Merci beaucoup pour vos reviews !
Cet acte II est plus fourni que ce que j'avais prévu, mais je pense que personne ne s'en plaindra. J'espère qu'il vous plaira autant que le précédent (ou plus, tant qu'à faire).
Il devrait y avoir quatre actes au total. Le prochain est entamé mais loin d'être achevé. Comme je pars en vacances d'ici une dizaine de jours, il est possible qu'il n'arrive pas avant août.
Les Aimants.
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Acte II : Contact
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Indécis, les aimants se rapprochent et s'éloignent, sans jamais se rejoindre franchement. Toujours, quelque chose les tire vers l'arrière.
Il suffit que l'un lâche prise, abandonne ses réticences, et ils se réuniront pour de bon. Quant à savoir ce que cela entraînera, les lois du magnétisme sont incapables de le déterminer.
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« Arrête de bouger. »
Barty attrapa son menton et la força à s'immobiliser. Son index épousa le rebord du pot presque vide pour prélever une substance visqueuse à la teinte verdâtre. Il appliqua le baume sur la gorge de Bellatrix, là où une mince entaille zébrait la chair. Au contact du sang, la mixture s'assombrit considérablement.
« C'est bon ? grinça-t-elle.
– Non, ce n'est pas bon ! » s'agaça-t-il pour la troisième fois. Il allait se retourner pour ranger le récipient quand il la surprit à remuer. « Ne bouge pas ! répéta-t-il en attrapant son visage entre ses mains en coupe. Tu veux que la plaie se rouvre ? »
Elle le foudroya du regard.
« Je ne t'ai pas demandé ton aide.
– Bien sûr que non, opina-t-il, tu es trop butée pour ça ! En attendant c'est une blessure magique et à part Rogue, il n'y a que moi qui suis en mesure de guérir ça. » Il se permit un rictus sardonique. « Mais tu aurais préféré qu'il s'en charge peut-être ? »
Figée comme elle l'était, Bellatrix n'avait pour arme que sa répartie. Elle lui dédia donc un charmant sourire en posant ses doigts avec légèreté sur son avant-bras.
« Tout compte fait, c'est aussi bien que ce soit toi. »
Ses phalanges dansèrent légèrement contre sa peau nue, la chatouillant du bout des ongles. Elle riva ses yeux sombres dans les siens, abaissant d'un rien les paupières, pour l'observer par en-dessous ses longs cils noirs. Elle distingua très nettement l'aller-retour de sa pomme d'Adam et le trouble dans ses pupilles.
« Si tu t'agites encore, je te lance un Stupéfix », l'avertit-il d'une voix qu'il essaya de rendre ferme mais qui ne parvint qu'à le trahir lamentablement.
Clairvoyante, elle échappa un rire succinct.
« Il en faut si peu pour t'impressionner… »
Les narines de Barty frémirent.
« Bébé Barty n'a pas l'habitude des femmes, hein ? Tout ce temps passé à étudier, c'était pour compenser quelque chose, je me trompe ? » Elle poussa un petit soupir d'aise en le voyant se renfrogner. « Oh, tu boudes, Croupton ? »
Il recula brutalement et l'hilarité mal contenue de Bellatrix retentit soudain dans toute son entièreté.
« Idiote ! » hurla-t-il, en se jetant sur le pot pour tartiner à nouveau son cou. Les deux lèvres de la blessure s'étaient écartées et une rigole rouge s'en échappa pour maculer jusqu'à l'encolure de sa robe.
Sa patience mise à mal par le comportement de la sorcière, Barty se résigna à s'accroupir et à plaquer sa paume contre l'écorchure. Il constituerait ainsi une minerve de fortune et l'empêcherait de trop gigoter.
« Qui t'a fait ça ? »
Elle tâcha de regarder ailleurs mais la position dans laquelle ils se trouvaient réduisit à néant sa tentative.
« Le Maître ne s'est pas montré satisfait par notre travail. On devait lui ramener Bones.
– Bones n'était pas là-bas », rappela-t-il.
Bellatrix eut un infime haussement d'épaules. Elle se contenta de dire, sans varier l'intonation d'un iota : « On devait lui ramener Bones. »
Alors Barty s'emporta : « C'est stupide ! Puisqu'elle n'était pas là-bas !
– Les désirs du Maître ne sont pas stupides, contra Bellatrix sèchement.
