Acide Sulfurique
Chapitre 2 : Que m'importe ton nom?
Elle avait toujours eu l'habitude du rire et de la bonne humeur: c'était chez elle une réponse aux joies comme aux peines. Un éclat de rire chassait les nuages, un sourire laissait s'épanouir sa joie. Mais certaine sombres, terrifiantes, ne s'évanouissaient pas, face à la force de son optimisme. Ces noirceurs là la rongeaient: échappant aux regards, aux menaces, aux rires macabres des sorciers, ces ombres la paralysaient et lui volaient ses plus beaux rires...
« As-tu compris? »
Et elle hochait la tête, en silence, mâchoires serrées sur un tremblement, un sanglot: oui, elle avait compris, elle ne se tromperait pas, elle savait ce qu'elle avait à faire, ne se déroberait pas à son devoir. Pas face au prix que celui lui couterait.
o0o0o
Les moldus formaient une engeance insupportable. Tout juste digne d'un zoo...
Une girafe couineuse...
STUPEFIX
Un morse rugissant
SILENCIO
Un cachalot tremblant
STUPEFIX
Dans un sombre tourbillon de robes, Severus Snape gravissait l'escalier de la paisible demeure des Dursley, et ses pas longs et glissants le conduisaient à une chambre, ridiculement petite: Harry Potter s'y cachait, savourant sans doute la plaisanterie dont il était le centre, riant sans doute...
Car non...
Rien n'était vrai.
Une blague stupide, au doute l'oeuvre des jumeaux Weasley.
Ou de Potter, lui-même...
Dumbledore, derrière lui, tentait de le retenir. En vain. Sous la main impatiente du sorcier s'ouvrit la porte, révélant la vue d'un Harry Potter, portrait vivant de James Potter.
Diabolique engeance...
Il sentait une grimace déformer ses traits.
Pourtant, dominant le dégout... du soulagement.
Cet infime poids qui avait enserré sa respiration disparaissait, et avec lui le « et si ».
... Et si c'était vrai...
Dans le maigre visage, ses lèvres se retroussèrent avec dégoût alors que le gryffondor se retournait vers lui, avec, à la main, une lettre similaire à celle qu'il avait lue. Cette vague de colère qui le submergea, comment aurait-il pu en être maître? Stupide plaisanterie ! Si jamais il en trouvait les auteurs... Sans prêter attention à Dumbledore qui venait d'entrer à sa suite dans la pièce, il s'approcha du gryffondor et tendit la main :
-Donnez-moi ça, Potter !
-Non ! protesta le garçon en se tournant vers Dumbledore. Professeur, je...
-Donnez-moi ça, gronda la voix autoritaire de Snape, interrompant l'adolescent.
-Jamais !
Mais avant que Harry ait eu le temps de réagir, le professeur de potion lui avait arraché la lettre et la lisait, un sourire sarcastique aux lèvres.
-Un ramassis d'inepties !
Dumbledore, pétrifié, lui fit signe de se retourner.
o0o0o
« Je m'appelle Draco Malfoy.
Je pourrais écrire de longues lignes sarcastiques, intelligentes, pleines d'esprits, de jeux de mots, vous impressionner; vous dire combien je suis beau, combien ma vie est parfaite, ou vous parler de conquêtes, d'ambitions, de rêves et de larmes. Mais bon sang, j'écris dans un cahier que personne d'autre que moi ne lira jamais. A quoi bon?
Je pourrais vous parler de mon père, de Voldemort, de notre culture qui se dilue, ou des Sang-de-bourbe. Je pourrais vous parler de guerre, de sang et de vengeance. De ma haine pour Potter. Il y a tant de sujets dont je pourrais vous parler, après tout. Rien n'importe.
Mon père a réussi à échapper à la prison, une nouvelle fois. Ma mère est toujours aussi belle. Dans un mois, je retournerai à Poudlard, je supporterai des leçons inintéressantes et ce fou de directeur. Rien ne change, dans mon univers, ma tour de cristal.
J'ai envie de grandir, d'être adulte, d'agir. De compter. Pour quelqu'un. Pour le monde entier. Ce monde qu'il faut préserver, sauver.
Je veux me battre.
Je veux être traité comme je le mérite.
En adulte.
