Eh oui, les retards ça devient une habitude... !
J'ai peut-être un peu bâclé la relecture donc il y a sûrement des tournures maladroites ; si c'est le cas je m'en excuse. Sinon j'ai un avis mitigé sur cet acte (j'aime bien la deuxième moitié mais la première bof bof...). Enfin je compte sur vous pour me dire ce que vous en pensez !
Il y a plusieurs allusions à Rédemption dans cet acte-là mais rien qui n'empêche la compréhension. En fait ces deux fics abordent certains évènements de manière complémentaire mais indépendante (je ne suis pas persuadée d'être claire pour le coup mais je suis trop crevée pour mieux exprimer les choses xD).
Sinon, j'ai enfin fixé le nombre d'actes total : il y en aura quatre, plus un court épilogue. Pour savoir où j'en suis dans mes updated, comme d'habitude je vous invite à consulter mon livejournal.
Bonne lecture !
Les Aimants.
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Acte III : Répulsion
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Une force – le Destin ? – les éloigne. Tant qu'ils restent assez proches, ils s'appellent l'un l'autre, luttent pour se rejoindre et puis, la distance augmentant, ils se laissent entraîner, renoncent, oublient. Mais qu'on les rapproche seulement ! Alors la mémoire remontera à la surface et ils s'élanceront l'un vers l'autre.
Encore faut-il qu'on leur accorde cette chance…
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Une main s'enroula autour de son poignet et la tira dans le creux de l'alcôve, derrière une statue imposante.
« J'ai pas envie », souffla Bellatrix en se dégageant de son étreinte.
Un gloussement sarcastique lui écorcha les oreilles.
« Je me doutais que tu m'en voudrais pour tout à l'heure, reconnut Barty.
– C'est toujours toi qui es dans ses bonnes grâces. C'est agaçant. Et injuste. Je suis là depuis plus longtemps. »
Il se rapprocha d'elle, avoua contre sa gorge : « J'ai envie de toi.
– Pas moi ! »
Elle donna un grand coup sur son épaule qui, loin d'avoir l'effet escompté, ne le fit même pas frémir ; Barty commençait à prendre l'habitude de sa violence.
« Laisse-moi me faire pardonner, tenta-t-il avec un sourire invitant.
– Comme si tu en avais la capacité ! »
Il rit, d'un rire sincère et amusé. Le ressentiment de Bellatrix grimpa à son comble : elle ne parvenait même plus à la vexer ! Il la plaqua fermement contre le mur au moment même où elle songeait à passer sous son bras pour s'enfuir.
Elle tourna le visage quand il se pencha pour l'embrasser. Il déposa un joyeux et chaste baiser sur sa joue, pas plus agacé qu'auparavant. Sa main droite glissa le long de sa jambe, remonta la robe sorcière sur ses cuisses.
« Je te hais, Croupton.
– Je sais, mon cœur. Tu me le répètes assez. »
La moue courroucée qu'elle arborait fondit lentement au gré des caresses qu'elle recevait. Par pur esprit de rébellion, elle tut ses gémissements, mais ses joues roses, son souffle erratique et ses paupières papillonnantes la trahissaient.
Il s'enquit, nonchalant :
« Tu me pardonnes ?
– Jamais », cracha-t-elle en rouvrant brusquement les yeux pour le vriller d'un regard orageux.
Il s'immobilisa. Elle échappa un grognement de frustration.
« Tu me pardonnes ? » essaya-t-il encore.
Elle agrippa son col pour l'attirer vers elle.
« Peut-être après », concéda-t-elle, charitable.
Il ne lui fallut guère plus d'une seconde pour comprendre où elle voulait en venir. Dans un cliquetis métallique, il se débarrassa de sa ceinture. Derrière la statue, il y eut soudain un glapissement de satisfaction, et des frottements de tissu, des râles, des chuchotis de haine qui sonnaient comme des mots doux.
« Je te hais tellement », haleta-t-elle, avec une tendresse paradoxale, quand ils eurent fini.
Elle lissa sa jupe, arrangea sa coiffure et le quitta sans un regard supplémentaire.
La voix de Barty résonna après son départ : « Et moi donc, Bellatrix. »
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« Rabastan ? »
Il lui jeta un regard glacé et se renseigna, d'un ton inquisiteur qui déplut fortement à Bellatrix :
« Où tu étais ?