– Et ce n'est pas ce que j'ai prétendu ! »
De colère, il serra un peu son étreinte et la bouillie maintenant brunâtre suinta entre ses doigts.
« Pourquoi tu ne m'as pas demandé de t'accompagner ? s'étonna-t-il.
– A quoi ça aurait bien servi ? Au mieux, tu l'aurais bouclé et tu aurais enduré son courroux avec moi. Au pire, tu aurais protesté et tu nous aurais fait bénéficier de quelques blessures supplémentaires. » La commissure de ses lèvres tremblota imperceptiblement – preuve de son amusement. « J'avoue que c'est cette deuxième raison qui m'a poussée à ne pas te faire appeler. »
Barty ironisa : « Pas la peine de te justifier, j'avais compris tout seul.
– Grand garçon », susurra-t-elle.
Il tenta d'échapper à son œillade prédatrice. Peine perdue ; le brun de ses iris le happa tout entier et il ressentit au niveau de l'estomac une sensation proche de celle qui suit l'activation d'un portoloin – en plus agréable toutefois.
« Bartemius. »
C'était à peine un chuchotement.
Elle s'inclina sur son fauteuil, pour ramener son visage à hauteur du sien. Très lentement elle pencha la tête sur la droite, sans rompre d'alignement de leurs regards. Avec une surprise vague, il réalisa que ses prunelles n'étaient pas uniformes. Des rainures plus foncées courraient tout autour de la pupille, comme autant d'épines érigées sur le pourtour d'une fleur de chardon. Il songea, amusé, que quand on jouait trop avec ses plantes-là, on se piquait immanquablement – fallait-il y voir un parallèle ?
Elle coula une main derrière sa nuque, une main blanche et décidée d'impératrice, qui le rapprocha d'elle sans rencontrer de résistance. Barty pouvait sentir les respirations de Bellatrix sur sa peau.
Il détailla son visage. Son nez tout d'abord dont l'arrête un peu abrupte ne manquait pas de caractère. Ses paupières charnues, languides et généreusement fardées qui appelaient au vice et illustrait si bien son ennui lorsqu'il la contrariait. Ses pommettes hautes et osseuses d'aristocrate ; et puis les ridules éphémères qui séparaient ses sourcils, soulignaient ses joues minces et encadraient ses lèvres.
Ses lèvres…
Elle effleura les siennes un moment, mêlant son souffle au sien, distillant en son âme les prémices d'une frustration terrible. Quand il fit mine d'approcher, elle recula imperceptiblement en laissant résonner entre eux un léger rire de gorge, bas et ténu, comme le roucoulement d'un oiseau inconnu.
Il patienta, et lorsqu'enfin elle cessa son jeu cruel, baisant sa bouche avec davantage d'entrain, il prit son attitude comme une invitation.
Il oublia les soins qu'il lui prodiguait encore quelques minutes auparavant et il leva la main vers sa joue, inconscient de l'onguent qu'il étalait ainsi sur son visage. Il tenta de museler sa fougue, de ne pas frissonner contre elle pour évacuer cette tension qui l'habitait. Il voulait paraître nonchalant, confiant, résolu, bien qu'il ne le soit aucunement.
Elle avait une langue insaisissable – un serpent suave qui sinuait entre ses mâchoires. En comparaison il se sentait incroyablement gauche et inexpérimenté. Et peut-être l'était-il ; après tout, il ne pouvait en juger lui-même.
Elle se détacha de lui pour observer et conserver à jamais dans ses souvenirs l'expression de son visage. Ses yeux clairs étaient joliment écarquillés, pleins de vie, pleins de fièvre. Un enfant, songea-t-elle avec douceur. Ses pommettes étaient rosées, sa bouche un rien tremblante.
« On dirait que j'ai encore beaucoup de choses à t'enseigner, Barty. »
Elle se redressa si vivement qu'il manqua de tomber à la renverse.
« Merci pour le baume. »
Bellatrix lui accorda un dernier sourire, qu'il contempla depuis le sol où il était agenouillé. D'un geste maternel, elle lissa ses cheveux blonds en arrière, et le quitta, plus que satisfaite, dans un tourbillon de cape.
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« Ces salauds de Mangemorts… !
– Enfin chéri, piailla Mrs Croupton, on est à table !
– Ce n'est pas grave, maman. »
Barty posa une main apaisante sur son poignet.
