CHAPITRE V :
INDEPENDANCE DAY
***
Je fixais le plafond depuis dix bonnes minutes maintenant, les bras croisés sur ma poitrine. C'est fascinant de voir à quel point certains détails peuvent vous obséder dans les moments de doutes. Par exemple, ce petit bout de peinture effritée au-dessus de ma tête, je l'étudiais sous toutes les coutures. La façon dont la surface lisse du plafond s'était craquelée à cet endroit précis, arrêtant sa course un peu plus loin. Personne ne se posait jamais la question de savoir pourquoi les fissures s'arrêtaient un jour. Je tournais la tête pour voir Edward contempler la même chose que moi, à ça près que lui avait l'air plus satisfait que moi. Un bras derrière son oreiller, l'autre reposant sur son torse à moitié caché par le drap qui nous recouvrait. Lui n'avait sûrement pas remarqué ces fissures. Pour lui le plafond était lice. Un sourire reposé sur le visage, les cheveux en bataille, ses traits portaient encore les stigmates du moment intime que nous venions d'échanger. « Affaire réglée » avais-je écris. Je le pensais. J'y croyais. Pourtant, quand nous nous étions retrouvés seul ce soir dans la cuisine familiale, l'air dans mes poumons s'était raréfié, mon cœur s'était emballé et il lui avait suffit d'effleurer ma main pour que toutes mes résolutions s'évaporent. Pathétique n'est-ce pas? Où était-ce seulement la manifestation physique de deux corps créer pour se compléter? Nous avions ensuite regagné le poolhouse et ce qui était à prévoir, c'était produit. Voilà pourquoi je me retrouvais encore une fois allongée à ses côtés, complètement nue et malgré moi, satisfaite. Du moins, mon corps l'était.
Je me redressais et arrangeais machinalement mes cheveux. Quand je repoussais le drap, posant le pied par terre, je sentis son regard se poser sur moi. Je ramassais mes vêtements éparpillés sur le sol et les enfilais en silence.
- Tu peux rester. La nuit commence à peine.
- Je sais, mais je préfère rentrer. Les autres pourraient se poser des questions.
Il continuait à me regarder me rhabiller, lui n'ayant pas bougé d'un pouce.
- Tu sais très bien que personne ne te cherchera à cette heure là Bella.
- Je rentre quand même. Répondis-je, plus sèchement.
Quand j'enfilais ma deuxième chaussure, assise au bord du lit, ses bras m'enlacèrent et il déposa un baiser sur mon épaule. Un instant je me laissais aller contre son torse. Un instant je fermais les yeux et savourais cette sensation exquise contre ma peau.
- Pas de deuxième round ce soir alors? Souffla-t-il à mon oreille.
Je me relevais rapidement et m'éloignais du lit. Quand je lui faisais face, il me regardait un air méfiant sur le visage, nullement atteins par le fait qu'il était encore nu.
- Quoi? Qu'est-ce que j'ai dit?
- Rien. Répondis-je en détournant les yeux. Je … pas ce soir. Je suis fatiguée.
- Non tu es contrariée. Qu'est-ce qui se passe ? Tout allait bien il y a encore un quart d'heure il me semble … Ou alors tu es une très bonne actrice crois-moi, ajouta-t-il avec un sourire en coin.
Je soupirais et me lui tournais le dos dans l'espoir d'atteindre la porte le plus vite possible. Mais, encore une fois, il me reteint par le bras me tirant lentement jusqu'à lui. Je fus obligée de reculer jusqu'au lit mais je gardais le regard fixé sur cette porte qui était décidément toujours trop loin à mon goût. Il m'enlaça à nouveau et reprit :
- L'humour ne fait pas partie de tes qualités ce soir à ce que je vois … Qu'est-ce qu'il y a? J'ai fais quelque chose qui t'a déplus?
- Non, ce n'est pas ça.
- Alors quoi? Demanda-t-il calmement, ses lèvres retrouvant mon épaule.
- Rien.
Je tentais de me dégager, en vint.
- Bella.
Son intonation s'était faite plus sévère cette fois et il m'obligea à lui faire face, me maintenant toujours dans cette même étreinte. Son regard parla de lui-même et il attendit que je m'explique.
- On ne devrait pas.
Son visage s'assombrit.
- C'est mal, continuais-je, se voir comme ça … ça ne me ressemble pas.
- Et sur quel modèle tu te bases pour dire que ça ne te ressemble pas? Tu étais consciente durant tout ce temps.
- Sur ce que je suis.
- Ou sur ce que tu voudrais être peut-être.
- Qu'est-ce que je suis censée comprendre?
- Tu t'imposes des restrictions purement morale. Ce n'est pas parce qu'on se voit de temps en temps que ta dignité en est atteinte.
- Qu'est-ce que tu en sais?
- Je le sais parce que je connais ce genre de fille. Celles qui couchent parce qu'elles n'ont aucune fierté, ni estime d'elles même. Crois moi, j'en ramène souvent ici.
Je n'avais vraiment pas envie d'entendre ça et essayais que couper court à cette conversation.
- Ce que je veux dire, il resserra son emprise autour de ma taille, c'est que tu n'es pas l'une d'elle Bella. N'essaies pas de t'en persuader simplement parce que tout ça est nouveau pour toi.
- Ah oui? Et selon toi en continuant à agir ainsi, qu'est-ce qui va me différencier de ces pauvres filles sans fierté?
- Le simple fait que tu te poses la question en est la preuve.
Je restais sans voix alors que son regard noir semblait sonder mon esprit.
- Bella … Je ne sais pas trop ce qui nous pousse à nous retrouver moi non plus mais, excuse-moi de te contredire, je ne pense pas que se soit mal.
- C'est malsain si tu préfères.
- Pourquoi? Nous sommes deux adultes consentants qui partagent des moments agréables, aussi bien physiquement que mentalement. Je veux dire … Cette journée ensemble, on s'est plutôt bien amusé non? Et je n'avais rien prémédité, ça s'est fait le plus naturellement possible. Pourquoi tout gâcher maintenant?
- Parce que je suis la nouvelle Stacy. Soufflais-je, presque pour moi-même.
- Je te fais la promesse de ne jamais te traiter comme elle. D'ailleurs nous n'aurions pas cette discutions si ça n'était pas le cas, je t'aurais déjà laissé partir.
- Pourquoi tu t'en soucis tellement Edward?
- Crois le ou pas, j'ai beaucoup d'estime pour toi. Tu es une fille intelligente, déterminée, il passa sa main sur ma joue en souriant, et incroyablement ravissante.
Le rouge me monta aux joues.
- Mais je ne cherche pas à te blesser donc, si tu te sens vraiment mal à l'aise avec moi … Je te laisserais tranquille. Nous sommes libres de nos mouvements, rien ne nous lie l'un autre, aucun engagement d'aucune sorte … Ne te sent pas piégée si tu n'en retires plus aucun plaisir. Je comprendrais.
Je riais nerveusement.
- Je crois qu'il n'y a aucun doute à avoir sur le plaisir que j'en retire, je te rassure.
- C'est ce que j'ai cru remarquer, sourit-il sur mes lèvres, c'est pareil pour moi.
- Je ne veux simplement pas ressembler à ces nombreuses conquêtes que tu ramènes.
- C'est pas le cas, m'assura-t-il les yeux clos ses mains entourant mon visage, je me sent bien avec toi Bella et je n'ai pas besoin de jouer la comédie. Ce n'est pas ton cas?
- Si. Soufflais-je, fermant les yeux pour me laisser bercé par son souffle chaud sur mes lèvres.
-Aies confiance en moi, chuchota-t-il, je serais toujours honnête envers toi. Je ne te veux aucun mal, tu es juste trop …
N'entendant pas la fin de sa phrase, j'ouvrais les yeux et constatais qu'il me détaillait, d'un air attendrit.
- Trop quoi?
- Il y a quelque chose chez toi … d'irrésistible, c'est très troublant. Je n'ai jamais eu à faire un tel discours à une femme pour la convaincre de rester près de moi avant. Tu te rends compte de ce que tu me fais faire?
- Toi, tu te rends compte de ce que TU me fais faire ?!
Après une seconde de silence, nous partions en éclat de rire et Edward me tira à lui, nous faisant basculer sur le lit.
