Chapitre 9
Le temps passa, rythmé par les interventions et les journées plus calmes. Cela faisait quinze jours que Ianto se retrouvait seul dans son appartement, quinze jours sans aucune nouvelle de son amant, mais il tenait bon. Bien sûr tous les soirs il tentait de le contacter, se heurtant toujours au silence, mais il gardait espoir. Il ne retirait son bracelet que pour prendre sa douche et encore, était-il toujours sous ses yeux pour le cas où il s'allumerait.
Ses nuits étaient plus calmes mais toujours solitaires et angoissées. Ses journées étaient tout aussi mornes, mais ses collègues le soutenaient, surtout Tosh qui comprenait son désarroi.
Un après-midi, ils partirent pour une intervention dans un entrepôt des docks. Des Weevils avaient été repérés et l'équipe se dispersa pour les retrouver. Au détour d'une allée, Ianto se trouva face à une créature qui l'attaqua brusquement. Ne pouvant l'éviter, le Gallois la prit de plein fouet et s'écroula contre un container. Sous la violence du choc, il perdit connaissance et ne dut son salut qu'à l'intervention rapide de Owen qui venait de croiser l'allée dans laquelle il se trouvait. Tosh vint les rejoindre et ils chargèrent l'alien dans le SUV après s'être assurés qu'elle était bien endormie. Ianto avait du mal à respirer, il souffrait à chaque inspiration et le médecin craignit pour ses côtes. Ils devaient rentrer au plus vite.
Lorsqu'ils arrivèrent à la base, le jeune homme insista pour enfermer le Weevil avant de suivre Owen à la baie médicale. Il ne pouvait pas laisser Tosh s'en occuper toute seule. Allongé sur la table d'examen, il ferma les yeux, imaginant le visage de Jack penché au-dessus de lui. Soudain, il se mit à frissonner et regarda son poignet. Un sourire apparut sur son visage, le Capitaine était près de lui.
– Tu aurais dû être plus prudent.
– Je l'étais, mais je ne l'ai pas entendu arriver.
– Ianto, je ne veux pas te perdre, tu m'es trop précieux, mais je ne peux pas te protéger.
– Comment sais-tu ce qu'il s'est passé ?
– J'étais dans l'entrepôt, Tosh n'a pas détecté d'activation ?
– Non, nous y étions pour des Weevils. Tu crois qu'il y aurait un lien !
– Je ne sais pas, il faudrait voir avec elle. Pourrais-tu l'appeler ?
– Oui, bien sûr ! Tosh, je peux te parler, fit-il en se redressant difficilement.
La jeune femme vint le voir et remarqua la lumière sur le bracelet.
– Salut Jack, fit-elle avec un sourire.
– Il voudrait savoir si tu as détecté autre chose que les Weevils à l'entrepôt.
– Pourquoi ?
– Il y était. Il suivait le destructeur.
– Je vais voir les relevés, ne bouge pas.
– Où veux-tu que j'aille ? demanda le Gallois.
– Pas toi, Jack ! Je reviens.
Elle retourna à son poste et analysa les données recueillies lors de la dernière activation. Il y avait effectivement deux signaux distincts et elle n'y avait pas prêté attention.
– Il était là, Jack. Je ne l'avais pas vu. Tu penses qu'il se sert des activations de la faille pour venir chez nous ?
– C'est possible, il vous faudra être prudents. Je l'ai suivi lors de ses deux dernières incursions et vous étiez sur le terrain. Il est malin, mais je vais tâcher de l'être encore plus. Dis à Tosh qu'elle doit surveiller les doubles signaux. Quand j'arriverai à le capter, je devrai pouvoir le coincer.
– Ok ! Tosh, il veut que tu surveilles les activations et que tu cherches s'il y a un ou deux signaux.
– D'accord, je vais voir ça. Je devrais pouvoir faire un petit programme qui les détectera.