« La Gazette ne parle pas beaucoup de ses choses-là, ou alors occulte la moitié des informations. C'est bien que papa puisse nous dire ce qu'il en est vraiment. »
« Papa » lui lança une œillade courroucée, comme s'il le jugeait directement responsable de l'avoir interrompu.
« Rosier ne devrait plus poser de problèmes, poursuivit-il avec une fierté évidente. Les Aurors sont de mieux en mieux préparés, surtout depuis que le Département des Mystères les a équipés d'Occultaires. Pour le moment, il n'y a que deux patrouilles qui en ont, mais ça devrait se généraliser d'ici peu… »
Barty effaça tant bien que mal le sourire victorieux qu'il sentait poindre sur ses lèvres. Voilà une information qui plairait au Seigneur des Ténèbres. Rookwood n'aurait plus qu'à mettre la main sur le stock et à le détruire avant qu'il ne parvienne à Maugrey et compagnie…
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« Tu sembles contrariée, Bella. »
Elle se retourna dans un mouvement de robes pour le fusiller du regard. Le rictus de Barty ne vacilla pas.
« Croupton, salua-t-elle avec amertume.
– Serait-ce de la jalousie ?
– Moi, jalouse ? pouffa-t-elle en simulant l'incrédulité. De qui ? De toi ?
– Le Lord a beaucoup aimé les renseignements que je lui ai fournis… Je regrette que tu n'ais pas été présente. Tu aurais apprécié le spectacle, c'est certain. »
Elle serra les dents devant sa réplique douceâtre.
« Il m'a offert du vin – très bon par ailleurs. On a discuté de mon avenir. Tu as entendu parler de cette opération que dirige Lucius ? Celle à laquelle tu n'es pas conviée ? » Il échappa un ricanement grêle. « On m'a proposé d'y participer. »
La fureur de Bellatrix atteignit des sommets ; elle l'agrippa par le col et le plaqua contre le mur. Ses yeux bruns jetaient des éclairs tandis qu'elle empoignait ses cheveux pour qu'il baissât la tête vers elle. Elle ouvrit la bouche pour rétorquer.
Il la prit de vitesse, l'embrassa sans cesser de sourire, hardiment, avant de l'écarter dans un rire. C'était la première fois qu'il osait un tel geste.
« La colère te va si bien, Bella », se justifia-t-il.
Il n'avait pas effacé son rictus, si bien que sa réplique passait davantage pour de l'ironie que pour un compliment sincère – quoiqu'il y eût sûrement un peu des deux.
« Tu… ! »
Elle s'interrompit elle-même, dans sa stupeur.
« Oui, je. »
Elle ne goûta pas la plaisanterie, toujours ébahie par son audace.
« Tu n'avais pas le droit ! tonna-t-elle tout-à-coup.
– Ne fais pas la vierge effarouchée. Tu n'es pas crédible dans ce rôle, si tu veux mon avis. »
Elle suffoqua d'indignation. Il étouffa sa colère d'une caresse, son pouce suivant le contour de sa mâchoire.
« Tu as soumis ton mari, Bella. Et je ne parle pas de tes amants, murmura-t-il. Ne compte pas sur moi pour jouer au chien bien dressé. »
Elle se dégagea de son contact plus promptement que si elle venait de se brûler.
« Tu t'accordes beaucoup trop d'importance, Croupton. » Elle lui jeta un regard scrutateur, de haut en bas comme pour estimer la qualité d'une marchandise. « Tu es un gamin. Un nouveau dans les rangs. Je me suis amusée un peu avec toi. Ça s'arrête là. » Elle plissa le nez. « Ne va pas t'imaginer que tu m'attires réellement. Je préfère les hommes mûrs aux adolescents. »
Sur cette dernière pique, elle lui tourna le dos. Il se pencha à son oreille, au moment où elle s'apprêtait à faire un premier pas :
« Tu mens. »
Puis il s'en alla de son côté, sans se soucier du fait qu'elle fît aussitôt volteface.
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Avery prit la parole.
Barty l'écoutait d'une oreille distraite en jetant de temps à autre un regard devant lui, sur une Bellatrix qui le fixait sans ciller depuis plusieurs minutes. Il manqua de sursauter quand il sentit un pied grimper le long de sa cheville. Elle sourit de sa surprise, d'un petit sourire emprunt de triomphe – la garce a eu l'effet qu'elle voulait, comprit-il.