- Vous êtes vraiment quelqu'un de spéciale Mademoiselle Swan … péniblement spéciale.
- C'est ça, je te retourne le compliment, je posais les yeux sur lui et rejetais le drap sur son corps dénudé, au moins ais la décence de te couvrir les fesses.
- Pourquoi ça te rend nerveuse? Sourit-il dans mes cheveux.
- Rêves pas trop. L'exposition des attribues masculin n'est jamais très flatteuse en général.
Il grimaça et je pouffais de rire en découvrant son expression. Il me mordit l'épaule en signe de rébellion, mais je rirais toujours. Finalement, Edward glissa sur moi, capturant mes mains pour les ramener au-dessus de ma tête. Très vite, de par cette proximité, je me calmais et retrouvais mon sérieux.
- Dans cette position, le faite que je sois nu ne te dérange pas, je me trompe?
- Ne recommence pas avec l'arrogance s'il te plait. L'avertis-je,
- Pardon … Prête pour demain soir?
- Ça dépend. Que se passe-t-il demain soir?
- C'est la fête nationale. Le 4 juillet …
- Oh, je fronçais les sourcils ne comprenant définitivement pas l'importance de la date, ok … et?
- Et ça se dit new-yorkaise. Un peu de patriotisme Bella.
- Vous le fêtez?
- Il faut bien.
Il laissa glisser sur le côté (prenant soin de se couvrir cette fois) et je me relevais sur un coude pour l'écouter.
- Le climat est agréable en Europe, mais ils n'ont quasiment aucune fête bien de chez nous.
- Ça tombe bien, ce n'est pas chez nous. Répondis-je amusée.
- Et alors? Il se redressa également sur son coude, nos deux visages se touchaient presque. Halloween me manque, Thanksgiving aussi … Demain on est le 4 et nous allons ramener un peu des USA en Toscane. Sourit-il.
- Tu as l'air de prendre tout ça très à cœur.
- Personne ne devrait avoir à se priver d'un bon feu d'artifice, selon moi.
- J'adore les feux d'artifice … Avouais-je. Ça fait longtemps que je n'en ai pas vu.
- Ça sera chose faite demain soir. Tous les ans, Esmé et Carlisle organisent une grande fête pour le 4 juillet. A chaque fois c'est comme si tout Volterra se retrouvait sur le domaine. On fait la fête toute la nuit.
- Toi, à une fête ?! Plaisantai-je.
- Tant que je peux me fondre dans la foule, oui.
- Tu vas continuer combien de temps à éviter tout rapport humain trop rapproché Edward?
Il me tira à lui et s'installa de nouveau sur moi en souriant.
- Plus très longtemps, avec toi en tout cas.
- Comment ça? Demandais-je, amusée.
- Je m'apprête à partager avec toi un rapport humain très rapproché figure toi. Et je te promets un feu d'artifice splendide à la fin.
- Ne te flatte pas trop Cullen.
Il riait et, d'une main derrière sa nuque, je ramenais son visage à moi pour capturer ses lèvres. Son rire s'étouffa dans ma bouche et il ne mis pas longtemps à me rendre la même étreinte.
***
C'était l'effervescence à la villa. Les équipes de traiteurs et de décorateurs se relayaient dans tout le domaine pour offrir aux évités la soirée la plus magique de l'année. La soirée se déroulerait à l'extérieur. Tous les arbres avaient été habillés de guirlandes lumineuses, des tantes blanches avaient été montées et allaient abriter les différents buffets. Les tables rondes semblaient poussées comme des champignons autour de moi. Tout le monde courait dans tous les sens, chacun ayant une mission précise à accomplir. J'étais complètement perdue dans la masse. La tranquillité et l'espace du domaine avaient momentanément laissé place à une pagaille organisée. Cette fête ressemblait plus à un gala de charité luxueux qu'à une soirée entre voisin mais j'imagine qu'avec les moyens financiers des Cullen, ce genre de luxe était à prévoir. Toute la famille avait été mise à contribution. Alice donnait des instructions bien précises aux décorateurs afin que les lumières et la disposition des tables se complètent en harmonie. Esmé était plus loin sur la scène qui accueillerait l'orchestre de ce soir, faisant les réglages sonores à coup de : « 1,2… 1,2 … essai micro ». Emmett déchargeaient les camions réfrigérés avec les traiteurs, Rosalie rapatriait les bouteilles de vin. J'étais la seule à ne rien avoir à faire et ça me mettait mal à l'aise. Les Cullen n'en avait même pas parlé au dîner hier soir et à les voir aujourd'hui, tout ce chamboulement n'était qu'une simple formalité pour eux. Comme s'ils avaient fait ça toute leur vie. Même Edward donnait un coup de main. Il était à plusieurs mètres de moi, entrain d'installer les enceintes et la platine son, sur la scène derrière sa mère. Il travaillait en plein soleil, torse nu, concentré … parfaitement inconscient de ma présence. Je ne sais pas combien de temps je restais ainsi, complètement obnubilé par la vision délicieuse de son corps à demi nu, luisant au soleil, mais la voix de Jacob me ramena sur terre.
- Tu joues les inspectrices des travaux finis ?
Je sursautais.
- Jake ! Tu travails ? !
- Comme tout le monde ici … mis à part toi à ce que je vois. Ajouta-t-il comme pour me narguer.
- Ce que j'ai voulu dire par-là c'est, comme se fait-il que tu travails en dehors de tes fonctions habituelles ?
- J'avais compris … J'aide tous les ans, la fête du « 4th of July » est une tradition chez les Cullen, d'ailleurs tout Volterra l'attend. Se doit être le deuxième événement le plus populaire, après la Saint Marcus.
- C'est si grandiose que ça ?
- L'agitation que tu peux voir ici le démontre bien.
Je faisais de nouveau un tour d'horizon en évitant soigneusement la scène, au risque de perdre la tête encore une fois. Jacob me montra une pille de chaise rangée sur le côté de cette même scène.
- Si tu veux te rendre utile, tu peux toujours m'aider à installer les chaises.
- Celles-là, là bas ?
J'hésitais, elles étaient parquées juste derrière Edward.
- Hum … oui comme tu vois … ça pose un problème ? Les 10 mètres qui nous séparent d'elles sont insupportables pour tes petits muscles de pauvres petites fillettes ?
Je lui lançais un regard noir et déjà Jake s'avançait vers la scène, me gratifiant une tape amicale sur l'épaule qui avait presque faillie me faire perdre l'équilibre. Je ne tenais pas spécialement à voir Edward aujourd'hui. J'avais du mal à contenir mes émotions quand j'étais près de lui. En revanche lui réagissait le plus naturellement du monde. Pourquoi fallait-il que je sois la jeune junkie de l'histoire ? J'essayais de me donner une contenance avant de m'engager sur les pas de Jacob.
Jacob repartait déjà dans le sens inverses, les bras chargés de chaises, quand j'arrivais au lieu de stockage. J'essayais de me faire la plus discrète possible. Esmé était toujours au centre de la scène, donnant des instructions à son fils afin d'obtenir un son parfait. Bien, au moins il était trop occuper pour se rendre compte que j'étais là. J'allais pouvoir m'échapper. Je tentais de soulever la première chaise, ces trucs pesaient des tonnes. Jake n'avait peut-être pas tord de se moquer de mes muscles. J'arrivais à peine à décoller les quatre pieds du sol. Mon premier aller retour fût aussi pénible que si je venais d'en faire quinze. Le sourire moqueur de Jake après son troisième passage l'était tout autant. En revenant vers la scène mon regard se posait sur le dos nu d'Edward. Une goûte de sueur coulait lentement le long de sa colonne vertébrale. J'étais définitivement absorbée par ce spectacle. Je n'avais jamais eu l'occasion de le contempler sous cet angle finalement, la vue était tout aussi réjouissante que le reste de sa personne.
- Tu abandonnes?
Jake était de nouveau à mes côtés.
- Quoi? Non tu rigoles, c'est de la rigolade.
- Dans ce cas, je te laisse continuer. Je suis un peu fatigué.
- Non ! Je le retenais par le bras. D'accord j'admets que c'est un peu lourd. Elles sont faites en quoi ces chaises, en plomb?
