CHAPITRE VI
WHAT COMES AROUND, GOES AROUND.
***
- 6 Aout 2008 -
Un mois était passé depuis cette fameuse soirée du 4 juillet et les choses ne pouvaient pas mieux aller. Une fois que j'avais réalisé que moi aussi j'avais mon mot à dire dans l'histoire, les choses étaient devenues beaucoup plus simples entre Edward et moi. Nous nous voyions régulièrement sans pour autant nous encombrer des conventions habituelles. Je ne me souciais pas de ses activités nocturnes quelles qu'elles soient, quand je n'étais pas concernée (ce qui était plutôt rare ces temps ci) et lui essayait de faire des efforts quant à notre pseudo « relation », s'il ont pouvait appeler ça comme ça. Nous parlions beaucoup plus qu'avant, de chose moins futile et beaucoup plus profondes. J'avais appris énormément sur lui ces dernières semaines, même si des zones d'ombres restaient à éclaircir. Je ne le brusquais pas avec ça cependant, je savais maintenant que le sujet à éviter était celui de sa mère. Ça le mettait toujours dans une colère noire et, en général, la soirée était gâchée après ça. Je lui racontais l'histoire de ma famille, passais en revue les meilleurs moments que j'avais vécus avec Renée, les pires également. Il parlait peu. Edward a cette faculté que peu de personnes possèdent, celle d'écouter sans émettre le moindre jugement.
« - 2 semaines plus tôt -
Edward avait insisté pour m'amener ici bien que je n'y tenais pas vraiment. Malgré tout, devant son insistance et parce que je ne pouvais rien lui refuser très longtemps, j'avais accepté. Il m'entraînait par la main jusqu'à l'atelier de ma mère. Il avait subtilisé les clés à Esmé dans la journée, sans qu'elle ne s'en rende compte. D'après lui, il y avait quelques chose d'important dans cette pièce que je devais voir. Nous entrions donc dans une sorte de large débarras sombre et tout en longueur. Edward ouvrait la marche. Ça sentait le renfermé, personne ne semblait être venu ici depuis longtemps. J'observais les lieux : Peinture sèche étalée à même l'établis, pinceaux éparpillés bardés de couleurs, toiles peintes, d'autres vierges, sculptures plus qu'abstraites, de l'argile en bloque. Au vu de tout ce bizarre, la pièce était restée tel que Renée l'avait laissé, il y 20 ans. J'imaginais sans difficulté ma mère exprimer sa créativité parmi tout ce désordre. Les endroits trop bien rangés l'avaient toujours effrayé.
- Qu'est ce qu'on fait là? Si tu crois qu'on va le faire dans un endroit qui appartenait à ma mère, tu rêves !
Il riait.
- Tu me prends vraiment pour un obsédé !
Je prenais le temps de la réflexion. Il posait alors ses mes sur mes hanches et précisait :
- On a tout le temps pour ça plus tard.
Je levais les yeux au ciel et bien sûr, il riait de plus belle.
- Je venais souvent ici plus jeune, m'expliquait Edward, j'étais fasciné par tout ce matériel, imaginant que l'esprit d'un grand artiste hantait les lieux. On y passait des heures avec Alice quand on avait 15 ans. Je venais d'arriver chez les Cullen. Alice a été la première à me donner ma chance dans cette famille.
J'écoutais attentivement. Je voyais presque ces deux ados passer leur après-midi assis par terre, en mangeant des chips et construisant leurs propres liens fraternels. Ça me fit sourire et j'en oubliais la présence de ma mère partout autour de moi.
- Comme tu peux le voir, la plupart des choses ici sont des œuvres inachevées, mais il y en a une qui ne l'est pas. J'ai pensé que tu devais la voir.
Je le suivais du regard quand il allait se poster devant la plus grande toile de la pièce. La seule à être recouverte d'un drap blanc. Edward tirait d'un coup sec sur le drap, soulevant un nuage de poussière sur son passage. J'avançais lentement vers lui, les yeux rivés sur cette toile essentiellement bleue. Plusieurs teintes de bleu, donnant du relief à la toile. Edward ne parla pas, me laissant le temps de m'habituer à cette image. C'était un portrait de Renée et Charlie plus jeunes. Je connaissais cette photo, elle était dans le salon, chez moi. Elle avait été prise quelques semaines après que mes parents se soient retrouvés à Volterra, des années après l'histoire du commissariat. Je n'avais aucune idée, jusqu'à aujourd'hui, qu'elle avait été prise à Volterra. Renée avait reproduit la photo à l'identique.
- Se sont tes parents n'est-ce pas?
Je hochais lentement la tête sans quitter la peinture des yeux. J'étais subjuguée par la beauté de leurs traits. Ils avaient l'air beaucoup plus heureux que sur la photo d'origine. Comme si j'avais devant moi l'image que s'était faite ma mère de ce moment et non pas une simple reproduction artistique.
- Je ne m'en suis souvenu que bien après t'avoir rencontré, mais … Regarde de plus près …
Il pointa le coin inférieur droit de la toile. Je du me rapprocher très près du chevalet pour voir ce qu'il me montrait. Une inscription, en tout petit : « Bella ». Je reculais rapidement, submergée par une trop grande vague d'émotion.
- C'est impossible, je suis née un an après que mes parents se soient rencontrés.
- Elle était peut-être déjà enceinte au moment où elle a peint ce tableau.
- Pedant la courte semaine où mon père est venu à Volterra ?
Je fixais mes pieds en priant intérieurement que les larmes qui me menaçaient n'allaient pas s'échapper.
- En tout cas, elle savait déjà comment elle t'appellerait.
Je fermais les yeux, serrant le poing pour essayer de penser à autre chose et ne pas craquer ici, devant lui.
- Je dois t'avouer que la première fois que j'ai découvert cette peinture, je m'imaginais que ses personnes étaient mes parents. Ils avaient l'air tellement heureux. Le couple parfait.
- Et pourtant c'est loin d'être la vérité. Lâchais-je, amèrement.
Je relevais les yeux vers lui, prêt à exploser. J'étais triste et en colère, sans vraiment savoir pourquoi. Je ne m'étais pas attendu à voir une chose pareille en venant ici. Comme un message que ma mère avait voulu m'envoyer aujourd'hui. Je manquais d'air. Il fallait que je sorte d'ici.
- Bella? Tout va bien? Demandait-il, inquiet. Tu es toute blanche.
Je quittais rapidement l'atelier et quand j'inspirais ma première bouffée d'oxygène, j'avais l'impression d'en avoir été privée pendant des heures. Mon cœur battait à tout rompre, j'avais des sueurs froides, j'allais tomber dans les pommes. Je commençais déjà à voir des points noirs devant mes yeux. J'allais vomir. Edward m'avait suivit dehors, il était près de moi. Il parlait, il avait l'air inquiet, mais je n'entendais pas ce qu'il disait. J'avais l'impression de mourir. Je glissais sur le sol, adossé au mur de pierre de l'atelier et ramenais mes genoux à ma poitrine. Edward avait accompagné ma descente, sa main sur mon épaule. Je me forçais à respirer profondément, la tête dans les genoux. Au bout de quelques minutes, j'avais réussi à reprendre le dessus.
- Je suis désolé, je pensais que ça te ferais plaisir... ça va aller?
Il passait sa main dans mes cheveux pour venir la poser sur ma joue. La fraîcheur de sa peau m'aida à reprendre conscience.
- C'est pas ta faute. Je suis la première surprise de ma réaction. C'était juste … un peu trop pour moi. Je ne m'y attendais pas.
Son visage ne perdait de son inquiétude.
- Merci. Edward, ça compte beaucoup pour moi que tu ais pensé à ça.
La prochaine fois je m'abstiendrais.
- Surtout pas ! Je ne l'aurais jamais su sinon.
Il m'aidait à me relever. Edward ne me lâchait pas. Il me fixait comme pour être sur que je n'allais pas m'évanouir à nouveau.
- Je vais bien, je t'assure.
- Tu reprends des couleurs.
- Tu vois, je tirais sur son t-shirt pour le ramener vers moi, tout va bien.
Il appuyait ses mains contre la pierre, de chaque côté de ma tête, alors que je me pressais contre lui. Il évita mon regard un instant avant que je ne capte toute son attention en passant mes mains son t-shirt, caressant doucement son ventre.