– Voilà une bonne chose de faite. Comment vas-tu Ianto ?
Le Gallois se leva puis s'éloigna et ses collègues comprirent que la conversation était maintenant d'ordre privé.
– Tu me manques. Je ne sais pas comment tu as fait pour supporter ça quand je suis parti. Chaque jour, j'ai l'impression de mourir un peu plus. La douleur ne me quitte plus, Jack.
– Je fais pourtant de mon mieux, je t'assure, mais c'est une véritable anguille.
– J'ai tellement envie de te sentir près de moi.
– Pour ça, je peux faire quelque chose, fit le Capitaine en faisant glisser ses doigts sur la joue de son amant.
Celui-ci frissonna et sourit doucement. Il se souvenait avoir fait la même chose, mais la chaleur de son corps lui manquait, il aurait voulu sentir ses mains sur lui, se blottir dans ses bras et respirer son odeur à s'en faire tourner la tête. Au lieu de cela, il tremblait comme s'il avait un mauvais rhume. Une larme glissa sur sa peau jusqu'à son menton et tomba sur sa veste.
– Il faut que j'y aille Ianto, fit le Capitaine. Je ne serai jamais bien loin et n'oublie pas que je t'aime.
La sensation de froid quitta le jeune homme qui fondit en larme, ses mains cachant son visage. En l'entendant sangloter, Tosh vint près de lui et posa sa main sur son épaule. Au bout de quelques minutes, il finit par se calmer. Il sourit faiblement puis se dirigea vers la cuisine. Il passa de l'eau sur son visage et tenta de reprendre contenance. Il fallait qu'il s'occupe et prépara du café pour ses collègues.
Puis il laissa Owen lui faire des examens à la suite du choc qu'il avait reçu mais mis à part quelques contusions, tout allait bien. Il lui donna une pommade à passer sur les ecchymoses qui commençaient à se former et lui conseilla un peu de repos. Facile à dire, mais lorsque l'équipe est réduite à trois personnes, ce n'est pas vraiment facile à faire !
Dans la soirée, il s'occupa des pensionnaires et resta un moment auprès de Myfanwy puis il mit les ordinateurs en veille et quitta le bâtiment. Il faisait doux et il décida d'aller se promener, il ne voulait pas rentrer dans son appartement vide. Il s'arrêta au pub et prit un verre, restant seul, assis à une table à l'écart des danseurs. Soudain, il frissonna, sourit puis baissa la tête. Jack était près de lui, il sentait un contact froid sur sa main et ne bougea pas. Il resta ainsi pendant un long moment puis glissa ses doigts sur sa peau. La sensation s'évanouit, Jack était parti.
Il se leva et quitta l'établissement pour rentrer chez lui, le cœur un peu plus léger. Arrivé dans son appartement, il se fit un café qu'il but sur sa terrasse, regardant la baie scintiller sous les lumières du soir. Finalement, il rentra et ferma la fenêtre puis prit une douche et se coucha. Il resta un moment à fixer le plafond puis le sommeil le prit peu à peu et il partit pour le pays des rêves.
La routine reprit ses droits, mais le programme de Tosh avait donné quelques indications. Cependant, les signaux ne se trouvaient pas à Cardiff et ils ne pouvaient pas les suivre. Ianto avait essayé de contacter Jack, mais il semblait hors de portée, impossible donc de lui dire ce que la jeune femme avait trouvé.
Plusieurs fois, ils sortirent en intervention, mais elle ne constata pas d'autre signal que celui qu'ils avaient détecté. Ils ne s'inquiétèrent donc pas outre mesure et firent leur boulot.
Un jour, alors qu'ils étaient installés en salle de réunion pour déjeuner, l'alarme se déclencha. Ils quittèrent rapidement la pièce pour aller se pencher sur l'écran de l'ordinateur. Deux signaux étaient visibles et leur indiquaient une activation dans le parc de l'université.
