CHAPITRE VIII
SICKNESS OF THE PAST
***
Je courrais à travers les champs l'eau ruisselant sur mon visage. Je ne savais plus distinguer si c'était la pluie ou mes larmes qui, malgré mon acharnement à les retenir, perlaient aux coins de mes yeux. J'étais à bout de souffle mais je courrais quand même, impossible de m'arrêter. Je luttais pour ne pas sombrer et admettre la souffrance de l'abandon, encore une fois. D'un autre ordre certes, mais après la nuit que je venais de passer, le choque était tellement brutal qu'il faisait tout aussi mal. Je montais les quelques marches qui me séparaient de l'entrée de la maison rouge et frappais dessus comme une damnée dans l'espoir que personne d'autre que mon ami n'ouvrirait cette porte. Jacob ouvrait et son visage se décomposait en me découvrant dans cet état là, trempée jusqu'aux os.
- Bella?! Qu'est-ce qui se passe?! S'écriait-il en faisant déjà un pas dans ma directions pour me serrer contre lui.
Je l'arrêtais immédiatement, les mains devant moi pour l'en empêcher.
- Jacob, il ne se passera jamais rien entre nous ! Lançais-je brutalement.
Jake se figeait. Plus dans l'incompréhension face à cette soudaine révélation plutôt que dans la peine, heureusement. Je continuais, parlant très vite et d'une voix tremblante. J'enchaînais les phrases dans une frénésie qui ne me ressemblait pas.
- J'ai été injuste avec toi. Je n'aurais pas dû agir ainsi et te donner de faux espoir. C'était cruel de ma part, je m'en rend compte maintenant. Je ne veux pas te faire souffrir. Je suis horrible de t'avoir infligé ça … te laissant espérer un quelconque changement et …
- Ok STOP ! Criait-il en levant les mains en l'air.
Il me coupait dans mon élan et la stupidité de mon discours m'apparaissait. J'étais complètement incompréhensible et au bord de la crise de nerfs. Grâce a la sévérité dont il venait de faire preuve, je retrouvais l'usage de mes poumons et me calmait un peu. Maintenant le froid de la pluie sur mes vêtements détrempés m'apparaissait.
- Viens à l'intérieur. Leah aura sûrement des vêtements secs à te prêter et je vais te préparer un chocolat chaud.
Jacob ne m'avait jamais semblé aussi mature qu'à cet instant. J'étais perdue et il prenait les choses en main. Je le suivait à l'intérieur. Un feu crépitait dans la cheminée donnant un atmosphère apaisante au salon. Billy n'était pas là. Leah arrivait immédiatement près des moi, me posant une serviette sur les épaules et m'invitait à prendre place devant le feux pendant que son frère partait en cuisine. Elle s'asseyait à côté de moi sans un mot, seul ses petits regards en coins trahissait son inquiétude. Quand Jacob revenait quelques minutes plus tard, portant d'une grosses tasses fumantes dans les mains, Leah s'éloignait. Elle et Jake échangèrent un regard qui me donnait l'impression qu'ils communiquaient par la pensée. Jacob tendait l'une des tasses à sa sœur avant qu'elle ne quitte la pièce, il me donnait l'autre. Jacob prenait place à côté de moi, prostrée sur cette tasse que je tenais à deux mains, mes cheveux dégoulinant sur le planché.
- Bon, commençait-il, si tu m'expliquais ce qu'il se passe?
- Je suis désolée.
- C'est pas très précis comme réponse.
Je croisais son regard un instant. Malgré le ton léger qu'il essayait de donner à la conversation, son visage était très sérieux. Je reportais mon regard sur le chocolat, en inhalant les vapeurs, avant de m'expliquer.
- Je me suis rendue compte que j'avais été injuste avec toi en te laissant espérer des choses qui n'arriveraient pas. Ce genre de désillusion fait souffrir. Je ne voulais pas être responsable de ça.
Pendant de longues secondes il ne parlait pas et j'eus peur que tout soit déjà trop tard. Mais finalement je sentais sa main dans mon dos qui m'attirait à lui et je laissais ma tête reposer sur son épaule, pendant que nous regardions les flammes danser lentement.
- Tu ne m'as jamais rien promis Bella. Je t'avoue que je commençais à m'en douter un peu.
- Comment ça?
- Tu as toujours réussie à détourner la conversation ou à trouver une parade pour éviter toutes mes approches.
- Tu es mon ami. La première personne que j'ai rencontrer ici, je ne voulais pas te brusquer au risque de perdre ça.
- Tu es mon amie aussi. Même si j'aurais espéré un peu plus.
Nous nous taisions un moment.
- Tu es très mignonne tu sais? Tu me plais beaucoup, je ne peux pas nier, mais il arrive que ça ne soit pas réciproque et je l'accepte. Tu aurais dû me le faire comprendre dès le début, ça t'aurais évité tout ces remords.
- Je sais. Pardon.
- Parce que cette soudaine invitation au cinéma n'était pas des plus claire non plus.
Je me redressais. Un rire amère m'échappait quand je me rappelais la raison de ma subite invitation.
- Et franchement, tu n'as pas besoin de te mettre dans cet état pour moi.
- Je sais mais … La nuit à été longue. Je suis fatiguée je suppose.
- Cecina?
- Tu es au courant?
- On y est passé hier avec Seth et Leah ... une heure ou deux.
- Je ne t'ai pas vu.
- Moi je t'ai vu.
- Ah oui?
Il prit un instant et un petit sourire à la fois triste et complice se dessinait sur son visage.
- Tu embrassais Edward Cullen.
Ma gorge se serrait en même temps dans mon cœur s'accélérait et j'ouvrais des yeux gigantesques, rouge de honte.
- Pas besoin de faire cette tête là Bella, riait-il, ça arrive et tu ne me dois aucune explications.
- C'était rien du tout, je ne sais même pas ce qui nous a pris. J'avais sûrement trop bu.
- Vous aviez l'air proche pourtant.
- On en avait sûrement l'air mais c'était pas le cas. Cullen n'est qu'un coureur de jupon et je suis momentanément tombée dans le panneau. Répondais-je sévèrement et fixant les flammes.
- Et ça t'embête?
- J'ai été stupide.
- Il te plait?
Je ne répondais pas.
- Pardon, ça ne me regarde pas.
- On pourrait changer de sujet?
- Comme tu veux.
Leah arrivais à ce moment là et me tendait des vêtements secs.
- Tien, je pense qu'on fait à peu près la même taille.
- Merci. Je peux me changer quelque part?
- Dans ma chambre, répondait-elle, troisième porte sur ta droite.
Je me levais en rendait la tasse, vide, à Jacob avant de lui adresser un faible sourire.
Après m'être changée je regagnais le salon et trouvait Jacob et Leah devant une partie de Monopoli. Ce tableau me faisait sourire. Rien de tel qu'un petit Monopoli par un temps pareil. Ils m'invitèrent à jouer et je me plaçait entre les deux. La main rassurante de Jacob réussie à nouveau à me détendre et pendant quelques heures j'oubliais ce qu'il venait de se passer avec Edward.
En regagnant la villa en début de soirée, j'arrivais à la conclusion que je n'aurais jamais dû être aussi dépendante de lui. Cette relation n'avait été qu'une étincelle bien trop brillante et se consumant bien trop vite pour qu'elle soit saine. J'aurais finis par y laisser ma raison et aujourd'hui, ça n'était pas passée loin. Je pouvais contrôler la douleur, je pouvais la gérer, tout ça n'était que psychologique. Mais la colère, brulante à l'intérieur de moi, déversant de l'adrénaline dans mes veines, la colère qui me maintenait en vie aujourd'hui, était un poison que je ne me sentais pas capable de combattre. Si je me concentrais assez j'oublierais ces dernières semaines avec lui. J'en était capable. Il le fallait. Je ne pouvais pas me permettre de sombrer à nouveau.
C'est une fois que j'atteignais la villa que je me rendais compte que j'avais serrer les poings tout le long du trajet, entre ici et la maison des Black. Je regardais les petits sillons sanguinolents que mes ongles avaient laissés sur mes paumes.
C'était donc à sa que ressemblait la colère.
***
« Je rentrais d'une journée épuisante. Nous avions dû renvoyer l'infirmière à domicile la semaine passée car nous ne pouvions plus nous permettre de la payer. J'avais donc été obligée de laisser ma mère seule à la maison pendant une heure, alors que j'allais faire quelques courses au supermarché du coins. Je poussais la porte d'entrée de la maison avec un pied, les bras chargés de paquets, et déjà l'odeur de médicament et d'antiseptiques, cette odeur d'hôpital qui avait envahie ma maison, me frappais et j'avais la nausée. Prenant une profonde inspiration pour chasser cette sensation, je me dirigeais à la cuisine pour y ranger les courses.
- Maman ! C'est moi, criais-je dans le vide la pièce, je suis rentrée.
Je me penchais un peu pour vérifier le canapé du salon où je l'avais laissé. Pas de réponse. Ou peut-être dormait-elle? Afin de m'en assurer, je délaissais mes paquets et avançais lentement vers le canapé.
- Maman?
Je me penchais au dessus de la banquette mais Renée n'y était pas.
- Maman?! Demandais-je plus fort, soudain plus ferme et légèrement inquiète.
J'allais monter à l'étage même si je savais qu'elle n'avait pas la force de monter seule. Derrière moi, dans la cuisine, un verre se brisait. Je me retournais dans un sursaut, juste à temps pour voir une main blafarde glisser du plan de travail.
- Maman !
Je m'élançais vers elle. Elle était étendue sur le sol, baignant dans son vomis. Elle avait des convulsions et tout ses muscles étaient contractés. Je tombais à genoux sur le carrelage, hurlant son prénom pour la faire sortir de sa transe. Le froid de sa peau m'avait saisie dès l'instant où j'avais posé les mains sur elle. Cette sensation de froid me poursuivrait à jamais mais je luttais pour ne pas l'associer à ma mère. Je l'assise contre moi pour lui permettre de respirer normalement. J'essayais de comprendre où elle avait mal mais elle ne pouvait pas parler. Je me saisissais du téléphone, berçant nerveusement Renée contre moi, et composait le numéro du commissariat. Entendant les premières tonalités dans mon oreille, j'essayais de la rassurer :
- Ça va aller maman, j'appelle papa … il saura quoi faire … il saura quoi faire …
- Commissariat du 13ème, quel est votre urgence? Disait la standardiste dans mon oreille.
- Charlie Swan s'il vous plait !
- Il est en patrouille !
- Et bien rappeler le ! C'est une urgence ! Je suis sa fille !
- Un instant, je vais voir si je peux le joindre, je vous met en attente …
- Vous quoi?!
Et déjà une horrible musique d'attente remplaçait la standardiste.
- Allo? Allo?! J'ai pas le temps pour ça !
Je raccrochais violemment, balançant le combiner sur le plan de travail et soulevais Renée, l'attrapant sous les bras. A peine avais-je amorcée un mouvement pour la relever, qu'elle se tordait de douleur et vomissait à nouveau. Je tombais moi aussi sur les fesses, complètement impuissante. Je rassemblais mes forces, sentant mes larmes obstruer ma gorge et perler aux coins de mes yeux, pour ramper jusqu'à elle. Je devais être confiante et sûre de moi pour la rassurer.
- Maman, maman écoute moi, je vais t'emmener à l'hôpital … On va y aller toutes les deux mais il faut que tu m'aides un peu … Il faut que tu essais de te lever, je n'y arriverais pas toute seule.
Ma mère me fixait alors, de ses yeux vitreux ayant perdus leur étincelle de vie, et je lu en eux qu'elle m'avait comprise. J'enroulais tant bien que mal son bras autour de mes épaules et je passais l'autre autour de sa taille. La sensation de son corps frêle et amaigrie par la maladie atteignait mes doigts quand j'effleurais ses côtes apparentes. Il fallait que je l'emmène à l'hôpital. Rassemblant mon courage, je poussais sur mes jambes pour me relever et l'emportais avec moi.