Pour ne pas lui donner satisfaction plus longtemps, il se composa du mieux qu'il put une mine impassible. Les orteils glissèrent à l'arrière de son mollet, avec une lenteur toute étudiée, montant et descendant selon un rythme aguicheur. Elle haussa un sourcil, il lui répondit par un coup d'œil furieux et troublé.
Le pied gracile s'attarda en dessous de son genou, frôla la naissance de sa cuisse d'une manière scandaleusement suggestive. Il la repoussa fermement.
Elle rapatria son pied et le glissa dans l'escarpin qu'elle avait abandonné sous la table. Lorsqu'elle releva les yeux vers lui, il sut qu'elle avait gagné.
Gagné quoi ? Ça, par contre, il l'ignorait.
La réunion se poursuivit, s'allongea interminablement, jusqu'à ce que Macnair se plaigne et ne quitte la petite assemblée sur un « au revoir » plus qu'irrespectueux. Ce fut le signal du départ pour tous les autres.
« Barty ? »
Ils étaient seuls dans le couloir à présent. Il gronda sèchement :
« Qu'est-ce que tu veux, Bellatrix ? »
Elle s'approcha au point d'être presque collée à lui, posa une main légère sur son bas-ventre.
« Qu'est-ce que toi tu veux ? »
Il se maudit quand il devint évident que son émoi physique était perceptible. Elle eut un rire irrépressible, un rire un peu plus grave que d'ordinaire.
« Ma chambre est tout près d'ici…
– Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? » s'échauffa-t-il.
Il frissonna quand elle fit courir ses doigts sur ses tempes.
« Tu as plein d'idées qui bouillonnent dans la tête, pas besoin d'être legilimens pour le deviner. Choisis-en une, je l'exaucerai.
– Et c'est moi qui me donne trop d'importance ? persifla-t-il.
– C'est une offre que je ne te ferai qu'une fois, reprit-elle sans relever l'allusion. Réfléchis bien, Barty. Il serait dommage que tu ais des regrets.
– Pousse-toi. »
La faiblesse de son ton le surprit lui-même. Elle ne bougea pas d'un centimètre.
« Si je me pousse, tu ne m'auras jamais…
– Tu ne m'intéresses pas, contra-t-il.
– Tu mens. »
Elle déplaça sa main.
« Arrête. »
Elle le détailla sous ses paupières à demi-closes. La roseur de ses joues rendaient plus nettes ses tâches de rousseur. Il était à la fois tendu et embarrassé. Prêt à céder, estima-t-elle.
« Arrête », gémit-il encore, au supplice.
Elle leva son visage vers lui. N'y tenant plus, il plaqua ses lèvres contre les siennes, violemment, désespérément.
« Viens », dit-elle ensuite, avec une intonation qui n'admettait aucun refus. Et du reste, il ne songea pas à résister.
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Elle le fit asseoir sur le lit. Elle retira ses couches de vêtements une à une et le railla quand il détourna les yeux de sa nudité. Elle s'autorisa un petit déhanchement, qui attira son œil sans difficulté, avant de s'asseoir à califourchon sur lui.
Elle s'empara de sa main avec une autorité incongrue et la posa sur son sein exhibé, duquel il ne pouvait détacher les yeux. Blanc, rond, doux. C'était les mots qui lui venaient à l'esprit tandis qu'il l'effleurait timidement.
Elle le déshabilla avec la douceur d'une mère, avec une gentillesse qu'elle s'ignorait posséder. Ils restèrent un instant immobiles, à s'observer l'un l'autre en silence – elle avec une assurance amusée, lui avec une avidité mal dissimulée et une gêne croissante.
Il était maigre, avec des jambes osseuses et des bras minces sur lesquels apparaissaient les reliefs de quelques muscles dérisoires. Quand il expirait, elle pouvait deviner ses côtes sous la chair trop mince.
« Approche. »
Il s'exécuta avec une docilité teintée d'embarras. Il attendit qu'elle le guide, probablement trop confus pour prendre la moindre initiative. Elle le guida donc.
Une bougie mourante se consuma tandis qu'elle respirait un peu plus fort, sous ses doigts de plus en plus assurés. Une pellicule de sueur couvrait son front quand elle tendit la main vers sa baguette, pour raviver l'éclairage.
Plus tard, elle appuya sur son torse pour le repousser contre le matelas. Il la dévisageait comme on admirait une déesse. Elle grimpa sur lui, avec un sourire jusque dans les yeux.
