Chapitre 12

Ianto se leva et retourna dans la cuisine. Sur le comptoir, il y avait un panier de bienvenue avec des produits du terroir. Il fouilla pour voir ce qui avait été offert et se dit qu'il faudrait qu'il remercie Tosh.

– Tu as faim ? demanda-t-il sans lever les yeux.

N'obtenant aucune réponse, il regarda dans le salon et son cœur manqua un battement. Le canapé était vide et la porte ouverte. Il n'avait pas entendu le Capitaine sortir. Il se précipita et le chercha des yeux puis l'aperçut, son manteau militaire flottant dans le vent. Il s'approcha et passa son bras autour de la taille de son compagnon qui baissa son regard sur lui.

– Tu vas bien ? demanda le jeune homme.

– Oui, tu avais raison, c'est vraiment magnifique, dit-il.

– Nous aurons le temps d'aller faire un tour plus tard, pour le moment, il faudrait manger. Viens, rentrons.

Les deux hommes reprirent le chemin de la maison et Ianto servit le repas. Au moment d'amener le café, il attrapa son téléphone et composa le numéro de la jeune informaticienne.

– Salut Tosh, fit-il quand elle décrocha.

– Bonjour Ianto, tout va bien ?

– Oui, nous sommes arrivés, il y a une heure environ. Tu remercieras ton amie, c'est vraiment très beau. Elle nous a laissé un panier avec tout plein de bonnes choses.

– Comment va Jack ?

– Il a dormi sur le trajet, mais il semble mieux. Cet après-midi, nous irons faire un tour sur Rhossili Beach. Nous allons être tranquilles, les vacanciers ne sont pas encore arrivés.

– Bien, alors reposez-vous bien et veille sur lui.

– Tu n'as aucun souci à te faire. Lorsqu'il reviendra, il sera en forme et prêt à reprendre sa place.

– Je te fais confiance. En cas de problème, n'hésite pas à m'appeler !

– Ok, mais de votre côté, si vous avez des soucis, téléphone-moi, en moins d'une heure je peux être de retour.

– C'est d'accord. Embrasse-le pour moi, finit-elle avant de raccrocher.

Ianto reposa son téléphone et s'approcha de son amant puis l'embrassa sur la joue. Le Capitaine le regarda, surpris. Le Gallois lui sourit et prit ses lèvres pour un doux baiser puis s'écarta.

– Le premier était celui de Tosh et le second, le mien.

– Je préfère le deuxième, fit Jack les yeux brillants. Viens, fit-il en ouvrant les bras.

Le jeune homme se blottit contre lui, appuyant sa tête contre son torse, écoutant battre son cœur. Il était si bien qu'il soupira doucement.

Ils restèrent ainsi un moment puis ils se séparèrent. Ianto alla faire la vaisselle et ranger la cuisine puis tendit le manteau à son leader, lui signifiant qu'ils seraient mieux dehors par ce temps ensoleillé. Ils quittèrent la maison et passèrent les dunes pour descendre sur la plage. Celle-ci était magnifique, c'était une vaste étendue de sable blond dominée par les hautes falaises de la péninsule. Ils marchèrent tranquillement, main dans la main, puis finirent par s'asseoir face à la mer qui venait mourir à leurs pieds.

Ils restèrent silencieux, se laissant gagner par la tranquillité du lieu et la beauté du paysage. Les minutes et les heures passèrent puis la tombée de la nuit les obligea à rentrer. Ils pressèrent le pas pour ne pas être dans le noir et Ianto alluma un feu dans la cheminée, laissant le Capitaine s'installer dans le canapé. Quand il vint s'asseoir près de lui, Jack le regarda et posa ses lèvres sur les siennes.

– C'était une belle journée, fit-il doucement.

– Oui, répondit le Gallois, et celle de demain sera encore plus belle, tu verras.

Lorsqu'ils eurent dîné et bu leur café, Ianto alla préparer la chambre et quand il revint, Jack s'était assoupi. Il s'assit près de lui et caressa doucement sa joue. Le Capitaine ouvrit les yeux et le regarda puis saisit la main tendue et se leva pour suivre son amant dans la chambre. Il se déshabilla et alla prendre une douche où il fut rejoint par le jeune homme. Ils se fixèrent un moment puis Jack l'enserra dans ses bras et le pressa contre lui.