Ils se précipitèrent vers le garage et s'installèrent dans la voiture, quittant rapidement le bâtiment en direction de la singularité. Quand ils arrivèrent sur place, une lumière intense se dégageait par intermittence, faisant penser à un néon qui s'allume.
– Jack, pensa Ianto. Jack, réponds-moi.
– Je suis là, fit le Capitaine. Fais attention, il est dans le coin.
– Oui, je sais, Tosh a détecté un double signal, mais je ne vois rien.
À ce moment-là, un Weevil déboucha du sous-bois et se précipita vers eux. Ianto tira et la créature s'effondra aux pieds de Tosh qui était restée figée. Owen vint près d'elle et s'assura qu'elle allait bien.
Le Gallois reporta son attention sur la lumière, priant pour que rien n'arrive à son amant, mais à peine avait-il pensé cela qu'il perçut une plainte. Il eut un mauvais pressentiment et s'inquiéta.
– Jack, réponds-moi, est-ce que tout va bien ?
Le silence lui répondit, ne faisant qu'augmenter son angoisse. Son cauchemar était en train de se réaliser, le Capitaine avait des problèmes et il ne pouvait rien faire pour l'aider.
– Ianto, entendit-il faiblement.
La panique le gagna et il s'approcha de la lumière. Au moment où il entra en contact avec elle, il fut arrêté par un champ de force puis tout s'éteignit, laissant voir un être humanoïde qui portait l'artéfact dans une main et un tube dans l'autre. Il était penché au-dessus d'un trou fait dans le sol et sourit méchamment en regardant Ianto s'approcher. À l'instant où la créature allait lâcher le tube, le Gallois aperçut son amant qui tendait le bras, il était couché sur le sol et visiblement très mal en point mais il réussit à se relever et s'élança puis percuta l'étranger, lui faisant rater l'orifice et le laissa sans connaissance sous le choc. Le tube tomba sur le sol et émit un chuintement.
Pendant que l'alien était inconscient, le Capitaine s'approcha en rampant et se coucha sur l'objet.
– Je t'aime Ianto, dit Jack en le regardant.
Le Gallois vit son regard douloureux, mais au moment où il comprit ce qui allait se passer, une violente explosion contenue par le champ de force le projeta à terre.
– Non Jack, hurla le jeune homme, s'effondrant, secoué par le déchirement de la vision du corps de son amant déchiqueté par la déflagration.
Tosh et Owen se précipitèrent, regardant avec effarement les restes éparpillés de leur leader. Puis le médecin se reprit, se dirigea vers le SUV et en revint avec un sac mortuaire. Il le posa et s'approcha de la jeune femme, lui demandant de l'aider. Ianto ne réagissait plus, il était déconnecter de la réalité, son cauchemar s'était réalisé, Jack était mort et il n'avait rien pu faire pour le sauver.
L'informaticienne vint près de lui, le prenant dans ses bras et lui murmura quelques mots. Puis elle s'écarta et lui demanda de se reprendre. Il fallait absolument faire le nécessaire pour rentrer au plus vite à la base.
Au moment où Ianto allait se lever, la lumière se remit à briller autour de l'humanoïde. Le jeune homme la regarda puis se concentra.
– Vous aviez dit qu'il ne risquait rien.
– Nous n'avions pas prévu sa réaction. Le destructeur voulait de faire imploser votre planète en pénétrant son noyau. Le trou qu'il a fait devait recevoir la bombe qui a détruit votre ami.
– C'est ce qui m'attendait lorsque j'étais à sa place ?
– Je ne sais pas ce que vous auriez fait dans de pareilles circonstances, mais il vous a tous sauvés.
– Oui, en y laissant la vie ! Croyez-vous que ce soit le prix à payer pour votre négligence ?
– Chacun fait des erreurs. Maintenant, nous allons emmener le destructeur et votre monde ainsi que bien d'autres seront à l'abri. Nous devons reprendre le bracelet, il ne vous sera plus utile.