Quand elle roula à ses côtés, repue, elle croisa son regard hésitant et lui assura narquoisement qu'elle avait connu de plus mauvais élèves. Il se contenta de cette remarque, sachant qu'elle ne mentait pas et qu'il ne méritait pas davantage.
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Il s'écoula quatre mois entre ce plaisant après-midi et la naissance d'une rumeur qui plut fort peu à Bellatrix. Elle était en train de se sustenter après une mission éreintante quand elle surprit la discussion qui se tenait dans le salon adjacent.
« La petite Nott ? Je lui aurais bien mis le grappin dessus moi aussi, mais il semblerait qu'on ait été devancés.
– Qui ? s'étonna Macnair.
– Croupton. C'était à prévoir en même temps… ils se connaissent de Poudlard. Je crois qu'elle a un an ou deux de plus.
– Mince, renchérit Crabbe. Elle est vraiment pas moche… »
Dolohov ricana : « Tu veux dire qu'elle est foutrement jolie, oui ! Des beautés comme ça, on n'en a pas légion dans nos rangs. »
Quelqu'un mentionna Bellatrix et la susnommée y puisa un certain réconfort, avant de s'éclipser de la cuisine.
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« Austera Nott, sérieusement ? »
Barty sursauta et pivota sur lui-même.
« Je reconnais qu'elle a un jolie minois, mais tout de même… elle a un tempérament infâme !
– Pas plus que toi, Bellatrix. » Il lui sourit de toutes ses dents. « Et puis en quoi est-ce que ça te concerne ? Je te manque peut-être ?
– Me manquer ? La vanité t'étouffe, mon pauvre enfant ! »
Elle se pencha vers lui et il dut mobiliser toute sa force de volonté pour ne pas jeter un œil à son décolleté indécent.
« Tu as été médiocre, ce jour-là, affirma-t-elle avec humeur.
– Je me suis bien amélioré depuis, ronronna-t-il. Je pratique beaucoup. Austera est comblée.
– Les femmes sont douées pour la simulation.
– Il y a des choses qui ne se simulent pas. »
Elle concéda, ennuyée : « Certes. »
Ils s'entreregardèrent sans un mot. La pluie au dehors tombait drue et frappait les carreaux du manoir.
« Je pourrais te montrer mes progrès, si tu me le demandais gentiment, proposa-t-il dans un murmure tant sincère que moqueur.
– Je me moque bien de tes performances ! »
Elle le quitta d'un pas furieux.
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Bellatrix jeta un œil sur la table et se résigna à occuper la dernière place, celle entre Barty et Rabastan. Le premier la régala d'un sourire mutin, le second inclina la tête vers elle avant de replonger dans ses pensées.
Elle appuya son menton dans sa main le temps que la réunion commence.
Elle sentit sur son autre main, celle posée sur sa cuisse, l'étreinte chaude de cinq doigts aventureux. Elle faillit se dégager mais le regard que lui lança Barty arrêta son geste. Ce n'était ni une moquerie, ni une provocation. Là-dedans, il n'y avait que de l'affection et le troublant reflet du souci qu'il se faisait pour elle.
Elle en fut bizarrement touchée, quoiqu'elle prît soin de le lui dissimuler. Elle reporta son attention ailleurs sans rompre le contact.
Barty jeta un œil à la ronde, pour s'assurer que nul ne les épiait, et se pencha vers elle.
« Tu as entendu parler du maléfice qu'a reçu Goyle ? » chuchota-t-il à son oreille.
Elle lui jeta un regard en biais, plein d'interrogations.
« Tu sais ce que ça signifie ? » poursuivit-il.
Elle formula son ignorance dans un murmure à peine audible.
« Ça veut dire qu'il est hors-service et que tu vas pouvoir le remplacer… »
Les pupilles de Bellatrix brillèrent de compréhension – et de surprise. Barty fit mine de s'éloigner puis, au dernier moment, il voûta le dos pour ajouter – et il se tenait si près d'elle en cet instant que ses mots chatouillèrent sa gorge :
« Pas la peine de me remercier. »
Elle pivota vivement ; il affichait un demi-sourire suffisant.
« Tu n'as pas fait ça ? » Elle hésitait entre la reconnaissance et l'indignation. Comme il se drapait dans un silence teinté d'humour et d'arrogance entremêlés, elle remarqua, un peu dépitée : « Tu commences à ressembler à un homme, Bébé Barty.