Ianto pensait qu'il allait mieux lorsqu'il se rendit compte qu'il pleurait. Il s'écarta doucement et prit son visage entre ses mains, vrillant leurs regards. Puis il s'échappa pour attraper le gel-douche, en versa dans ses mains et commença à savonner le corps de son amant, massant les muscles pour les détendre, passant sur toutes les parties de cette peau aimée. Lorsqu'il eut fini, il le rinça et attrapa un drap de bain avec lequel il l'essuya puis le laissa passer dans la chambre pour finir de prendre sa douche.

À son tour, il pénétra dans la pièce et son regard se posa sur l'immortel qui s'était glissé sous la couette et le fixait du regard. Il fit le tour du lit et se coucha près de lui, le prenant dans ses bras pour le serrer sur son cœur. Ils s'endormirent lovés l'un contre l'autre, heureux de cette proximité.

Les jours passèrent et le Capitaine semblait reprendre un peu plus d'assurance. Mais par moments, il retombait dans une apathie qui inquiétait le Gallois. Celui-ci se montrait patient, acceptant ce que son amant lui offrait, mais depuis sa dernière résurrection, ils n'avaient plus connu les plaisirs de la chair et cela lui manquait malgré sa volonté d'attendre que l'immortel fasse le premier pas. Comme tous les jours, ils descendirent sur la plage et marchèrent longuement pour finalement s'asseoir et regarder la mer.

Ce jour-là, Ianto était assis derrière Jack qui était adossé contre son torse, les mains posées sur les bras qui le tenait. Les yeux perdus dans le vague, il se mit à penser à son avenir qui lui sembla soudain bien triste. Il baissa les yeux sur le Capitaine qui ne bougeait pas.

Que puis-je faire pour t'aider ? pensa-t-il, je ne sais plus, j'ai tout tenté pour te rendre ta joie de vivre, mais à vrai dire, je pense que j'ai échoué. Que dois-je faire ? Je t'aime tellement.

L'immortel releva la tête et son regard croisa celui du jeune homme. Il se redressa et se tourna pour lui faire face puis passa sa main derrière sa nuque et l'embrassa tendrement. Ianto répondit au baiser, ouvrant la bouche pour laisser sa langue aller rencontrer sa consœur. Le baiser se fit plus passionné et le Capitaine le bascula sur le sable, laissant ses mains caresser son corps. Le Gallois se cambra sous les sensations qui montaient et laissa échapper des gémissements. Soudain, Jack s'écarta et se releva puis partit en courant le long de la plage en direction de la maison.

Toujours allongé, le jeune homme tourna la tête et une larme coula sur sa joue quand il se redressa. Il lui avait semblé que son amant avait enfin réussi à se sortir de sa mélancolie, mais brusquement, tout avait dérapé. Il se mit debout et reprit le chemin du retour, pressant le pas lorsqu'il le vit disparaître derrière la dune. Au moment où il l'atteignait, son téléphone sonna et il répondit tout en courant.

Quand il entendit la voix de Tosh, il s'inquiéta, celle-ci lui fit un rapide topo du problème qu'ils avaient et lui demanda s'il pouvait venir les rejoindre.

– Je préviens Jack et j'arrive, fit-il en passant à la porte.

– Comment va-t-il ? demanda-t-elle, prenant brusquement conscience qu'elle n'avait pas pris de ses nouvelles.

– Je t'avoue que je n'en sais trop rien. Il semblait aller mieux et brusquement, il s'est refermé. Bon, je te laisse, je serai là dans une heure.

Il raccrocha et entra dans le salon. Il vit le manteau posé sur le canapé, mais aucune trace du Capitaine. Il s'approcha de la chambre et ouvrit la porte. L'immortel était couché sur le lit et avait visiblement pleuré puis s'était endormi. Ianto referma et prit un bloc pour laisser un message puis quitta la maison.

Sur l'autoroute qui le ramenait à Cardiff, il essaya de comprendre ce qu'il s'était passé. Leur étreinte avait été momentanément passionnée, mais Jack avait brutalement changé d'avis et s'était sauvé. Le Gallois ne comprenait pas mais il se dit qu'à son retour, il tenterait d'avoir une réponse.

Quand il arriva près de l'office de tourisme, il gara sa voiture et pénétra rapidement dans le bureau, refermant derrière lui avant d'actionner la commande d'ouverture du passage secret. Rapidement, il parcourut le couloir puis passa le sas et fut accueilli par Tosh qui se précipita dans ses bras.

– Ianto, fit-elle, heureuse de te voir. Owen est déjà parti, je suis restée pour t'attendre. Nous avons un gros problème dans le parc de l'université, à l'endroit même où…

Elle ne finit pas sa phrase et leva vers lui ses yeux bordés de larmes.

– Allez, on y va, fit-il en lui prenant la main.