- Qu'est-ce que tu disais tout à l'heure à propos du fait qu'on aurait tout le temps de se rattraper plus tard? Soufflais-je sur ses lèvres en souriant.
- Bella, tu viens de faire un malaise. Répondait-il sévèrement.
- Justement, j'ai besoin de penser à autre chose.
Il avait besoin d'être convaincu. J'allais être convaincante. Je l'embrassais, déjà avide de lui et l'entraînait en direction de poolhouse avant qu'il n'ait eu le temps de protester. »
- Aout 2008 -
Bien sûr nous nous cachions toujours des autres membres de la famille Cullen pour éviter toutes questions auxquelles nous n'avions aucune réponse. Ils avaient tout de même remarqué un changement radical dans le comportement d'Edward. Il était plus souvent avec nous qu'avant. C'était amusant de le voir comme une personne que je ne côtoyais pas plus que ça, alors que d'entre tous, il était celui que connaissais le plus maintenant. Le fait d'avoir à se cacher avait quelque chose d'existant et, sans vouloir m'en venter, le sexe n'en était que plus intense. De ce côté là, nous avions depuis longtemps passer le stade de la culpabilité et du remord, nos étreintes étaient toujours placées sous le signe de la « bonne humeur » et d'une passion bien trop puissante pour être contenue - nous étions jeunes, en pleine santé et on s'amusait –
Il était maintenant devenu mon meilleur ami et mon amant. Je respectais les aspects de sa personnes qu'il n'était pas près à me révéler et il respectait mon passé chargé. Il ne me posait aucune question contrairement à moi qui étais sans arrêt entrain de lui tirer les vers du nez. J'étais friande de la moindre information qu'il voulait bien me donner. Je savais maintenant que James était la personne la plus importante dans sa vie et qu'il jouait un rôle important dans chacune des décisions qu'Edward devait prendre. Je pense même qu'il savait pour Edward et moi, même si je n'avais jamais eu de confirmation réelle. J'avais eu l'occasion de croiser James un peu plus souvent et je voyais bien que celui-ci faisait des efforts pour être plus aimable avec moi qu'avec les autres. Malgré ça, je devais admettre que j'avais beaucoup de mal à rester près de James, quelque chose chez lui me donnais la chaire de poule. Je faisais un effort pour Edward sachant que James était comme un frère pour lui.
Les travaux de rénovation dans le bureau de Carlisle avançaient bien, Esmé était toujours au petit soin pour moi. J'avais vraiment ma place chez eux maintenant. Venir ici avait été la meilleure décision de toute ma vie, mais mettre sa vie entre parenthèses n'était pas sans conséquences. La dernière fois que j'avais parlé à Charlie, au téléphone, la conversation n'avait pas été des plus joyeuse. Mon père souffrait de mon absence, il était seul et triste et moi, en fille indigne, j'étais incapable de soulager sa peine. Je savais ce qui aurait arrangé les choses pourtant : rentrer à New-York – recoller les morceaux de famille qu'il me restait, affronter la réalité. Or c'était bien la seule chose qu'il était hors de question que je fasse.
« - 5 juillet 2008 -
Il m'avait bien fallu la journée entière pour me décider à rappeler Charlie. Ce nœud dans l'estomac qui apparaissait quand je m'apprêtais à composer le numéro de la maison, m'en avait empêché toute la journée. J'avais presque la nausée quand je collais l'appareil à mon oreille. J'étais incapable d'agir normalement quand les choses devenaient trop personnelles avec mon père. C'était quelque chose de tellement bizarre pour moi. Charlie n'avait jamais été un père très démonstratif. Le côté affectif de la relation « père&fille » que certain psychologue décrivent comme quasiment fusionnelle n'existait pas chez moi, c'était simplement quelque chose qu'il ne savait pas faire et ce malaise c'était répercuté sur ma personnalité. Depuis que maman n'était plus là pour faire le tampon entre nous, les choses ne pouvaient qu'empirer. Je devais faire cet effort malgré tout, Charlie avait vraiment l'air mal sur le message qu'il m'avait laissé. Je ne ressentais pas le besoin de l'appeler, c'était plus une torture pour moi, mais je le faisais pour ne pas culpabiliser pas la suite. Je n'étais peut-être pas si insensible que ça finalement.
La tonalité retentit 4 fois dans mon oreille, j'étais sur le point de raccrocher quand Charlie décrochait. Il avait l'air malade, sa voix était méconnaissable. J'aurais vomi si je n'avais pas été aussi crispée.
- Allo?
- Papa.
- Bella ! Je … Je suis content de t'entendre. Tu as eu mon message?
- Oui, j'ai essayé d'appeler hier soir mais il était tard alors …
- Oui, je sais. L'essentiel c'est que tu m'appelles maintenant.
Je mis un moment à répondre.
- Bella?
- Oui … Je suis là.
Je commençais à marcher le long de la piscine, fixant mes pieds. Je n'avais pas la moindre idée de ce que je devais dire. Heureusement, j'étais seule.
- Alors? Comment ça va?
Qu'est-ce que je pouvais être stupide !
- Tu sais … On fait aller …
Autre silence gênant – « Allez Charlie aide-moi un peu, je patauge là » – Je me rendais compte de l'heure. 18H00 … Ici, ce qui faisait … 1H00 de matin à New York !
- Excuse-moi, je ne m'étais pas rendu compte de l'heure.
- C'est pas grave, je ne dormais pas. Quel temps il fait là bas?
- Chaud … Tu sais, c'est l'Italie …
Silence – On y arrivera jamais !
- Rentre à la maison Bella.
Pitié, tout sauf ça!
- Papa, on est a déjà parlé … Je ne peux pas, pas tout de suite. C'est trop tôt. Je ne suis pas prête pour ça.
- Pourquoi? Qu'est-ce que ça changera dans 2 mois?! Bella, tu es ma fille, cette situation nous devons la régler en famille, ensemble. Pas avec des étrangers!
- Tu ne connais même pas les Cullen !
- Si justement, ils ne sont certainement pas aussi parfait que tu le crois.
- Je me sens plus entourée chez eux que je ne l'ai jamais été chez toi Charlie !
J'étais un colère maintenant, j'en tremblais. Les larmes me piquaient les yeux.
- Tu ne m'as jamais donné la moindre chance ! Ma femme est morte bon sang !
- Ma mère est morte !
- Bella, il faut que tu reviennes, je ne suis plus rien … Seul ici, tu es ma seule raison de continuer à avancer maintenant. Je vais m'occuper de toi. On va prendre soins l'un de l'autre. Nous n'avons plus que nous maintenant.
- Pourquoi maintenant Charlie? Tu n'as jamais fais que survoler ma vie. Tu étais là sans l'être, c'était maman que s'occupait de moi. Il n'y a qu'à voir comment tu te comportais avec Mike, tu as toujours voulu un fils.
- Tu es injuste, tu m'as évité toute ton adolescence. Mike s'intéressait à mes centres d'intérêts lui au moins, tu n'as jamais voulu m'accompagner à la pêche.
- Sais tu seulement quels sont mes centres d'intérêts ?!
- Tu n'as jamais essayé de me les faire partager!
- Tu ne t'ais jamais occupé de moi étant petits et tu veux que d'un coup à 15 ans, je me sente proche de mon père? Non mais tu plaisantes !
- Tu sais que je ne suis pas doué pour ça ! Ça ne veut pas dire que je ne t'aime pas!
- Oui et bien peut-être que moi je ne t'aime pas !
Cette phrase était sortie de moi comme un boulet de canon et déjà je la regrettais. Charlie ne parlait plus. Je l'avais délibérément blessé. J'étais coupable de méchanceté gratuite. Je ne pense pas que j'avais réellement pensé cette phrase, j'avais parlé sous le coup de la colère. Est-ce que j'aimais mon père? Quand je cherchais la réponse au fond de moi, je ne voyais qu'un grand trou noir. Le fait est qu'à l'heure actuelle, je n'avais pas la moindre réponse.
Après un moment, Charlie avait reprit alors que les larmes coulaient insatiablement le long de mes joues. J'aurais pu broyer mon téléphone tellement je le serrais.
- Je ne dis pas que je suis le père parfait, mais tu es ma fille et je ne veux que ton bonheur. Tu n'es pas non plus la personne la plus facile à gérer.