– Ça te trouble ? »
Elle retira sa main de la sienne, se composa une moue méprisante :
« Tu rêves. »
Ils ne s'adressèrent plus la parole de la soirée. Cependant, Barty capta à plusieurs reprises les coups d'œil perplexes que Rodolphus lui lançait à intervalles rapprochés. Il maudit son absence de discrétion.
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Bellatrix avait le souffle court, le visage maculé de terre et de sang. Encore une fois, elle vanta la réussite de leur mission. Malgré son allure crasseuse, elle resplendissait de contentement et Macnair la lorgnait avec une impudence qui fit blêmir Barty ; lui-même n'aurait pas osé exposer son désir avec tant d'évidence alors que les frères Lestrange se trouvaient à moins d'un mètre de distance, leurs mains toujours accrochées au portoloin qui les avaient tous ramenés au Manoir Rosier.
Inexplicablement écœuré par la concupiscence de son comparse, il tourna le dos à la petite assemblée. Bellatrix s'enquit sur le motif de son départ et il rétorqua – peut-être un peu trop sèchement – qu'il était épuisé et qu'il avait mieux à faire que de l'écouter radoter.
Est-ce qu'elle va rejoindre Macnair ce soir ?
Il ignora la pique qu'elle lui lança. Quelque chose en rapport avec sa condition de « digne fils à papa ». D'habitude il rebondissait toujours sur ce genre de railleries, mais à cet instant précis, il ne pensait qu'à Bellatrix, visitant la chambre de Macnair et se livrant à quelque acte de débauche innommable. Et sa gorge se serrait de rage, d'impuissance ou de dégoût. Il s'interrogea d'ailleurs à ce sujet et convint à contrecœur qu'il devait s'agir d'un mélange de ces trois composantes.
En entrant dans ses appartements – quoique ce fût là un bien grand mot pour qualifier la pièce unique et minuscule où créchait son lit et son bureau – une colère sourde lui tordait les intestins. Il avait envie de jeter un bibelot au sol, de fracasser un vase, comme lorsqu'adolescent son père lui refusait une sortie. Mais le mobilier, dépouillé de toute décoration superflue, ne se prêtait pas à ces accès de violence aussi il se contenta de choir sur l'édredon.
Il fixa avec intensité la fissure au plafond, mettant dans son œillade toute l'aigreur qui lui remuait l'abdomen. Il se rabroua quand il sentit ses yeux lui piquer.
La fatigue, je suis juste fatigué. Avec ces duels éprouvants, c'est normal de s'emporter pour un rien.
Il passa une main sur ses cils, essuya les larmes coupables.
Je suis juste mort de fatigue.
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Un léger grincement le tira du sommeil. Il se redressa en hâte, se pencha vers la table de nuit, là où reposait sa baguette. Quand il distingua les contours de son visiteur, il s'immobilisa, la main toujours tendue dans le vide.
Bellatrix ferma la porte derrière elle et s'adossa au battant.
« Tu n'es pas avec Macnair ? cracha-t-il.
Sa voix rocailleuse témoignait du profond endormissement dont il venait juste d'émerger.
« Pourquoi je serais avec Macnair ? répliqua-t-elle sur le même ton.
– Je sais pas. Peut-être parce que tu couches avec lui à l'occasion ? » Il enchaîna avant qu'elle ait pu répondre quoi que ce soit : « Et ton mari, il ne se pose pas des questions sur tes virées nocturnes ? »
Le sourire qu'elle arbora scintilla dans la pénombre.
« Je ne suis peut-être pas experte en potions, mais je sais où me procurer des somnifères… »
Elle s'approcha du lit.
« Pourquoi es-tu en colère, Barty ? »
Loin de l'apaiser, la question fit gonfler son ressentiment.
« Tu es une garce ! Voilà pourquoi !
– Ce n'est pas nouveau, ça. Tu le savais depuis le début, non ? »
Il plissa le nez.
« Tu te moques de moi sans arrêt ! » Il s'en voulut de se laisser aller à geindre de la sorte. Il se sentit obligé de développer : « Je ne suis plus un gosse, Bella. J'ai fait mes preuves, auprès du Lord, auprès des autres… et tu continues de me traiter comme un gamin.
– Pour moi tu seras toujours un gamin. »
Il n'y avait ni cruauté ni la moindre boutade dans sa réplique.
« Pourquoi tu es là ? »
Elle ne releva pas la brusquerie qui allait avec son interrogation.
