Kiba/Shikamaru – Naruto – n°20

Titre : Tu es ma nicotine

Auteur/Artiste : Armenius

Couple : Kiba Inuzuka/Shikamaru Nara

Fandom : Naruto

Rating : PG-13

Thème : 20 – Retour à la maison

Disclaimer : Masashi Kishimoto

Merci aux lecteurs et plus encore à ceux qui prennent le temps de poster une review. Kejsta et Renn, contente que ça vous plaise.

June, j'apprécie de voir que tu « te tiens à jour » alors que je mets du temps avant de poster à nouveau. Désolée. Mais j'aurais bien aimé que tu me dises mes petites erreurs, si ça ne te gêne pas. (J'ai pas de souci avec les gens qui chipotent).

Ma vie se désintègre. Mes relations aussi. Au même rythme que Shikamaru se détruit les poumons. Lentement mais sûrement. Aussi sûrement que la douleur lui ronge le cerveau. Aussi lentement que je réalise l'ampleur de la perte qu'il vient de subir.

En deux mois à peine, Shikamaru a disparu de ma vie sans la quitter vraiment. Je ne l'ai revu qu'une fois depuis qu'il est rentré au village en compagnie du corps d'Asuma. C'était le jour de sa vengeance, quand il est rentré couvert de sang et qu'il s'est effondré en pleurs dans mes bras. A l'enterrement, il brillait par son absence quand Kurenai-sensei frissonnait dans sa nuisette rouge, paumée. Paumés tous les deux. Et moi aussi depuis qu'il n'est plus là.

Lui. Asuma.

Et par conséquent Shikamaru aussi

.

Pourtant je sais qu'il persiste à vivre, à exister même s'il s'est éloigné. Je le sais à l'odeur de nicotine dont notre appartement empeste quand je rentre le soir. Et pourtant l'endroit reste définitivement vide. Et les draps de notre lit désespérément lisses puisque je ne m'y suis pas allongé à nouveau depuis que Shikamaru n'y est pas revenu. Je me suis installé dans le salon, sur le canapé. Et je ne mets plus les pieds dans notre chambre. La poussière s'y installe, je la sens jusque dans l'entrée.

On pourrait croire que la solitude m'aurait rendu négligé, que l'évier aurait été rempli de vaisselle sale avec des mouches bourdonnant autour, que le linge se serait entassé dans la salle de bain, que je ne me laverais plus et ne mangerais que des cochonneries dénichées au fond d'un placard habité par les rats. Désolé de vous décevoir : ce n'est pas le cas.

Depuis que Shikamaru n'est plus là, j'ai pas mal de temps pour moi. J'en ai tellement que je ne sais plus quoi en faire. J'ai pris l'habitude de toujours nettoyer partout tous les soirs, de laver mes vêtement dès qu'ils sont sales, de faire les courses une fois par jour – n'achetant que le strict minimum pour les trois repas de la journée et de quoi remplir la gamelle d'Akamaru. Et malgré tous mes efforts, il arrive toujours ce moment fatidique où je me rends compte que j'ai beau récurer cinq fois la même assiette, elle restera propre et que si je continue comme ça, elle va me péter dans les mains à force de frotter comme un bourrin.

Du coup, je me retrouve recroquevillé dans le canapé, blotti contre Akamaru que j'ai fini par dispenser de dormir dans son panier. Après tout, c'est Shikamaru que ça gênait de devoir dormir avec un chien. Et comme dit le proverbe : « Les absents ont toujours tort. »

Hormis les jours où je rends visite à Kurenai-sensei, je ne sors pas. Je ne vois personne.

En attendant, la salle pue la fumée de cigarette et je n'ai aucun moyen d'évacuer l'odeur sauf en aérant. Sauf que je m'y accroche, à ce parfum écœurant. Tant qu'il persiste, ça signifie que Shikamaru continue lui aussi.

Il continue de vivre.

Mais ça énerve Akamaru alors je suis bien obligé d'ouvrir les fenêtres, et même moi, ça me fait du bien de respirer.

Avant la mort d'Asuma, Shikamaru ne fumait pas. Sa veste et ses cheveux portaient parfois des relents de nicotine à cause de la proximité de son fumeur de sensei mais il s'arrangeait pour prendre l'air assez longtemps pour que ça ne me pose pas trop de problèmes.

Après ce jour-là, je ne l'ai plus croisé.

Jusqu'à ce que je renifle cette odeur atroce.

La première fois que c'est arrivé, je savais que c'était lui. Qui d'autre ? Peu de personnes savent que nous vivons ensemble et seul Shikamaru possède un double des clés de l'entrée. Alors j'ai fouillé toutes les pièces, hystérique, en criant son prénom, avec colère et soulagement en même temps. Sauf que tout était vide. J'en ai eu des vertiges pendant une semaine avant de commencer à m'habituer. A l'odeur comme à l'absence. Au silence également puisque je ne parlais pas – je n'en voyais pas l'utilité – et qu'Akamaru n'aboyait pas. Les seuls sons audibles correspondaient à nos deux respirations et à nos mouvements.