– Quelque part. »
Il se plaça en travers de son chemin.
« Je n'ai rien dit jusqu'à présent, parce que Rodolphus ne remarquait pas…
– Ecarte-toi, Rabastan.
– … mais là tu vas trop loin. »
Bellatrix lui retourna une œillade acérée.
« Si Rodolphus a quelque chose à me communiquer, il le fera lui-même. Toi, tu es mon beau-frère, pas mon mari.
– Heureusement pour toi. »
Elle sourit faiblement, coula une main suggestive sur son torse.
« Alors c'est ça qui te pose problème ? »
Il repoussa son bras avec une violence mal contenue. A présent il tremblait de fureur et, dessous ses boucles brunes, son visage était d'une pâleur extrême.
« Tu es répugnante. »
Il n'est vraiment pas tenté, comprit-elle avec une réelle surprise.
« Essaye au moins d'être discrète à l'avenir. Et prête un peu plus d'attention à mon frère. C'est tout ce que je te demande, puisque tu sembles incapable de mettre un terme à tes tromperies. »
D'un geste sec il rabattit le capuchon de Mangemort sur ses traits. Il la dépassa à reculons, ses prunelles désapprobatrices bien visibles malgré l'ombre dans laquelle sa figure était plongée. A l'instar d'une malédiction, il sembla à Bellatrix que son antipathie lui colla à la peau toute l'après-midi, suivant ses faits et gestes et jugeant chacune de ses actions.
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« Tu couches encore avec lui ? »
Bellatrix baissa les yeux pour croiser le regard de Barty. Il avait calé sa joue contre son ventre dénudé et ses doigts courraient librement sur ses côtes et entre ses seins.
« Par "lui" tu entends qui exactement ? » demanda-t-elle distraitement.
Il fronça légèrement les sourcils ; elle le trouva mignon avec ses iris pâles assombris par la réflexion.
« Ton mari. Et les autres. »
Il déposa un baiser sur son nombril, mais si l'attention était indéniablement tendre le cœur n'y était pas vraiment. Il paraissait absent et sa bouche formait un pli maussade.
« Je ne vois plus Macnair, annonça-t-elle.
– Et les autres ?
– Pas depuis quelques temps.
– Et Rodolphus ? »
Silence coupable.
« Je vois », dit-il d'une voix blanche.
Il se redressa lentement, souleva une étoffe qui s'avéra être la robe de Bellatrix et l'échangea contre son propre habit. Il allait passer la tête par le trou approprié quand il sentit deux mains froides sur son torse. Il enfila tout de même le vêtement et les avant-bras de la sorcière s'en trouvèrent recouverts.
Elle se justifia :
« C'est mon mari.
– Je ne te reproche rien. La fidélité n'a jamais fait parti de nos conditions.
– Alors pourquoi tu t'en vas ? »
Il lui décocha un sourire sans joie.
« Je n'aime pas l'idée qu'il puisse te toucher. Ça me dérange. Ça fait interférence avec mes propres désirs.
– Et bien va-t-en ! s'écria-t-elle brusquement, en s'écartant d'un bond. Puisque ça t'est impossible à surmonter, va-t-en ! »
Il exécuta quelques pas, arrêta sa main sur la poignée de la porte et, sans prêter attention à son emportement, se renseigna :
« On se voit toujours vendredi ?
– Va au diable !
– Bien. » Il balaya l'invective d'un haussement d'épaules nonchalant. « C'est ce que je pensais. Quand tu en auras marre d'être en colère, transmets-moi un de ces petits billets que tu affectionnes tant. On s'enverra en l'air et tout rentrera dans l'ordre.
– Tu es sûr qu'il n'y aura pas d'interférence ? » persifla-t-elle en se dressant sur ses genoux.
Elle était toujours nue. Belle comme la luxure faite femme, avec sa poitrine qui s'élevait et s'abaissait au rythme de ses respirations offensées.
Barty commençait doucement à s'impatienter.