Tosh attrapa un sac et le suivit. Il la fit monter dans sa voiture et écouta ses indications, jetant de temps en temps un coup d'œil sur l'ordinateur qu'elle avait ouvert sur ses genoux. Ils arrivèrent rapidement sur place et Ianto se gara près du SUV puis ils rejoignirent le médecin. Celui-ci était accroupi derrière un arbre et attendait les renforts. Lorsqu'il vit ses collègues, il fit un signe de la main et s'approcha d'eux.

– Alors, qu'est-ce qu'on a ? demanda Ianto.

– Je ne sais pas vraiment. Il semblerait que l'on ait la même activation que la dernière fois, mais ça n'a pas de sens. Les Gardiens ont bien récupéré leur prisonnier, non !

– Oui, à moins qu'ils l'aient de nouveau laissé échapper ! répondit Tosh.

– Tu vois quelque chose ? s'enquit le Gallois en montrant l'ordinateur de la jeune femme.

– J'ai des fluctuations, mais je n'y comprends pas grand chose. Ce n'est pas logique.

Tout à coup, une violente lumière les obligea à fermer les yeux et Ianto prit l'informaticienne dans ses bras, la protégeant comme il pouvait.

***

Une heure après le départ de Ianto, le Capitaine ouvrit les yeux et se retourna sur le dos. Il se redressa, un peu surpris de ne pas entendre de bruit dans la maison. Il se leva et entra dans le salon.

– Ianto ? appela-t-il. Ianto, excuse-moi, je voudrais te parler.

Mais personne ne répondit. Il fit le tour des pièces et sortit sur le perron puis s'aperçut que la voiture n'était plus dans l'allée. Son cœur se serra lorsqu'il comprit qu'il était seul, le Gallois était parti.

Mon dieu, qu'ai-je fait ? se dit-il en rentrant.

Il alla s'asseoir sur le canapé et ses yeux tombèrent sur le mot laissé sur la table. Il s'en saisit et lut le message puis il se leva et courut vers la porte, mais en arrivant dehors, il se dit qu'il n'avait pas de véhicule. Il retourna donc dans la cuisine et trouva les coordonnées de la propriétaire. Il composa le numéro et attendit qu'elle décroche.

– Bonjour, fit-il, Jack Harkness. Vous avez eu la gentillesse de prêter votre maison à Toshiko Sato.

– Oui, bien sûr, répondit sa correspondante, tout va bien ?

– Oui, mais j'ai un petit problème. J'étais ici avec un ami qui a dû rentrer rapidement à Cardiff et je suis sans véhicule. Sauriez-vous où je pourrais en louer un ?

– Je peux vous prêter une voiture si vous le souhaitez !

– Je ne voudrais pas vous déranger, dit le Capitaine.

– Ce n'est pas un problème. Je vous envoie quelqu'un dans quelques minutes.

– Je vous remercie Madame.

Jack raccrocha, sortit sur le pas de la porte et ferma à clé puis attendit le véhicule. Celui-ci arriva quelques minutes après et le conducteur descendit pour lui laisser la place.

– Merci beaucoup, fit l'immortel en s'asseyant, je peux vous déposer ?

– Non, j'ai à faire dans le jardin, je rentrerai plus tard. Au revoir, fit son interlocuteur en se tournant vers l'appentis.

Jack sortit rapidement de Swansea et récupéra l'autoroute. Il roula beaucoup plus vite que la vitesse autorisée et trois quarts d'heure plus tard, il arrivait au pied de la Water Tower. Il entra dans l'office et se précipita dans les profondeurs de la base, mais passé le sas, il ne trouva personne. Il s'inquiéta, l'équipe était sortie et il ne savait pas où la trouver.

Il pianota sur le clavier de l'ordinateur et finit par découvrir le point d'origine de la singularité. Il se redressa, une sueur froide passant dans son dos. Il se reprit et quitta le bâtiment pour récupérer le véhicule et se rendit au point d'activation. Quand il arriva sur place, il aperçut la lumière et courut puis brusquement, il s'arrêta. Devant le portail lumineux, il voyait l'être qui était responsable de sa dernière mort. Il ne comprenait pas, Ianto lui avait pourtant dit que les Gardiens l'avaient emmené, alors que faisait-il là ! Puis il vit le Gallois se lever et s'approcher, le destructeur se tourna vers lui et le menaça d'une arme. Le cœur du Capitaine rata un battement, il voyait son amant en danger, mais il était trop loin pour l'aider.

Il fit le tour de la statue qui était sur son passage et se remit à courir vers le jeune homme tout en sortant son arme.