Après la première semaine passée à dormir vautré sur le canapé, une vague de colère m'a emporté. Mon seul recours était de tout démolir autour de moi. Je renversais les étagères, j'arrachais des lambeaux du papier peint à fleurs qu'on n'a jamais pensé à retirer avant, je lacérais des serviettes de bain, et je m'arrangeais toujours pour inonder la salle de bains lorsque je prenais une douche.

Heureusement qu'Akamaru a vite réagi sinon l'appart' était fichu.

Le parfum de Shikamaru sur ses fringues a fini par s'estomper jusqu'à disparaître complètement, remplacé par la fragrance insupportable du tabac froid que j'ai dû me résigner à accepter puisque j'étais incapable de me résoudre à les laver, préférant les presser contre mon visage de temps en temps, quitte à me foutre la nausée.

Au final, je ne sais pas si on peut vraiment dire que je m'y suis habitué. Tout ce que je peux faire, c'est… faire avec. Ou plus précisément : ne rien faire. Je ne peux absolument rien faire pour l'aider. Le ramener. Encore faudrait-il qu'il se montre !

Oui, je sais que j'aurais certainement pu facilement le débusquer en suivant les empreintes olfactives qu'il laisse où qu'il aille. Cela dit, je ne pense pas que cela aurait été la meilleure chose à tenter. Puisqu'il revient à chaque fois, c'est qu'il n'a pas encore abandonné, n'est-ce pas ? Et s'il n'est jamais là quand je me pointe, c'est qu'il n'est pas prêt à me revoir. A vrai dire, je crois que moi non plus.

Ca me tue. Je vis dans un brouillard perpétuel. Je me dis que c'est la fumée emprisonnée à l'intérieur qui me donne cette impression.

Le matin, je m'en vais avec Akamaru. En général, l'appartement est libéré de cette foutue odeur désagréable. Mais à chaque fois que je reviens, quelqu'un l'en a empli à nouveau.

Le plus drôle, c'est que c'est pareil chez Kurenai-sensei. Je vais souvent la voir accompagnée de Shino et de Hinata. Au moins deux fois par semaine. Elle est si seule. Ca me fout en l'air de la voir comme ça, assise toute droite dans son salon à regarder sans ciller les fleurs de son balcon dépérir une à une. Au début, j'avais vraiment du mal à rester à cause de l'atmosphère tendue qui règne en permanence chez elle. Hinata et Shino ont toujours mieux su comment faire face aux situations de crise. Moi, je ne sais que m'énerver, hurler un coup et me barrer en claquant la porte et peu importe si elle finit hors de ses gonds, c'est pas mon problème. Le pire, c'est qu'elle ne réagissait jamais à mes remontrances. Et comme toujours, c'est Hinata qui devait s'y coller pour me calmer. Elle est un peu trop gentille, un peu trop douce et souriante. C'est peut-être ça qui annihile toute ma fureur à chaque fois que je leur fais le coup.

Pourtant depuis un peu plus de deux semaines, je ressens une nette amélioration chez notre sensei. Elle parle davantage. Elle n'a pas recommencé à s'occuper des ses plantes mais au moins elle parvient à tenir une véritable conversation avec nous, poussant même le cran jusqu'à un petit sourire fragile occasionnellement. Elle nous a permis de caresser son ventre qui grossissait à vue d'œil. Elle s'est mise à évoquer ses rêves et ses angoisses à propos de son bébé. On était surpris au début. Choqués même. Enfin, c'était mon cas. On s'est rapidement organisés pour qu'elle ne manque de rien. On a commencé à venir plus souvent, séparément. Ca a contribué à améliorer l'ambiance sinistre qui m'insupportait tant.

Un peu plus de deux semaines.

Ca fait un peu plus de deux semaines qu'une nouvelle odeur s'est installée chez elle.

- Sensei, Shikamaru vient souvent ici ?

Un jour, la question m'a échappée. Peut-être parce que ni Hinata ni Shino ne m'ont accompagné. Akamaru a tendu l'oreille. Kurenai me dévisage. Un sourire se niche timidement au coin de ses lèvres. Je n'ajoute rien, de peur de tomber dans le vulgaire. Or je n'ai pas envie de voir cette expression s'effacer tout de suite du visage de mon entraîneuse.

- Tu as remarqué ?

- Ca schlingue le tabac à plein nez.

- Ouvre la fenêtre alors.

Je m'apprête à secouer la tête mais finalement je m'exécute. Après tout, je suis dans le salon d'une femme enceinte. Je fronce les sourcils.

- Vous lui permettez de fumer chez vous ?

Pour je ne sais quelle raison, elle étouffe un petit rire.

- L'odeur me rappelle Asuma. Et puis…

A ces mots, je ne me contiens plus. J'éclate. J'explose.