- Sûrement pour un bébé panda.
- Ah parce que c'est ce que je suis pour toi?! Un pauvre bébé panda sans défense? Pourquoi un panda d'abord?
- Parce que c'est mignon et que j'ai vu une vidéo sur Youtube ya pas longtemps et …
Il stoppa son laïus en remarquant que j'étais au bord de l'éclat de rire.
- Pas très viril hum?
Il fit quelques pas vers moi et se retrouvais à une distance plus que gênante de mon visage.
- En réalité, tu me fais plus penser à un petit chaton.
- C'est ta technique de drague? Plaisantai-je en essayant de détendre l'atmosphère. Comme si les sarcasmes pouvaient me donner une issue de secours.
Il avait ce regard. Celui qui trahissait son attirance envers moi. Avant de me répondre, il passa délicatement son bras sur ma hanche et m'attira doucement à lui.
- Seulement si tu me le permets, dit-il avec un sourire timide sur les lèvres, je suis un gentleman. On m'a apprit à demander la permission d'une femme avant de la courtiser.
- Jacob je …
- Alors on s'amuse les enfants?
Edward avait parlé tout en passant à côté de nous sans s'arrêter. Il avait eu cette expression irritée quand il avait croisé mon regard pendant une petite seconde. J'avais reculé d'un pas, presque automatiquement, et Jake grimaçait en suivant Edward du regard. Cette interruption m'avait au moins permis de m'écarter de Jake et de rompre cet inconfortable moment. J'adorais Jacob, je ne souhaitais pas le blesser mais je ne voulais pas non plus que notre relation devis sur ce terrain.
- Jacob, commença Esmé qui venait de s'avancer vers nous, s'il te plait quand tu auras fini avec les chaises, tu pourras aider les garçons à décharger les camions?
- Oui, bien sûr madame Cullen.
Celle-ci m'adressa un sourire avant de continuer son chemin.
- Bon … Je te verrais tout à l'heure Bella.
- Oui. Soufflais-je en rangeant nerveusement mes mains dans les poches.
Je lui souriais gentiment et déjà, et à mon grand soulagement, celui-ci retrouvait son magnifique sourire. J'allais m'asseoir sur la scène en attendant de trouver une occupation utile dans tout ce débordement d'énergie. Je sortais une barre de céréale de ma poche, celle que je prenais le matin en travaillant dans la bibliothèque. Cette fois ci je ne l'avais pas encore mangé et cela me donnait au moins un semblant d'activité. Je me faisais d'effet d'un imposteur. La seule à ne rien faire. Je soupirais en croquant une première fois dans la barre. En regardant tous ces gens s'agiter, l'image d'une fourmilière géante s'imposa à moi. Je ne travaillais pas, j'étais donc la reine de la fourmilière. La stupidité de mes réflexions me fit sourire et je continuais à déguster mon encas.
- Une petite faim ?
Edward venait de s'installer à côté de moi. Heureusement pour moi, il avait remis un t-shirt.
- Tout le monde ici semble penser que je suis plus efficace en ne faisant rien alors.
- Tu crois vraiment qu'Esmé ferait travailler son invitée d'honneur?
Je comprenais enfin pourquoi personne ne me demandait de participer. Malgré tout, je trouvais ça complètement stupide.
- J'espère ne rien avoir interrompu entre toi et le jardinier tout à l'heure.
- Il a un prénom Edward. Grondais-je, outrée par ce genre de reflétions sectaires.
- Il en pince pour toi.
Je ne répondais pas, détournant les yeux.
- Mais on dirait que tu es déjà au courant de ça n'est-ce pas, il sourit en découvrant ce que je faisais exprès d'ignorer, qu'est-ce que tu comptes faire?
- Je ne vois pas vraiment en quoi ça te regarde. Répondis-je sèchement.
- J'essayais juste de faire la conversation Bella.
Je me rendais soudainement compte que j'étais sur la défensive. Etrange …
Je lui lançais un regard méfiant. Il regarda autour de nous, contrôlant que personne ne nous regardait et chuchota doucement à mon oreille:
- Tu étais adorable tout à l'heure en te débattant avec cette chaise.
Sa main se posa délicatement sur mes reins. Je frissonnais.
- Oh … Tu as vu ça hein. Répondis-je en fixant mon regard sur l'horizon pour ne pas que cet échange paraisse trop suspect.
- Je sais toujours quand tu es près de moi Bella.
Je croisais son regard juste à temps pour qu'il m'éblouisse avec un de ses sourires ravageurs. Il s'éloignait déjà, me laissant complètement hébétée sur cette stupide scène. Il réussissait toujours à avoir le dernier mot, aussi court que sois notre échange.
- Bella ! S'exclamait Alice en s'élançant à ma rencontre. Bella viens ! On a beaucoup de travail.
Elle me prenait la main et m'entraînait rapidement avec elle.
- Parce que maintenant j'ai le droit de participer aux préparatifs?
- Mais non idiote ! Beaucoup de travail avec toi. Il faut qu'on te rende présentable pour la fête.
- Je te remercie de ta franchise Alice. Très gentil. Lançai-je amèrement.
- Arrête les sarcasmes. Tu me remercieras plus tard.
Nous entrions dans la villa et elle m'entraînait à l'étage.
- Pourquoi ça?
- Tout Volterra est impatient de rencontrer l'amie Américaine de la famille Cullen. Tu seras au centre de toutes les attentions ce soir.
Je me figeais sur place, récupérant ma main au passage.
- Je te demande pardon?
- Bah oui qu'est-ce que tu crois.
- Je ne vois pas du tout l'intérêt du sujet. Et non, il est hors de question que je sois le « centre d'intérêt » de quoi que se soit !
- Oh, ne fais pas la chochotte, soupira Alice en capturant de nouveau ma main, Esmé et Carlisle parlent beaucoup de toi. Tu fais partie de la famille maintenant.
Elle me poussa dans la salle de bain.
- Maintenant douche-toi, épile-toi … La tenue que je t'ai choisie est époustouflante!
- Ça c'est jamais bon. Chuchotais-je pour moi-même.
- Pardon?
- Rien ! Je me forçais à sourire. C'est parfait, merci Alice.
Elle me sourit en quittant la pièce. Avant de refermer la porte, elle passa sa tête dans l'embrasure et ajouta :
- Tu vas en mettre plein la vue à Jacob.
- Alice. Grondais-je.
- Juste au cas où tu décides de donner une chance à ce pauvre garçon.
Un dernier clin d'œil et elle me laissais seule et dépitée à l'idée du programme bien trop féminin qu'Alice avait prévu pour moi.
- Et dépêche-toi ! Cria-t-elle derrière la porte.
Son autorité me fit réagir. Comment un si petit bout de femme pouvait avoir autant d'énergie? Je retirais mes vêtements et entrait dans la cabine de douche.
***
Cet après-midi avait été un véritable calvaire. Brushing, essayage, maquillage … Tout les clichés féminins que je trouvais, certes efface au vu de mon allure, mais beaucoup … beaucoup trop long. Deux heures trente de préparation ! J'avais l'impression qu'un nuage de laque suivait chacun de mes déplacements et quand je me regardais dans le miroir, je ne reconnaissais plus mon reflet. Alice m'avait modelée à l'image de sa famille : à la perfection. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'appréciais l'image que je voyais. C'était toujours moi, en plus élégante et plus raffinée. En caressant le tissu de satin, rouge en haut et gris au niveau de la jupe, qui composait ma robe, je me fis l'effet d'une hypocrite. Mon apparence n'avait jamais eu vraiment d'importance pour moi, ce critère étant trop superficiel à mon goût, mais ce soir j'étais heureuse d'être belle. Voilà un an que je ne m'étais pas vraiment occupé de moi, et aujourd'hui, Alice m'avait transformé. Le non-conformisme que je chérissais et qui, selon moi, était une de mes qualités principales, m'avait quitté. Ce soir j'étais belle, ce soir j'oseraies m'appeler « femme ». Mes grandes lignes de conduites reviendraient sûrement d'elles même demain matin quand je découvrirais les traces de mon oreiller incrusté sur ma joue. Finalement ces longues heures de préparations m'avaient conforté dans mon estime. Le simple fait que mon apparence extérieure me plaise, pour une fois dans ma vie, rendait la foule s'amassant dehors moins impressionnante. Je n'avais presque plus peur d'être ridicule au milieu de tous ces gens inconnus qui voulaient me rencontrer. Dans cet élan de superficialité, je me forçais à garder la tête sur les épaules, mais j'étais un plein syndrome de « Cendrillon ». Un espoir m'animait également. Celui de lui plaire. J'espérais malgré moi qu'Edward remarquerait la différence.