- Je suis heureuse ici.
- Très bien. Dans ce cas restes-y.
Ensuite il avait raccroché. Je crois bien que j'avais pleuré pendant 2 heures avant de regagner ma chambre. J'avais prétexté une grosse migraine pour ne pas avoir à dîner, mais Esmé n'étais pas dupe, mes yeux rouges et gonflés avaient trahi mon état. Elle n'avait pas insisté cependant. »
- Aout 2008 -
J'avais conscience d'être égoïste et insensible face à la douleur de mon père mais le fait que je sois sa bouée de sauvetage m'enrageais. J'étais en colère contre lui alors qu'il n'avait rien fait, alors qu'il était la victime de mes propres choix. J'en voulais à mon père de ne pas avoir été présent pour ma mère quand elle en avait besoin. Je lui en voulais de m'avoir laissé gérer sa maladie toute seule. A la première complication, il avait choisi de se mettre la tête dans le sable. De se jeter corps et âme dans le travail. Après tout, c'était lui l'adulte, Charlie n'avait pas à exiger quoi que se soit de moi, sa fille de 19 ans, pour aller mieux. Il était en âge d'affronter ses propres démons il me semble. J'avais une vie à me construire. Je ne pouvais pas gérer celle de mon père, même si elle tombait en miette. C'était à lui de s'occuper de moi, pas le contraire. Son rôle était de me protéger contre tous les maux du monde et malheureusement il avait lamentablement échoué. J'avais dû gérer bien plus de douleur et de déceptions que toutes les filles de mon âge, j'avais grandie prématurément et mon père n'en s'en rendait même pas compte. Il était bien trop obnubilé par sa propre crise existentielle. Il n'avait pas remarqué les conséquences que cette même crise avait eu sur mon avenir. Je n'avais pas besoin de lui pour me reconstruire, pourquoi lui oui?! - Oui c'était triste de penser à son père ainsi et oui, ça faisait de moi quelqu'un d'insensible et oui, je n'étais peut-être pas objective, mais tant que cette rage me brûlerait l'estomac à chaque fois que je pensais à Charlie, je ne rentrerais pas à la maison. Ça n'aurait fait qu'empirer les choses. Je n'aurais pas pu contenir la brûlure face à lui, et au final, nous aurions sans doute finit par ne plus nous adresser la parole.
***
C'était une autre journée à profiter de la piscine du poolhouse. Tout le monde était là, mis à part Carlisle qui travaillait. James et Victoria étaient aussi de la partie. Il faisait beau comme d'habitude en ce dimanche après midi. Je n'avais jamais été aussi bronzée de toute ma vie. Moi, bronzée ! Nous étions toutes étendues sur les chaises longues, pendant que les hommes étaient dans la piscine.
- Je commence à m'habituer à ça !
- A quoi? Rôtir au soleil? Répondait Alice en changeant de côté pour avoir un bronzage uniforme.
- Ouais.
- Tu as encore pas mal de temps devant toi pour ça.
- Tu repars quand en fait? Demandait Rose, à ma droite.
- Jamais. Soufflais-je alors que la chaleur m'endormait légèrement.
Elle riait.
- Non, sérieusement?
- Fin septembre.
- Tu te plais vraiment avec nous hum?
- Pourquoi, vous en doutiez?
- Non, on aime t'avoir ici aussi ! Lançait Alice.
Nous échangions un sourire entendu.
- Qui ne se plairait pas ici, commençais Victoria qui surprise tout le monde en prenant part - pour la première fois - à la conversation, surtout quand on est aussi active que Bella.
Je portais mon regard sur elle, qu'est-ce qu'elle insinuait par là?
- Tu parles, à part aller chez les Black et travailler avec Esmé, elle ne fais rien d'autre que se promener inlassablement sur le domaine, notre petite New-yorkaise.
- Je suis sûre qu'elle doit souvent se balader en effet, ajoutait Victoria avec un petit sourire qui en disait long, elle rencontre peut-être des gens intéressants en chemin.
Cette fois c'était sûr, elle savait.
- Tu aimes la moto?
- De quoi tu parles?! Répondais-je, légèrement agressive.
Elle se contenta de me sourire. Je regardais Edward. Il était plus loin entrain de jouer de la guitare en buvant une bière avec Jasper. Qu'est-ce qu'il avait pu leur raconter? J'allais tirer ça au clair en temps voulu.
- Qu'est-ce que tout le monde fais là aujourd'hui?
- On fête l'anniversaire d'Edward, sauf qu'il ne le sait pas, c'est tout?
- C'est son anniversaire?
- Non, lançait Emmett sortant à peine de l'eau, mais c'est pas grave selon ma petite sœur.
- Je suis perdue là. Avouais-je.
- J'explique, enchaînait Alice se rapprochant de moi comme si elle allait me confier un secret, monsieur ne supporte pas qu'on lui fête son anniversaire le jour même alors au lieu de ça, chaque année on choisie un jour au hasard et on lui organise une petite fête.
- Donc là c'est sa fête d'anniversaire et il ne le sait pas.
- Exactement, tu comprends vite ! Répondait Emmett en m'ébouriffant les cheveux.
- C'est quoi l'intérêt s'il ne sait rien?
- Il le saura quand on lui offrira ses cadeaux?
- Ses cadeaux?! Vous auriez pu me prévenir ! J'ai rien acheté moi!
- Pas de soucis Bella, Rosalie me tendait un stylo, signe la carte. On dira que tu as participé !
- Tu vois, on a tout prévu ! Répondait Esmé, enthousiaste, en me donnant la carte en question.
- Oui … C'est super.
Pendant que les conversations reprenaient j'essayais désespérément de trouver quelque chose à écrire sur cette maudite carte mais rien ne venait. Qu'aurais-je bien pu dire? « Merci d'être le seul à me sortir de mon univers chaotique?! ». Je n'avais pas non plus envie d'utiliser l'éternel « Joyeux Anniversaire », trop impersonnel. Finalement j'abandonnais et rangeais soigneusement la carte. Quand j'allais rejoindre les autres, je regardais dans sa direction. Il était avec James et ses frères entrain de rire aux éclats, Victoria les avait rejoint. Je m'attardais sur son torse exposé au yeux de tous. « Ça devrait être interdit d'être aussi sexy », je me mordais la lèvre inférieure. Non, la carte n'était définitivement pas une bonne idée, je devais trouver quelque chose de plus personnel pour les montrer à quel point … Je l'appréciais.
Je retournais sur les chaises longues et prenais part aux conversations en attendant le moment où je pourrais enfin parler à Edward. L'après-midi s'éternisait et le sujet de l'anniversaire surprise n'avait toujours pas été abordé. Je commençais à perdre patience. Soudainement, une musique assourdissante troubla le calme du domaine. Emmett et Edward venaient de déplacer la chaîne stéréo et l'avaient branché à l'extérieur sur : Tubthumping du groupe anglais Chumbawaba, chanson kitch de l'année 97. Kitch mais entraînante, les garçons sautèrent comme des dingues dans la piscine dès le premier refrain. Alice et Rosalie suivirent juste après en criant de joie. J'étais la seule perdue à regarder toute cette anarchie sans trop savoir si je devais me joindre à eux ou pas. Je ne tergiversais pas longtemps car Edward sortait de l'eau en s'élançant vers moi. Je n'avais pas eu le temps de protester qu'il nous avait déjà enchaînés tous les deux, son corps trempé et glacé contre le mien qui avait cuit au soleil, pour nous propulser dans la piscine. Durant le court instant où nous avions été complètement immergés, au fond de la piscine, il avait posé ses lèvres sur les miennes, relâchant tout l'air de ses poumons en m'embrassant. Un tourbillon de bulles nous caressait quand nous remontions à la surface. J'étais choquée, abasourdie – Et si quelqu'un nous avait surpris? - Lui s'en foutait royalement, il se contenta de me faire un clin d'œil avant d'aller embêter sa sœur.