– Oui, effectivement, nous serons à l'abri, à condition que vous soyez plus attentifs à vos prisonniers, fit Ianto en retirant l'appareil pour le poser près de la créature, dans le cercle de lumière.
Ils regardèrent la luminosité baisser et s'éteindre totalement, emportant le prisonnier et l'appareil, ne laissant que le silence et le désespoir. Tosh se rapprocha de lui et mit sa main sur son épaule. Il se tourna, les yeux ruisselant de larmes.
– Il nous a sauvés, Ianto, il l'a fait pour nous, pour toi, finit-elle dans un murmure.
Owen continuait sa sinistre récolte, retenant difficilement sa peine. Il fut rejoint par ses deux collègues et une demi-heure plus tard, ils quittaient le parc pour rentrer au Hub. Ils déposèrent les restes sur une planche, la glissèrent dans un caisson et scellèrent la porte, oubliant dans leur peine de déclencher le refroidissement. Le Gallois resta un moment, les mains appuyées sur le métal froid, pleurant toutes les larmes de son corps. Ses équipiers le laissèrent et remontèrent dans la zone informatique.
Tosh éclata en sanglots et le médecin la serra dans ses bras. Une larme coula sur sa joue tandis qu'il tentait de calmer son amie. Quand Ianto les rejoignit, il était pâle, la douleur se lisait sur son visage et ses yeux étaient vides de toute expression. Comme un robot, il se rendit dans la cuisine et fit du café sans même faire attention à ce qu'il faisait. Il était passé en mode automatique, se déconnectant de tout ce qui l'entourait pour ne plus souffrir, mais la peine restait dans son cœur et le rongeait de l'intérieur.
Les heures passaient et l'équipe n'arrivait pas à se remettre de cette perte et les alarmes n'étaient plus suivies. Les Weevils se baladaient en ville au gré de leurs envies. La police était surchargée d'appels angoissés de personnes qui n'osaient plus sortir de chez elles.
Au bout de trois jours, Ianto finit par se secouer et demanda à ses collègues de le rejoindre dans la salle de réunion. En attendant qu'ils s'installent, il fixait l'écran de la CCTV pointée sur le caisson du Capitaine. Quand ils furent prêts, il se concentra et les regarda.
– Jack n'aurait pas voulu ça, commença-t-il. Nous devons nous remettre en route. Il me manque, il nous manque, mais il l'a fait pour sauver la Terre. Je crois que nous avons du boulot et que nous ne devons pas baisser les bras. C'est ce qu'il disait, le spectacle doit continuer.
– Je suis d'accord avec toi, répondit Tosh, mais que veux-tu que nous fassions ? Si UNIT a vent de sa disparition, ils vont nous mettre quelqu'un d'autre ou même pire, démanteler notre équipe.
– Non, nous allons faire comme s'il était toujours avec nous. Quand il devait s'absenter, je signais les dossiers pour lui. Je continuerai aussi longtemps que je le pourrai. Pour ce qui est des réunions à Londres, je m'y rendrai, je l'ai déjà fait. Je pourrai toujours dire qu'il est sur le terrain avec vous. Je me débrouillerai, ne t'en fais pas.
– Ok, fit-elle en regardant Owen qui se taisait.
– Je ne veux toujours pas prendre sa place si c'est ce que tu penses, fit Ianto en le regardant, mais c'est la seule solution que je peux proposer pour le moment. Si tu as une autre idée, n'hésite pas, nous t'écoutons.
– Non, pour moi, ça marche. Je préfère ça à un nouveau qui ne ferait que vouloir le remplacer et je pense que Jack l'aurait voulu ainsi.
– Bien, alors on y va, la police a besoin de nous.