Je rejoignais donc les invités à l'extérieur de la villa et me fondais dans la masse, cherchant quelques visages familiers. La musique classique de l'orchestre était venue m'englober dans une bulle de ravissement dès que j'avais descendu l'escalier. A présent qu'il faisait nuit, toutes les guirlandes lumineuses étaient allumées et donnaient à la soirée une ambiance à la fois tamisée et douce. Tous les invités étaient sur leur 31 et je remerciais intérieurement Alice de s'être si gentiment (et longuement) occupée de moi. Au passage, je prenais une coupe de champagne sur un des plateaux qui passait et me délectait de ses petites bulles. J'avais l'impression d'être un plein jeu de rôle, ou peut-être dans la quatrième dimension – tout paraissait irréel – Je n'avais jamais assisté à ce genre de soirée. Comme dans ces films où une jeune femme des quartiers pauvres rencontre un beau jeune homme plein aux as qui lui propose de découvrir son monde.
Soudain, alors que la foule s'écartait autour de moi, je voyais Edward à quelques pas de là, portant un costume très élégant. Il était sublime. Je ne pouvais m'empêcher de lui sourire. A mesure que j'avançais vers lui, je me faisais mon petit fantasme. Je m'imaginais aller à sa rencontre, lui sourire, il me complimenterait sur ma tenue, j'aurais rougi et nous passerions la soirée ensemble à rire et danser. Comme cendrillon et son prince … A cela près que mon « prince », si on pouvait le qualifier de tel, n'avait même pas remarqué ma présence et qu'il n'avait d'attention que pour une grande blonde, juste derrière moi. Elle aussi était sublime, magnifique même, et elle le savait. Elle en jouait. C'était ce genre de fille qui n'avait jamais eu le moindre doute sur l'effet qu'elle produisait chez les hommes. Ses yeux lançaient des éclairs aux autres femmes, comme si elle marquait son territoire. L'arrogance transpirait de sa personne. Le pire c'est qu'elle devait toujours obtenir ce qu'elle voulait. C'est simple, dès que j'avais son chemin croisé celui d'Edward, je voyais en elle son double féminin. Et bien, en voilà au moins deux qui n'allaient pas perdre leur soirée, à en juger par les regards qu'ils se lançaient. Elle avec ses rires trop expansifs et lui avec ses sourires charmeurs.
Mon sourire pathétique s'effaçait aussitôt et j'avalais d'une traite ma coupe de champagne avant de dévier ma trajectoire du ce spectacle écœurant. Direction : Le Buffet !
J'aurais essayé. J'étais définitivement la fille de 19 ans la plus cynique du monde. Même en m'immergeant dans le glamour le plus total, la cruauté de la société m'atterrissait toujours en pleine tête. Voilà pourquoi les comptes de fées m'avaient toujours dégoûté. Un gros mensonge avec un beau packaging pour formater les petites filles. « Cendrillon », non mais je rêve ! Qu'est-ce qui me prenait?! Et voilà, en l'espace de 20 minutes, la vraie Bella – cynique, dépourvue de classe et solitaire était de retour. Bon, d'accord l'extérieur faisait toujours illusion, heureusement. Pour une fois dans ma vie, j'aurais aimé que les « trucs de filles » aient été faits pour moi aussi.
Un peu plus tard dans la soirée je passais de couple en couple, champagne à la main (autant en profiter !), me présentant poliment. Parfois Esmé se joignait à la discutions, en hôte discipliné, et glissait quelques paroles agréables à mon sujet à ces personnes qui paraissaient des plus enchantées. Parfois Carlisle prenait parfois le relais. Tous ces gens étaient très gentils, mais finalement, ce genre de fête disciplinée m'ennuyait légèrement. C'était comme la robe : au départ c'est nouveau et ça vous en met plein la vue, à la fin ce n'est plus qu'un vêtement que vous ne remettrez certainement plus. Enfin je remarquais Alice et Rosalie, légèrement en retrait et allait à leur rencontre.
- Te voilà enfin, s'exclamait Alice, je t'ai cherché partout !
- Je sais mais j'ai été happée par les invités.
- Bella tu es superbe ! Me complimenta Rosalie, que je remerciais.
Nous étudions la foule en silence, quand le visage d'Alice changea subitement. Rosalie et moi suivions son regard et je remarquais que James et Victoria venait de rejoindre Edward, toujours avec sa … blonde.
- Génial ! Voilà Hansel et Gretel ! Lâcha amèrement Alice avant de se retourner vers le buffet.
Rosalie pouffa de rire dans sa coupe de champagne.
- Franchement, ils pourraient presque faire une sortie à 4. Tu crois que ton frère fréquente toujours Tanya?
Rosalie venait de capter toute mon attention et ma gorge se noua.
- J'en sais rien, mais vu comment elle l'a aguiché toute la soirée cette pimbêche, ça sera chose faite dès ce soir. Rétorqua Alice et croquant dans un petit four. Mon frère n'a jamais pu lui résister.
Je serais la mâchoire.
- Ils sont sortit ensemble? Demandais-je de façon détachée.
- Disons qu'ils se sont fréquentés. Mais je ne pense pas que c'était plus sérieux que ça.
- C'est Edward. Rétorquait Rosalie en haussant les épaules, comme une évidence.
- Je déteste cette fille. Sous ses airs d'aristo, c'est la plus vulgaire des femmes qu'il m'ait été donné de rencontrer. Me confiait Alice par-dessus l'épaule. Je ne comprends même pas comment mon frère s'est laissé embarqué là dedans.
- Ne lui cherche mais trop d'excuse, continua Rose, tu as vu le corps de cette fille. C'est peut-être ton frère chéri mais c'est aussi un petit pervers.
Alice lui frappa l'épaule.
- Quoi ? Se défendit la première. Ils le sont tous à cet age là.
- Je te signale que toi, Rosalie Hale, tu es du même acabit que Tanya, physiquement parlant. Mais toi au moins tu as la classe.
- Je sais, je suis exceptionnelle. Souriait cette dernière.
Me détournant de la conversation initiale, je reportais de nouveau mon attention vers Edward pour le voir quitter la soirée avec ses deux amis, laissant la pauvre Tanya seule. Je souriais intérieurement. Elle ne resta pas très longtemps seule cela dit, juste le temps de trouver sa prochaine victime je suppose. Malgré tout, le fait qu'il l'ait laissé en plan ne semblait pas lui avoir plus. Quant à James et Victoria, eux et Edward semblaient partager quelque chose que je n'arrivais pas à définir. Comme s'ils étaient liés par une sorte de contrat? Ces trois là se comprenaient d'un seul regard et ils leurs arrivaient souvent de disparaître ensemble. Comme ce soir là, après le cinéma.
Le fait qu'il soit partit avant même que je n'ai eu le temps de le voir me déprimais. Je savais que nous ne nous devions rien et que nos petites aventures ne duraient que le temps d'un instant, mais je ne pouvais pas m'en détacher aussi facilement que lui. Je n'arrivais pas à faire abstraction de sa présence et je m'en voulais. Je connaissais très bien ses positions sur le sujet, il me l'avait encore répété hier soir : « rien ne nous lie l'un autre, aucun engagement d'aucune sorte » - et si la situation me dérangeait, libre à moi de partir. Mais en étais-je simplement capable ? Voilà une semaine que cette histoire avait débutée entre nous et j'étais déjà accro à sa présence. Accro à ces sensations qu'il était le seul à me faire ressentir.