Je me retrouvais également prise à partie quand Emmett me faisait monter sur ses épaules, qu'Alice était sur celles de Jasper et Rosalie sur Edward. Victoria et James étaient aussi avec nous. Après ça tout ce que je distinguais était des rafales d'eau jetées sur mon visage, des mains qui tentaient de me faire tomber et les rires stridents des filles. Quand je tombais, je cherchais les premières épaules prêtes à m'accueillir pour continuer à déstabiliser les autres. C'est dans une nouvelle déferlante d'eau que je me retrouvais perché sur les épaules d'Edward et que je m'élançais à l'assaut de Victoria. Dans ce chahut le plus total, toutes les rivalités s'étaient momentanément dissoutes. Nous n'étions plus qu'une bande de gosses qui se bagueraient dans une piscine. Edward et James essayaient aussi de se faire tomber, aussi quand James fit un croche pied à Edward, je tombais également. Sous l'eau Edward m'enlaçait à nouveau et c'est en riant, toujours enlacé que nous remontions à la surface. Il avait l'air tellement heureux et incroyablement libéré à cet instant que je l'aurais embrassé si je ne m'étais pas plus contrôlé. Son sourire me réchauffait le cœur. Tous les visages étaient heureux et détendus. C'était le plus parfait des non-anniversaire auquel j'avais assisté. Même si c'était en fait le seul auquel j'avais assisté, avoir vu Alice au pays des Merveilles une demi-douzaine de fois ne comptait pas. Puis la musique se coupait brutalement et tous les visages convergèrent vers le pool. Esmé avançait lentement vers le bord de l'eau avec un gâteau parsemé de bougies et à la surprise générale, Carlisle était à ses côtés. Nous commencions tous à chanter un « Happy Birthday » complètement faux, dû au fait que nous avions tous tellement crié que nos voix étaient toutes éteintes ou presque. Edward se cachait le visage dans ses mains quand il comprit le complot que s'était ligué contre lui. James, qui hurlait la chanson dans l'oreille d'Edward pour l'énerver d'avantage, le poussait à sortir de l'eau. Nous l'imitions tous pour former un cercle autour de lui. Il soufflait ses bougies et nous applaudissions.
« - Vous me le paierez tous ! » Avait-il promis.
Malgré tout, son sourire trahissait son bonheur. Puis vint les cadeaux et j'essayais de me faire discrète. La corvée passée, nous avions dévoré le gâteau succulent qu'Esmé avait fait. Quand l'heure du dîner approchait, que les un mettaient la table et que les autres s'occupaient du barbecue, je trouvais enfin l'issue qui me permettrait de parler à Edward en privé. Je me levais et passais délibérément devant lui, le frôlant avec mon paréo que je réajustais plus que nécessaire autour de ma taille. J'allais juste derrière la cabane qui abritait la machinerie de la piscine, en peu plus loin du reste du groupe. Comme je l'avais prévue, Edward m'avait suivi et bientôt il me collait contre les parois de la cabane, attrapant mes lèvres dans les siennes.
- J'ai eu envie de ça toute la journée. Chuchotait-il sur mes lèvres.
- Moi aussi.
Je souriais.
- Alors, je le décollais de mon cou pour qu'il me regarde, c'est quand ton vrai anniversaire?
- Quand tu veux ! Répondait-il en capturant de nouveau mes lèvres.
Je me libérais à nouveau.
- Je suis sérieuse.
Il soupirait.
- Le 20 juin. Contente?
- Hum … Je me disais juste que si ça avait vraiment été aujourd'hui, j'aurais pu trouver une façon agréable de te le souhaiter.
- Autant jouer le jeux jusqu'au bout alors?
Il avait soufflé ses mots sur ma bouche d'une façon tellement sexy que j'en avais la chaire de poule. Mais se n'était pas à lui de mener la danse ce soir.
- Je sais pas … C'est pas pareil.
Il remontait ma jambe autour de son bassin et m'embrassait avec fougue. Je sentais son corps réagir contre moi alors que j'enfonçais mes ongles dans ses épaules en capturant sa langue. Je rompais très vite le contact avec lui et c'est à bout de souffle qu'il disait :
- Bella, tu vas me tuer. Ça fait une semaine qu'on a pas pu avoir un seul moment toi et moi.
- C'est pas moi qui étais sans arrêt occupée je te signal.
- J'ai eu beaucoup de travail.
- De travail?
- Avec James, mais c'est pas la question, il m'enlaçait plus étroitement, j'ai vraiment, vraiment envie de toi.
- Ne me dit pas que tu t'es privé pendant une semaine? Plaisantais-je.
Son visage s'assombrit.
- Crois le ou pas mais, ça fait un bon moment que je n'ai pas eu d'autre femme que toi dans mon lit.
- C'est ça ouais.
- Ne me crois pas, je m'en fiche, moi je connais la vérité c'est l'essentiel.
- C'est vrai? Demandais-je, méfiante.
Il m'adressait un sourire tendre pour simple réponse et recommençait son exploration de mon cou. Je n'en croyais pas mes oreilles. C'était impensable qu'il n'ait eu que moi depuis tout ce temps. Je le surprenais sans arrêt à faire les yeux doux à toutes les pouffes qui croisaient son chemin. Pourquoi moi?
- Pourquoi moi? Répétai-je à haute voix.
- Parce que ça me comble … Je ne suis pas nymphomane ! Et parce que c'est toi tout simplement. J'ai envie de toi, pas d'une autre. J'en profite tant que tu es encore avec nous, enfin tant que tu es d'accord bien sûr.
Il avait ajouté cette dernière phrase comme s'il avait dit une bêtise. Ça me faisait sourire. Il était craquant.
- Mais franchement Bella, une semaine, c'est une véritable torture. En plus c'est mon anniversaire.
- Non-anniversaire, précisais-je.
- Peut importe, tu n'imagines pas comme c'est dur pour moi de te voir te balader dans ton petit maillot, sans pouvoir bouger d'un pouce. On peut se voir ce soir?
Je réfléchissais. Après avoir vérifié que personne près de la piscine ne se souciait de nous, je revenais à lui.
- Pourquoi attendre ce soir? Soufflais-je, volontairement évasive.
- Quoi?
Je l'embrassais sauvagement alors qu'il riait doucement sur ma bouche. Tout en continuant mes baisers, je m'attaquais à son cou, agrippant ses cheveux, baisant ses épaules, descendant sur ses pectoraux, continuant mon chemin jusqu'à son nombril. Accroupie devant lui, je m'apprêtais à descendre encore plus bas, saisissant la ceinture de son maillot de bain.
- Qu'est-ce tu fais?! T'es folle?! Ils sont tous à 5 mètres, juste là ! Me réprimandait-il en me forçant à me remettre debout.
- Poule mouillée?
- Quoi? Non, mais c'est risqué !
- Tu n'en as pas envie? Demandais-je en faisant l'innocente. Moi le danger ça me rend … entreprenante.
- Je vois ça ! Tu sais que j'en crève d'envie mais …
- Mais rien, coupais-je, considère ça comme mon cadeaux de non-anniversaire.
- Tu me rends dingue, tu sais ça.
Je me contentais de sourire et reprenais là où il m'avait interrompu. Je le prenais alors dans ma bouche et m'appliquais à lui faire du bien. Et apparemment, ça fonctionnait. J'entendais ses gémissements, discrets mais bien présents. D'une main il s'appuyait contre la cabane, de l'autre il agrippait doucement mes cheveux en suivant les mouvements réguliers de ma tête contre lui. Ses réactions me donnaient envie de lui faire encore plus de bien. Maintenant que je savais être la seule à pouvoir le faire, plus rien ne m'empêchait d'être complètement libérée. Jamais je n'avais osé faire ce genre de chose, jamais je n'en avais eu envie. Cette fois c'était différent. Cette fois c'était lui.
Je revenais à table avant lui et prenais place à côté d'Alice.
- T'étais où?
- Je me suis douchée.
- Et tu as remis ton maillot?
Je haussais les épaules en me servant des pommes de terres.
- On ne sait jamais, on aura peut-être le droit à un bain de minuit.
Edward passait derrière moi juste à ce moment et s'asseyait en face de moi, à gauche de James. Nous échangions un sourire discret que personne ne remarqua à part James, qui fit mine cependant de n'avoir rien vu. En avalant une gorgée de coca, je me souvenais maintenant qu'il fallait que je parle de ses amis à Edward. Ça attendrait demain. Carlisle levait son verre et tout le monde l'imitait.
- Edward je te souhaite que tes 23 ans t'apportent la maturité nécessaire pour enfin de trouver un emploi digne de ce nom. Quoi qu'il en soit, joyeux anniversaire, mon fils.