Le trajet en voiture fut le plus long. Se concentrer sur la route en même temps que d'essayer de la garder éveiller était complétement flippant et je commençais à me demander si nous arriverions vivantes. Une fois aux urgences, je jetais ma Chevrolet n'importe où et allais aider ma mère à sortir de la voiture. Un coup d'œil sur son visage me coupais tout mes moyens. Du sang coulait de son nez, le rouge vif était encore plus impressionnant sur son visage desséché et blanc. Alors on me poussait en arrière, m'arrachant à Renée. Les infirmiers la portaient sur un brancard. Les sons et l'agitation autour de moi commençaient à se faire lointains, je ne voyais plus que ce brancard, alors qu'ils l'emportaient à l'intérieur. Je les suivais aussi vite que je le pouvais, essayant de ne pas perdre ma mère des yeux, mais ils allaient très vite. Un des infirmiers me posaient tout un tas de questions sur la condition de Renée et je devais me concentrer pour lui répondre sans tomber. Ils passèrent alors deux portes se refermant autour du brancard et on m'empêchait d'aller plus loin. Je restais figée devant les deux battants de ses portes, bougeant d'avant en arrière, ralentissant au fil du temps comme les battements d'un cœur sur le point de s'arrêter. Les personnes autour de moi continuaient leur vie, sans se préoccuper de savoir qui était cette fille en plein milieu du couloir, qui ne semblait pas réagir sur leur passage. C'était moi, j'étais devenue transparente. »
Je me réveillais en sursaut, tremblante et sur le point de hurler. Les images de mon passé voyageaient encore dans ma tête alors que je reprenais doucement conscience de l'endroit où j'étais. Dans ma chambre, chez les Cullen. Je me jetais en arrière, prenant mon visage dans mes mains, respirant lentement dans l'air confiné que je rejetais sur elles.
Ce jours était proche.
***
Cela faisait maintenant une semaine que je n'avais plus parlé à Edward. Évidemment, je le croisais occasionnellement. Après tout, il vivait ici. La première fois avait été une véritable torture. Nous nous étions retrouvé face à tous les autres, essayant d'agir normalement mais tout mon corps s'était raidie quand il était arrivé. Agir naturellement relevait d'un effort surhumain. J'avais soigneusement évité de me retrouver seule avec lui, éludant toutes ses réflexions, ne prenant pas part aux conversations quand il les animaient. Lui semblait mieux s'en tirer que moi, même si j'avais plusieurs fois croisé le regard navré qu'il me lançait quand personne ne regardait. Je lui rendais un regard d'encre et ce sentiment n'était pas simulé. J'avais une haine immense envers lui maintenant. Edward était celui qui avait faillie me faire craquer. Celui qui avait presque réussis à me faire perdre le contrôle que j'avais mis si longtemps à me construire après la mort de Renée. Ma carapace. Il m'avait rendue faible.
Alice avait insisté pour que je lui serve de modèle vivant dans son projet scolaire. Elle m'en parlait depuis des semaines et un jour, je n'avais plus eu d'argument pour l'en dissuader. Je me retrouvais donc à l'arrière de la boutique où elle travaillait, sa patronne lui en ayant laissé les clés. Alice en véritable professionnelle avait installé des spots et des tentures blanches sur les murs permettant de mieux capturer la lumière. Ce que je n'avais pas soupçonné, c'était qu'Emmett était aussi de la partie honorant les créations masculines de sa chère sœur. Il est vrai que sa carrure imposante était un atout précieux pour l'objectif. Son entêtement à me faire porter les modèles féminins, en revanche, restait inexpliqué. Ou était-ce seulement parce que Rosalie n'avait pas pu se libérer? Il faut croire qu'Alice était plus persuasive que je ne le croyais puisque que je m'apprêtais à vivre un nouveau moment de solitude face à la beauté et à l'élégance façon Cullen. Esmé avait également été mise à contribution, s'occupant de mes cheveux et de mon maquillage pendant que je découvrais les différentes tenues dans lesquelles j'étais censée me faire photographier. Alice avait un style très particulier, ni trop classique, ni trop extravaguant. Juste original. Tout à son image. C'était très joli, même si ce n'était pas le genre de vêtements vers lesquelles je me serrais naturellement tournée.
Quand Emmett eu fini, jouant son rôle avec une classe inégalable, je m'avançais timidement dans la lumière avec le premier ensemble. Une robe à la jupe noire évasée, des imprimés sur le haut. Un monstre à la gorge déployée semblant vouloir avaler tous ceux qui m'approchaient, ornait le buste de la tenue. Le tissu était fin et plutôt agréable à porter. Mes pieds s'ajustant dans une paire de Doc Martins noire dont Alice m'ordonnait expressément de ne pas en nouer les lacets. Je n'étais pas franchement à l'aise mais Alice avait travaillé dure sur son projet et elle méritait que je fasse un effort. C'était la première fois que je faisais ce genre de choses et cela se voyait. Sans ses instructions, j'aurais certainement pris la pause « photo d'identité » - « Souriez s'il vous plait » – Alice m'aidait à me détendre en faisant quelques plaisanteries me comparant à un bâton sur pattes. Elle n'avait peut-être pas tord. Je décidais donc de me détendre, faisant abstraction des « clik » incessants et la laissait faire le reste. Je me perdais lentement dans mes pensées, jouant avec le tissus voluptueux de ma jupe et laissais l'air (provenant d'un ventilateur devant moi) courir sur ma peau. Je me concentrais également sur la compilation qu'Alice avait mixé la veille pour l'occasion, tantôt lente – guitare sèche version acoustique – tantôt rythmé – House Music – Ces différents styles musicaux modelaient mon habitude devant l'objectif. Finalement, il suffisait de se laisser aller.
Après deux heures d'essayages, j'enfilais la dernière tenue, qui elle s'apparentait plus à ma garde robe habituelle. Un pantalon trois quart beige, un t-shirt bleu tombant sur les hanches, finis d'un gilet rose bonbon et de baskets montantes multicolores. Un ensemble un peu flashi mais je m'y sentais bien. Je me prenais au jeu quand Edward et James firent leur entrée dans la boutique. J'aurais voulu fuir mais j'étais coincée. Mon cœur se serrait quand je les voyait tous les deux, dans leur éternelle attitude suffisante. Emmett les accueillit et ils commencèrent à discuter. Le fait qu'il ne fasse pas attention à moi m'arrangeais et je me concentrais sur Alice. Mais finalement Edward s'était détaché des deux autres, le dos appuyé contre le mur, croisant les bras à sa poitrine et il me regardait. Il me regardait avec cette intensité dans le regard, comme si son regard me transperçait. Le même regard qu'à la plage ce soir là, avec une légère douleur assombrissant ses pupilles. Une douleur et beaucoup de désir également. Même si je prenais soins de l'ignorer, son regard sur moi m'envoyait des vibrations. Sans le voir, je le sentais. Ça lui plaisait de me voir jouer les modèles et déjà mon attitude changeait, je me sentais sexy non sans en éprouver de la culpabilité. Edward me rendait sexy même s'il ne méritait pas de ma part et tel changement. Apparemment Alice était emballée par ce nouvel éclat dans mes yeux. J'avais chaud, jouant de mes mains sur moi comme si elles avaient été les siennes. Il suivait mes gestes avec une attention très particulière, comme s'il était contre moi par la pensé. A quoi jouait-il à la fin? Ne pouvait-il pas me laisser tranquille? N'est-ce pas ce qu'il voulait? C'était ce que je voulais maintenant. Je voulais partir, me sauver, ne plus sentir ces vibrations incontrôlables se propageant dans tout mon être. Finalement, James coupait ce lien invisible entre nous en lui frappant sur l'épaule pour le ramener à leur conversation. Edward se détachait de moi et déjà je respirais mieux.
En fin d'après-midi, Alice me libérait enfin. Jacob et moi avions prévu de trainer un peu chez lui, nous regarderions des DVD en mangeant du pop-corn. Soirée classique pour les jeunes adultes que nous étions. Nous nous étions vu quasiment tous les jours cette semaine. J'appréciais vraiment sa compagnie maintenant que tout était clair et que je ne culpabilisais plus de me sentir proche de lui. Il me faisait rire et j'oubliais mes idées noires quand nous étions ensemble. A vrai dire, j'avais tout fait pour ne jamais être seule cette semaine. J'avais même laissé Alice me faire une manucure. J'avais peur de me retrouver seule avec moi-même et mon esprit trop actif.
J'allais me changer quand je croisais Edward dans le couloir me ramenant au devant de la boutique. Il n'y avait qu'une seule porte de sortie, j'étais malheureusement obligée de le croiser dans le petit encadrement de la porte. Après un instant d'hésitation pendant lequel j'envisageais de retourner avec les autres, je fixais mon regard sur mes pieds, serrant les poings, et passais rapidement devant lui. Je savais qu'il m'avait suivit du regard.
- On ne se dit même plus bonjour? Demandait-il lentement.
Je stoppais ma course et lui faisais face, pivotant lentement sur moi-même. Rien que d'entendre sa remarque, je retrouvais ma colère et la force de lui répondre comme il se devait, le visage froid et infaillible.
- Oh mais je ne voudrais pas « dériver », je faisais les guillemets avec mes mains sur ce mot alors que je le citais, encore plus en te saluant. Crachais-je amèrement.
- J'ai jamais dit qu'on ne devait plus se parler toi et moi.
Lui parlait calmement, l'air sombre. Comme si en dessous de cette apparence confiante qu'il se donnait, il s'excusait encore. Comme si il se souciait de moi. Mais je chassais rapidement cette idée de ma tête.
- Non, c'est vrai.
J'avançais lentement jusqu'à lui, les bras croisés sur ma poitrine, le fixant droit dans les yeux. Edward me regardait approcher sans bouger.
- Tu as dis qu'on ne devait plus être amis.
Je le fixais de plus près encore avant de reprendre :
- Tu vois, soufflais-je sur ses lèvres avant de reculer, je ne fais qu'appliquer tes propres règles Edward. Lançais-je, sévèrement.
Je soutenais son regard quelques instants. La colère reprenait possession de moi. Plus je lisais cette espèce de douleur et de culpabilité dans ses yeux et plus j'enrageais. De quel droit jouait-il les victimes? Je le bousculais volontairement pour passer et sortir de cette boutique.
Une fois dehors, je respirais à plein poumon. De l'air, de l'air, c'est tout ce dont j'avais besoin. Respirer et avancer. Alors je courrais. Je me mettais à courir si vite, que j'avais l'impression de ne plus toucher le sol parfois. Je courrais sans but à travers les rues étriquées de Volterra, juste pour sentir l'adrénaline et l'urgence, juste pour me vider la tête. J'avais l'impression de fuir une force invisible qui me ferait replonger malgré moi et je devais être plus force que ça. Je pouvais le faire. Je pouvais tout contrôler. Je slalomais entre les gens que je rencontrais dans ma course. Je n'avais jamais été aussi habile. Mes poumons me brulaient, mon cœur cognait dans ma poitrine mais j'allais quand même aux limites de ma force physique. J'avais l'impression de distancer toutes les tentations, toutes la colère et toute les sensations qui embrouillaient mon esprit. Une sensation de liberté m'imprégnait alors que j'accélérais encore le rythme de mes jambes. J'arrivais alors à une allure que je ne me serais jamais crue capable d'atteindre. Je quittais les ruelles et arrivais à la route principale au centre de la ville, la seule avenue de Volterra.
« Bella ! », criait une voix dans mon dos.