Quand j'étais avec Edward, même si la situation n'était pas idéale, le trou béant que ma mère avait laissé dans ma poitrine se refermait l'espace d'un moment. Il était mon oxygène, mon échappatoire, alors non je ne pourrais pas partir. Je ne laisserai pas les ténèbres envahir mon esprit à nouveau, j'avais un besoin réel de ces moments de répits. Partager Edward, m'en cacher, être en manque de sa présence … tout ça n'était rien comparé à l'impression que la mort elle-même était constamment derrière vous. Edward était ma lumière. Il chassait mes démons. Il me les faisait oublier. Je devais grandir et accepter le fait que les relations entre hommes et femmes n'étaient jamais aussi idylliques que dans les films. Il le fallait, pour ma propre santé mentale. Et peut importe les conventions et la morale. Je me soignais comme je le pouvais.
La soirée s'était poursuit calmement et sur les coups de minuit un magnifique feu d'artifice explosait au-dessus de nos têtes. C'était le feu le plus grandiose qu'il m'avait été donné de voir. Le genre de spectacle digne de Disney World. J'avais l'impression que le ciel était entièrement pailleté de milles couleurs. J'inspectais les autres : Rosalie, Jasper, Emmett et Alice – même eux étaient émerveillés alors qu'ils y avaient le droit tous les ans. Profitant de la diversion, et sous les applaudissements des invités, je quittais les lieux. Assez de mondanité pour ce soir. J'avais besoin de ma dose de solitude réparatrice.
Regagnant ma chambre, je me changeais et déposait soigneusement la robe sur mon lit. Je la contemplais un instant, c'est vrai qu'elle était belle. Elle représentait maintenant le symbole de cette jolie fille qui avait plu à tout le monde, cette fille que je ne serais jamais, ce rôle que j'avais joué le temps d'une soirée. Je la rangeais ensuite dans sa house et la suspendait à un cintre pour pouvoir la rendre dès demain à Alice. Elle en aurait plus l'utilité que moi.
La musique jouait toujours dehors, pour eux la soirée était loin d'être finie. Plaçant mes écouteurs dans mes oreilles – réglant mon Ipod sur « Creep » de Radiohead – je m'apprêtais à me démaquiller et retrouver mon visage, quand mon téléphone portable vibra à côté de moi :
« Tu veux voir un vrai feu d'artifice? La grange dans 15 minutes - E- »
Après un dernier regard dans le miroir, peut-être pour me convaincre que j'étais en droit de décider de mon propre bonheur, j'y allais … Déjà le vide dans ma poitrine se résorbait.
***
Quand j'arrivais, il était déjà là. Je l'observais un moment, restant en retrait. La nuit était étoilée, une légère brise caressait mon visage. J'ajustais le zipper de mon sweet et enfonçais les mains à l'intérieur. Edward me tournait le dos. Il était entrain de planter des piquets dans le sol. Je n'arrivais pas à en distinguer plus d'ici, je me décidais donc à aller à sa rencontre. J'étais sur mes gardes, je l'avais vu quitter la soirée vers 22 heures avec ses amis, il ne m'avait même pas remarquer. Pourquoi me demander de le rejoindre maintenant? Je ne savais que trop comment tout ça pouvait tourner et franchement, je n'étais pas d'humeur. Même s'il clamait le concrète, Edward n'avait de cesse de me prendre pour me jeter par la suite, ou du moins de m'ignorer sans difficulté. Bien que consciente du résultat final de mes actions, je ne pouvais jamais lui dire non. Se n'était pas après lui que j'en avais, mais après moi-même. J'étais faible et je ne faisais rien pour que ça change. Mon esprit et mon corps n'étaient pas en accord. J'étais tiraillée entre la bienséance et le désir.
En entendant mes pas derrière lui, il se retourna et m'éblouissait de son sourire. Je lui souriait également, m'arrêtant à une distance raisonnable de lui, et attendais qu'il m'explique la raison de ma venue ici.
- Belle soirée n'est-ce pas?
J'hésitais.
- Tu n'en as pas vu grand chose.
- Je t'ai vu toi, c'est essentiel. Dit-il avec un sourire charmeur.
Je secouais la tête en faisant quelques pas, nonchalamment.
- Quoi encore? Demanda-t-il en remarquant mon expression.
- Rien… si tu me disais plutôt pourquoi tu m'as fais venir.
Il me tendit la main, m'invitant à le rejoindre. J'hésitais mais son regard se fit plus insistant et finalement j'avançais lentement dans sa direction. Quand nous fûmes proches, il ne baissa pas la main, attendant que je m'en saisisse. Je sortais doucement la main, cachée dans mon sweet, et retenais ma respiration quand nos paumes se frôlèrent. En refermant sa main autour de la mienne, Edward fit gicler son pouce sur le dos de ma main. Ce simple geste, si court soit-il, eu le don de me rendre folle. Je me gardais bien de lui montrer cependant. Il me sourit légèrement avant de m'entraîner dans sa suite jusqu'aux piquets. Quand il me relâchait, je rangeais timidement ma main brûlante, comme pour étouffer mon envie de le toucher encore.
- Je t'ai promis un feu d'artifice. Lançait-il en me montrant fièrement les 5 ou 6 piquets alignés.
- Tu sais que si tu étais resté ici, tu aurais pu admirer un feu bien plus beau que tes malheureux pétards.
- Bella, donne leur une chance enfin … Je sais que Carlisle et Esmé ont sûrement illuminé le ciel, mais ça devait être si impersonnel. Je préfère le fait maison.
Je haussais les sourcils.
- D'accord, une septique … prépare-toi Swan, tu vas en prendre plein les yeux.
- J'attends de voir. Répondis-je, amusée.
Il sortit un briquet de sa poche et alluma simultanément toutes les mèches. Quand elles commençaient à se consumer, il m'attrapa par la taille et nous reculions de quelques pas. Ensuite, nous attendions de voir les premières lueurs dans le ciel. Nous avions les yeux rivés sur les mèches, mais ses mains étaient toujours autours de moi. Les gerbes de couleurs rouges et vertes que nous attendions explosèrent dans un bruit strident, laissant une odeur de poudre dans l'air. Elles n'allaient vraiment pas haut et s'éteignaient en quelques secondes mais Edward les regardaient brûler comme si elles étaient une des 7 merveilles du monde. Son visage s'illuminait tantôt de rouge, tantôt de vert selon la fusée qui brûlait à ce moment là. Il avait le regard d'un enfant émerveillé sur le visage, ce spectacle m'attendrie. Je comprenais alors pourquoi je ne pouvais rien lui refuser. Il y avait un tout autre Edward derrière ces allures de bad boy qu'il se donnait. Il ne le laissait que très rarement s'exprimer et ne contrôlait pas ses apparitions, mais il existait bel et bien. Il avait parfois ce regard après l'amour, quand il perdait complètement le contrôle de lui-même. Je voulais connaître cette partie de lui, je voulais qu'il me fasse assez confiance pour la laisser parler.
Le feu d'artifice improvisé commençait à s'éteindre et il croisait moi regard, remarquant aussitôt l'étude que je faisais de lui.
- Alors?
- Pas mal, répondis-je presque blasée, je préfère quand même le premier.
- C'est parce que tu ne le vois pas comme moi je le vois.
- Et qu'est-ce que je suis sensée voir monsieur Cullen?
Il passait derrière moi et m'enlaçait. Je me raidissais automatiquement.
- Laisse toi aller Bella, je ne vais pas te mordre. Riait-il.
Après une profonde inspiration je me laissais aller contre son torse. Il en profita pour me serrer plus étroitement et posa sa tête sur mon épaule. Son souffle chaud vient alors caresser ma joue. J'avais le visage légèrement tourné vers le sien. De cette façon, je ne distinguais que la ligne parfaite de son nez et ses lèvres. J'entrouvrais les mienne afin de respirer plus facilement, la pression augmentant d'elle-même à l'intérieur de mon ventre. Son corps était plus chaud que le mien, je regrettais presque d'avoir pris un sweet. Edward restait concentré sur le ciel.
- Il n'y a plus rien à voir, tu sais. Chuchotais-je en essayant de ne pas rire.
- Chut. Ferme les yeux, je vais te montrer ce que j'ai vu.
Je soupirais quand mes paupières se fermaient lentement.
- Retrouve l'image de ces toutes petites fusées fragiles s'élançant de toutes leurs forces dans les airs en sachant très bien que, même si elles viennent à peine de s'éveiller, elles ne retoucheront plus le sol.