« Non-anniversaire », Edward et moi avions parlé d'une seule et même voix et tout le monde se mit à rire.
La soirée se terminait en douceur, Edward jouait quelques mélodies à la guitare, entouré de ses frères, Rosalie et Victoria – les pieds dans l'eau – discutaient tranquillement. Esmé et Alice, prenaient un dernier vers de vin et James était en pleine conversation avec Carlisle. Bizarrement c'était la personne pour laquelle James avait le plus de respect. On voyait qu'il ne se forçait pas, peut-être parce que Carlisle avait un jour sauvé la vie de son ami. Je passais devant Rosalie et surpris une conversation qui m'interpellait. Je m'allongeais sur la chaise longue la plus proche en fermant les yeux, l'air de rien. D'ici j'entendais tout.
- Je suis surprise que Tanya ne soit pas venue cette année. Disais Rose.
- Non, madame était vexée. Répondait Victoria.
- Pourquoi ça, d'habitude et même si je n'apprécie pas cette fille …
- Moi non plus tu ne m'apprécies pas.
- C'est vrai, mais chaque année on fait la trêve pour Edward non?
- Oui.
- Donc, d'habitude Tanya est la première à sauter sur l'occasion, qu'est-ce qu'elle a? Elle a enfin compris qu'Edward se fout d'elle?
- D'après ce que je sais, elle a essayé à plusieurs reprises de le remettre dans son lit récemment, mais Edward lui a gentiment prié d'arrêter.
Je souriais intérieurement.
- Edward?! T'es sur de ça?!
- Je t'assure.
- Qu'est-ce qu'il a?!
Ma gorge se serrait. Victoria allait-elle cracher le morceau?
- J'en sais rien, il s'est peut-être acheté un cerveau entre temps.
Rosalie pouffait de rire. James intervenait en tendant la main à Victoria.
- Il faut y aller Vicki.
- Oui.
Les filles se levaient.
En passant devant moi pour partir, Victoria me faisait un clin d'œil. Je ne comprenais pas pourquoi elle agissait ainsi avec moi. Finalement, les choses qu'Edward leur avait dites n'étaient peut-être pas si terribles.
***
« 10 Aout : Il n'y a que moi … »
Je souriais en refermant le carnet. Mon portable vibra.
« Très bon moment avec toi tout à l'heure, j'espère pouvoir de rendre cette douce faveur très bientôt. Demain, 21h, je t'emmène dîner -E- »
Mon sourire s'élargit d'avantage.
Ce soir, je dormirais bien.
***
Le lendemain après-midi je décidais d'aller voir Alice à la boutique. Si je devais aller au restaurant avec Edward ce soir, je trouverais peut-être quelque chose de joli à porter. Je regarderais les rayons tout en discutant de tout et de rien avec elle, Alice ne s'apercevrait de rien. Le fait qu'Edward m'invite à dîner me rendait à la fois nerveuse et impatiente. Je savais que se n'était pas vraiment un rendez-vous et que les personnes qui nous croiseraient ne verraient que deux bons amis. On ne s'embrasserait pas, on ne se tiendrait pas par la main et toutes autres formes de démonstrations affectives seraient bannies. Pourtant, j'avais envie que ça en soit un. C'était ridicule de ma part, mais depuis la veille, je n'arrêtais pas de penser à ce qu'Edward m'avait dit. J'étais la seule à partager son lit. Comme si ça changeait la donne entre lui et moi. Etre exclusif n'avait jamais fait partie notre accord, nous en n'avions jamais parlé, nous n'étions pas un couple. Mais même si n'étions pas réellement ensemble, ce soir j'avais envie de le prétendre. J'avais envie qu'il n'ait d'yeux que pour moi. Je voulais lui plaire. Je voulais passer une soirée … romantique (ce mot sonnait faux dans mon esprit) avec Edward. C'était trop demandé de jouer la comédie une seule soirée ? Après tout, même si rien n'était officiel entre nous, nous avions passé beaucoup de temps ensemble et les choses que nous partagions n'étaient pas très éloignées des conventions habituelles.
Je secouais la tête : « Pourquoi je pense à ça … ».
- Bonjour belle étrangère ! Disait une voix dans mon dos.
- Jake !
J'étais à deux pas de la boutique.
- Ça va ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je viens rendre visite à Alice, elle travail pas loin. Et toi ?
- Un peu de shopping, il me montrait des sacs pleins de vêtements, j'ai eu une prime ce mois ci. Ma garde robe laissait à désirer. Jeans troués et T-shirt délavés.
Je riais et nous commencions à marcher ensemble.
- Ça fait un moment que je ne t'ai pas vu à la maison. Esmé te fait bosser non-stop ou quoi ?
- Non, rassure-toi. Je … je ne veux pas trop envahir ton espace c'est tout.
- Tu peux m'envahir autant que tu le souhaites ! Disait-il, avec un grand sourire. A quoi tu occupes tes après-midi ?
- Oh tu sais …
« Je les occupe avec Edward. »
- Je flâne par-ci par-là. Répondais-je vaguement.
- Que de mystère !
- Hey, c'est moi « La Fille Mystère ».
Contre toute attente, ma blague débile le faisait rire. J'allais entrer dans la boutique quand …
- Bella …
Jacob avait l'air mal à l'aise d'un seul coup.
- Jake ?
- Je me disais … enfin, je me demandais … si tu … tu sais …
- Si je sais ? Franchement ? Pas du tout. Plaisantai-je.
- On avait parlé de se faire un ciné un soir, toi et moi, et enfin… je me demandais si ce soir pouvait être CE soir ?
Sa tirade avait été aussi dure à sortir que ça l'était pour moi d'y répondre. Pourquoi fallait-il que se soit ce soir ?
- J'ai quelque chose de prévu pour ce soir.
La déception qu'il affichait alors me fendant le cœur.
- Mais un autre soir peut-être. Quand tu veux ! Me rattrapais-je.
- Tu ne peux pas plutôt décaler tes plans ? Bella, je répète mon discours depuis 3 jours tu sais.
- Je te fais si peur que ça ?
- Tu n'as pas répondu. Tu peux décaler ?
- Non. Pas cette fois Jake.
- Qu'est-ce qui peut-être si important pour que tu ne puisses pas voir un film avec un ami ?
« Ed… », J'aurais tellement aimé éteindre cette rengaine dans ma tête.
- C'est juste que je me suis déjà engagée ailleurs et …
- Tu …Bella, désolé d'être aussi franc mais, il faut que je sache quelque chose.
- Tout ce que tu veux.
- Est-ce que j'ai la moindre chance avec toi ?
Une boulle d'angoisse de formait dans ma gorge.
- Hey ! Qu'est-ce que vous faites là ? Lançait Alice en activant la clochette à l'entrée de magasin.
« Merci mon dieu, sauvée par le gong ! ». Je captais malgré tout le regard de mon ami : dépité. Triste.
- Je passais te voir. Jake et moi nous sommes rencontrés en chemin.
Je surprenais déjà le regard inquisiteur que m'envoyais mon amie. Cependant devant celui, peu sympathique, que je renvoyais, elle n'insista pas.
- Les visites surprises j'adore ça moi ! Entrez !
Il y avait peu de clients dans le magasin, l'après-midi commençait à peine. Alice passait derrière la caisse et encaissait un client. Jake se dirigeait vers le rayon homme et j'étalais ma frustration sur le comptoir en me frappant le front dessus.
- Qu'est-ce que tu lui as fais à ce garçon ? Grondait Alice en chuchotant.
- Rien ! Rien je t'assure ! Il voulait qu'on sorte comme … comme une sorte de rencard ou je ne sais quoi !
- Et ? !
- Et j'ai dis non.
- Bella …
- Quoi ? Comment lui faire comprendre que je ne souhaite être que son amie, sans lui faire de mal ?
- Bien, je vais te dire un secret ma petite.
Elle se penchait vers moi comme pour me faire une confidence.
- Tu ne peux pas !
Alice me donnait un coup sur la tête.
- Aïe !
- Franchement Bella, qu'est-ce qui t'empêche de lui donner sa chance ? Un soir, ça ne te coûte rien ! Jacob est craquant !
- Alice j'ai …
- Tu as ce jeans en L ? Demandait Jacob en montrant une pièce à Alice.