« Je viens constater tes progrès. »
Il tapota ostensiblement son oreiller et se rallongea sans lui accorder un regard :
« Je n'ai pas envie, dit-il. Je commence à te connaître. Toi et ta manie de manipuler les gens. Je ne…
– Pousse-toi », glissa-t-elle complaisamment en se déchaussant pour s'immiscer sous les draps à ses côtés.
Il s'éloigna jusqu'à l'autre extrémité du matelas, conscient qu'elle ne renoncerait pas mais peu désireux de la satisfaire par un quelconque contact.
« Ne fais pas l'enfant ! gronda-t-elle. Viens là.
– Non. »
Elle s'esclaffa cruellement.
« Et tu t'étonnes encore que je te prenne pour un mioche ? »
Seul un silence buté lui répondit. De l'index, elle suivit le relief de sa colonne vertébrale, perceptible sous le vêtement de nuit. Il continua de l'ignorer.
« Tu as pensé à moi, dans ce grand lit gelé, n'est-ce pas ? s'enquit-elle quelques minutes plus tard.
– J'essaye de dormir.
– Ça t'a réchauffé au moins ? Savoir que j'étais là, à quelques portes à peine… »
Il s'agita en maugréant tout bas.
« Je serais curieuse de voir les scènes qui se jouaient sous ton crâne échauffé pendant que…
– Tu es ridicule, Bellatrix.
– Quoi ? Tu n'as jamais rêvé de me prendre dans ce lit ?
– Jamais, contra-t-il, catégorique.
– Je ne te crois pas. » Elle eut un rire sournois. « Avoue que la petite Nott ne te rassasie pas. Une fois qu'elle s'endort, tu y penses. Mais comme tu es un garçon bien élevé, tu ne te touches pas devant elle.
– Bellatrix ! s'indigna-t-il.
– … mais dans la salle de bain peut-être ? Qui sait ? »
Il bondit hors des draps.
« J'aimerais dormir. Alors soit tu la boucles, soit tu vas voir ailleurs. »
Elle s'assit lentement, coula son dos contre la tête de lit.
« Tu as raison. Je vais peut-être aller saluer ce bon vieux Macnair… »
Elle le détailla du coin de l'œil. L'obscurité ne suffisait pas à lui dissimuler sa grimace révulsée.
« Tu ne me retiens pas, Barty ?
– Je n'ai aucune raison de le faire. »
Elle fut assaillie par un doute terrible. Il y avait tant de froideur dans cette affirmation qu'elle fut une seconde tentée de le croire.
« Je sais comment tu fonctionnes. Tu fais des avances, et dès qu'on commence à y céder, tu te dérobes. Juste pour entretenir la frustration, le désir, juste pour conserver un ascendant sur tes proies – parce qu'on est jamais rien d'autre que des proies pour toi. Mais moi je refuse de me plier à ton petit jeu malsain. A l'avenir, sache-le : si tu m'embrasses, je ne te laisserai pas t'enfuir sans dommage. Tu m'as fait le coup deux fois et c'était deux fois de trop. Je ne suis pas un autre de ces pantins qui s'accommodent de tes caprices et suivent ton bon plaisir. Je suis peut-être un gamin, comme tu te plais à le croire, mais je ne m'inclinerai pas devant toi. »
Elle lui accorda un sourire étrange.
« Rallonge-toi. »
S'il s'agissait bien d'un ordre, il n'avait pas été prononcé avec son autorité habituelle.
« Je me tais », promit-elle devant son expression soupçonneuse. Elle fit mine de tourner une clef invisible et de sceller ses lèvres.
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Barty cligna des yeux à plusieurs reprises pour affronter la luminosité de l'aube. Il se tourna vers Bellatrix et eut la surprise de la trouver non seulement présente mais en plus bien réveillée, et apparemment perdue dans la contemplation du plafond. L'entendant remuer, elle baissa ses iris bruns vers lui.
« Bien dormi ? lui demanda-t-il pour briser le silence.
– Ça peut aller. »
Il attendit qu'elle ajoutât quelque chose mais elle n'en fit rien. Il se résigna à entamer la conversation.
« Tu m'as l'air passionnée par cette fissure…
– Je réfléchissais.
– A quoi ?
– Au motif premier de ma visite.
– Me faire des avances ? »
Elle ricana.
« Non, Barty. Je venais te narguer.
– Evidemment, soupira-t-il. J'aurais dû m'en douter. Puisque je suis de bonne humeur, je t'autorise à le faire ce matin, depuis mon propre lit. Dis-moi donc ce qui méritait de me réveiller en plein milieu de la nuit.