J'ai hâte de terminer mes études...
Ca ne passera jamais assez vite, journal. Jamais. »
o0o0o
Snape venait de lui prendre la lettre et une vague de froid, un frisson glacé traversait sa silhouette encore frêle d'adolescent. Derrière ses yeux clos, derrière les culs de bouteilles de ses lunettes, il eut une prière: ce n'était qu'un frisson d'appréhension, rien d'atre! N'est-ce pas? N'est-ce pas? Un simple courant d'air, rien d'autre, et certainement pas l'effet d'un sortilège... Quelle ridicule idée! D'ailleurs, il lui suffirait de se réchauffer, simplement, en frottant ses bras glacés...
Croiser ses bras sur sa poitrine, d'abord... Un geste de refus, puéril. Un geste si simple, si coutumier... Pourquoi était-il soudain.. étrange? Ses paupières se soulevèrent, lentement. Très lentement. Cette courbe douce, là, sous ses bras... Qu'était-ce? Lentement, très lentement, il baissa les yeux, se retrouva face à deux rondeurs anormales. Que faisaient des seins sur son torse ? Ils devaient être faux…
Lentement, très lentement, il leva une main, petite et fine, et la posa sur le truc rond de gauche avant de l'éloigner précipitamment : cette chose n'était pas une illusion !
Que faisaient deux seins sur son torse?
Non, pas ça, pas ça.. tout, mais pas ça. Je ferais tout, je le jure... Tout. Mais pas ça!
Déglutissant péniblement, il leva vers Dumbledore un regard, comme un appel à l'aide. Aucun mot, aucune question ne consentait à quitter l'étau de sa gorge... Il avait pourtant tant de choses à dire, à commencer par « Merde, c'est pas vrai, dites-moi que c'est pas vrai! » Et il cherchait la façon adéquate d'obliger ces mots à quitter sa bouche -cela le soulagerait, il devait le faire - lorsque Snape se retourna vers le directeur et que celui-ci lui indiqua de se retourner. Dans un tourbillon de tissu noir, le professeur s'exécuta, se figeant en l'apercevant.
o0o0o
'Ca doit être une blague, une mauvaise blague. Les Weasley, à coup sur...'
Il faisait de son mieux pour ignorer le mal de tête qui tambourinait à la porte de ses tempes, il faisait de son mieux pour comprendre et décortiquer les mécanismes élaborés de cette masquarade.
« Finite incantatem! »
Sa voix froide avait aboyé ces mots, commandant le sortilège qui avait quitté sa baguette, se jetant sur la silhouette féminine. Sans résultat. Les autres sortilèges qu'il tenta de lancer n'eurent pas meilleur effet.
o0o0o
Pas la moindre protestation.
Pas le moindre mot.
Harry s'était laissé emmener par les deux professeurs. Après les tentatives de Snape pour rompre un possible sortilège, nul n'avait osé parler. Ils ne se sentaient pas prêts... L'adolescent avait l'impression distincte de nager dans l'irréel : il devait être en train de rêver, de fabuler, il devait faire un cauchemar… De temps en temps, il jetait un coup d'œil à sa poitrine, la tâtait pour retirer sa main avec un frisson d'horreur dès qu'il sentait qu'elle était bien réelle. Et à présent, il était assis dans le bureau du directeur, et Dumbledore lui parlait. Pourtant il ne parvenait pas à saisir ce que lui disait le sorcier... Une seule idée lui traversait le cerveau, revenait en boucle : « ce n'est pas possible, pas possible, pas possible, je n'ai pas de poitrine, seules les filles en ont, c'est pas possible… »
-Harry ? Harry ? appela le directeur avec inquiétude. Harry, tu m'entends ?
« C'est pas possible... » en un murmure, et ce regard vague, effrayé, qui ne fixait rien...
Snape, qui, depuis dix minutes, n'avait rien dit ni fait, se contentant de fixer Potter avec horreur et répugnance, se décida à intervenir.
-Potter ! Réveillez-vous !
L'adolescent sursauta, semblant enfin remarquer le directeur qui le fixait avec inquiétude.
-Harry ? Comment te sens-tu ?
L'adolescent ouvrit la bouche, cherchant quelque chose d'intelligent à dire: son cerveau semblait fonctionner au ralenti, il ne put songer à rien.