Celle-ci lui faisait un grand sourire et retournait avec lui dans le rayon pour trouver son bonheur. Je me mordais l'intérieur des joues en tapotant nerveusement sur le comptoir. Mes yeux divaguèrent sur les rayons en face de moi et un tissu noir, particulièrement brillant, attirait mon attention. Je m'approchais lentement de l'étalage, comme s'il allait me sauter à gorge. A chaque fois que quelque chose avait l'air d'être trop parfait pour être dans mes moyens, j'avançais lentement. Comme si la précision de mes pas pouvaient en faire baisser le prix. Je tirais le cintre à moi et admirais la plus ravissante des robes que je n'avais jamais vue. Ni trop courte, ni trop longue. Distinguée avec ce petit côté sexy. Une petite robe en satin sur la jupe, brodée en corset sur le buste, d'un fil fin bleu marine y dessinant des arabesques raffinées. C'était la robe qu'il me fallait. Cette fois il n'y aurait aucune distraction possible pour empêcher Edward de faire attention à moi.
- Elle est jolie hum ?
- Magnifique.
Alice me sourit.
- Tu crois que je pourrais l'emprunter une soirée ?
Elle me lançait un regard suspect.
- Je … tu as raison ! Je devrais donner une chance à Jake !
« Quelle menteuse je fais ! »
Déjà le visage de mon amie s'illuminait.
- Là dedans c'est plus qu'une chance que tu vas lui donner. Il risque la combustion spontanée !
- S'il te plait Alice, je te promets de te la ramener sans le moindre défaut !
- Tu as plutôt intérêt !
- Merci !
Je lui sautais au cou.
- Wooa « easy Tiger », je ne pèse que 50 kilos !
- Qu'est ce que j'ai manqué ? Demandait Jacob, après avoir payé son achat.
- Rien ! Lui lançait Alice d'un sourire plein de sous-entendus.
Je levais les yeux aux ciels, entraînant Jake dehors.
- Amusez-vous bien !
- Qu'est-ce qu'elle a ?
Une fois dehors, je haussais les épaules et commençait à m'éloigner, ma robe d'emprunt sur l'épaule.
- J'en sais rien.
***
J'avais eu l'impression que cette journée ne finirait jamais. Je n'attendais qu'une chose, l'heure de mon « presque rendez-vous ». Je n'avais jamais été aussi existée pour quelque chose depuis bien longtemps. Alice avait tenté de me pomponner comme pour la soirée du 4 juillet, mais j'avais besoin de m'occuper de moi toute seule. Certes, ça n'allait certainement pas être aussi sophistiqué qu'avec son aide, mais il faillait que je fasse le point et que je me concentre pour ne pas exploser. J'avais des palpitations, je voulais tout faire à la fois, j'allais et venais dans tous les sens de la pièce jusqu'à ce que mon cerveau me cris : STOP. Je faisais le point un moment, essayant de respirer normalement. Après tout c'était Edward, pourquoi me mettais-je dans des états pareils ? !
Une douche plus tard, je me retrouvais devant le miroir les cheveux mouillés et m'emparais du sèche-cheveux. Etrange cet objet dans ma main. C'était bien la première fois que j'en utilisais un. Quand j'appuyais sur le bouton et qu'un bruit assourdissant s'échappait de l'appareil, j'avais un mouvement de recul et le fixais comme un agresseur potentiel. Avec un peu d'appréhension, je rejetais les cheveux en arrière comme ces filles dans les films, et laissais l'air chaud essuyer l'humidité de ma chevelure. « Hey ! », je me débrouillais pas trop mal ! Enfin, c'était avait que je relève la tête et que je ne découvre que j'avais un nuage gonflé et vaporeux sur la tête. Je regardais de nouveau le sèche-cheveux : il m'avait vaincu. Finalement je brossais le tout et me retrouvais coiffée … comme d'habitude. En soupirant je me revoyais refuser l'aide d'Alice : « Stupide ! ». Trop tard pour ça maintenant, elle était partie voir Jasper. Je mettais un peu de poudre sur le visage, éternuais dans le poudrier et recommençais (sans respirer). Une vraie calamité ! J'enfilais ma robe. Là au moins, aucun problème, j'avais au moins appris à m'habiller correctement, bien qu'il m'arrivais régulièrement d'enfiler les deux jambes dans la même manche de pantalon.
A 21h tapante, j'entrais dans la grange. Personne. J'avais les mains moites et je ne savais absolument pas où les ranger. Dans cette tenue, pas de poches où les ranger : « Zut ! ». J'attendais donc patiemment en déambulant dans la grange. J'étais nerveuse. J'appréhendais le moment où il allait poser les yeux sur moi. J'aurais aimé qu'Edward en reste bouche bée, admiratif, nerveux … impatient que l'on arrive au dessert : « Bella tu divagues ! », Aurait dit Renée. « Oui, je sais. Ça n'est pas son genre ». Peut importe, ce soir je voulais espérer un changement. « Rien qu'un soir, s'il vous plait. ». Plus le temps passait et plus j'étais nerveuse, cherchant à orchestrer la première vision qu'il aurait de moi. J'essayais différentes positions, à plusieurs emplacements différents, tous aussi ridicules les un que les autres cependant, et même souvent inconfortables. Au bout d'une demi-heure, je commençais à perdre patience. Où était-il ? Au bout d'une heure à attendre dans le noir, je ne tenais plus et sortais mon portable.
« Vous êtes bien sur la messagerie d'Edward, laissez un message. Biipp ! ! »
Je raccrochais. Quelque chose clochait. J'essayais encore : « Vous êtes bien sur la messa… » et raccrochais de nouveau. Un mélange de déception et de colère bouillonnait à l'intérieur de mon ventre. J'avais envie de hurler. Je me sentais ridicule. Stupide. Voilà maintenant plus d'une heure que je l'attendais et rien ! Il ne viendrait plus. Edward venait de me planter. Comment avait-il pu ? ! Qu'avais-je fais ? ! « Non Bella, ne crois pas que c'est de ta faute ! ». Renée avait raison, je n'y étais absolument pour rien. Edward était le seul responsable, il allait le regretter. Comment pouvait-il me traiter comme ça ? ! Les larmes commençaient à me brûler les yeux. Des larmes de colères, de haines, de hontes aussi. Pourquoi avais-je espéré que d'un seul coup, Edward aurait plus de considération pour moi ? ! J'étais furieuse, je m'élançais dehors d'un pas décidé, refusant de laisser couler mes larmes. Si je ne pleurais pas pour ma mère, se n'était certainement pas pour Edward Cullen que j'allais le faire.
Je marchais tellement vite que je ne remarquais pas Jacob dans la pénombre et lui rentrais dedans, de plein fouet. Je m'écroulais par terre. Lui n'avait même pas vacillé.
- Bella ? ça va ?
Il m'aidait à me relever.
- Oui … non … je sais pas. Balbutiais-je.
- Tu t'ais fais mal ?
- Non.
- T'es sûre que ça va ? Qu'est-ce que tu fais là à cette heure ?
Je croisais alors son regard. Il avait l'air vraiment inquiet pour moi. Jacob avait toujours été si gentil avec moi et je n'avais fais que le rembarrer sans arrêt. Soudain je me rendais compte que je reproduisais exactement, ou presque, le même schéma destructeur envers Jacob, qu'Edward envers moi. Ça c'était absolument hors de question.
- Je venais justement te voir !
- Ah oui ? Demandait-il méfiant. Dans cette tenue ?
- Ça ne te plait pas ?
- Si, bien sûr que si. Tu es …magnifique. Époustouflante même.
Je sourirais devant son air admiratif. C'était vraiment agréable de se sentir apprécier à sa juste valeur pour une fois. Je n'étais pas du tout nerveuse avec Jake, mon cœur gardait une allure normale.
« C'est bien ça le problème ».
- Je voulais m'excuser de la façon dont j'avais réagis tout à l'heure. J'ai annulé mes plans.
Un sourire illumina son visage.
- C'est vrai ?
- Tu voudrais encore de moi pour aller voir un film d'horreur débile ?
Après un moment, il répondait :
- Si on part maintenant, on peut encore avoir la séance de 23h.
- Génial !