Il parlait tout doucement près mon oreille, la voix tintée d'espoir. C'était grisant. Si grisant que bientôt j'entrais dans son monde et les images voyageaient dans ma tête, conduites par son récit.
- Comprends-tu le destin tragique de ces petites fusées que tout le monde méprise car elles sont éphémères? Pourtant elles ne naissent et ne meurent que pour le plaisir de nos yeux. Si quelqu'un sur cette terre comprend le caractère injuste de cette vie, se sont bien elles.
Les images colorées du feu d'artifice s'effacèrent dans mon esprit pour laisser place à l'image de ma mère. J'ouvrais immédiatement les yeux et entourais mes bras autour de ceux d'Edward, qui continuait :
- C'est pour ça que je leur rends hommage chaque année. Pour ne pas qu'on les oublie.
Son histoire avait pris un tout autre sens dans mon esprit. « Si quelqu'un sur cette terre comprend le caractère injuste de cette vie », avait-il dit. C'était bien moi, je comprenais parfaitement le caractère injuste et éphémère de cette vie. Une boule se forma dans ma gorge et j'avalais difficilement pour en faire disparaître la douleur.
- Ça va? Souffla doucement Edward quand je comprenais que je n'avais plus parlé depuis plusieurs minutes.
Je tournais la tête vers lui. Nos nez se frôlèrent. Il portait un regard inquiet sur moi. J'étais dans un état second. J'avais l'impression de flotter et je me serrais écroulée s'il ne me soutenait pas.
Je réalise que je suis comme ces fusées, ma voix était à deux doigts de se briser – je fixais son épaule sans la voir, je sais à quel point cette vie peu basculer en un instant. J'ai l'impression qu'une part de moi s'est déjà embrasée bien plus qu'elle ne l'aurait dû. Je ne veux pas être éphémère Edward …
J'avais les yeux embués quand je croisais de nouveau son regard. Edward paraissait très sérieux à présent.
- Je me rends compte que nous avons plus de points communs que ce que j'imaginais. Me dit-il.
Je ne relevais pas et, me rendant compte de mon état de faiblesse, j'essayais de me ressaisir, même s'il m'était physiquement impossible de me défaire de son étreinte.
- Excuse-moi, je suis consciente de t'ennuyer avec mes états d'âme.
J'esquissais un sourire pitoyable, fermant les yeux pour en chasser les larmes. Il ne cru pas un instant à la pseudo sincérité de ce sourire et déposa un baiser sur mes lèvres brûlantes de ma peine. Ce geste me surprit et je restais figée une seconde avant de lui répondre. Ce baiser était chaste même si nous sentions, l'un comme l'autre qu'il pouvait déraper à n'importe qu'elle moment. J'enroulais mon bras autour de sa nuque, la griffant gentiment – sentant un frisson le secouer. Je n'avais jamais été habitué à ce genre de baiser de sa part, mais là, il prenait juste le temps de savourer mes lèvres et de goûter ma langue qui se mouvait lentement contre la sienne.
Finalement, nous nous faisions face et je me pressais contre lui, donnant volontairement un peu plus de passion à notre échange. Sa réponse fut immédiate, il me pressa d'avantage contre lui et ses mains voyagèrent sur la courbure de mes reins pour s'attarder sur mes fesses. Je ne réprimais pas le gémissement qui m'échappait. Je le sentis alors se tendre contre mon ventre et souriais, augmentant encore la pression contre ses lèvres, griffant avidement ses épaules. Sa main glissa sur ma cuisse qu'il remonta contre lui pour me sentir au plus près. Quand ses mains passaient mes vêtements, cherchant l'agrafe de mon soutien gorge, je reculais le sourire aux lèvres. Edward me regardait sans comprendre, le souffle court. Je connaissais ce regard. Il était existé. Son regard était en feu. Je me contentais de lui sourire en me mordillant l'ongle du pouce.
- Qu'est-ce qui se passe? Demanda-t-il, la voix cassée.
- Rien justement. Riais-je en le défiant du regard.
- Quoi … T'es sérieuse?
- J'ai l'air de plaisanter?
- Tu ne vas pas me laisser comme ça?
Il désigna sa personne d'un geste de la main.
- Comment comme ça?
- Ne joue pas les innocentes. Me répondit-il, agacé. Je suis complètement parti tel que tu me vois.
- Je sais.
- Je sais que tu le sais.
Cette fois il était énervé. Cela m'amusais. Je ne savais même pas ce que j'étais entrain de faire.
- Depuis quand tu joues avec mes nerfs?
- A l'instant, maintenant je sais que ça marche.
- Bien sûr que ça marche Bella. Qu'est-ce que tu crois? Tu ne peux pas décemment m'embrasser de cette façon et n'attendre aucune réaction de ma part. Et pourquoi tu souris? Ça t'amuse?
- Un peu oui.
Il ne répondit pas et me fusilla de regard.
- Relax Cullen, si ça n'est pas moi qui te soulage ce soir, tu peux toujours aller voir Tanya. Vous aviez l'air de bien vous entendre tout à l'heure.
Son visage se ferma un moment puis un petit sourire apparu sur son visage.
- Tu es jalouse?
Je secouais la tête.
- Pourquoi je le serais? On n'est pas ensemble.
- Exactement. Répondait-il sévèrement.
- C'est pour ça que je peux faire ce que je viens de faire sans le moindre remord.
Je venais de lui couper le sifflet.
- J'ai encore le droit de décider quand j'en ai envie ou pas il me semble.
- Tu en as envie. Répliqua-t-il doucement.
- Comment peux-tu en être si sûr?
Il parcourait rapidement la distance qui nous séparait et s'emparait à nouveau de mes lèvres, m'attirant vers lui, presque brutalement. Je répondais instinctivement à son appel.
- Tu vois, souffla-t-il sur mes lèvres, tu en tremble déjà.
- C'est toujours non. Ton ex te fera cette faveur, pas moi.
Il m'embrassait à nouveau. Encore plus rageusement, essayant de briser mes résistances. J'étais littéralement en feu. Je le voulais. Le fait que mon refus l'énerve à ce point me plaisais et je pense que c'est grâce à ça que je résistais.
- C'est toi que je veux. Maintenant. Dit-il, contenant mal sa frustration.
- On ne peut pas toujours avoir ce que l'on veut dans la vie. Répondis-je simplement.
- Depuis quand es-tu devenues aussi persévérante?
- Depuis que j'ai décider de ne plus me consumer. Ton feu d'artifice m'aura au moins appris ça.
Nous nous regardions, plus sérieusement cette fois, toujours enlacé cependant.
- Tu es dangereuse Bella Swan.
- Toi aussi Edward Cullen.
- Tu as conscience que ton refus m'attire encore plus? J'ai l'esprit de contradiction.
- Je trouve ça plutôt flatteur, un peu masochiste, mais flatteur.
- Et toi tu es stupide de te priver de quelque chose qui te fait du bien.
- Simple esprit de contradiction pour moi aussi alors.
On se souriait.
- Dire que je m'étais maquillée ce soir … Tout ça pour rien. Je n'aurais séduit personne ce soir. Dommage … pour une fois que je faisais un effort.
Il passa la main sur mon visage.
- Même si je te préfère au naturel, ça t'aillait à merveille.
- Tu l'as remarqué? Demandais-je, surprise, essayant de cacher ma joie.
- Qui ne t'a pas remarqué? Dans cette robe …
Il m'embrassait dans le cou.
- La moitié des serveurs rêvaient de te déshabiller.
- C'est dégouttant !
- Je sais bien. Je me consolais en me disant que je serais le seul à le faire, ce soir.
- J'aurais très bien pu choisir l'un d'entre eux.
Un voile de colère traversa son regard mais il le chassa rapidement en enfouissant sa tête dans mon cou. Je passais ma main dans ses cheveux et fermais les yeux en me délectant de ses lèvres qui savouraient ma peau.
- Il n'y a aucun moyen de te faire changer d'avis alors ?
- Pas le moindre.
- Bien …
Il reculait pour faire quelques pas, se passant la main dans les cheveux.
- Je respecte…
- Tu n'as pas vraiment le choix.
- Pas faux non plus.
- Et maintenant ?
- J'ai besoin d'un verre. Répondit-il après un instant de réflexion.