-Professeur, j'ai…
La voix qui échappait à Potter était très distinctement féminine.
Douce, aiguë, claire, chantante... étranglée.
Le sorcier s'arrêta subitement, portant la main à sa gorge, en oubliant que son avant-bras reposait sur l'une des choses rondes qui se trouvaient à présent sur sa poitrine : qu'était-il arrivé à sa voix ? Il déglutit péniblement.
-J'ai une poitrine… et une voix de fille ! Que s'est-il passé ? Retirez-les!
-D'après une lettre que j'ai reçu, tu n'aurais fait que retrouver ton apparence normale, Harry.
Il arrive que dans les situations les plus dramatiques l'on songe aux choses les plus ridicules. Harry avait faim et un besoin pressant d'aller aux toilettes, qu'il tentait d'étouffer.
-Mais je suis un garçon !
Le directeur lui lança un regard désolé. Un grand miroir apparut dans le fond de la pièce.
-Je crois que tu devrais te regarder, mon enfant.
Harry se leva comme un zombie et vint se placer devant la glace. Une jeune fille le regardait, bouche bée, les yeux exorbités de surprise. Lui-même avait la bouche ouverte et la referma. La jeune fille fit de même. Il cligna des yeux et elle l'imita à nouveau. Il finit par se pincer. Comme il avait bel et bien mal et que la jeune fille dans le miroir l'imitait, il dut se rendre à l'évidence : cette inconnue n'était autre son reflet. Il passa une main incrédule dans ses longs cheveux ondulés et roux, en prenant une mèche et la mettant devant ses yeux. Puis il observa son visage. Ses traits étaient fins et indéniablement féminins. Son teint était très pâle, lui rappelant péniblement Snape, comme le faisaient ses yeux d'un noir profond, bordé par de longs cils sombres et le dessin de ses sourcils. Son nez était assez petit et droit. Il passa un doigt incrédule sur ses lèvres. Il avait une bouche bien dessinée aux lèvres roses, un peu trop grande, peut-être. Baissant un peu le regard, il vit à nouveau les deux énormes choses qui s'étaient greffées sur son torse. Il ferma un instant les yeux puis les rouvrit. Elles étaient toujours là. Il s'efforça à les regarder de façon objective et dut avouer que, en fait, elles n'étaient pas si grosses. En fait, ces choses étaient de taille moyenne… Le reste de son corps était caché par ses vêtements trop larges (encore de vieux haillons de son cousin) et il en remercia le ciel : il n'était pas certain de pouvoir en supporter plus. Il remarqua tout de même qu'il avait un peu grandi et semblait avoir minci. Tentant de garder son calme (alors qu'il n'avait qu'une envie, hurler de terreur ou d'horreur et s'enfuir en courant), il revint, du même pas automatique, s'asseoir devant le bureau du directeur, sous le regard bienveillant du vieil homme et en ignorant le regard assassin du professeur de potion.
-Tout ceci est un rêve?
Et comme la seule réponse qu'il recevait était un regard compatissant du directeur, il secouait la tête, avec toute la force du déni.
-C'est impossible, professeur ! Je ne peux pas être cette… cette fille !
-Je crois que tu as reçu une lettre aujourd'hui, Harry.
Et il hocha la tête.
-J'ai moi-même reçu une lettre provenant de ta mère.
Snape intervint :
-C'est certainement un faux, Albus ! Il n'y a pas d'autre possibilité.
Le directeur, d'un signe de la main, fit taire le sorcier.
o0o0o
Il avait lui aussi jeté des sorts non verbaux sur Harry. Sans résultats... La transformation était étrange, fort étrange, mais la magie rendait tant de choses possibles, et peut-être fallait-il accepter cette nouvelle réalité étrange: peut-être, se disait Dumbledore, y a-t-il un sens à tout cela. Peut-être...
o0o0o
-Tout me porte à croire que cette lettre à bel et bien été écrite par Lily Potter, mais je vais bien entendu faire les vérifications nécessaires. Toutefois, si ce pli dit vrai, ce qui me semble probable, ceci est ta vraie apparence, celle que Lily a dissimulée sous des sorts complexes bien avant ta naissance. Il va te falloir l'accepter, Harry. Tu ne peux vivre dans le mensonge... Je ne pense pas que ta mère ait jamais su que tu étais une fille et elle a certainement jeté des sorts destinés à te donner l'apparence d'un fils de James, ce qui a caché ton véritable sexe. Comprends-tu ?