Je me retournais juste à temps pour voir Emmett et Alice à 200 mètres de moi me faire de grands signes affolés. Je n'en compris la raison que quand quelque chose de lourd percuta mes genoux et que je tombais sur le sol. Là tout ralentie devant mes yeux. Ma tête percutait le sol mais je n'avais pas mal. Alors que plein de petits points noirs obstruaient ma vue et que les images s'éloignaient de moi, mes derniers souvenirs surgirent devant mes yeux. Un crissement de pneu, mon prénom hurlé derrière moi, Alice et Emmett, ma course … Le choc. Non, je manquais quelques chose. Quand je m'étais écroulée, j'avais eu le temps d'apercevoir Edward et James quitter la boutique, sur le trottoir opposé à celui d'Alice et Emmett. J'étais lentement tombée sur le sol et alors Edward avait changé sa trajectoire. C'était lui qui avait crié mon prénom. Il s'était mis à courir, passant par dessus le capot d'une voiture en ignorant les cris de son propriétaire.
- Bella?! Est-ce que ça va?! Parle moi !
- Edward … Soufflais-je, complètement sonnée.
- Tu as mal où?
- Mal? Non …
- Elle est sortie de nulle part, je n'ai pas eu le temps de freiner ! Disait une voix masculine que je ne connaissais pas.
- Ma tête … Soufflais-je.
- Ça va aller Bella, on va t'emmener à l'hôpital.
- L'hôpital?
- Dans la voiture d'Emmett vite!
- Alice? C'est toi?
- On est là Bella, ça va aller !
- Pas l'hôpital. Je vais bien …
- Tu peux te lever? Disait Edward en me soutenant.
- Oui.
Il m'aidait à me relever, mais à peine je posais le pied par terre et mes jambes cédaient, ma tête prise dans un tourbillon de points noirs. Je m'écroulais de nouveau sur le sol. Les cris de cet homme inconnu redoublèrent d'intensité, tellement fort que j'avais l'impression qu'ils m'arrachaient les oreilles. Maintenant que je prenais conscience qu'une voiture venait de me percuter, ici, allongée sur la route, je me sentais décollée du sol. Le visage d'Edward pour seul panorama, ses bras autour de moi. Je remarquais aussi le conducteur au bord de la crise de nerf qui venait de me renverser. Il essayait de faire parler Edward mais celui-ci ne l'écoutait pas et il m'emportait avec lui. Alice et Emmett tentaient de calmer Tyler , dont Alice venait de découvrir le prénom. Ce bruit devait cesser, j'enfonçais mon visage dans le cou d'Edward, m'accrochant à son t-shirt et laissais son parfum me bercer, sentant la fatigue m'envahir. Edward disait quelque chose avant de m'allonger à l'arrière d'une voiture, mais je n'avais rien entendu. Je ne saisie que « Carlisle » avant de m'endormir. Je crois que je dormais.
***
J'ouvrais doucement les yeux. Je n'osais pas bouger de peur de réveiller une douleur dont je ne connaissais pas encore l'existence. Un petit tour d'horizon m'apprenait que je n'étais pas à l'hôpital. C'était déjà une bonne chose. Aucun bruit de moniteur, pas de capteur sur moi. Non, se n'était pas l'hôpital. Je me redressais lentement sur mes coudes. J'étais dans ma chambre, chez les Cullen et mis à part l'impression d'avoir la gueule de bois, je n'avais pas mal. Quelqu'un entrait dans ma chambre, doucement, comme pour ne pas me réveiller. C'était Carlisle et Esmé.
- Bella ! Comme je suis soulagée que tu sois réveillée.
Esmé m'embrassait sur le front.
- Qu'est ce qui s'est passé?
Il ne faut pas traverser une rue sans regarder à droite et à gauche avant. Tu aurais dû savoir ça à ton âge jeune fille. Me sermonna Carlisle.
- Qu'est-ce qui t'a pris enfin? Enchaînait Esmé.
- Je sais pas trop. Je voulais courir.
- Il y a des stades pour ça Bella. J'étais morte d'inquiétude quand Alice a téléphoner.
- Je sais, pardon.
- Tu as eu de la chance, commençait le docteur en s'asseyant au bord du lit, tu t'ai méchamment cognée la tête mais je ne détecte aucun traumatisme. Tu auras sûrement quelques contusions sur les jambes mais rien de grave. La prochaine fois tu pourrais ne pas t'en sortir aussi bien, fais attention.
- J'essaierais.
- Une bonne nuit de repos te feras le plus grand bien. Nous n'avons pas prévenu Charlie, de peur de l'inquiéter plus que nécessaire. M'informait Esmé.
- Merci.
- Tyler, le conducteur qui t'a renversé, te présente toutes ses excuses. Alice et Emmett ont mis plus de deux heures à le calmer.
- C'est plutôt à moi de m'excuser d'avoir foncé sur lui.
- Ne sois pas trop dure avec toi même, ça arrive à tout le monde.
- De se faire percuter par une voiture?
Esmé me regardait, confuse.
- Bon d'accord, admit-elle, ça n'arrive qu'à toi.
Je lui souriais.
- Nous devrions la laisser dormir. Disait Carlisle en escortant sa femme jusqu'à la porte.
- Appelle moi si tu as besoin de quoi de se soit. Me disait Esmé
- Promis.
Le docteur Cullen, ouvrait la porte. Esmé étant devant moi je ne voyais pas ce qui avait empêché sa progression.
- Humm Bella? Commençait Carlisle.
Esmé s'écartait.
- On va y aller. Disait-elle en rejoignant son mari.
- Salut.
Je découvrais alors qu'Edward se tenait dans l'encadrement de la porte. Sa mère lui embrassait la joue avant de quitter la pièce.
- Je venais voir comment tu te sentais.
- Ça va.
- Bien.
Un silence pesant remplissait l'espace qui nous séparait.
- Bon … Je vais te laisser alors.
Déjà il faisait demi tour.
- Edward attend.
Il s'arrêtait à la porte, me tournant le dos.
- Merci … pour m'avoir aidé tout à l'heure.
Edward se retournait sans pour autant me regarder.
- Quand je t'ai vu tomber par terre je … J'ai eu peur.
- Moi aussi. A vrai dire non, j'ai pas compris ce qu'il m'arrivait et quand j'ai repris conscience, tu étais là donc … merci.
Il avançait lentement jusqu'au lit et s'accroupissait au niveau de ma tête, appuyant ses coudes sur le matelas, le menton contre ses mains liées devant moi.
- Qu'est-ce qui y a?
- Il faut que je sache quelque chose.
- Je t'écoute.
Il soupirait, contractant ses poings comme s'il contenait sa colère.
- Edward?
- Est-ce que j'ai quelque chose à voir dans cet accident?
Quand il relevait les yeux vers moi, son regard était sombre. La mâchoire contractée, il avait craché cette phrase comme s'il me reprochait quelque chose.
- Que je sache, tu n'as pas dit à ce Tyler de me percuter.
- Tu étais en colère quand tu as quitté la boutique.
- Non.
- Je l'ai vu dans tes yeux. Tu ne supporte pas de me voir. Je le sais, ne me ment pas. Ce n'est pas parce que l'on joue la carte du politiquement correct devant tout le monde que c'est le cas en réalité. Je t'ai blessé.
- C'est vrai. Répondis-je plus durement que je ne l'aurais souhaité.
- Donc, tu étais si préoccupé par ça quand tu es partie que tu n'as pas vu la voiture arrivée. C'est de ma faute.
- C'était un concours de circonstance.
- Tu es folle.
- Je te demande pardon?!
- Tu crois vraiment que je suis quelqu'un qui vaux la peine de se mettre dans un état pareil?!
- Non je te rassure!
Il était entrain de me faire la morale, son ton m'énervait prodigieusement. Il me traitait comme si j'étais une petite gamine irresponsable.
- Bon très bien alors ne me refait plus jamais une chose pareille !
- Et qu'est-ce que ça peut te faire?!
Il se relevait.
- Tu n'as vraiment aucune idée de tout ce qui se passe.
- J'en sais assez. Crachais-je sévèrement.
Il s'approchait rapidement de moi, saisissant mon visage et me fixait droit dans les yeux avec une certaine hargne. J'avais presque peur.
- Tu ne sais rien du tout. Prononçait-il en détachant chaque mot.
- Explique moi …
Il me fixait en silence. La pression de ses mains sur mes joues se fit moins pressante, ses yeux perdirent de leur colère. Il embrassait mon front, appuyant plus longtemps que nécessaire ses lèvres sur moi. Je fermais les yeux malgré moi, appréciant seulement cette sensation qui ne m'étais pas complètement étrangère. Quand il reculait, son pouce s'attardait sur ma joue dans une douce caresse. Je sentais sa respiration sur mes lèvres.
Quelqu'un se raclait la gorge à l'entrée de la chambre. Je sursautais.
- Je dérange?
- Jacob !
Edward soupirait sur mon front et se relevait, son regard ayant retrouvé sa dureté.
- Non, je partais.
Il marcha droit vers la porte sous l'œil mauvais de Jacob mais Edward n'y prêta pas attention et sortit de la chambre. Je restais figée en rejouant mentalement l'image de sa sortie dans ma tête. Jacob marcha vers moi et me prise dans ses bras.
- Je vais bien ne t'inquiète pas.
- C'était quoi ça?
- De quoi?
- Qu'est-ce qu'il faisait là?
- Rien … Il m'a aider après accident, il venait voir comment j'allais c'est tout.
- Si tu le dis.
- Bon, on se le fait ce film? Demandais-je en souriant, désireuse de changer de sujet.
Après ça, Jake réussi à se détendre.
***
« Je n'avais pas quitté l'hôpital depuis une semaine. Mon père me relayait le soir au chevet de ma mère. Les médecins nous a avaient conseillé de ne plus ramener maman à la maison après son attaque. Elle était sous surveillance constante mais son état avait été stabilisé. Elle dormait beaucoup et la plupart du temps, elle ne se rendait pas compte que j'étais là mais, peu importait, je ne voulais pas la quitter. Après de longues heures de silence, elle bougeait. Je me redressais immédiatement sur mon siège. Elle tournait lentement la tête vers moi et esquissait un sourire. J'approchais pour lui prendre la main.
- Tu es là?
- Bien sûr.
- Tu ne devrais pas passer tes journées ici mon ange, profite de ta jeunesse.
- C'est ce que je fais.
Elle me lançait un regard sévère.
- Je t'assure. J'ai choisie d'en profiter ici avec toi.
- Tu es gentille, elle me prenait la main, dis moi ça fait un moment que je n'ai pas vu Mike...
- C'est parce qu'on est plus ensemble maman.
- Et pourquoi ça?
- Je sais pas … Il était adorable mais … Je suppose que ce n'était pas le bon c'est tout. Je ne voulais pas lui mentir.
- Et qui s'occupera de toi quand je ne serais plus là?
- Maman ! Arrêtes de parler comme ça !
- Bella tu dois te préparer à cette éventualité.
Je me levais et faisais quelques pas dans la chambre.
- Je refuse que tu mette ta vie entre parenthèse si jamais je disparais.
- Maman …
- Tu devras être forte Bella et continuer à avancer. Ne t'apitoie pas sur ton sort ou le mien. Vie, profite !
- Arrête je t'en prie !
- Tu dois t'y préparer Bella, mais s'il te plait promet moi une chose.
- Quoi?
- Arrête d'aller fouiller dans le frigo pendant la nuit tu veux? Disait-elle avec un faible sourire.
- Maman …
Je me jetais dans ses bras en sanglotant alors qu'elle me caressait doucement les cheveux. L'idée que ma mère disparaisse m'étais insupportable. J'avais encore besoin d'elle. Je ne pouvais pas vivre sans elle. Le fait de la sentir s'éloigner un peu plus chaque jour rendais la chose encore plus réelle. J'avais besoin d'elle.