***
Contre toute attente, j'avais passé une excellente soirée. Jacob avait été adorable, drôle et prévenant. Il m'avait payé ma place, je lui avais offert le pop-corn. Une fois la rage et l'humiliation passée, j'avais cessé de penser à LUI. J'avais profité d'une soirée agréable avec mon ami et nous étions aller manger une glace en sortant. En fin de soirée, Jacob m'avait gentiment raccompagné à la villa et je l'avais gratifié d'un chaste baiser sur la joue qui l'avait fait rougir, même s'il avait tenté de le cacher. Sans Jake, cette soirée aurait été catastrophique. La déception que j'avais ressentie avait été tellement violente qu'à l'heure actuelle, j'aurais été dans mon lit recroquevillée sur moi-même, dans l'espoir que personne ne me trouve, jamais. C'est donc un peu plus sereine que j'entrais dans ma chambre, sans même allumer la lumière et commençais à dé-zipper la fermeture de ma robe.
- Bonne soirée ?
Je faisais un bon en arrière me pressant contre la porte du placard, mordant mes lèvres pour ne pas hurler. Edward était assis dans le fauteuil au coin de la pièce, dans l'obscurité. La Lune éclairait une partie de son visage. Je ne le voyais pas très bien, mais sa présence m'envoyait des ondes oppressantes. Il avait parlait d'une voix terne et sans vie. Si je ne le connaissais pas, je me serais enfuie en courant. Je ne me laissais pas impressionner cependant. Ma colère me donnait la force nécessaire pour lui tenir tête.
- Très bonne. Répondis-je sévèrement.
- Avec Jacob Black comment pourrait-il en être autrement. Je suis étonné que tu n'ais pas passé la nuit avec lui. Vous étiez si mignon tous les deux.
- Excuse-moi mais je ne vois pas de quel droit tu te permets de venir ici et d'émettre le moindre jugement sur ce que je fais de ma vie !
Je faisais un pas en avant, laissant exploser ma colère.
- Je t'ai attendu plus d'une heure ! Tu ne répondais même pas au téléphone ! Tu pensais vraiment que j'allais t'attendre patiemment et t'accueillir à bras ouverts ?
- J'ai eu un empêchement. Dit-il simplement.
- Un empêchement ? Un empêch … Les gens normaux téléphonent dans ces cas là Edward ! C'est pas possible d'être aussi égoïste !
Il se levait d'un bon, avançant rapidement vers moi, si bien que je reculais presque effrayé.
- Tu ne connais rien de moi ! Tu ne connais rien de ma vie !
- Je demande que ça ! Hurlais-je à mon tour.
Il était furieux, il tremblait de partout. Je ne l'avais jamais vu dans un tel état. J'avais peur. L'obscurité de la pièce n'arrangeait rien. Je cherchais l'interrupteur à tâtons, sans le quitter des yeux, et allumais. Edward reculait, éblouît, ça devait faire bien plus longtemps que moi qu'il baignait dans le noir. Quand je découvrais son visage, j'essayais de crier mais le son restait bloqué dans ma gorge. Son œil était gonflé, sa paupière prenait des teintes violacées l'empêchant d'ouvrir complètement l'œil. Il avait la lèvre ouverte et sa mâchoire semblait douloureuse.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Soufflais-je.
Il me tournait le dos
- Rien. Répondit-il, durement.
- Edward …
- Je suis tombé d'accord !
Il s'était retourné violemment vers moi, j'aurais juré qu'il avait les larmes aux yeux.
- On sait tous les deux que ce n'est pas vrai. Ais au moins la décence de ne pas me mentir. Pas après tout ce qu'on a vécu toi et moi.
J'essayais de rester calme alors que lui exultait de douleur et de rage.
- Et tu es qui pour moi hein ? ! On ne se connaît que depuis un ou deux mois et ça y est, tu es censé être la personne en qui je dois croire aveuglément ? !
- Si je suis une telle étrangère à tes yeux, qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? !
Il donnait un violent coup de point dans le mur. Je sursautais et m'écartais le plus possible de lui. En lisant la peur sur mon visage, il se calmait un peu.
- ça n'a plus d'importance maintenant, reprenait-il, c'était une erreur de se voir toi et moi. C'est trop la merde dans ma vie pour que je puisse autoriser ça.
- Autoriser quoi ?
- On devrait arrêter ces conneries avant que quelqu'un soit blessé.
Il s'apprêtait à partir.
- Oh non, tu ne t'en tira pas comme ça !
Je le retenais par le bras et le forçais à me faire face. Bien que son regard fût dépourvu de toute émotion, son corps tremblait de toute part et il était froid comme la glace.
- Je ne vais pas te laisser me traiter comme tous les gens qui essaient d'avoir le moindre contact avec toi ! Tu ne pourras pas toujours empêcher les gens de t'approcher Edward. Que tu le veuilles ou non, tu fais partie de cette famille. Il y a des gens ici qui tiennent à toi ! Je tien à toi !
- Je ne t'ai rien demandé. Soufflait-il calmement.
Sur ce, il se dégageait doucement de mon emprise et quittait rapidement la chambre.
***
J'étais bien restée une heure sur le sol de la chambre, essayant de comprendre ce qui venait de se passer, avant de me mettre au lit. Là encore, j'avais beau me tourner dans tous les sens, impossible de fermer l'œil. Il était déjà 4 heures du matin et pas le moindre signe de fatigue ne semblait vouloir venir. Je n'étais pas en colère, je n'étais pas triste, je ne comprenais simplement pas ce qui me renvoyait constamment vers lui. Je manquais quelque chose, un élément clé qui me permettrait de le comprendre. Apparemment, Edward était tellement replié sur lui-même qu'il préférait me rejeter plutôt que de me faire confiance et ça, c'était la chose la plus triste qu'il m'ait été donné de voir. Il finirait seul et triste, peut-être même qu'il mourrait jeune. J'étais certaine que l'idée ne le dérangerait pas.
J'enfonçais ma tête dans l'oreiller pour arrêter de penser à tout ça. Ça ne me concernait pas, j'avais déjà assez à faire avec mes problèmes. Mais le sommeil ne venait toujours pas. Je réalisais qu'aussi perturbé et dysfonctionnel qu'était Edward Cullen, j'avais envie de l'aider. De le sauver de lui-même, peut importe ce que ça en coûterait. Je voulais soulager sa peine et tuer ses démons, comme il tuait les miens. Le pire dans tout ça, c'est qu'il ne s'en rendait même pas compte. Alors je me levais, je m'habillais rapidement de quittais ma chambre.
Quand j'approchais du pool, le lumière étaient toujours allumée. Malgré le fait que les baies vitrées soient fermées, j'entendais le bourdonnement de la musique à l'extérieur. Une musique lente, triste, envoûtante. Je faisais coulisser la vitre et reconnais cette mélodie : Running up that Hill de Placebo. Cette chanson avait toujours eu un effet apaisant sur moi, engendrant toutes sortes d'introspections. J'entrais prudemment et refermais soigneusement derrière moi. Il était assis sur le canapé, me tournant le dos, je devinais cependant un verre de Whisky dans sa main et la bouteille quasiment vide posée sur la table m'en donnais confirmation. Enfonçant les mains dans mes poches, je faisais quelques pas vers le canapé, je savais qu'il avait remarqué ma présence.
- Tu ne dors pas ?
- Non. Soufflait-il.
Après un instant je continuais.
- Tu ne devrais pas boire autant.
- C'est mon premier verre … et ça apaise la douleur.
Mon cœur se serra.
- On peut parler ?
Il ne répondait pas.
- C'était une mauvaise idée … je m'en vais.
Je tournais les talons.
- Tu peux rester. Lançait-il, toujours aussi terne.
Je figeais mon geste et, après un long soupire, je contournais le canapé. Son visage était encore plus violet que tout à l'heure. Je m'assaillais sur la table basse en face de lui, il ne me regardait toujours pas. Ses yeux étaient perdus dans le vague.
- Tu vas voir un médecin ?
Il levait son verre, croisant enfin mon regard.
- C'est le seul médicament dont j'ai besoin.
- Très mature.
Un rire amer le secouait. Il se penchait en avant pour reposer son verre et quand il se pliait, son ventre tremblait et la douleur lui déformait les traits. C'était un spectacle affligeant.
- Laisse moi voir au moins.