- Quoi ? Mais vous êtes enceinte, bordel ! Vous ne pouvez pas… Sous prétexte que… Sensei ! Vous…

Je m'étrangle à moitié. De colère, je me lève et me mets à faire les cent pas dans la pièce tout en me fustigeant mentalement pour mon caractère un peu trop impétueux. Je ne veux pas la voir pleurer. Encore moins à cause de moi.

- Kiba, assieds-toi.

- Je préfère rester debout.

- Kiba… ne lui en veux pas, s'il te plaît. Nous n'étions jamais dans la même pièce quand il fumait, tu sais. Il ouvrait la fenêtre dans la cuisine et je restais dans le salon.

Je ne réponds rien. Je ne parviens pas à savoir si c'est parce que je n'ai rien à répondre ou bien parce que les mots se bloquent dans ma gorge. J'ai l'impression que ça fait des années que je n'ai pas parlé de lui ouvertement. Pas de cette manière.

- Il a mis beaucoup de temps avant de retrouver le courage de me rendre visite. Il avait déjà pris sur lui de m'annoncer la nouvelle… Il ne voulait pas fumer ici mais je le voyais trembler, et tourner en rond comme tu le fais maintenant.

Je tremble ? Ah oui. Je ne m'en étais même pas rendu compte.

Elle poursuit :

- Il angoissait terriblement… C'est moi qui ai abordé le sujet, lui affirmant que l'odeur me manquait. Il m'a dit que c'était mauvais pour le bébé. Je lui ai donc répondu de fumer dans la cuisine et de bien aérer.

Des paroles d'un banal… Alors pourquoi j'ai la sensation que je vais fondre en larmes d'un moment à l'autre ? Putain, ressaisis-toi Kiba, Kurenai n'a pas besoin d'un pleurnichard dans son salon, elle est bien assez mal comme ça.

- Il ne tardera plus.

Hein ?

- On ne peut pas rester malheureux éternellement, Kiba.

Après ce jour, Kurenai n'a plus prononcé son nom en ma présence. Et à chaque fois que je viens, ça pue comme chez moi. Au final, ça ne me dérange pas. Je me suis même aperçu que les seuls endroits où je me sens à l'aise ne sont autres que son appart' et le nôtre. C'est la raison pour laquelle je ne vais jamais ailleurs que chez elle quand je veux sortir.

Aujourd'hui s'est terminée une mission chiante à mourir concernant la recherche palpitante du cheval favori du seigneur d'un village voisin. Shino était avec moi. Nous avons mis trois jours pour récupérer ce canasson de mes deux avant de pouvoir enfin rentrer. Je dois donc avouer que je suis plutôt presser d'arriver à l'appart' et de me faire couler un bon bain.

Aussitôt la porte ouverte, quelque chose m'alerte. Un changement que je n'arrive pas encore à saisir. Akamaru semble aussi surpris que moi. Cependant, il est le premier à reprendre ses esprits. Il se met à aboyer joyeusement, agite la queue et commence à gambader autour de moi.

Les battements de mon cœur s'accélèrent. Pour une fois je ne le comprends pas. Je n'y arrive pas. Surexcité, il entre en galopant. Soudain, ça fait tilt.

L'odeur.

Elle a changé. Ce n'est plus celle de la nicotine que je renifle. Il y en a une autre à la place. Plus forte. Plus chaude. Rassurante.

J'ai l'impression que ça va déborder, je reste figé malgré moi dans le corridor. Une silhouette s'avance vers moi. Je n'ai pas besoin de regarder pour savoir de qui il s'agit. Un parfum de sous-bois, frais et pur, mélangé à des relents de mousse vient chatouiller mes narines, quelques subtiles effluves animales s'y ajoutent, parsemés de l'arôme ténu du tabac. Pas de doute possible. Ca ne peut être que…

- Je suis rentré.

Malgré moi, un sanglot me secoue et je m'effondre contre le mur, soutenu par deux bras forts, les siens. Il m'enlace, dépose une multitude de baisers sur mes lèvres, mes joues, mes yeux et mon cou. J'agrippe sa veste et me serre contre lui, incapable d'émettre le moindre son.

- Kiba, pardon.

Il m'embrasse et moi, je m'enivre de son odeur trop longtemps disparue. Je pensais que j'allais lui foutre une beigne quand j'allais le revoir. J'y comptais vraiment. Je me suis trompé.

- Shikamaru… je suis content que tu sois là.

OOooOOooOO

Je ne cherchais pas à faire pleurer à la base. Enfin si jamais ça vous arrive, je me doute bien que vous n'en faites pas exprès. Et puis je ne vous en veux pas, hein. Simplement, je ne le trouve pas spécialement émouvant. Enfin peut-être un tout petit peu mais de là à ce qu'on puisse en avoir les larmes aux yeux, j'avoue que ça me surprend. Et aussi, désolée, mais ça me touche beaucoup quand certain(s) d'entre vous me di(sen)t que ça l(es)'a bouleversé(s). C'est un beau cadeau mine de rien.

Donc n'ayez pas peur, je ne vais pas vous manger. (Un petit sourire au bouton vert qui n'attend que ça ?)