- Et si tu allais faire un tour avec des amis pendant une petite heure.
- Je ne veux pas partir. Pleurnichais-je. Je ne peux pas.
- Bien sûr que si enfin, il te suffit de passer cette porte.
- Maman … Protestais-je.
- Bella, disais-elle plus sévèrement, je serais encore là à ton retour. Sors, amuse toi … Fais le pour moi.
Elle me repoussait gentiment et je me forçais à reculer, sans la lâcher des yeux. Je séchais mes larmes du revers de ma main. Ma mère me souriait.
- Profite de la vie ma fille. Je t'aime.
- Je t'aime aussi maman.
- Va.
Je reculais encore et quittais sa chambre dans un déchirement absolu. Je ne voulais pas la laisser mais elle me le demandais, comment le lui refuser? J'appelais Jessica et Mike, les deux seules personnes que je pouvais considérer comme des amis même si je ne les avais pas appeler depuis des siècles. Mike me répondit le premier et ne fit aucune allusion à notre rupture. Il avait compris que se n'était pas le moment approprié pour ça. Jessica, quant à elle, avait accepté plus par pitié que par envie mais peu importe, j'obéissais à Renée. Nous nous étions retrouvé au Starbucks le plus proche et pendant une heure nous avions échangé des banalités. Comme avant la maladie, à la sortie des cours. Ils parlèrent plus que moi, me racontant les nouvelles de l'école et de se qu'ils avaient fait en cours. Jessica s'était considérablement rapprochée de Mike depuis mon départ. J'avais toujours soupçonné qu'elle avait des vues sur lui pendant que nous sortions ensemble. Maintenant que c'était fini, elle usait de tout son charme pour le séduire, malheureusement pour elle Mike n'avait d'yeux que pour moi. J'en aurais culpabilisé si jamais mon esprit n'avait pas été aussi préoccupé. C'était agréable de capter son regard doux et patient sur moi. C'était un peu comme s'il souhaitait me protéger. Il s'attendait peut-être à ce que je fonde en larme dans ses bras. Ça ne serait pas le cas, mais c'était bon à savoir. Mike était vraiment un type bien. Je ne le méritait pas. J'espérais qu'il se trouve quelqu'un qui lui rendrait tout cet amour qu'il m'avait donné. Quand je quittais le café, je devais avoué que cette sortie m'avait quelque peu changé les idées. Pendant quelques instants, Renée était passé au second plan et j'avais joué les jeunes filles de 19 ans. Une vie normale en soit. Maintenant j'avais envie de retrouver ma mère, j'avais rechargé mes batteries.
Je sortais de l'ascenseur et longeait ce couloir qui était presque devenu ma seconde maison maintenant. Je le connaissais par cœur, j'en connaissais chaque recoins et chaque porte. Son odeur m'était devenue familière, je ne sentais presque plus l'odeur de l'antiseptique. Le personnel de l'étage connaissait mon visage et les infirmières étaient toujours très gentilles avec moi. Bizarrement ce soir, elles ne me regardaient pas, je n'eus pas le droit au petit sourire polis de tous les jours. Étrange. Quand j'approchais de la chambre, je trouvais Charlie prostré devant la porte. Raide, comme sans vie. Une boule se formait dans ma gorge et j'avançais plus vite. Quand j'arrivais à sa hauteur, je posais ma main sur son épaule et mon père sursautait, me renvoyant un regard vide et vitreux. J'aurais voulu parler mais aucun mots ne sortirent de ma bouche. Mon corps avait compris avant mon esprit. Déjà je tremblais, déjà j'avais mal, tout mon corps se contractait dans la prise de conscience qui cheminait en moi. Je quittais mon père des yeux et le reportait sur la porte devant lui. Je mis une seconde avant d'amorcer un pas vers l'entrée.
- Bella … Non … Disait-il d'une voix tremblotante.
Il m'attrapait par les épaules pour m'empêcher d'avancer mais je m'en dégageais violemment. J'avançais rapidement dans l'encadrement de la porte pour raconter à ma mère à quel point ils étaient tous stupides dehors, tous ceux qui la croyaient … MORTE.
Mais son lit était vide maintenant. René n'était plus là. Ils avaient raison. Renée était partie. Je ne sais pas comment mais je me retrouvais par terre dans les bras de Charlie. Je suffoquais, je ne pouvais plus respirer, l'air passait difficilement dans mes poumons, ma poitrine était secouée de violents soubresauts et les larmes coulaient inexorablement sur mon visage, aveuglantes et brulantes.
« - Elle fait une crise spasmophilie! » Criait une femme derrière moi « - Un masque à oxygène vite ! »
- Je … JE …
- Ne parle pas … ça va aller … Ne parle pas ma fille chhuutt … ça va aller.
Mais les larmes de Charlie se mêlaient déjà aux miennes. Elles étaient plus fraiches que les miennes quand elles tombaient sur mes joues.
- Je n'ai même pas … dis …
- Bella ! Bella ! Respire ! Criait le médecin me forçant à porter ce stupide masque.
J'étais allongée par terre maintenant.
- Dis … Je ne lui ais même pas dis, je repoussais ce masque et regardais mon père au dessus de moi, sa main dans mes cheveux, dis au revoir … Je ne lui ais même pas dis au revoir !
Je sombrais dans une crise de larme presque hystérique, mes tremblements n'ayant jamais été aussi violents. Les infirmiers me maintenaient la tête et le médecin replaçait le masque sur mon visage. L'oxygène m'embrouillait déjà l'esprit, je sentais mes yeux se fermer. Mes larmes coulaient toujours sur mes joues. Le noir fit son apparition et juste avant de sombrer dans l'obscurité, j'attendais les cris désespérés et tristes de mon père, alors qu'il fondait en larme dans plainte longue et déchirante. »
J'ouvrais les yeux. J'avais pleuré dans mon sommeil. Un regard sur le réveil m'indiquait qu'il était 5 heures du matin. C'était le jour. Aujourd'hui cela faisait 2 mois exactement que ma mère était morte. Cette journée serait interminable.
***
La journée n'avais été qu'une grosse mascarade. Tout le monde était au courant de ce qu'il représentait pour moi et tout le monde me regardait avec pitié comme s'il s'attendait à ce que je meurs à mon tour aujourd'hui. Je n'avais fais que prétendre, encore et encore, minutes après minutes, secondes après secondes, que tout allait bien. J'avais du jouer la comédie toute la journée afin qu'ils sachent que j'allais bien et qu'ils ne s'inquiète pas. C'était épuisant de mentir ainsi, de ne pas pouvoir se laisser aller. Mais en avais-je seulement envie? Non, je devais être forte. Je le lui avait promis. Mais pourquoi fallait-il qu'ils me dévisagent tous ainsi?
Esmé avait organisé un repas ce soir là. Tout le monde y était convier. Les Cullen, les Black, James et Victoria et cet homme, Laurent. J'avais une fois de plus remis mon masque de fille enjouée et m'étais forcée à me mêler à toutes les conversations, mais je n'avais souhaité qu'une chose tout au long de la soirée : m'en aller, dormir et attendre le lendemain. Une séance photo avait été organisée. Esmé souhaitait avoir une photo de famille, elle avait insisté pour que j'y figure. Mais elle avait également souhaité que James y figure. Me ranger au même rang que lui était absurde, mais Edward, coinsé entre James et moi, semblait trouver l'idée raisonnable. Je compris alors pourquoi sa mère l'avait voulu sur ce cliché. Nous recommencions la photo plusieurs fois car Esmé ne la trouvait pas « assez naturelle », finalement c'est une des prise les plus ratées qu'elle préféra. Personne n'avait regardé l'objectif, Edward et moi avions même contenu notre fou rire et échangeant un regard. La nervosité peut-être.
Ensuite nous avions dîné. C'était un buffet ouvert et tout le monde avait manger en petit groupe au quatre coins du salon. J'avais mangé à côté de Jake et Rose. Ces deux là étaient plus naturels que tous les autres même si je savais qu'ils étaient conscient de la date. Edward était avec ses amis, il paraissait assez dépité ce soir. Mal à l'aise. Peut-être était-ce dû au regard méfiant que James lui lançait constamment. Je ne m'attardais pas sur le sujet et bientôt je prenais congé. Jake proposait de marcher un peu avec moi avant, ce que j'acceptais volontiers. Juste avant que nous sortions de la villa, Edward me saisit par le bras et m'éloignait de Jacob. Je me dégageais doucement, cherchant à savoir ce qu'il voulait.
- J'espérais qu'on pourrait discuter ce soir.
- Discuter? Demandais-je surprise.
- Ça fait longtemps que ne s'est pas retrouvés tous les deux.
Il me semble qu'il y a une raison logique à ça non, tu ne le voulais plus.
- Ce soir, je ferais une exception.
- Pourquoi?
- Je … Bella … Je … J'ai pensé que …
- Je ne pense pas que ça soit une très bonne idée Edward. Et puis, je pointais James derrière nous, il me semble que ton ami a avalé de travers là bas, il a pas l'air heureux, tu devrais aller voir ça de plus près.
- Laisse le de côté un instant.
- L'as-tu seulement déjà fais?
Il ne su pas quoi répondre et j'en profitais pour m'enfuir avec Jake.
Vingts minutes plus tard j'étais de retour dans ma chambre. Cette maudite journée allait enfin prendre fin. Enfin. J'entrepris de me déshabiller et allais prendre mon pyjama dans le placard. J'attrapais le cintre sur lequel il reposait mais il tissu me glissait des mains et tombait sur le sol. Dans un soupir je me baissais pour le ramasser et quand je m'en saisissais, je révélais une inscription sur le côté du mur que je n'avais jamais vu avant aujourd'hui.
« Ici a vécu René ! Volterra ma maison ! Été 1988. Que la personne qui lira ça, prenne autant de plaisir à y vivre que moi »
Soudain je ne respirais plus.
***
C'était trop. Beaucoup trop à supporter pour une seule personne. Je partais complètement à la dévire. Je ne pouvais plus respirer. Je reculais, m'aidant de mes mains, me trainant sur le sol pour m'éloigner le plus possible de ce placard. Je ne me souvenais même pas être tombée. Je voulais crier mais aucun son ne sortait de ma bouche. Pourquoi aujourd'hui? Pourquoi maintenant? Je vivais ici depuis presque deux mois et je ne remarquais cette inscription que ce soir. Précisément ce soir, 2 mois après sa mort. La vie était injuste, quelqu'un semblait s'acharner sur moi aujourd'hui. J'avais été forte jusqu'au bout, jusqu'à ce que tout le monde soit rassuré sur mon état mentale mais maintenant s'en était trop, je n'en pouvais plus. Je fondais en larmes pour la première fois depuis l'enterrement. Mes mains remontaient sur mes joues, formant des griffes, je m'écorchais littéralement le visage tout en laissant sortir ma peine et ma colère, mais je n'avais pas mal. Non, tout en enfonçant mes ongles dans mes joues, je n'avais pas mal. J'en éprouvais presque du plaisir au contraire. Comme si la douleur que je ressentais à l'intérieur, cette boule qui me serrait la gorge et me donnait envie de mourir à mon tour, était atténuée par la blessure que je m'infligeais volontairement. Comme si cette sensation s'échappait des petites rainures rouges que je creusais dans mes joues, mes larmes lavant la douleur au passage. J'en voulais au monde entier, je m'en voulais à moi même de ne pas être plus résistante que ça. J'en voulais à une puissance invisible qui semblait vouloir me voir dans cet état. Je réussissais à sortir de ma léthargie et ressentis le besoin urgent de penser à autre chose, de trouver une échappatoire. Mon échappatoire. Maintenant. J'allais devenir folle sinon, il y avait urgence.