Ils se levèrent et Tosh se réinstalla à son poste. Owen retourna à la baie médicale et Ianto descendit dans la crypte. Il s'assit sous la porte du caisson, il prit sa tête entre ses mains et laissa ses larmes couler. Au bout d'une heure, il remonta et consulta les messages du Capitaine, répondant aux demandes qui avaient été faites en utilisant le code personnel de son amant.
Plusieurs interventions furent nécessaires pour ramener le calme, mais en fin d'après-midi, les appels des habitants s'espacèrent puis s'arrêtèrent. La police continuait à surveiller, mais la panique semblait jugulée.
Le soir, lorsque ses collègues quittèrent la base, Ianto retourna auprès de Jack. Il resta un long moment assis, appuyé contre le mur, les genoux sous le menton, les poings sur les tempes. Ses yeux étaient maintenant secs, mais la douleur était toujours présente.
– Tu m'avais dit que tu reviendrais, dit-il. Tu n'as pas tenu ta promesse. Que vais-je devenir maintenant que tu n'es plus là !
Un silence de plomb régnait dans la crypte, simplement rompu par le boutonnement des appareils de cryogénisation. Il se laissa glisser sur le sol et se recroquevilla, relevant ses jambes pour les enserrer de ses bras. Épuisé par tant de désespoir, il finit par s'endormir.
Au matin, il s'éveilla lorsque Tosh posa sa main sur son bras. Elle lui sourit faiblement puis caressa la porte du bout des doigts avant d'inciter le Gallois à se lever. Elle l'accompagna dans la zone informatique et Owen vint à leur rencontre pour s'assurer que tout allait bien. Ianto le salua puis quitta les bras protecteurs pour aller faire du café. Penché sur la machine, il fut pris d'une violente quinte de toux. Dormir sur le béton froid n'était pas vraiment une bonne idée.
Le médecin insista pour l'examiner et le jeune homme se laissa faire. Il avait de la fièvre et prit les médicaments que lui tendit son ami. Tosh apporta le café et un verre d'eau qu'elle donna à Ianto. L'équipe se serait les coudes, partageant la douleur de l'absence de l'un des leurs.
Cela faisait maintenant une semaine que Jack était mort et Ianto ne quittait plus la base le soir. Il s'était installé dans la chambre du Capitaine, passant de longues heures dans la crypte. Une nuit, il se réveilla brusquement, se redressant dans le lit. Il lui avait semblé qu'on l'avait appelé. Il remonta dans le bureau et regarda la salle de la passerelle. Les lumières étaient en veille et personne ne semblait être présent dans les locaux. Il allait retourner se coucher lorsqu'il entendit de nouveau la voix.
– Ianto, aide-moi.
L'appel s'adressait à son esprit et il regarda autour de lui, il ne comprenait pas.
– Ianto, j'ai besoin de toi.
– Jack, c'est toi ? fit-il par la pensée.
– Oui, aide-moi.
– Où es-tu ?
– Je ne sais pas, il fait sombre et c'est étroit.
Le Gallois eut brusquement très peur. Jack lui parlait, mais ce n'était pas possible, il avait vu son corps mis en pièces par l'explosion et il ne croyait pas aux revenants. Puis brusquement pris d'un fol espoir, il dévala les escaliers et courut jusqu'à la crypte. Il s'arrêta devant le mur et posa sa main sur la poignée de la porte. Puis il entendit frapper et sursauta.
– Ianto, aide-moi, entendit-il encore.
Il ouvrit et tira le caisson. Il souleva le couvercle et resta un instant sans bouger. Il devenait fou, Jack était mort, ce n'était certainement pas lui qui l'avait appelé. Prenant une grande inspiration, il baissa les yeux sur le sac et saisit la fermeture éclair. Après une hésitation, il la fit glisser et écarta les pans puis croisa le regard douloureux de son amant. Ne cherchant pas à comprendre ce qu'il se passait, il dégagea le haut du torse et se mit à pleurer. Jack était là, bien vivant, mais tellement mal en point que Ianto en souffrit. Il passa sa main dans ses cheveux, ne sachant que faire. Puis il prit son téléphone.