« Je ne te reproche pas de coucher avec Rodolphus alors je te serais gré de ne pas me tenir rigueur de mon manque d'entrain périodique. D'ailleurs, si mes réticences te gênent tant que ça, tu sais ce qu'il te reste à faire : le quitter. »
Il claqua la porte après son départ. Un juron virulent lui parvint de derrière le battant clos.
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Il déposa le livre ouvert sur ses genoux. Elle était là. Présence obtuse et chagrine. Si belle, pâle et immobile comme ces bustes, ces moulages en plâtre qui égayaient les couloirs de la demeure Rosier. Non. Pas pâle : livide. Soudain l'inquiétude lui rongea l'estomac. Que se passait-il ? Sa contrariété était palpable. S'était-elle accrochée avec Lucius dernièrement ? Pas à sa connaissance. Le Lord alors. Il avait dû critiquer son travail, la réprimander. Il était vrai qu'elle était distraite ces jours-ci…
« Bellatrix ? »
Elle lui retourna un regard polaire.
« Parle-moi, la pria-t-il.
– Tu m'ennuis, Rodolphus.
– Je sais bien. Je t'ennuie tout le temps, mon amour. »
Elle cilla.
« Je n'aime pas quand tu m'appelles ainsi.
– Pourquoi ça ? » demanda-t-il ingénument.
Elle serra tant les lèvres qu'elles blêmirent sur son visage fermé.
« Tu ne m'aimes pas. »
Il avait échappé ces mots avec douleur et certitude. Il le savait, peut-être même l'avait-il toujours su. Il savait qu'elle l'avait aimé, le temps d'une nuit, ou durant une semaine, mais alors même qu'il l'épousait, la flamme s'était tarie, s'était recroquevillée – mort-née – jusqu'à s'éteindre et disparaître. Cette vérité, il l'avait décelée dans ses silences, dans ses œillades lointaines et fuyantes, bien qu'elle l'ait toujours gardée pour elle. Par lâcheté ou pour le protéger ? Il l'ignorait et tout compte fait s'en moquait assez.
« C'est à cause de ton protégé ? s'enquit-il avec un détachement feint. Il parait que Croupton est du genre entêté. Il ne te mène pas la vie dure au moins ?
– Ne dis pas de bêtise ».
Elle lui tourna le dos. Il caressa des yeux la courbe de ses hanches.
Alors qu'il devinait, dans un foudroyant éclair de lucidité, ce qui se tramait autour de lui – à savoir la relation véritable qu'elle entretenait avec le jeune homme – paradoxalement son désir d'elle se réveilla.
« Mon amour, dit-il encore et elle se retourna avec un air méfiant. Approche, s'il-te-plait. »
Elle obtempéra. Il se redressa lentement, abandonnant son grimoire sur la chaise qu'il venait tout juste de quitter. Il avança ses doigts pour délasser son corsage. Il la mena jusqu'à la chambre, acheva de l'y déshabiller et la délaissa le temps de se dénuder lui-même. Elle avait la grâce des poupées de porcelaine, et leur passivité. Il l'allongea sous lui, embrassa son épaule, ses seins, des parcelles de peau ça et là, jusqu'à ses chevilles.
« C'est si triste », murmura-t-il.
Elle demanda d'une voix atone : « Quoi donc, Rodolphus ?
– Toi. »
Il baisa sa paume.
« Je te connais mieux que personne, mais tu ne m'aimes pas. »
Du pouce, il effleura son ventre ; exactement comme l'avait fait Barty quelques heures auparavant.
« Tous autant qu'ils sont, ils ne connaissent pas la petite Bella, celle qui rivalisait d'inventivité pour éclipser ses sœurs face à Mrs Black. Et qui échouait, bien sûr.
– Tais-toi. »
Il secoua doucement la tête.
« Ils ne connaissent pas ton impuissance, quand Andromeda est partie…
– Ne prononce pas son nom !
– … et quand Druella a commencé à dépérir.
– Rodolphus, gronda-t-elle.
– Ils ignorent les circonstances de nos fiançailles. Ils ignorent que tu as été déçue par le peu d'intérêt que ta mère y a accordés. Et bien sûr personne ne sait que tu es venue la supplier d'annuler le mariage, sous prétexte qu'aucune descendance n'avait vu le jour après trois ans de vie commune. »
Bellatrix lui jeta un coup d'œil effaré. Son cœur battait trop vite, l'air lui manquait. Pour la première fois, Rodolphus lui fit peur.