Sans savoir comment j'avais réussie à marcher jusqu'ici, je me retrouvais au poolhouse pour la première fois depuis deux semaines. J'entrais sans frapper, sans même hésiter. Je n'étais focalisée que sur une seule chose, le trouver. J'entrais dans la chambre. Il était couché dans son lit. Paisible. Ma respiration irrégulière et bruyante l'avertit cependant et il se dressait d'un bon pour me voir. La surprise se lisait sur son visage.
- Bella? Disait-il d'une voix endormie. Qu'est-ce qui se passe?
Alors que je marchais rapidement pour le rejoindre, il se levait. Je me ruais sur lui et l'embrassais, attrapant ses lèvres avec rage, mais cette étreinte fut courte. Très vite, Edward avait délié mes mains de sou cou et me repoussait gentiment.
- Qu'est-ce qui te prend?
- Tais-toi et embrasse moi.
J'essayais de l'embrasser à nouveau. Là encore, il attrapait mes poignets avant que je ne puisse faire quoi que se soit.
- Du calme. Tu trembles comme une feuille. Bella, qu'est-ce que tu as?
- Je t'en pris … Je t'en pris Edward, sanglotais-je, je t'en pris …
- Quoi? Bella … Qu'est-ce que tu as? Demandait-il inquiet.
- Arrête de me poser autant de questions. Je veux que tout redevienne comme avant.
Je tentais une nouvelle approche mais ses mains refermées comme des étaux autour de mes poignets m'en empêchèrent, décuplant mes gémissements plaintifs mêlés de larmes. Il soupirait, n'osant croiser mon regard.
- On en a déjà parlé.
- Je m'en fiche … fais comme s'il ne s'était rien passé, rien que cette nuit. S'il te plait.
Libérant mes poignets, je me serrais contre lui, mais ses bras restèrent figés le long de son corps.
- Fais la partir. Fais partir la douleur, je t'en supplie. Soufflais-je dans son cou, juste en dessous de son menton.
Mes jambes lâchèrent et je glissais sur le sol. Ma chute aurait été plus brutale toutefois si Edward ne m'avait pas accompagné. Il avait entouré ma taille et nous nous retrouvions tous les deux assis par terre. J'explosais littéralement dans ses bras. Mes larmes coulaient sur son torse et ma plainte remplissait la pièce. Il me berçait doucement, maintenant mon visage contre lui. Il me serrait tellement fort que j'étais incapable de bouger.
- Chuutt, je suis là ça va aller, chuchotait-il dans mais cheveux, me berçant lentement d'avant en arrière, ça va aller.
- Fais la partir, répétais-je sans cesse, je ne veux plus souffrir. Fais la partir.
Mes sanglots étaient bruyants et presque hystériques. J'avais l'impression d'avoir quitté mon propre corps. J'avais l'impression de regarder la scène de l'extérieur. La peine avait pris le contrôle de moi-même, et je n'arrivais pas à raccorder mon esprit à mon corps. J'avais la gorge et les poumons en feux et une vague de fatigue m'envahissait. J'étais incapable de bouger. Quand je commençais à me calmer, entrant dans une espèce de catatonie, Edward passait son bras sous mes jambes et l'autre sous ma nuque. Mon corps décollait lentement du sol et il me déposait sur son lit. Je le regardais contourner le matelas pour s'allonger à côté de moi. D'une seule main, il me ramenait contre lui. Nous étions dos à dos, en cuillère. Je sentais sa respiration balayer régulièrement mes cheveux. Comme toute ses nuits où je m'étais invitée dans son lit, juste pour le plaisir de le sentir près de moi. J'étais épuisée, physiquement incapable de bouger mais je ne dormais pas. Mes yeux restaient fixes. Je ne voyais qu'une petite partie de la lampe de chevet à côté de moi. J'étais éteinte, ma crise m'ayant vidée de toutes émotions. J'avais l'impression d'être dans du coton. Sous anesthésie.
- Esmé m'a dit pour aujourd'hui. J'ai essayé de venir te parler tout à l'heure mais …
Il s'interrompait et j'analysais difficilement ces dernières paroles, immobilisée. Honteuse. Je ne voulais qu'il connaisse la raison de mon état. Ma faiblesse. Pourquoi fallait-il qu'il le sache?
- Bella, tu n'aurais pas dû attendre d'être dans un tel état pour venir me voir.
- Pourquoi tu ne veux plus de moi?
Ma voix déviait dans les aigus. Edward resserrait sa prise autour de moi.
- Parce que je tien trop à toi pour te faire souffrir.
- Je veux juste que tout redevienne comme avant, il y a deux semaines, c'est tout. Tout était si simple alors.
Il retenait sa respiration comme s'il luttait contre quelque chose qui le rongeait de l'intérieur.
- Je ne suis pas quelqu'un de bien Bella.
- Je m'en fiche.
Je me retournais, faisant rouler sa main sur ma hanche. Une fois face à face, nos nez se frôlèrent. Nous fermions automatiquement les yeux, appréciant cette proximité même si ce soir, elle était douloureuse. Je frissonnais, repliant un peu plus mes jambes pour me protéger du froid que je ressentais, alors que c'était une véritable fournaise à l'extérieur. Edward remmenait la couverture sur nous. Je devais faire peur à voir, mes yeux me brûlaient, les traces de mes larmes me collant à la peau.
- Je veux juste oublier … Tu me faisais oublier avant. C'était si bon. Je sais que tu aimais ça. Chuchotais-je sur ses lèvres.
Il ferma les yeux, forçant sur ses paupières comme s'il cherchait une sorte de force intérieure. Je sentais les larmes revenir.
- J'en ai besoin Edward, cette nuit plus que jamais.
- Arrête Bella, me suppliait-il, arrête ... Je ne peux pas.... Si tu savais comme c'est dur quand tu te donne à moi comme ça … c'est pour toi que je fais tout ça, pour ton bien.
- Il n'y que ça qui me ferrait du bien ce soir. Tu ne veux pas de moi?
- Si mais … ça n'a pas d'importance ce que je veux … Tu ne sais plus ce que tu fais.
- Je ne t'ai jamais rien demandé. Sanglotais-je.
- Ça n'a rien à voir.
Je montais sur lui, le forçant à s'allonger sur le dos. Là encore, il refusait de me voir. Je me couchais sur lui, couvrant son cou de baisers salés de larmes. Je sentais son pou s'accélérer sous mes lèvres mais il ne bougeait pas.
- Bella, tu es … Je ne veux pas profiter de la situation.
- Tu ne profites de rien du tout, répondis-je en croisant son regard, c'est moi qui te le demande.
Je l'embrassais ne lui laissant pas le temps de répondre. Il ne bougeait pas. Il n'était pas avec moi. Ne pouvait-il pas comprendre que ce soir, la moralité n'avait pas sa place ?!
- Regarde moi. Edward. Regarde moi. Disais-je en prenant son visage dans mes mains.
Il ouvrait enfin les yeux.
- Fais moi l'amour.
(chanson Ease My Pain - Declan Flynn)
Après quelques secondes, je sentis sa main se poser délicatement sur ma joue. J'en embrassais la paume et sentie ses dernières barrières céder. Il se redressait rapidement, me ramenant à lui d'une main sur ma nuque et m'embrassait passionnément. Sa langue retrouvait la mienne, et je ressentais à nouveau cette sensation de bien être qui m'avait tant manqué durant les dernières semaines. Le trou noir dans mon esprit s'évaporait, je ne voyais plus que lui. Sans rompre notre étreinte, ma main glissait sur son torse jusqu'à l'élastique de son pantalon et j'entrais dans le jogging dans lequel il dormait. Il arrêtait de bouger quand il comprenait mon geste. Je le massais lentement pour le préparer bien qu'il se soit raidie de lui-même. Il haletait sur ma bouche au fur et à mesure que j'intensifiais mon mouvement sur lui. Il faisait passer mon t-shirt au dessus de ma tête, le jetant sur le côté, ses mains virent masser ma poitrine. Sa langue jouant délicatement avec mes mamelons dressés. Je faisait descendre le jogging le long de ses jambes, admirant maintenant son corps nu et prêt à me recevoir. Je me levais et lentement, je retirais le reste de mes vêtements un à un devant lui. Il me détaillait avec une certaine appréhension dans les yeux, comme si deux personnes l'habitaient. Une fois nue, je remontais sur lui. J'aurais juré qu'il avait sursauté en sentant mon corps retrouver le sien, se pressant dans une certaine urgence. L'absence de lui avait été longue et les réactions de nos corps criaient le manque que nous avions accumulé pendant deux semaines.
Je l'embrassais rapidement, posant mon front sur le sien, quand sa main regagnait ma joue. Lentement, je le faisais entrer en moi. Dans un soupir nous nous unissions. De nouveau, nous nous haletions retrouvant ces sensations familières. J'ondulais doucement contre lui. Nos lèvres se frôlaient sans jamais se trouver. Je sentais mes larmes couler à nouveau, atteignant sa bouche, plus discrètes tout fois. Edward entourait mes hanches avec plus de force, accompagnant les mouvements lents que j'exerçais sur lui. Sa bouche se perdait sur mon épaule, dans mon cou, provoquant en nous des gémissements incontrôlables de plaisir et de libération. J'enroulais alors mes bras autour de sa nuque, me serrant d'avantage contre lui pour accélérer les mouvements de mon bassins. Alors il cachait son visage dans mes cheveux respirant l'odeur de mon cou, haletant. Le plaisir prenait le dessus sur lui. Il entoura fermentant mes cuisses et me soulevait. Avant que je comprenne se qui venait de se passer, j'étais dos au mur opposé du lit. Il s'était levé et nous avait amené tous les deux ici. Debout, maintenant mes fesses contre lui, il me faisait l'amour, comme je l'avais supplié de le faire, sans jamais me brusquer, retenant la fougue que je lui connaissais. Il se retirait complètement avant de me pénétrer à nouveau de tout son long, m'imposant son rythme. J'aimais le sentir en moi, j'aimais sentir ses mains me caresser. J'agrippais ses fesses se contactant en rythme, alors qu'il progressait encore plus loin en moi. Mon dos frottait contre le mur à chacun de ses coups de reins, ça me brûlait mais cette sensation m'était presque imperceptible comparé au plaisir qu'il me donnait. Il embrassais chaque parcelle de mon visage, soufflant quelques paroles rassurantes, comme : « Je suis là » ou « tout va bien, tout ira bien ». Dans un dernier soupir il s'enfonçait de nouveau à l'intérieur de moi et le plaisir nous submergeait. Long et intense, nous vidant de toute énergie. Mon échappatoire. Je ne sais pas combien de temps nous restions l'un contre l'autre après ça. J'avais perdu la notion du temps.
***
J'ouvrais lentement les yeux, il faisait jour. Je n'étais pas dans mon lit. Les évènements de la nuit passée me revenaient petit à petit. La gorge me brulait encore tellement j'avais pleuré la veille. Je sentais que mes yeux étaient lourds et gonflés. Je percevais alors un souffle régulier dans na nuque et un sourire se dessinait sur mes lèvres. Sa main reposait délicatement sur ma hanche. Je reposais contre son torse. J'appréhendais le moment où j'allais bouger, de peur de le réveiller et de rompre cet instant de plénitude de je vivais, mais je devais le voir de mes propres yeux pour y croire. Je roulais donc doucement sur le côté pour lui faire face et mon sourire se précisait d'avantage. Il était bien là, à mes côtés. Edward dormait paisiblement, son thorax se soulevant à intervalles réguliers. Quelques mèches de cheveux lui tombaient sur le front, une légère barbe sillonnait sa mâchoire. C'était la première fois que je découvrais son visage au réveil. Il avait l'air apaisé. C'était aussi la première qu'Edward et moi allions nous réveiller ensemble. Nous avions dormis ensemble, cette fois aucun de nous ne s'était échappé en pleine nuit. Le trouver à côté de moi au petit matin, une chose que je n'aurais jamais cru possible. C'était magique. Dès que j'avais posé les yeux sur lui, mon cœur s'était remplie d'une chaleur indescriptible. Il aurait pu exploser dans ma poitrine. J'étais bien. A ma place. Les oiseaux chantaient dehors, la chaleur commençait à monter, tous les éléments étaient réunis : ça allait être une très bonne journée. Je prenais une profonde inspiration, fermant les yeux pour profiter d'avantage de cette joie, toute nouvelle, au creux de mon estomac. Revenant à lui, je faisais glisser ma main sur son front pour en repousser les cheveux qui encombraient son visage. Au contact de ma peau, plus fraîche que la sienne, Edward soupira profondément indiquant qu'il allait se réveiller d'une minute à l'autre. Et quand il ouvrirait les yeux, je serais là. Mon visage serait la première chose qu'il verrait aujourd'hui.