– Owen, fit-il lorsque le médecin décrocha, il faut que tu viennes au Hub, nous avons un gros problème dans la crypte.
– Que se passe-t-il ?
– Viens, tu verras par toi-même. Passe prendre Tosh, je vais la prévenir.
– Ok, j'arrive, fit le médecin en raccrochant.
Il était inquiet. Ianto semblait très perturbé, que s'était-il passé ? Il réfléchit puis brusquement se demanda s'ils avaient bien cryogénisé le corps du Capitaine. Si ce n'était pas le cas, il y aurait vraiment un gros problème.
Quand il pénétra dans la crypte, accompagné de la jeune femme, il se figea brusquement. Le caisson était ouvert et Ianto était penché par-dessus, les mains à l'intérieur.
– Mais que fais-tu ? demanda le médecin.
– Approche-toi et regarde.
Ianto avait les yeux qui brillaient et cela surprit Tosh qui fit quelques pas, s'arrêtant soudain en voyant une main se lever. Elle étouffa un cri et courut vers le Gallois puis baissa les yeux et éclata en sanglot. Owen s'approcha à son tour et poussa un juron. Jack le regardait, mais son visage, son corps n'était qu'une plaie béante. Il devait horriblement souffrir. À ce moment-là, il ressemblait un peu aux écorchés qu'il y avait dans les amphithéâtres de médecine.
– Mais comment… commença-t-il.
– Ce n'est pas le moment, il faut le sortir de là, Tosh, approche le transbordeur, nous allons le poser dessus.
La jeune femme s'exécuta, encore sous le choc de ce qu'elle venait de voir. Lorsqu'elle revint près d'eux, les deux hommes saisirent la planche et la soulevèrent pour la sortir du caisson puis la posèrent sur la table. Ianto recouvrit le corps d'un drap et ils remontèrent tous vers la baie médicale. Tout en marchant, il baissait les yeux sur son amant qui le fixait, se crispant de temps en temps sous la souffrance.
Lorsqu'ils furent arrivés, Owen fit passer un scanner au Capitaine, puis s'arrêta quand il l'entendit hurler en se tordant de douleur. Tosh n'en pouvait plus, elle quitta la base en courant, le visage en larmes. Ianto s'approcha, ne sachant que faire pour le soulager et attendit patiemment qu'il se calme.
– Mais que s'est-il passé ? demanda le médecin.
– Je n'en sais rien. Je savais qu'il ne pouvait pas mourir, mais pas qu'il pouvait se régénérer totalement. Jack, tu le savais ?
– Non, souffla-t-il avec une grimace douloureuse.
– Essaie de rester calme. Owen, tu ne peux pas lui donner quelque chose ?
– De la morphine éventuellement, mais si ses douleurs sont dues à sa régénération, je ne sais pas si ça le soulagera. Jack, qu'en penses-tu ?
– Vas-y, de toute façon, ça ne peut pas être pire, répondit-il les larmes aux yeux.
Le médecin prépara la seringue et l'ampoule de produit puis injecta la solution dans le bras du Capitaine. Ils restèrent un moment silencieux, le regardant se calmer peu à peu puis fermer les yeux.
Ianto s'inquiéta et Owen prit son pouls, mais il fit un signe rassurant. Il allait aussi bien qu'il était possible d'aller dans ces conditions. S'étant assuré que tout était en ordre, le médecin décida d'aller rejoindre Tosh pour lui expliquer ce qu'il s'était passé. Elle avait été choquée de voir son leader revenu à la vie dans cet état et elle en avait, elle aussi, souffert.
Il laissa le Gallois et remonta à la surface. Jack rouvrit les yeux en entendant le sas et croisa le regard bleu de son amant.
– Je t'avais dit que je reviendrais, fit-il dans un souffle.
À suivre…