Couche-toi Ianto, entendit le Gallois dans son esprit.

Ne cherchant pas à comprendre, il obéit et se laissa tomber sur le sol au moment où une déflagration retentit suivie d'un coup de feu. Quand il toucha l'herbe, un corps s'abattit sur lui, le protégeant du tir provenant de l'alien. La lumière s'éteignit et le silence se fit brusquement. En tournant la tête, le jeune homme reconnut la manche du manteau militaire et il se retourna, repoussant doucement le Capitaine qui ne bougeait pas. Il le mit sur le dos et regarda son visage crispé par la douleur.

– À tout de suite, fit l'immortel en laissant échapper son dernier soupir.

Ianto laissa ses larmes couler et le souleva pour l'appuyer contre son torse, l'enserrant de ses bras et le berçant doucement. Owen et Tosh s'approchèrent et attendirent patiemment la résurrection de leur leader. Lorsque ses poumons se remirent à fonctionner, Jack fut secoué d'un spasme violent, puis il se calma peu à peu, levant les yeux vers le visage au-dessus de lui.

– Que s'est-il passé ? demanda la jeune femme en regardant vers l'endroit où l'alien gisait mort.

– Je pense que les Gardiens devraient revoir leur recrutement. Ils ont encore dû le laisser échapper.

À ce moment-là, un portail se matérialisa de nouveau près de la créature. La lumière était intense et une voix parvint à Ianto et au Capitaine.

Nous sommes désolés.

Puis la nuit reprit brusquement ses droits, la lumière s'éteignant, emportant avec elle le corps du destructeur.

Au bout de quelques minutes, Jack essaya de se redresser et Ianto l'y aida. Tosh et Owen se levèrent et allèrent jusqu'au SUV où ils attendirent que les deux hommes les rejoignent. Le Capitaine monta dans la voiture, laissant le volant au Gallois et les deux véhicules reprirent le chemin de la base. Quand ils y arrivèrent, l'immortel resta assis, les yeux baissés sur ses mains croisées sur ses genoux. Ianto fit le tour et ouvrit la portière puis se baissa.

– Tu vas bien ? demanda-t-il.

– Oui, ça ira, mais je ne veux pas rester ici, je vais rentrer à Swansea.

Le Gallois le regarda un instant puis alla voir ses deux collègues et leur dit qu'ils retournaient à la maison. Tosh leur souhaita bon voyage et entra dans l'office. Owen lui tapa sur l'épaule et suivit la jeune femme.

Ianto retourna voir son amant qui avait changé de place et avait démarré, il semblait l'attendre. Quand il le vit s'approcher, il ouvrit la portière, sortit du véhicule puis écarta les bras pour accueillir le jeune homme qui vint se blottir contre lui. Il leva la tête et après avoir un instant détaillé le visage de son leader, il posa ses lèvres sur les siennes puis le lâcha et alla prendre sa voiture. L'un suivant l'autre, ils reprirent la direction de la péninsule de Gower, bien décidés, à enfin, se retrouver.

Quand ils arrivèrent, la nuit était tombée et le jardinier était reparti. Ils se garèrent puis entrèrent dans la maison et Ianto alla faire un café avant de préparer le repas. Il ne savait pas trop comment aborder son Capitaine. Celui-ci était venu le rejoindre et lui avait évité la mort, mais pour cela, il avait de nouveau perdu la vie. Le temps que la boisson passe, il leva les yeux et regarda son amant assis dans le canapé. Depuis leur arrivée, il n'avait pas dit un mot, s'enfermant dans un mutisme déprimant.

Il s'approcha et lui tendit sa tasse puis alla fermer les volets. Lorsqu'il revint près de lui, Jack n'avait toujours pas bougé et fixait les volutes de fumée s'échappant de sa boisson. Le Gallois s'assit et porta la tasse à ses lèvres, attendant silencieusement un geste de son partenaire. Puis le Capitaine se leva et posa son mug, Ianto en fit de même, le retenant par le poignet. L'immortel baissa les yeux sur la main qui l'arrêtait puis se tourna et se rapprocha du jeune homme pour le prendre dans ses bras.

– Pardon, fit-il doucement.

Le Gallois chercha son regard, il ne comprenait pas les excuses, il s'inquiéta mais lorsque son amant prit ses lèvres, tous ses doutes s'envolèrent. Il était sûr que cette fois, le Capitaine avait reprit le dessus, il le sentait dans sa façon de le tenir serré contre lui. Il répondit au baiser avec passion, glissant ses mains dans le dos de son compagnon.

À suivre…