- Salut. Chuchotais-je quand ses yeux s'ajustaient encore à la lumière du jour.
Quand il réalisait que j'étais là, un petit sourire étirait le coin de ses lèvres.
- Salut. Répétait-il un peu plus fort que moi.
Sa voix était encore enrouée par le sommeil. Il roulait sur le dos, se frottant les yeux. Il regardait l'heure et fixait le plafond un instant avant de reposer les yeux sur moi. J'étais toujours en pleine contemplation, incapable de bouger.
- Tu as l'air d'aller mieux. Constatait-il en remarquant ce sourire qui ne me quittait pas.
- Beaucoup mieux.
Il passait la main sur ma joue, portant encore les stigmates de mes larmes. A son contacte, je fermais les yeux pour en apprécier la douceur.
- Il est encore tôt, tu peux dormir encore un peu si tu veux. Soufflait-il et frôlant mes lèvres de son pouce.
- Je sais. Je ne suis pas fatiguée.
Il souriait.
- On a à peine fermé l'œil cette nuit Bella.
- Je ne suis pas fatiguée. Répétais-je.
- D'accord. Souriait-il face à mon entêtement.
Son regard divaguait encore dans la pièce.
- Alors, commençais-je, et maintenant on fait quoi?
- Je peux aller nous chercher du café si tu veux.
Je riais.
- Mais non idiot, je voulais dire « On fait quoi? », de façon plus générale.
- Comment ça? Demanda-t-il, reportant son attention sur moi.
- Bah tu sais, je nous désignais d'un geste de la main, tous les deux. Qu'est-ce qu'on va faire pour nous deux?
Il changeait subitement d'expression. N'avait-il vraiment aucune idée de se dont je parlais?
- Quoi? Après cette nuit, on va continuer à se cacher? Je crois qu'on a dépassé ce stade non?
- Bella, je …
Il soupirait, son regard fuyant le mien. Mon sourire s'effaçait lentement. Quelques chose se préparait et j'avais le sentiment que les choses n'allaient pas se passer comme je l'aurais prédis il y avait encore deux secondes. Mon estomac se serra comme un linge que l'on essore.
- Je suis désolé, reprit-il en s'appuyant sur son coude, je suis désolé … j'ai peut- être agit … il y a eu un malentendu je crois.
- Un malentendu? Répétais-je, presque inaudible.
- Cette nuit, tu étais bouleversée. J'ai pris soins de toi et crois-moi, si c'était à refaire, je le referais sans hésiter. Te voir pleurer est insupportable. Mais …
Je me redressais à mon tour, ramenant le drap sur ma poitrine.
- Mais quoi?
Il prit un moment avant de répondre. Sa mâchoire se contactait comme s'il essayait de retenir des mots douloureux.
- Rien n'a changé.
J'eus l'impression qu'une enclume m'était brutalement tombée dessus.
- On ne peut pas continuer, reprit-il plus doucement encore, hier soir n'était qu'un moment de faiblesse.
- Une erreur. Soufflais-je, les yeux rivés sur un petit fil qui dépassait de son oreiller.
Quand votre monde s'écroule, il est bizarre de voir que votre cerveau se bloque sur un détaille aussi insignifiant qu'une fissure au plafond ou un fil qui dépasse.
- Je n'ai pas dit ça. Précisait-il alors que je m'échappais de ce lit.
Ce lit dans lequel je me sentais si bien, quelques minutes plus tôt.
- Bella.
Alors que je ramassais nerveusement mes vêtements, il se levait à son tour.
- Bella, ne fais pas ça. Parle moi.
Il avait parlé calmement, mais sa voix était tintée d'inquiétude. Pure culpabilité sûrement.
- Je ne regrette pas cette nuit d'accord !
Je m'habillais le plus rapidement possible, lui tournant le dos. J'avais envie de disparaître.
- C'était magnifique, la meilleure nuit que … Bella! Bella regarde moi !
Il m'attrapait par le bras pour que je lui fasse face.
- Si je fais ça c'est pour toi, m'assurait-il en m'obligeant à lever les yeux vers lui, tu ne sais pas à quel point il serait néfaste pour toi de me fréquenter.
Je reculais lentement en me dégageant de lui. Mes yeux commençaient à s'embuer et il le voyait. Lui aussi avait l'air torturer. Pourquoi me faisait-il subir ça encore une fois? N'avait-il aucune pitié? Maintenant je me sentais mal. J'avais la nausée.
- Bella, je suis là si tu as besoin de moi mais seulement, pas comme ça. Disait-il, la voix rauque. Tu comprends pourquoi?
- Je … Je dois aller travailler...
Je reculais, ne pouvant le regarder dans les yeux. Les crampes dans mon estomac n'avaient jamais été aussi violentes. J'avais du mal à rester debout.
- Bella … Attend … On va en parler. S'il te plait. Ne part pas comme ça.
Il parlait avec une certaine urgence dans la voix.
- S'il te plait, répétais-je en ricanant devant l'absurdité du mot dans sa bouche, tout est clair, je vois ce qu'il y a à dire de plus sur le sujet. Tu ne veux pas de moi.
- C'est plus compliqué que ça. Bella, j'aurais voulu que ça se termine autrement J'aurais vraiment voulu que ça se passe autrement, j'aurais dû … J'en sais rien, faire autrement.
- J'en peux plus. Je ne peux simplement plus jouer à ça.
A force de reculer, je me retrouvais dos à la baie vitrée. Je cherchais désespérément la poignée.
- Je dois y aller. Soufflais-je sans le regarder.
Enfin l'air frais de l'extérieur pénétrait dans l'atmosphère suffoquant de la pièce, et je trouvais mon issue de secours. Je m'enfuyais rapidement en direction de la villa.
- Bella ! Criait-il dans mon dos.
Mais, jamais je ne lui aurait laissé une autre chance de me briser le c?ur. Je marchais droit devant moi, essayant de chasser le trou béant qui m'écartelait les entrailles. J'étais plus forte que ça. J'avais surmonté bien pire. Je refusais de laisser ce démon me posséder. Il pouvait m'infliger autant de douleur qu'il le souhaitait. Il pouvait jouer avec mes tripes. Je gagnerais. Je ne laisserais pas la douleur me m'envahir comme hier soir. Plus jamais. Cela avait eu des conséquences désastreuses. J'étais aller me jeter tout droit dans la gueule du loup. Edward avait encore eu l'occasion de me briser. Si je continuais comme ça dans ce schéma destructeur il ne resterait bientôt plus de moi que des cendres. Il était temps de réagir. La sensation de bien être que je cherchais en allant vers Edward encore et encore n'étais qu'éphémère. La vrai guérison ne pouvait venir que de moi. Je ne pourrais pas éviter éternellement cette confrontation. La confrontation avec moi-même, celle de mes démons. Je réalisais qu'Edward n'avait été qu'un dérivatif camouflant ma lâcheté. J'avais repoussé ma vie le plus loin possible, repousser mon père et tout ce qui pouvait me rappeler New York, mais le passé vous rattrape toujours. Il était temps que je grandisse et que je prenne mes responsabilités. La peine que j'avais ressentie il y a quelques minutes dans le pool se transformait maintenant en colère. C'est elle qui me permettait d'avancer. J'étais plus forte que ça. J'avais surmonté bien pire, et la mort de ma mère mise en perspective avec latitude lunatique d'Edward n'avait rien de comparable. Par respect pour Renée, je me devais de ne pas laisser cette histoire avec lui prendre autant d'ampleur. J'étais plus forte que ça. Que ce démon qui me rongeait. Il le fallait. Je réparerais mes erreurs.
Quand j'arrivais au abord de la villa, Alice, Esmé et Jasper partageaient le petit déjeuner. Je pouvais le faire. Je devais donner le change. Ca serait la première étape de ma guérison : Ne pas laisser Edward envahir mon esprit, surmonter la douleur que son nom insufflait dans tout mon être. Je pouvais le faire. Je fermais les yeux, n'arrêtant pas ma course, serrant les poings. Je pouvais le faire. Alors je me forçais à sourire et finalement, dans cet état d'esprit, ça n'était pas si dur.
- Bella, ma chérie, qu'est-ce que tu fais dehors si tôt? Demandait Esmé, inquiète de me voir arriver des champs.
- Je me suis réveillée tôt, l'assurance dans ma voix me surprise, j'avais besoin de marcher.
- Oh chérie, elle se levait et venait entourée mes épaules, je sais que qu'hier n'a pas dû être une journée facile pour toi. Nous sommes là tu sais.
- Je sais.
Je lui adressais un sourire rassurant avant de la prendre dans mes bras.
- Hey ! Moi aussi je veux participer au câlin, s'écriait Alice en nous enlaçant toutes les deux.
Je riais. Contre toute attente, j'avais ris aujourd'hui. J'aimais vraiment ces personnes. C'est tout ce qui importait. Nous entendions un « click » d'appareil photo et nous retournions toutes les trois pour découvrir que Jasper venais d'immortaliser ce moment. Je lui faisais signe de se joindre à nous et il acceptait la proposition d'un air amusé. Jasper joignait ses bras autour d'Alice et Esmé, qui elle m'enlaçaient, une devant une derrière. Je me sentais protégée. La tête reposée sur la poitrine d'Esmé, Alice dans mon cou. Cette famille, les Cullen, ils prenaient vraiment soin de moi. Je comptais vraiment à leurs yeux. Je croisais le regard de Jasper, toujours enfermée dans ma bulle de protection:
- Tu ne te sens pas trop seul, entourée d'autant d'effusions féminines? Lui demandai-je.
- Tu parles ! C'est le rêve de tout homme ! Trois femmes rien que pour lui.
Puis il regardait Esmé.
- En tout bien, tout honneur madame Cullen, bien sûr !
- Bien sûr ! Riait-elle.
- Câlin !!! Hurlait une voix derrières nous.
Avant que je ne puisse analyser cette voix Emmett avait rejoint le groupe en courant. Il s'était placé derrière Jasper et nous écrasait tout de ses énormes bras. Tous émirent des plaintes en hurlant à ce pauvre Emmett de se pousser, moi je riais simplement en voyant tous ces gens évoluer autour de moi. Comme s'ils bougeaient tous aux ralentis. Leurs sourires et leurs attitudes toutes si spécifiques à chacun d'entre eux me réchauffaient le cœur. C'était une vraie famille, ma famille adoptive. Ils avaient tant fait pour moi. L'image de Charlie s'imposait alors à moi. J'avais encore beaucoup de travail pour que ma famille ressemble à celle des Cullen. Un jour peut-être …
- Arrête de te coller à moi comme ça ! Disait Jasper à Emmett en essayant de le repousser, me sortant de ma contemplation.
- Humm, pourquoi tu n'aimes pas ça mon petit poulet? Répondait Emmett en prenant une voix efféminée.