Harry n'était pas trop certain d'avoir tout compris, tout accepté mais hocha tout de même la tête. Il réfléchirait à tout cela plus tard. Il protesterait plus tard. La vérité serait rétablie.
-La deuxième chose qu'implique cette lettre est que tu sois le fils de Severus.
Du coin de l'œil, il vit Snape prendre une mine écœurée et se renfoncer dans son fauteuil, ne disant néanmoins rien, certainement au vu de la présence du directeur.
-Evidemment, il est possible que tout ceci ne soit qu'une farce d'une personne ayant un sens de l'humour assez particulier. J'ai ajouté aux vérifications du professeur Snape plusieurs sorts de mon cru: ils n'ont détecté aucun charme sur toi, Harry. Je vais encore faire quelques recherches pour vérifier qu'un sort plus complexe n'a pas été utilisé, mais, à priori, ceci est ta vraie apparence et tu vas devoir apprendre à vivre avec elle.
o0o0o
Il ne pouvait pas vivre en tant que fille! A quoi pensait le directeur? Il était un garçon, il avait toujours été un garçon! Cette idée était ridicule!
o0o0o
-Ne pourriez-vous pas me lancer un sort pour que je retrouve mon apparence ? demanda l'adolescent d'une voix basse, tressaillant au son de sa propre voix.
Si étrange cette voix.
Etrange et étrangère.
Comme son apparence.
Dans quel corps était-il enfermé?
Et pourquoi?
Quel mensonge était-ce?
Un plan!
Un plan de Voldemort!
Aucun doute, c'était la meilleure explication...
o0o0o
-Il n'est jamais bon de vivre dans le mensonge, Harry… Tu ne peux pas vivre sous l'apparence d'un garçon si tu es réellement une fille. Imagine par exemple les complications que cela créerait dans ta vie amoureuse…
-Mais Voldemort...
-Ne te préoccupe pas de lui, pas en ce moment. Je doute que ton sexe lui importe, Harry.
-Et si c'était un plan?
Dumbledore secoua la tête.
-Quel serait son avantage dans cette histoire, dis-moi, Harry?
Et le sorcier hocha la tête après un moment de réflexion. Il ne pouvait imaginer une seule raison à un tel plan, mais le seigneur des ténèbres était fou... C'est ce que lui disait la partie de son cerveau qui fonctionnait de manière rationnelle.
-Tu dois accepter cette réalité, Harry.
Une part du cerveau écoutait Dumbledore. Une toute petite part, raisonnable, habituée au pire, acquiesçait même. Il devait s'adapter au plus vite, à quoi bon se battre? Se battre contre la réalité n'apportait que des ennuis. Le reste de son cerveau lui criait qu'il voulait redevenir Harry Potter, peu importe ce que pourraient être les obstacles à venir. Et surtout, surtout, il ne voulait pas être le fils de Snape... Non! La fille de Snape!
-Potter a raison, Albus ! Il ne peut absolument pas rester ainsi !
-Et pourquoi pas?
-Que va-t-il se passer lorsque le monde sorcier apprendra ce qui s'est passé ?
-Le monde sorcier n'a pas besoin de savoir, Severus.
o0o0o
Et déjà, un plan se formait derrière les yeux clairs du directeur. La vie vosu donne des citrons? Autant en faire de la limonade. Peut-être y avait-il là une occasion exceptionnelle, décisive pour la guerre à venir.
o0o0o
-Quoi ? s'étrangla le professeur.
-Je crains que Harry Potter n'ait subitement fait une fugue et ne soit introuvable. A ce propos,… Dobby !
L'elfe de maison apparut au pied du directeur.
-Monsieur Dumbledore a appelé Dobby, monsieur ?
-Oui, Dobby. Je voudrais que tu ailles chez Harry Potter et que tu m'apportes ses affaires.
Les yeux de l'elfe s'ouvrirent démesurément et il disparut dans un 'plop' sonore pour réapparaître presque aussitôt avec la valise de Harry et la cage de Hedwige.
