorme sandwich à la dinde avec des rondelles de tomates, de la salade et quelques poivrons. Ça avait l'air délicieux. Je fixais la nourriture avec envie, toujours appuyée contre le comptoir. Le remarquant, il m'en proposa la moitié. J'hésitais mais m'en apparais juste après.

- Merci.

- Pas de quoi … Xena.

- Tais toi un peu !

Il me ria au nez.

- Joli t-shirt. Ajouta-t-il dans un demi sourire.

Je piquais un fard en réalisant dans quelle tenue je me trouvais et ajustais machinalement mon t-shirt, tirant dessus comme s'il allait s'étendre jusqu'à mes genoux.

- Kurt Cobain ?

En effet, c'était un t-shirt à l'effigie du chanteur grunge, faisant un magistral doit d'honneur. Seule vestige de ma crise d'adolescence.

- C'est une légende. Soufflai-je

- J'aime assez, sourit-il, mais je ne t'imaginais pas en fan de Nirvana.

- Pourquoi pas ?

- Je ne sais pas, tu parais trop douce pour ça.

- Les apparences sont parfois trompeuses, me défendis-je, tu te fais vite une opinion sur les gens.

Il prit une bouchée de son sandwich en méditant mes dernières paroles. J'allais me servir un verre de lait.

- D'autres goûts musicaux ?

Je haussais les épaules.

- Je suppose que « tout sauf le RNB » résume bien la chose.

- C'est déjà ça.

- Toi ? Demandais-je en regagnant ma place initiale.

- A peu près pareil. J'ai un faible pour le classique aussi.

Je fronçais les sourcils.

- On dirait que je ne suis pas le seul à mettre des étiquettes sur les gens.

Je baissais les yeux sur ma moitié de sandwich, réalisant que j'avais moi aussi des préjugés. Edward vint se placer à côté de moi et nous mangions en silence. Il sentait l'alcool sans pour autant que son comportement en soit affecté.

- Rude soirée ? Demandai-je amusée.

- Bien arrosée oui.

- Il y a des boîtes dans le coin ?

- Je ne suis pas très boîte de nuit, je préfère l'ambiance des Pub.

- Moi aussi.

- Et bien, Bella … je ne connais même pas ton nom de famille. J'imagine que ce n'est pas « De New-York ».

Nouveau regard noir de ma part et nouveau sourire en coins de la sienne.

- Swan.

- Et bien Bella Swan, reprit-il, on a peut-être quelques points communs. Si ça se trouve tu n'es pas aussi agaçante qu'il n'y paraît.

- C'est moi qui suis agaçante ? ! M'offusquai-je.

Son rire de ténor sonna à nouveau à mes oreilles. Quand il faisait ça, bizarrement, toute ma colère s'évanouissait.

- Couleur préférée ?

- Pourquoi tu veux savoir ? Demandai-je méfiante.

- Pourquoi pas ? Tu es toujours sur la défensive comme ça ?

- Violet. Lâchai-je en serrant les dents. Toi ?

- Si tu crois que je vais te répondre.

Je soupirai.

- Je vais me coucher bonne nuit.

Déjà je remontais les escaliers.

- Bella ! Attend, c'était une blague ! Riait-il. Tu n'as vraiment pas le sens de l'humour !

Je me retournais.

- Non j'avoue que passer 3 heures du matin c'est dur.

- Le rouge. Maintenant tu veux bien revenir finir ton verre de lait ?

Je revenais.

- Merci. Je n'aime pas manger seul.

- Pourquoi tu fouilles le frigo de tes parents au fait ?

- Parce que la nourriture y est toujours meilleur bizarrement.

Sa remarque me fit sourire.

- Film préféré ? Enchaîna-t-il la bouche pleine.

- Je suis plus livre mais si je devais en choisir un ça serait … Into the Wild.

- Sean Penn ? Bon choix. Il y a une petite actrice craquante dans ce film.