Je riais amèrement et passais devant lui pour regagner la villa.
- Tu diras bonjour de ma part à la « Stacy du jour » !
Quand nous nous croisions, il attrapa ma main me forçant à lui faire face.
- Jalouse? Demanda-t-il en souriant, victorieux.
Disons que, pour être franche, je commence à apprécier nos petites « entrevues » et savoir que d'autre pose les mains aux même endroits que moi m'énerve prodigieusement.
- Jalouse.
- Agacée plutôt, comme quand tu me vois avec Jake.
Il perdit automatiquement son sourire.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- C'est ça … Ne prend pas ça pour de la possessivité.
- Oui t'apprécie juste de me tripoter.
Je pouffais de rire.
- Mais seulement après m'en avoir fais baver un peu.
- C'est un peu ça oui.
- C'est rien, j'aime le chalenge.
- Ça promet !
- Viens avec moi. Dit-il, plus sérieusement.
- Où ça?
- Boire un verre.
Je regardais ma montre.
- A 1h00 du matin?!
- On a une heure avant la fermeture.
J'hésitais.
- Tu pourras empêcher les Stacy potentielles de se jeter sur moi au moins.
- Si tu me prends par les sentiments !
Nous allions ensuite chercher sa moto dans la grange et je pu goûter à ma première balade nocturne. Pendant que je me laissais aller contre lui, je repensais à la façon dont j'avais courageusement repoussé toutes ces avances. D'accord j'avais succombé au plaisir d'être dans ses bras, sentant ses lèvres sur moi, mais j'avais gardé mes vêtements alors j'estimais que c'était un bon début. Il l'avait mieux pris que ce que j'aurais pensé. Maintenant nous allions prendre un verre, nous étions peut-être amis après tout. Une amitié qui offrait quelques avantages non négligeables. Oui Edward et moi étions amis, l'attirance que j'éprouvais pour était purement physique finalement. Ça faisait de lui mon ami très spécial. Avec lui je partagerais des choses que je ne dirais jamais par personne. Un secret nous liait et nous apprenions encore à nous connaître. Ce que nous faisions de nos corps ne regardait que nous, un maintenant que je savais dire « non », j'étais en accord avec moi-même. Après ça, s'il couchait avec des filles comme Tanya à côté, ça ne regardait que lui, ce que nous avions était unique. Ça n'était ni Stacy, ni Tanya sur cette moto avec lui, en pleine nuit, c'était bien moi. Il avait voulu que soit moi. Ça faisait de moi quelqu'un de spécial à ses yeux. C'est tout ce que je demandais.
***
Vingt minutes plus tard nous étions dans un pub, partageant la même bière accompagnée de quelques shooters. Le bar se vidait mais nous ne bougions pas. Apparemment le gérant connaissait Edward et ne lui demanderait pas de s'en aller.
- Ça fera redescendre la pression que tu m'as mit tout à l'heure.
Il buvait un des shooter d'une traite en grimaçant.
- Comment t'es-tu retrouvé en maison d'accueil?
Il faillit s'étouffer.
- Un peu brutal comme question tu ne trouve pas ?
- C'est toi qui m'as fait boire. Je dis ce que je pense avec l'alcool. Très dangereux.
Il soupira profondément en s'adossant au dossier de la banquette en vinyle. Un moment, son regard se perdit à travers la baie vitrée et il observait la rue déserte de Volterra. Je regrettais d'avoir été aussi franche. J'allais m'en excuser quand il reprit la parole, croisant ses bras contre sa poitrine comme pour former son propre bouclier défensif.
- C'est pas vraiment … j'en parle pas parce que c'est pas …
Il cherchait ses mots. Je ne l'avais jamais vu aussi vulnérable.
- Excuse-moi. Ca ne me regarde pas. Oublie ça.
Je jouais nerveusement avec ma bouteille, fuyant son regard. Honteuse.
- Je n'ai pas connu père. Il a quitté ma mère quand il a su qu'elle était enceinte de moi et n'a jamais cherché à me contacter. Tout ce que je sais de lui c'est le nom qu'il m'a légué : Massen.
- Edward Massen …
- Ça fait longtemps que je ne m'appel plus comme ça. Jusqu'à l'âge de 6 ans, ma mère m'a élevé seule. Elle était serveuse dans un Diner's. Elle travaillait de nuit. J'ai très vite appris à m'occuper de moi seul.
- Ca devait pas être évident.
Son expression était dure, sans la moindre émotion.
- Elle s'est mise à boire, pour oublier sa vie lamentable. Plusieurs fois je l'ai retrouvé endormie sur le tapis du salon, ivre morte, en me réveillant. Je la couchais, elle se reposait et recommençais le soir même. J'étais encore un enfant.
Il regardait de nouveau par la fenêtre comme si tous ces affreux souvenirs refaisaient surface. Je baissais les yeux. Je n'aurais jamais dû lui poser cette question. Ses yeux étaient remplis de colère quand il évoquait sa mère biologique.
- Forcément au bout de quelques temps elle a perdu son travail et les choses se sont aggravées. Elle me reprochait tous les jours d'avoir gâché sa vie. Elle disait que si je n'étais pas né, mon père ne l'aurait pas quitté.
- C'est horrible. Soufflais-je.
- La D.A.S a sonné à la maison un soir pour m'emmener. Un voisin avait du m'entendre demander de l'aide. Ma mère avait fait un coma éthylique. Ils lui ont retiré ma garde. C'est la dernière fois que j'ai mis les pieds dans cette maison. Ma mère ne s'est même pas rendu compte que je partais.
Il faisait une pause et j'essayais tant bien que mal d'imaginer toutes les horreurs qu'il avait vécu enfant. Mon enfance était un petit paradis à côté de la sienne.
- J'ai donc été placée dans plusieurs famille. Et à chaque fois que je devais en changer, mon comportement s'aggravant. J'étais rentré dans une sorte de spirale infernale. J'ai rencontré James au foyer d'accueil dans une de mes périodes de transition, il avait une famille encore plus tarée que la mienne … On ne s'est pas lâché depuis. Jusqu'à ce que je rencontre Carlisle, il était ce que j'avais de plus ressemblant à une famille. Il est comme un frère pour moi.
Je grimaçais.
- Je sais qu'il est un peu … direct parfois. Mais, quand on le connaît … il fait partit de ces gens sur qui ont peu compter.
- Si tu le dis.
Nous ne parlions pas pendant quelques minutes.
- Tu as déjà revu ta mère ?
- Une ou deux fois. Elle a fait une cure de désintoxication, apparemment elle est clean maintenant.
- C'est plutôt bien ça.
- Ca ne durera pas.
- Pourquoi ?
Tout simplement parce que ma mère fait partie de ces gens qui ne changeront jamais. Elle pourra y mettre toute la volonté qu'elle veut, elle restera toujours la même.
- Tu es dur.
- Tu ne la connais pas. Répondit-il sévèrement.
- C'est vrai …
J'avais été choquée par la dureté de sa voix.
- Pardon. Je … ce sujet a le don de m'énerver.
- J'ai remarqué.
- Parfois j'ai l'impression qu'elle a une double personnalité. Il y a la serveuse du Dinner's : Gentille, souriante, que beaucoup de gens apprécient. Et il y a l'autre. Menteuse, sournoise, parano et agressive. J'ai souvent eu envie de tuer cette personne. Si j'avais eu les moyens de le faire, je l'aurais fais.
- C'est affreux de penser ça.
- Tu ne sais pas la moitié des choses qu'elle m'a fait endurer. Ça fait quatre ans que je ne l'ai pas vu. Elle a bien essayé de contacter les Cullen mais …
- Pourquoi ne pas la voir ? Si elle a retrouvé ta trace en Italie, c'est que tu dois compter pour elle. Tu restes son fils.
- Pour moi se n'est pas ma mère.
- Malheureusement, ça l'est. Que tu le veuilles ou non.
- J'ai choisi ma famille, elle n'en fait pas partie. Elle n'en a jamais fait partie.
Je me contentais de le regarder. Il semblait vraiment avoir arrêter ses positions.
- Je sais que ça ne me regarde pas mais … Non … laisse tomber c'est pas grave, nos situations sont complètement différentes.
- Dis-moi.