-Voilà, monsieur Dumbledore. Mais monsieur Harry Potter n'était pas là, monsieur ! Dobby ets inquiet, monsieur.
-Ne t'inquiète pas, Dobby: Harry va bien. Et à présent, je voudrais que tu me promettes de ne parler de ceci à personne. A personne, tu entends ?
L'elfe de maison eut un air offensé.
-Dobby est un bon elfe de maison, monsieur ! Dobby sait garder les secrets de ses maîtres, monsieur !.
-Excuse-moi, Dobby, je ne voulais pas t'offenser ! Je te remercie de ton aide.
Presque apaisé, avec une dernière courbette, l'elfe disparut et le directeur se retourna vers les deux autres occupants de la pièce.
-Un détail réglé !
-Vous avez perdu la tête, Albus ! siffla Snape. Vous ne pouvez pas décemment cacher Potter !
-Je ne peux également pas lui rendre son ancienne apparence, Séverus, expliqua le directeur d'une voix basse dans laquelle pointait une note d'exaspération, alors cessez de vous conduire en enfant !
Se levant, il s'approcha de la cage d'Hedwige, l'ouvrit et prit l'oiseau avant de se retourner vers Harry.
-Je suppose que tu comprends que tu ne peux pas garder ta chouette, Harry. Elle est bien trop facile à reconnaître.
Harry, qui tentait toujours de réaliser ce qui lui arrivait, hocha péniblement la tête.
-Je pense que la meilleure solution serait de l'envoyer chez les Weasley. Je suis certain qu'ils s'occuperont bien d'elle. Le plus tôt sera le mieux.
L'ancien garçon leva un regard incertain vers le directeur qui lui fit un petit sourire rassurant. Harry se tourna vers Hedwige qui lui jetait des regards perplexes et lui parla à voix basse, en essayant de son mieux de ne pas laisser le timbre de sa voix le déconcentrer.
-Hedwige ? Tu me reconnais ? C'est moi, Harry !
L'oiseau pencha la tête de côté et sembla l'observer un moment avant de hululer doucement et de venir se percher sur son épaule.
Un sourire, un tout petit sourire, le premier depuis sa transformation, anima les lèvres de la rousse. Doucement, elle lissait les plumes de la chouette.
Elle se perdait dans le regard d'ambre... ne vit pas Snape se détourner brusquement de la scène
Lorsqu'il se fut repris, l'oiseau s'envolait déjà par la fenêtre et la jeune fille le regardait s'éloigner avec tristesse.
-Une scène bien émouvante, ironisa-t-il.
Harry l'ignora, revint s'asseoir à sa place, planta un regard décidé dans les yeux d'azur du directeur.
-Et à présent, professeur ? demanda-t-il.
-A présent ? répéta le directeur. Je pense qu'il est temps de s'occuper de votre identité, mademoiselle Snape. Il faudrait tout d'abord que vous ayez un prénom… Severus ? Je pense que c'est à vous de choisir !
Le professeur de potion envoya un regard noir au vieil homme avant de siffler entre ses dents :
-IL N'EN EST PAS QUESTION, ALBUS ! Je refuse de jouer le rôle du père de Potter !
o0o0o
'Je ne veux pas, je ne veux pas, pas être son enfant.. Tout sauf cela'
Comme il était douloureux d'étouffer cette protestation. D'accepter le plan du directeur... Car il devait en avoir un, non?
Lui faire confiance, aveuglément... L'an passé, le désastre du ministère, la mort de Sirius... Au moins, il devait en retirer cet enseignement: Dumbledore était plus sage qu'il ne l'était, malgré ses erreurs.
Aussi serra-t-il les dents sur son envie de refuser aussi net l'idée même de jouer le rôle de la fille de Snape.
Car... Ce n'était qu'un rôle. N'est-ce pas?
o0o0o
Dumbledore les contempla avec sérieux avant de répondre :
-Je ne vous demande pas de jouer un rôle, je vous demande d'être ce que vous êtes vraiment : un père et sa fille.
Il était impressionnant, en colère, Snape... Vraiment... Il parvenait à hurler sans élever la voix. Etrange don...
-Je refuse de croire les élucubrations de cette lettre, Albus ! JE. NE. SUIS. PAS. LE. PERE. DE. POTTER !