Il me détailla une fraction de seconde.

- Tu lui ressemble un peu je trouve.

- Je t'avoue que je le regarde plus pour la beauté des paysages.

- Moi aussi, souffla-t-il avec toujours ce même sourire.

Je secouais la tête en souriant : « Les mecs ».

- Ton livre préféré ? Demanda-t-il

- Hey ! C'est à moi de poser des questions il me semble !

- Pardon. Je t'écoute.

Je réfléchie quelques secondes.

- Ville ou grands espaces ?

- Peu importe du moment que je suis libre d'aller et venir où bon me semble.

Je méditais sa réponse.

- Alors, ton livre préféré ?

J'allais répondre quand une voix féminine m'interrompit.

- Eddie ? Qu'est-ce que tu fiches ?

Il se tourna vers la blonde pulpeuse qui venait d'arriver dans l'encadrement de la baie vitrée. Visiblement, elle avait elle aussi abusée de la boisson et devait se retenir à la chambranle de la porte tellement elle titubait. C'était le genre de fille sans intégrité, sosie de Barbie, avec tout ce qu'il faut où il faut, que les mecs aiment ramasser dans les bars. Je jetais un regard furtif à Edward et reportait mon regard sur mon verre : « pas de préjugés Bella, pas de préjugés ».

- J'arrive mon cœur, pardon, je discutais avec mon amie Bella.

J'adressais à Barbie un rapide coup d'œil alors qu'elle semblait me détailler avec dédain.

- Et c'est pour ça que tu me fais attendre ? ! Lança-t-elle. Ne le prend pas personnellement. Me dit-elle dans un sourire forcé.

- Y'a pas de mal. Répondis-je avec le même sourire.

« Pétasse ».

- J'arrive dans une minute Stacy, attend moi chez moi. Lui lança Edward.

« Oh Stacy, finalement c'est la sœur de Barbie. Quelle méprise », pensai-je en noyant mon sourire dans mon verre vide.

- Ok … mais ne me fais pas trop attendre. Répondit-elle aguicheuse avant de s'éloigner.

- Humm charmante. Lâchais-je sans pouvoir retenir mes sarcasmes plus longtemps.

- Au moins elle n'a pas essayé de m'assommer avec un vieux parapluie elle.

Il m'adressa un clin d'œil quand moi j'affichais une grimace qui encore une fois déclencha son hilarité.

- Ta copine ?

Un rire le secoua, comme si je venais de dire quelque chose de stupide.

- Je viens de la rencontrer.

Il du remarquer mon expression car il se sentit obligé de se justifier.

- Elle est gentille.

- Tu fais ce que tu veux avec tes fesses… ou des siennes en l'occurrence. Répondis-je en haussant les épaules.

Nous nous fixons un instant et échangions un sourire.

- Tu parles souvent à des inconnus en plein milieu de la nuit ?

- Seulement ceux avec un sandwich à la dinde. Lançai-je.

- Oh … tu me rassures ! Tu m'aurais dit sandwich au fromage je t'aurais conseillé d'arrêter mais la dinde est indiscutable.

- La dinde il y a que ça de vrai ! D'ailleurs tu devrais aller retrouver celle qui t'attend chez toi.

Il prit un air faussement blessé.

- Que de méchanceté envers cette pauvre Massy !

- Stacy. Rectifiais-je.

- C'est ce que j'ai dit !

Je laissais tomber. J'avais eu mon compte de sarcasmes pour la soirée.

Il nettoya rapidement la cuisine avant de partir, m'adressant un petit signe de main. Je ne pris pas la peine de lui rendre cette faveur, de toute façon, il était déjà partit. Je posais à mon tour mon verre dans l'évier quand mes yeux rencontrèrent la pendule : 4h45. Je soupirai et m'élançais dans l'escalier. Le réveil allait être difficile.

« 24 juin : Edward Cullen est vraiment un drôle de personnage ».

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