Il paraissait tellement sincère que je me lançais.
- Ma mère a perdu ses cheveux à cause de la chimio. Ça a été horrible de la voir partir petit à petit. Comme si elle se décomposait devant mes yeux. Je ne pouvais rien faire pour empêcher ça.
Son regard se perdit dans son verre qu'il faisait glisser entre ses doigts.
- Je me disais juste que, si j'avais la moindre chance de la revoir aujourd'hui… si elle était encore en vie, je n'hésiterais pas une seconde.
Edward et moi nous regardions à nouveau. Je lisais la même douleur que la mienne dans ses yeux. Même si nos histoires n'étaient pas les mêmes, nous nous comprenions. Sans avoir besoin d'en parler d'avantage, nous nous étions compris. Je n'aurais jamais pensé qu'il me parlerait autant de lui ce soir. L'alcool l'avait peut-être aidé à se confier mais je savais qu'il me faisait assez confiance pour me parler des côtés les plus sordides de son existence. Notre relation allait bien au-delà du sexe. Nous partagions quelques choses de bien plus fort. C'était à la fois magnifique et terriblement douloureux. D'un seul coup j'avais peur. Peur que tout s'arrête. Comme si il pouvait disparaître à tout moment. Je ne pouvais pas le perdre maintenant. Après ça, nous avions quitté le bar, sans un mot. J'étais certaine qu'il repensait à notre discussion, tout comme moi. Elle resterait graver dans ma mémoire comme le court instant où Edward Cullen m'avait laisser entrer dans son monde.
Quand nous regagnions la villa, vers 3 heures du matin, il me raccompagnait jusqu'à ma chambre. Ça c'était fait naturellement. Il n'y avait plus qu'une vingtaine de personne dehors. Nous étions rentrés par derrière sans que personne ne nous remarque. Après avoir monté les escaliers, je vérifierais si Alice était dans sa chambre ce qui n'était pas le cas, ni Emmett d'ailleurs. Edward me suivie jusqu'à la porte de la chambre. J'entrais lentement dans la pièce, posant mes affaires sur mon lit. Quand je me retournais, je remarquais qu'il était resté dans le couloir, appuyé contre l'encadrement de la porte. Il avait l'air préoccupé. Je repensais à la conversation que nous avions eu et mon cœur se serra. Alors je fis se que je faisais toujours pour réconforter quelqu'un quand je ne savais pas quoi dire : j'allais vers lui et le serrais dans mes bras. Edward se figea, je savais que ce genre de gestes affectifs n'était pas ce qu'il préférait. Peut-être trouvait-il ça déplacé ou trop personnel, mais je ne le lâchais pas, appuyant ma tête contre son torse. Finalement, lui m'entoura lentement d'un seul bras et déposa un baiser dans mes cheveux. Quand je croisais son regard, ses yeux étaient sombres. Je devinais qu'il n'attendait que le moment où il pourrait se retrouver seul. Sans le vouloir, j'avais peut-être réveillé les blessures de son passé, celles qui l'avaient construit tel qu'il était aujourd'hui. Gênée par ma démonstration soudaine d'affection, je reculais de quelques pas. Il me sourit poliment et se redressait à son tour. Avec certaines personnes, les mots étaient inutiles. Edward faisait partie de ces personnes. Avant de partir cependant, il m'adressait quelques mots pour lesquelles je n'eu aucune réponse.
- On se voit demain. Tu étais ravissante ce soir Bella, n'en doute pas. Il faudrait être complètement aveugle pour ne pas l'avoir remarqué.
Ensuite il était partit et ses dernières paroles résonnaient encore en écho dans ma tête. Je refermais lentement la porte de ma chambre et m'adossait à celle-ci. Cette nuit avait été complètement surréaliste. Je ne comprenais rien à ce qui venait de se passer. Edward et moi nous étions nous rapproché ? Notre relation avait-elle atteint un autre niveau ? Il était si loin et si proche de moi que je n'arrivais pas à définir se qui nous caractérisait. Cette histoire prenait un tout autre sens à mes yeux, seulement je ne savais pas lequel. Il fallait que j'arrête d'y penser sous peine d'avoir une autre insomnie.
Avant de me coucher, je vérifiais mes messages. Charlie avait appelé à 2h. Le pauvre ne dormait toujours pas. Je l'imaginais que trop bien seul dans son salon, devant sa télé, une bière à la main. Ma gorge se nouait. J'écoutais ma messagerie :
« Bella, c'est moi. J'avais espéré que nous pourrions parler un peu… Ecoute, je sais que je ne suis pas facile à vivre mais, je peux changer … On peut faire plus de choses ensemble. Rappel moi, à n'importe qu'elle heure. Ça me ferait plaisir d'entendre la voix de ma fille ce soir. »
« à n'importe qu'elle heure. » - 3 heures de matin.
Je pressais la touche 5 « rappeler votre correspondant » et laissait passer 3 sonneries avant de raccrocher. Mon souffle se saccadait quand j'expirais tout l'air contenu dans mes poumons. J'étais toujours nerveuse à l'idée d'avoir Charlie au téléphone. J'entendais déjà sa voix triste et sombre avant même qu'il ne décroche. Je posais mon portable sur ma table de chevet et lui tournais le dos comme si sa vision m'avait brûlé l'iris. Je culpabilisais d'ignorer ainsi la détresse de mon père, mais je ne savais pas du tout comment la gérer. Elle me mettait mal à l'aise. Ne pouvant définitivement pas fermer l'œil après ça, je prenais mon carnet :
« Aujourd'hui 4 juillet 2008 a été le jour de ma propre indépendance. J'ai su dire « non », je sais maintenant que je peux mener la danse et j'arrêterais la musique quand je l'aurais décidé. J'en ai assez de culpabiliser pour quelque chose qui peut être à la fois simple, salvateur et amusant. Edward me plait, c'est une tête à claque mais à sa façon … il est le seul à me comprendre, il n'attend rien de moi et me laisse être moi-même. Un tout nouveau moi. Ses paroles me touchent toujours en plein cœur, comme s'il savait exactement quoi dire ou quoi faire pour me pousser dans mes retranchements Il s'est confié à moi. Je sais, tu vas me dire que Jake a perdu sa mère, que de ce fait je devrais me sentir plus proche de lui que d'Eward, mais nous ne sommes pas aussi fusionnel. J'ai juste besoin de lui pour l'instant.
Est-ce si mal que ça ?
Tu es ma fusée, mon étincelle éphémère et tu brilleras toujours dans mon cœur. Je suis certaine que tu es monté plus haut que les autres. »
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Les choses commencent à se préciser, aussi bien pour Bella que pour Edward. Il y a beaucoup de choses sur lui que vous ne comprendrez que bien plus tard selon son propre point de vue de l'histoire. C'est un personnage complexe qui en déroute certaines. Il n'est clairement pas comme le Edward que l'on connaît, normal, il est humain. En revanche à l'échelle humaine, il est aussi torturé que son double vampirique. Alors, pour toutes celles qui ne l'apprécie pas ... wait and see. Quant à Bella, ce que je disais justement à une amie il y a peu de temps, elle est trop possèdée par son deuil pour l'instant pour trouver la force de ne pas ceder à la tentation et surtout au soulagement morale (même passagé) que ça lui apporte. Encore une fois, Wait&See.
Je lis avec toujours autant de plaisir vos reviews, merci de prendre le temps de découvrir Beautiful Disaster. J'aimerai savoir ce que vous pensez des personnages : Vous touchent-ils? humains avec leurs défaults et leurs qualité?
A bientôt tout le monde, take care !
Comme beaucoup d'entre vous me le demande je vous donne le début de la Playlist de BD :
- Sia - Breathe me (trailer)
- Sigur Ros - Hoppipôlla (trailer)
- Kings of leon - Manatthan (teaser 2 )
- Inferno - soundtrack The Crow ( Le riff d'Edward)
- Radiohead - Creep (Chapitre 5 + teaser chapitre 5)
- Chumwamba - Tubthumping (Chapitre 6 + teaser du 6 ... que de spoilers !)
Voilà c'est qu'une début, d'autre s'y ajouteront... N'oubliez pas de nous suivre également sur Twilight France Forum, bcp d'entre vous viennent de là.
-G-