- Oh ! Mais lâche moi sale pervers ! Criait Jasper.
- Aller, on arrête les bêtises, enchaînait Esmé. Tout le monde à table !
Tout le monde se séparait et je remarquais Rosalie, le sourire aux lèvres qui avait assisté à toute la scène. J'allais la prendre par les épaules et nous nous asseyons ensemble à table. Encore un autre petit déjeuner gigantesque au pays des Cullen ! Nous commencions à manger. Je me concentrais sur le rôle que je devais jouer. J'imaginais enfermer la douleur dans une petite boîte scellée de trois cadenas. J'enterais ensuite la boîte dans un endroit lointain de mon esprit. Mais si cela me demandais beaucoup d'énergie de donnais le change, jusqu'à ce que SA voix dans mon dos, ne vienne faire exploser la boîte dans mon cerveau. Je serrais ma fourchette très fort dans l'espoir de garder la tête haute.
- Vous êtes tous là, avait-il soufflé mal à l'aise, c'est … Bien !
- Edward, tu es là ! Lançait Esmé. Prend donc une chaise et mange avec nous.
- Non, ça va. Je n'ai pas faim.
- Allez, ne fais pas ta tête de mule, le sermonnait sa mère, mange avec ta famille.
- De toute façon, il n'y a plus de place.
- Si attend on va se serrer, Rosalie décale-toi un peu s'il te plait.
Celle-ci s'exécutait.
- Voilà une place. Juste à côté de Bella. Assied-toi.
Je fermais les yeux, me mordant la langue jusqu'au sang pour ne pas hurler. Edward hésitait encore mais devant l'insistance de sa mère, il prenait place. Dès qu'il s'était assit, son odeur corporelle envahissait mes narines. Impossible de l'ignorer, nous étions très serré et son coude frôlait le mien. Je sentais son malaise. C'était plus que je ne pouvais supporter. Je me levais brusquement et tous les yeux convergèrent sur moi, sauf ceux d'Edward qui restaient figés. Lui savait exactement ce qui se passait.
- Ça va Bella? Demandait Alice.
- Oui … Je n'ai plus faim.
- Tu as à peine touché ton petit déjeuner ma belle. S'inquiétait Esmé.
- Je sais, j'ai juste perdu l'appétit. Je monte me préparer, on se retrouve dans le bureau.
- Bien, comme tu veux.
- Merci.
Sur ce je m'élançais rapidement à l'étage. J'attendais le chuchotement dans mon dos : « Qu'est-ce qu'elle a? », « pauvre enfant ».
***
Ce matin là avec Esmé, nous n'avions pas parlé. Elle avait bien tenté de communiquer à un moment, mais je n'arrivais pas a m'intéresser à la conversation. Voyant que, bien que lui répondant, je ne faisais aucun effort pour alimenter le débat, Esmé n'avait pas insisté. J'avais travaillé dure dans cette pièce et elle serait bientôt terminée. Esmé avait d'ailleurs déjà commandé les nouvelles fournitures. Avant de quitter la pièce, je demandais les clés de l'atelier à Esmé qui me les confiait volontiers.
Voilà comment je m'étais retrouvé devant cette immense toile vierge. Ça faisait bien longtemps que je n'avais pas touché un pinceau, comme si une force étrangère m'en avait empêché jusqu'ici. J'aimais vraiment peindre en réalité. C'était un moyen d'échapper quelques heures à la réalité. Une sorte de méditation personnelle. Après avoir fixé la surface blanche pendant une bonne vingtaine de minute, je me levais et trempais le pinceau dans la peinture, sans quitter la toile des yeux. J'avançais lentement vers elle et esquissait le premier tracé. Je n'avais aucune idée de ce que je peignais. Ça n'avait aucune importance, j'aimais juste retrouver la sensation délicate de la matière, glissant sur la surface finement tressée de la toile. Mes mouvements s'intensifièrent à mesure que la musique prenait de l'intensité dans mes oreilles : Decode de Paramore, le volume poussé à son maximum. Mes gestes étaient désordonnés et spontanés. Je jonglais maintenant avec trois couleurs différentes dans une frénésie qui ne me ressemblait pas. Je couchais simplement toute ma haine, toute ma frustration et toute ma colère sur le tableau. La peinture éclaboussait sur mes mains et mes vêtements, j'avais chaud, mon cœur accompagnait le rythme de la batterie dans mes oreilles. Je n'entendais plus le monde extérieur. Je m'exorcisais. Tous ses sentiments que j'avais refoulés depuis bien trop longtemps, je le laissais enfin s'exprimer librement. Je les laissait hurler, furieux d'être resté tant de temps captif à l'intérieur de moi. J'étais sûre d'avoir de la peinture sur le visage, je la sentais craqueler sur ma peau.
Une fois que j'eus recouvert chaque parcelle de la toile je reculais, à bout de souffle, pour admirer le résultat de mon acharnement. Je dû me retenir à l'établi quand je découvrais le visage de ma mère devant mes yeux apeurés. Elle était là, devant moi, peinte sur cette toile. Elle était sortie de moi sans même que je ne m'en rende compte. Je l'avais expulsé de mon organisme. Un sentiment immense de culpabilité me déchirait alors les entrailles. Je ne voulais pas la laisser partir. Il était trop tôt. J'avais encore besoin d'elle en moi. Mais à y regarder de plus près, elle souriait. J'avais créé ce portrait de toute pièce et il souriait. Elle me souriait. Le visage de Renée était tel que je m'en souvenais avant sa maladie, tel que je l'avais toujours vu. Elle venait de me libérer et ne m'en voulait pas. C'était un travail que nous avions fait toutes les deux. Je la laissais partir maintenant. Mon exorcisme. Je ne sais pas combien de temps j'étais restée dans cet atelier, mais il faisait nuit quand j'en sortais. J'étais épuisée, vidée, mais maintenant, je savais se qu'il me restait à faire.
Je regagnais rapidement ma chambre et prenais une longue douche brûlante. Je n'avais jamais vu aussi clairement de toute ma vie. Il était temps de rentrer à la maison. Une fois habillée, je rangeais mes affaires. Vérifiant que je n'avais rien laissé derrière moi. Jamais je ne reviendrais. Je n'en aurais plus besoin. J'avais vaincu mon démon, seule, sans l'aide de personne et cela me remplissait de fierté. Je devais maintenant recoller les morceaux avec ma famille. Dès demain, je leur demanderai de m'accompagner à l'aéroport. J'avais juste une dernière chose à régler avant. Je tapais un rapide message sur mon téléphone :
« Retrouve moi, là où tout à commencer. Dans 5 mn. »
Je regardais la petite enveloppe s'envoler sur l'écran de mon téléphone et regardais la grange à travers ma fenêtre. Il me restait une dernière chose à exorciser : Edward Cullen.
Nous arrivions quasiment au même moment. Il était en 4x4, celui d'Emmett, adossé à celui-ci. J'approchais rapidement et m'arrêtais à une distance raisonnable de lui. Je le fusillais du regard, regard qu'il soutenait avec une certaine intensité.
- J'ai eu ton message. Lançait-il, l'air sombre.
- Il est temps de mettre un terme à tout ça. Crachais-je sans la moindre compassion.
- Je crois aussi. Répondit-il sur le même ton.
- Cette chose entre nous, et ne me dis pas qu'il n'y a rien parce que j'ai vu ton expression ce matin, juste avant ton réveil. Tu étais heureux.
- Je n'ai jamais dis qu'il n'y avait rien, j'ai juste dit que se n'était pas possible.
- Tu as raison, nous sommes trop différent toi et moi. Mais je ne peux pas non plus prétendre être ton amie. On a déjà essayé et regarde comment ça s'est finis hier soir.
- C'est toi qui est venue me chercher hier soir Bella.
- Je sais, je suis venue parce que je croyais avoir besoin de toi pour m'en sortir, mais c'était faux. La solution a toujours été à l'intérieur de moi. J'avais juste peur de le comprendre.
Il hochait simplement la tête, distant, le regard fixé sur le sol.
- T'es avec moi là? On a une conversation d'adulte, un échange, tu pourrais au moins avoir la décence d'y participer Edward !
Sans que je ne sache pourquoi, j'étais au bord de la crise de larme. Ma gorge se serrait, faisant dérailler mes cordes vocales.
- Et qu'est-ce que tu veux que je te dise hein Bella, tu as avancé, c'est bien. Je suis heureux pour toi.
Je riais amèrement.
- Putain, qu'est-ce que je peux être stupide ! Et moi qui croyais que tu t'en souciais un minimum! Mais tu t'ai toujours foutu de moi en fin de compte !
- Ouais ça doit être pour ça ! Je …
Lui aussi commençait à se mettre en colère mais je ne me laissais pas démonter.
- Tu ne te rends pas compte de la différence que tu fais pour moi ! J'ai changé à cause de toi !
- A cause de moi? Je te demande pardon? Répétais-je tellement ces mots me paraissaient absurde.
Il avançait vers moi, nous étions très proche maintenant.
- Tout était simple avant toi, je sortais, je buvais, je baisais la première traînée que je trouvais avant de la jeter comme une merde, sans en éprouver le moindre remord et maintenant …
- Maintenant quoi ?! Criais-je.
- Maintenant j'écris des putain de lettres !
Il sortait une feuille de papier plié en quatre de sa poche.
- Tu vois ça, disait-il en secouant le papier devant mon visage, c'est la preuve que je ne me foutais pas de toi comme tu dis.
Je bloquais sur ce papier.
- Je savais que tu ne me parlerais pas, donc j'ai tout écris. Tout ce qui te permettrait de comprendre pourquoi les choses sont merdiques autour de moi … Tout est là !
Il se saisissait de ma main et posait le papier dedans sans ménagement, avant de la refermer sur elle-même.
- Tu voulais savoirs … Fais toi plaisir !
Il contenait difficilement sa rage et relâchait ma main en tremblant de rage, pour reculer de quelques pas ensuite. Nous nous fixions, nos yeux perdant peu à peu de leurs animosités.
- Je ne sais vraiment pas quoi te répondre. Soupirais-je en fixant ma main refermée sur ce papier.
- Alors ne dis rien. Souffla-t-il, résigné.
- Pourquoi j'ai l'impression que ça ne changera en rien la situation ?
- Parce que c'est le cas.
J'aimerais tellement oublier tout ça. Oublier tout ce qui s'est passé entre nous. Je n'ai pas voulu ça. Je ne veux plus ressentir ça. C'est trop perturbant … Douloureux même. J'en ai assez de souffrir. Je ne veux plus de ce trou immense qui me gâche l'existence.
- Je sais. J'en suis en partie responsable.
Le silence se fit pesant entre nous. Mon esprit se perdait dans les bruits de la nuit et je reprenais la parole presque spontanément.
- Après la mort de ma mère, commençais-je en me perdant dans de lourd souvenir, je me sentais vide. Comme si plus rien n'avais d'importance maintenant. Rien ni personne. Je continuais à respirer mais je n'en voyais pas le but. C'était simplement physique. Les journées défilaient inlassablement, mornes et insipides. J'étais devenu un automate branchée sur pilote automatique.
Je faisais une pause pour le regarder. Il était attentif, ses yeux avait retrouvé cette lueur que j'apercevais parfois quand il se laissait aller dans mes bras.
- Quand tu es arrivé, les choses ont commencé à aller mieux. J'ai recommencé à apprécier les choses simples de la vie. J'ai réappris à sourire simplement parce que j'en avais envie, sans m'en sentir coupable. J'ai compris qu'être heureuse n'était pas une trahison au deuil que je portais. Je passais des moments agréables et … tu étais dans chacun d'eux.
Nous échangions un regard chargé de douleur et d'intensité. Edward restait figé, son regard criait au pardon mais je savais qu'il ne pouvait se résoudre à me dire la vérité.