Je tentais de soulever son t-shirt mais il m'arrêtait gentiment, attrapant mon poignet, et se levait. Il s'éloignait de moi pour s'adosser au mur opposé. Je l'imitais pour m'assoire sur le dossier du canapé. Nous nous fixons en silence pendant quelques minutes. La musique chantait toujours, augmentant la charge émotionnelle entre nous.
- Ecoute … pour tout à l'heure, commençait-il, je … je n'aurai pas dû te parler comme ça.
Je baissais les yeux.
- La soirée a été longue c'est tout et quand … je t'ai vu avec Jacob …
Il secouait la tête comme s'il se trouvait ridicule.
- C'est pas grave. Soufflais-je, mal à l'aise.
- Il y a beaucoup de choses que tu ne peux pas comprendre Bella. Dit-il, plus sérieusement.
- Que je ne peux pas ou que tu ne veux pas que je comprenne ?
- C'est pas comme si j'avais le choix. C'est compliqué … J'ai une vie bien plus compliquée qu'il n'y paraît.
- Je sais que tu ne me fais pas confiance, mais au moins ne me mens pas.
- Alors ne me pose pas de questions auxquelles je ne peux pas te répondre.
La musique envahissait l'espace vide de mot entre nous.
- Tu devrais partir. Bella … J'ai eu tord de t'entraîner là dedans. Cette chose qu'on a tous les deux, t'avais raison, c'est pas net. Tu mérites mieux que ça. Tu mérites quelqu'un qui prendra soin de toi …
- T'as raison.
Il se contenta de me regarder, l'air sombre.
- Tu as entièrement raison, sauf que …
Allais-je avoir le courage de le lui dire ?
- Je ne veux pas te perdre.
- Tu ne sais pas ce que tu dis.
- Au contraire… J'ai besoin de toi.
- Arrête de dire ça.
- Pourquoi ? C'est ce que je pense.
Il soupirait, comme si j'avais dit quelque chose de mal. Comme s'il avait fait quelque chose de mal. Quand il reposait les yeux sur moi, il semblait m'étudier attentivement.
- Pourquoi es-tu comme ça ? Demandait-il, doucement.
- Comment comme ça ?
Il prit un moment.
- Comme tu es.
Je ne trouvais rien à répondre à ça. Je ne savais même pas « Comment j'étais ». Alors il s'approchait d'un pas mesuré vers moi et m'embrassait, lentement, presque tendrement. Je ne répondais pas. Ce n'était pas comme d'habitude, trop profond, trop doux. J'étais terrifiée. Les choses venaient de changer. Ce baiser, à travers lui Edward me transmettait toute sa peine et toute sa confusion. Je ne savais plus quoi penser et me perdais bientôt dans le limbes de sa détresse. Répondant à son appel, lentement et calmement à mon tour. J'avais l'impression de planer, d'être en plein trip. Il me souleva du sol, soulevant mes fesses tout en continuant à m'embrasser. Je faisais attention à chacun de mes gestes, ne souhaitant pas lui faire encore plus mal. J'avais l'impression que tout son corps hurlait de douleur contre le mien. Et cette musique: "It doesn't hurt me, you wanna feel how it feels, you wan't to know that it doesn't hurt me", berçant notre étreinte, c'était presque irréel . J'avais l'impression que nous mourrions tous les deux ce soir et que cet instant était le dernier que nous partagerions. Il me transporta jusqu'à son lit et nous couchait dessus. Edward cherchait mes lèvres dans l'obscurité de la pièce. En temps normal, il les aurait trouvées immédiatement mais là, il faisait glisser son nez le long du mien, caressant mon visage comme si c'était la première fois qu'il le découvrait. J'étais triste maintenant, il souffrait. Je pouvais le sentir et je ne savais absolument pas quoi faire par rapport à ça. Je le faisais alors glisser sous moi et lui retirais lentement son t-shirt. Il avait du mal à lever les bras. Je jetais le vêtement sur le sol sans jamais le quitter des yeux. Quand m'examinais son torse, il était couvert d'hématomes. Un spasme me secouait et je croyais que j'avais fondre en larme, mais j'étais trop choquée pour ça. Il me releva le menton quand il remarquait que je focalisais sur ses blessures. Son front vint se poser sur le miens et nous respirions ensemble un instant. Mes mains l'effleurèrent et son ventre se contractait de douleur. Je réitérais le geste encore plus légèrement, cette fois aucune douleur. Nos étreintes sauvages n'avaient pas leurs places ce soir. Je devais prendre soin de lui. "And if I only could, I'd make a deal with God, And I'd get him to swap our places"
Je prenais soin de ne pas le blesser quand je l'embrassais à nouveau, essayant de me faire la plus douce possible. Ses mains glissèrent lentement sous mon haut et je prenais le temps d'apprécier la sensation de ses doigts remontant lentement sur moi avant de l'aider, retirant moi-même le vêtements. Ses mains allèrent se poser sur mes seins découverts, puis sa bouche, sa langue. Je frissonnais, rejetant la tête en arrière. Quand je captais de nouveau son regard, y lisant toujours la même peine, je me mordais les lèvres. Ce mélange de désir et de peine était si puissance. J'étais la fois dévastée et existée. Plus rien n'existait, comme si ma dernière heure était venue. Je n'avais jamais été aussi loin dans l'obscurité, sauf une fois, à la mort de ma mère. J'avais l'impression de m'enfoncer dans un trou noir d'une façon si délicieuse que j'en perdais la raison. C'était effrayamment bon. Je le libérais ensuite dans son jeans, sentant la bosse sous son boxer au passage de ma main. Je m'enroulais autour de lui, embrassant sa nuque, le noyant dans ma chevelure. Laissant mes hanches onduler lentement contre lui alors que sa respiration devenait erratique, entre le sanglot et l'exaltation.
Ensuite il me couchais et retirait le reste de nos vêtements. Je me tournais sur le côté, il s'allongeait derrière moi. Embrassant ma nuque, caressant ma cuisse, il entrait lentement à l'intérieur de moi. Nos gémissements impatients se rencontrèrent. Cette fois pas de précipitation, le temps c'était arrêté pour nous au moment où il m'avait embrassé. Il prenait son temps pour s'immiscer en moi et à chaque passage j'enfouissais ma tête dans mon bras pour ne pas crier. Tout était lent et mesuré et complètement envoûtant. J'avais l'impression de rêver. J'étais éveillée sans l'être, complètement droguée pour sa simple présence en moi. Il n'avait de cesse de chuchoter les paroles de cette chanson à mon oreille : « C'mon, baby, c'mon darling, Let me steal this moment from you now. C'mon, angel, c'mon, c'mon, darling,
Let's exchange the experience. », comme une formule qui m'attirait dans son monde. Nous n'avions jamais partagez une telle intimité. Il contrôlait mon corps, lui apprenant les mouvements d'une simple main sur mes hanches, d'une simple pression sur mon sein. C'était comme si je possédais son esprit en même temps que son corps. Quand cette pensée m'arrivait j'exultais de plaisir sur lui, laissant sortir ma plainte en même temps que la sienne. Un pur moment de plaisir. Deux âmes dans un accord parfait. Ce plaisir qui remontait le long de mon ventre pour exploser, me laissant palpitante dans les bras d'Edward.
Cette nuit là, il s'endormit dans mes bras. Cette nuit là, je restais éveillée pour veiller sur lui. Cette nuit là, je ne savais plus qui il était. Je ne savais plus qui j'étais. Mais surtout, je ne savais pas identifier cette chaleur infernale qui envahissait mon cœur et mon ventre quand il était près de moi, ni cette douleur qui me serrait la gorge. J'embrassais ses cheveux. Il était près de moi.
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Je sais, je sais ... Qu'est-ce qui s'est passé avec Edward? Hum ... il faudra attendre encore quelques chapitres pour le savoir. Merci encore pour tout le soutien que vous apportez tous à cette histoire, certaines de vos reviews sont magnifiques ! Je suis heureuse que BD soit dans vos coeurs !
Je dois finir CHRYSALIS ma première fiction cette semaine donc je ne sais pas quand le chapitre 7 sera en ligne.
Je voulais aussi dire aux deux auteurs de ANB, que je suis à fond avec elles pour leurs petites vacances bien mérités ! Courage les filles !
A ++ les gens !