– Hier, en sortant rejoindre Macnair, tu ne sais pas qui j'ai croisé… »
Le visage de Barty se ferma.
« Pas la peine de poursuivre. Je crois que ça suffit déjà à entamer mon entrain matinal.
– Non, non ! protesta-t-elle. Tu rates le meilleur ! Un indice : elle est brune, jolie, et elle couche avec toi.
– Tu t'es vue dans un miroir ? » ironisa-t-il.
Bellatrix perdit un peu de son enthousiasme et ce fut d'une voix rêche qu'elle conclut :
« Austera Nott, ta précieuse Austera… qui se glisse dans la chambre de Macnair. J'ai pensé que la chose pourrait t'intéresser. »
Elle fut si déçue par son absence de réaction qu'elle en oublia de dissimuler son dépit.
« Tu aurais voulu que je sois blessé ?
– Possible, admit-elle sur la défensive.
– Tu es cruelle.
– Oui, il paraît.
– Et c'est là que tu te proposais de me réconforter ?
– "Réconforter" n'est peut-être pas le terme adapté.
– Ah non ? »
L'amusement plissa ses paupières :
« Je comptais abuser de toi et t'abandonner après.
– Charmant, marmonna-t-il. Et maintenant ?
– Maintenant quoi ?
Il souligna judicieusement :
« Tu es dans mon lit, ton mari ronfle encore, ma copine s'envoie en l'air avec ton amant. Qu'est-ce qu'on fait, nous ? »
Elle approcha son visage du sien, sur l'oreiller. Il resta statique, un sourire au coin des lèvres, attendant qu'elle se rapprochât davantage. Elle finit par l'embrasser mais il passa de l'inactivité à la fougue en si peu de temps qu'elle se recula, surprise. Puis un rictus victorieux s'étala sur sa figure.
« Il n'y a pas de "nous", Barty. Et on ne fait rien tous les deux. »
Toutefois il avait prévu ce retournement de situation. Il bloqua ses poignets, la surplomba de toute sa taille.
« Je te l'ai dit. Je ne te laisserai pas fuir une troisième fois. »
Un reste de maquillage entourait les yeux bruns ; ces yeux foudroyants qui lui promettaient une mort certaine. Sa chevelure sombre, désordonnée, encadrait son visage, tranchait sur les teintes crème de la literie. S'il n'avait pas connu le danger qu'elle pouvait revêtir, Barty se serait bien laissé aller à la détailler plus longtemps.
Elle vociféra :
« Lâche-moi !
– Tu avais raison. »
Elle oublia pour un temps ses protestations.
« A quel sujet ?
– Tout. Le grand lit froid et tout ce qui va avec.
– Si tu savais comme vous êtes nombreux dans ce cas ! »
Il échappa un gloussement de dérision.
« Pauvre Bellatrix. Elle ne se rend pas compte qu'elle est sur le déclin…
– Que… ! s'indigna-t-elle.
– Maintenant c'est Austera que tout le monde veut. Toi tu appartiens au passé. »
Elle se débattit avec une force décuplée par la rage. Le rire qui agitait Barty entre deux ruades cessa dans un cri étranglé. Il se recroquevilla sur le lit en hoquetant, une main entre ses cuisses.
Elle proféra une excuse cinglante :
« Dommage pour ta descendance. »
Il parvint tout de même à la retenir en agrippant son coude qui cherchait à se dérober. Il suffoqua, malgré la douleur :
« Te vexe pas, Bella. Pour une femme de ton âge, t'es encore très attrayante.
– Je devrais te tuer », grinça-t-elle.
Il l'attira vers lui.
« Viens m'embrasser plutôt. Je souffre, tu sais.
– Tu me prends pour ta mère ?
– Pas assez douce. »
Elle fit glisser ses doigts sur sa nuque, y planta ses ongles.
« C'est un problème ? se renseigna-t-elle avec agressivité.
– Aucunement, assura Barty, flegmatique. Maintenant que je suis stérile, tu veux bien m'embrasser, dis ? »
Elle s'agenouilla face à lui.
« Un enfant », murmura-t-elle, résignée, avant de répondre à ses vœux. Pour faire bonne mesure, elle arbora tout de même un masque irrité – il n'aurait pas fallu qu'il s'imaginât qu'elle pût faire preuve de tendresse à son égard.