- Edward … Il faut que tu saches …
Son téléphone sonnait. Il hésita un instant avant de le sortir de sa poche pour vérifier le nom de l'émetteur.
- C'est James, je dois répondre.
- Rien ne t'y oblige.
Déjà il s'éloignait, se rapprochant du 4x4.
- Edward, ne répond pas à cet appel !
Je le suppliais presque sentant que s'il prenait cet appel, tout serait réellement fini. Comme s'il était face à un choix. James et sa vie secrète … ou moi.
- Je n'ai pas le choix ! C'est trop tard maintenant.
Il reculait, le téléphone sonnant toujours dans sa paume.
- On a toujours le choix ! Edward je ne sais pas ce qui vous lies tous les deux, mais se n'est pas sain ! Reviens vers moi !
- Tu n'es pas en mesure de juger de ce qui est sain ou pas pour moi Bella ! Répondait-il, plus sévèrement.
- Si au contraire !
- Pourquoi?! S'énervait-il
- Parce que …
Ça ne voulait pas sortir. Mon dernier démon.
- Je dois répondre … Disait-il, plus calmement.
« Aller sort de là ! »
Il allait décrocher. Ce téléphone ne s'arrêterait donc jamais de sonner ! Mon cœur bâtait à la chamade. J'avais la gorge sèche. J'étais terrorisée.
« SORT ! »
- Parce que je crois que je suis tombée amoureuse de toi ! Criais-je.
J'avais reculé après avoir prononcé ces mots tellement la prise de conscience avait été violente. Edward s'était immobilisé lui aussi. Nous ne savions plus quoi dire ou faire. Ces mots résonnaient encore dans l'espace qui nous séparait, figeant les secondes qui devinrent des heures.
Puis il le fit …
Il décrochait :
- Allo? … Oui … J'arrive …
Trois mots. Trois mots avaient suffit pour me convaincre de quitter Volterra. Edward ne renoncerait jamais à ses secrets. Après m'avoir regardé une dernière fois, il était monté dans sa voiture, sans un mot, et avait démarré dans un crissement de pneu assourdissant, comme si la mort en personne l'avait poursuivie.
***
En remontant dans ma chambre, je me faisais l'effet d'un automate. J'étais vidée et avoir pris conscience de mes sentiments envers Edward me donnait une trouille bleue. Comment avais-je pu être assez bête pour tomber amoureuse de lui ? Après tout l'acharnement qu'il avait mit à pour me repousser le plus loin possible. La nuit allait être longue. Tout ce que je voulais maintenant c'était rentrer chez moi. M'éloigner de lui, même si l'idée de ne plus le voir me tuait. Ça passerait sûrement : « Loin des yeux ; Loin du cœur ». Il fallait que ça passe. Cette relation aurait finit par me détruire. Et il y avait cette lettre que je tenais dans les mains depuis qu'il l'avait mise là. Cette lettre que je ne pouvais me résoudre à lire. Je savais qu'en la lisant, je n'aurais plus eu la force de partir. Il y avait sûrement des mots qui m'auraient fait espérer quelque chose qui ne viendrait jamais. Je devais être forte et faire ce que je jugeais le plus sein pour moi. Non, je ne pouvais me résoudre à la lire. Il fallait que je tire une croix sur lui. Oublier deux mois de ma vie ne pouvait pas être si difficile. Pourtant c'était douloureux. Mais j'avais trop attendu. Je lui avais avoué mes sentiments, chose que je n'avais jamais fait auparavant, pour personne, et il avait fuit. Edward fuirait toujours. Je ne pouvais pas passer le reste de ma vie à le suivre. Assise sur le rebord de la fenêtre, je fermais les yeux avec force, laissant mes dernières larmes s'échapper avant de les essuyer du revers de la main. D'une main tremblante je sortais un briquet de ma poche et enflammais le morceau de papier. Je le regardais se consumer, les braises s'envolant dans le vent. Jamais je ne pourrais attendre demain. Il fallait que je parte. Maintenant. Le plus tôt serait le mieux.
A trois heures du matin, je frappais comme une hystérique à la porte d'Alice. La pauvre ouvrait, les yeux tout endormis.
- Bella, tu as vu l'heure?
- Oui, je sais pardonne-moi mais je n'ai plus le temps d'attendre.
- Pourquoi tu as fais ton sac ? Demandait-elle, inquiète en remarquant la bandoulière sur mon épaule.
- Je rentre Alice.
- Quoi?
- Mon avion est dans 3 heures. J'ai besoin de ta voiture.
Je parlais vite, impossible de m'éterniser d'avantage sur le sujet. La soirée avait déjà eu son trop plein d'émotion, je ne supporterais pas que les adieux avec Alice prennent la même tournure.
- Bella, mon dieu … Qu'est-ce qui se passe? On peut en parler? Pourquoi …
- C'est compliqué, la coupais-je, je dois rentrer. Charlie a besoin de moi, j'ai déjà mis trop de temps à m'en rendre compte. Je voulais partir demain matin, mais je ne peux plus attendre maintenant.
- Calme-toi, ça peu sûrement s'arranger. Dors un peu, on pourra en reparler demain. Ne fais rien d'irréfléchie. Suppliait-elle.
- Dis au revoir à ta famille pour moi. Remercie tes parents, je ne serais jamais assez reconnaissante envers tout ce qu'ils ont fait pour moi. Et s'il te plait, donne ça à Jake.
Je lui tendais un mot.
- Je vous donne des nouvelles dès que je suis à New York.
Alice regardait l'enveloppe que je lui avais donnée, sans broncher. Je m'apprêtais à partir quand il reprit la parole :
- C'est à cause d'Edward c'est ça?
Mon cœur manquait un battement.
- Quoi?
- Oh je t'en pris, j'ai bien vu qu'il y avait quelque chose entre vous. Ça crève les yeux! Il suffit de voir comment vous vous comportez tous les deux. Et ce matin, dès qu'il est arrivé, tu as subitement changé d'attitude. Bella, mon frère n'est pas doué avec les femmes. Qu'est-ce qu'il t'a fais cet abrutis ?!
- Rien … c'est compliqué.
- Je vais le tuer …
- Alice! Non ! Ça va ! … S'il te plait, il faut vraiment que je parte maintenant ! J'ai heure de route avant d'arriver à Pise et …
- Je sais, ton avion est dans trois heures. Bella tu ...
Elle ne finissait pas sa phrase cependant.
Elle soupira en entra dans sa chambre. Elle me tendait ensuite ses clés, à contre cœur. Je lui souriais et arpentais déjà le couloir pour descendre les escaliers, mais très vite je me figeais. Je tournais les talons et m'élançais vers mon amie pour la serrer contre moi. Je sentais que je ne contrôlerais bientôt plus mes émotions.
- Merci pour tout. Soufflais-je dans son cou.
- Tu as intérêt à téléphoner ma belle. Répondait-elle en se serrant contre moi.
- Promis !
Après un sourire et un dernier regard pour celle qui était presque une sœur pour moi, je me rendais au garage, le cœur lourd. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Il était temps pour moi de reprendre ma vie, ma vraie vie, en main. Malgré tout quand je mettais le contacte, je découvrais Alice planté devant la fenêtre de la Porche, les yeux rouges. J'ouvrais la vitre, les yeux brûlants.
- Sache que tu auras toujours une place dans cette famille Bella.
- Je me déteste. Soufflais-je.
- Ne soit pas trop dure avec toi-même. Tu dois remettre de l'ordre dans ta vie et personne d'autre ne peux le faire, que toi.
- Merci Alice.
- Maintenant roule. Tu vas rater ton vol.
Puis elle s'éloignait.
***
Je branchais mon Ipod au hasard et tombais sur Misgueded Ghosts de Paramore. Je roulais déjà sur l'autoroute quand tous les moments que j'avais vécu ici me revenaient en mémoire. Ces gens merveilleux avec qui j'avais vécu les deux mois les plus intenses de ma vie.
« I am going away for a while, I'll be back don't try and follow me ».
[Je m'en vais quelques temps, je reviendrais n'essai pas de me suivre]
Je laissais libre cours à mes larmes maintenant, autant qu'elles sortent tant que personne ne me voyait. J'essayais de me focaliser sur la route pour faire taire les images qui défilaient dans mon esprit. Tous ces visages. Esmé, la bonté. Alice, la joie. Emmett, la force cachant un cœur d'or.
« See I'm tryin' to find my place, It might not be here where I feel safe, We all learn to make mistakes ».
[J'essai de trouver ma place, mais elle n'est peut-être pas là où je me sens en sécurité, on apprend tous de nos erreurs]
Carlisle et Jasper, la sagesse. Rosalie, la volonté. J'avais appris de chacun d'eux. Je ne les oublierais jamais. Ils m'avaient tant appris, tant donné. Je m'en voulais de les abandonner comme ça. Je ne souhaite pas les faire souffrir. J'espérais qu'ils comprendraient ma démarche. Je leur expliquerais un jour. Une fois loin d'ici.
« And run from them, From them … I'm just one of those ghosts, Traveling endlessly… Misguided ghosts, And we just go in circles »
[Je m'éloigne d'eux … Je ne suis qu'un de ces fantômes, voyageant indéfiniment]
J'étais venue à Volterra pour oublier, soigner la plait dans mon cœur. Je ne voulais plus aimer, plus ne voulais plus perdre le contrôle. Pourtant, c'est exactement ce qu'il s'était passé.
« And run from them, From them, Full speed ahead … The ones we trusted the most, Pushed us far away »
[Je m'éloigne d'eux, à pleine vitesse … Ceux en qui nous croyons le plus, nous ont repoussés au loin]
Edward. C'était son visage que je voyais maintenant, son sourire … l'image que j'avais gardé de lui ce matin avant tout ce mélodrame. Paisible. Magnifique. La sensation de sa main sur moi au réveil. Le sentiment de sécurité que j'avais ressentie en ouvrant les yeux.
Le soleil commençait à se lever quand j'approchais de Pise. Je laissais mon cœur à Volterra. Je n'en voulais pas. Il c'était déjà montré bien trop fragile. Bien trop faible. Je n'en voulais plus. J'avançais maintenant lentement vers la porte d'embarquement, mon passeport à la main. J'avais laissé la voiture au parking, Alice passerait la récupérer dans la journée. Tout était réglé, c'était comme si je n'avais jamais existé à Volterra. J'avançais vers le poste de douane quand j'entendais vaguement mon prénom derrière moi. Je secouais la tête, voilà maintenant que j'entendais des voix.
Mon imagination me jouait des tours : « Bella ! ».
J'augmentais le volume de la musique, le bruit assourdissant du hall de l'aéroport me fatiguait encore plus. Je voulais me couper du monde. Le douanier me rendait mon passeport et j'entrais dans la passerelle me menant à la l'avion.
Au revoir Volterra.
Merci pour tout.
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Et voilà, New-York le retour !
Un long chapitre pour compenser le fait qu'il n'y aura pas de nouveau chapitre pendant 15 jours normalement. Je pars à Londres pour quelques petites vacances bien mérités !
Le prochain chapitre sera celui que vous êtes beaucoups à attendre, le chapitre exclusivement en POV EDWARD ! Vous allez enfin comprendre se qu'il se trame avec James et toute la petite bande.
J'espère finir Chrysalis très bientôt, désolée pour l'attente mais sachez que c'est toujours d'actualité ! Il n'y a pas d'inquiètude à avoir là dessus !
A bientôt et encore merci à tous ! Le trailer de BD a dépassé les 1000 vues, c'est grace à vous !
- Ginie -
Playlist :
- Ease My Pain - Declan Flynn (chapitre 8 )
- Decode - Paramore (chapitre 8 )
- Misguided Ghosts - Paramore (chapitre 8 )