-Jusqu'à preuve du contraire, vous êtes bel et bien le père de Harry, Severus !
Harry aurait également eu des protestations à faire entendre, mais la mine du directeur l'en dissuada.
-Si vous refusez vraiment de lui rendre son apparence pour une simple raison de sexe, il suffit de remplacer les traits que Potter a hérité de moi par ceux de quelqu'un d'autre, Albus.
Harry hocha vivement la tête, marquant son approbation.
-Impossible, Severus. Combien d'apparences différentes voulez vous que Harry subisse? Combien de visages, de corps, d'identités?
-Que voulez-vous dire ?
-Il est temps pour Harry de connaitre un peu de stabilité.
Snape ne trouva apparemment plus rien à dire, ferma la bouche en se rencogna dans son fauteuil, jetant de temps à autre un regard noir à Harry, comme s'il était le responsable de la situation.
-Je pense donc, continua Albus, qu'il faut que vous choisissiez le prénom de votre fille.
Après divers bougonnement, le professeur finit par lâcher quelque chose d'indistinct.
-Pardon ? Je n'ai pas compris, Severus.
-Rébecca.
-Rébecca. C'est joli ! Qu'en penses-tu ? demanda le directeur en se tournant vers la jeune fille qui haussa ses épaules tendues, raidies par la colère et la tension. Très bien ! A présent, je vous suggère d'emmener votre fille dans vos appartements, Severus. J'y fais ajouter une chambre à son attention. Oh... Une dernière chose.
Agitant sa baguette magique en leur direction, il prononça quelques mots latins.
-Ceci devrait vous aider à vous rappeler votre nouvelle filiation.
o0o0o
Le QG de l'ordre du Phoenix était en ébullition et après cinq tentatives infructueuses, Molly Weasley eut le soulagement de parvenir à se connecter au réseau de cheminette de Poudlard.
-Molly ? Que se passe-t-il ? demanda la silhouette voutée d'Albus Dumbledore.
-Une attaque, Albus, il y a un quart d'heure ! En plein Chemin de Traverse !
Le sorcier se redressa d'un bond, approchant de l'âtre, l'air soucieux.
-Des victimes ?
-Uen dizaine. Un enfant de six ans tué, des passants blessés, Ollivander gravement blessé et Maugrey Fol-Œil dans le coma
-Que lui est-il arrivé ?
-Six mangemorts se sont attaqués à lui en même temps, Albus, il s'est battu comme un diable, mais ils ont réussi à le toucher avant que nous parvenions jusqu'à lui pour lui porter secours! Le temps que nous arrivions, il avait déjà perdu connaissance. C'est une chance qu'ils n'aient pas employé d'avada kedavra !
-Et Ollivander ?
-On ne sait pas encore s'il survivra. Ses neveux vont s'occuper de sa boutique en attendant.
Dumbledore poussa un soupir avant de s'asseoir à son bureau et de demander avec lassitude :
-Autre chose à me signaler ?
Molly sembla hésiter un instant avant de répondre.
-C'est sans doute sans importance, mais la chouette de Harry vient d'arriver au Terrier. Elle ne transportait rien et refuse de retourner chez les Dursley.
Dumbledore baissa les yeux, l'air préoccupé, avant de répondre d'un ton qu'il voulait apaisant.
-J'irai à Privet Drive demain matin. Il faut d'abord que je m'occupe des conséquences de l'attaque du Chemin de Traverse. Merci, Molly.
-Au revoir, Albus.
o0o0o
« Que veux-tu, Tom? Quel est ton but, avec cette attaque? La peur?... Annoncer officiellement ton retour? »
Les épaules affaissées du vieil homme semblaient porter le poids de toutes les peines du mondes alors qu'appuyé à son bureau, il s'accordait quelques instants de réflexion.
« Je suppose que ce n'est que la première d'une longue liste d'attaques? Tu aimes installer la terreur... »
o0o0o
Ainsi, en cette chaude journée d'été, éclata une nouvelle guerre, dans le sang et les cris horrifiés des passants. Qu'importait aux passants attaqués le sexe de Harry Potter? Qu'importait qui était son père ou si sa mère l'avait aimé ou non? Tant de questions insignifiantes dans la grande balance des évènements...