« Est-ce que tu lui as dit que tu t'étais mutilée pour ne jamais procréer ? » Il gloussa devant son hoquet de stupeur. « Quoi ? Tu croyais peut-être que je l'ignorais ? »
Il continuait de la couvrir de baisers languides sans se soucier des tremblements qui l'agitaient. Elle comprit brutalement qu'elle ne connaissait rien de Rodolphus, et qu'il était fou, que sa mollesse n'était qu'une façade. Aveugle qu'elle était, elle l'avait cru naïf ! Même Rabastan, son frère, le prenait pour un sot !
« Comble d'ironie, ta mère t'a fait promettre sur son lit de mort de tout faire pour enfanter. Serment Inviolable, n'est-ce-pas ? »
Il caressa sa cuisse avec une lenteur délicate et amoureuse. Ainsi, depuis des années, il profitait d'elle en toute connaissance de cause, sachant pertinemment qu'elle n'accédait à ses désirs que parce qu'elle s'y était engagée auprès de Druella Black. Elle qui se targuait de lui faire avaler n'importe quoi réalisait qu'en vérité c'était lui qui la manipulait.
« Est-ce que tu lui as dit que si tu me laissais te toucher, c'était uniquement parce que le Serment t'y obligeait ? » Puis, à son oreille, dans un murmure : « Est-ce que Croupton le sait ? »
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Les journées s'égrenèrent au compte-gouttes, avec une mauvaise volonté qui laissait penser à Bellatrix que le temps lui-même lui en voulait pour quelque motif que ce soit et avait ainsi décidé de ralentir exprès sa course pour la contrarier. Et comme si cela ne suffisait pas à entamer son humeur, la météo paraissait agir de concert avec l'horloge cosmique ; à la pluie succédait la grisaille, à la grisaille la grêle et à la grêle la pluie – cercle infernal qui avait eu raison de sa santé de fer.
Ce fut donc enrhumée, une écharpe en laine ceinturant sa gorge douloureuse, qu'elle surprit la scène au détour d'un couloir :
Adossé au mur, plein d'assurance, Barty discourait aimablement avec Austera. Tout à sa conversation, il ne remarqua pas immédiatement l'observatrice indésirable. Et la gamine touchait son bras, penchait la tête, écartait ses lèvres dans un sourire à la suavité insoutenable. La sensation nauséeuse qui envahit soudain Bellatrix n'avait que peu de relation avec sa grippe naissante, et elle dut se contenir pour ne pas fondre droit sur le couple et mettre un terme à cette plaisanterie grotesque.
Barty était à elle.
C'était aussi simple que ça.
Barty, c'était son élève et sa propriété. Son amant, peut-être. Elle n'admettait aucun partage.
Alors il la vit, par-dessus l'épaule de la jeune fille, il la vit avec son regard encoléré et il lui accorda un vague sourire. Quand, sans la quitter des yeux, il inclina la nuque pour baiser la bouche d'Austera Bellatrix se détourna vivement.
Oui, elle s'en fut lâchement, empruntant aux ombres le silence et la vélocité de sa démarche.
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Bellatrix bondit quand il déboula, hagard, dans la chambre conjugale.
« Es-tu fou ? » se révolta-t-elle.
Fort heureusement, Rodolphus était en mission et ne rentrerait pas avant plusieurs jours, sans quoi cette arrivée impromptue aurait eu un amas de conséquences qu'elle ne voulait même pas se risquer à imaginer. Son époux la savait certes adultère et jusqu'alors ne lui en avait pas tenu rigueur, mais elle doutait qu'il se comportât aussi pacifiquement s'il était confronté à la réalité des faits.
Barty avait le regard dément.
« Elle est morte ! piailla-t-il d'une voix d'enfant. Ils… ils… ils sont venus. Des Aurors. Ils… Elle est morte ! Ils l'ont tuée, ces salopards ! Ils ont tué Austera ! »
Elle se leva, voulut l'étreindre mais il glissa hors de ses bras.
« Ils l'ont tuée », dit-il encore, derrière la main tremblante qu'il avait plaquée contre sa bouche. L'ongle de son pouce se logea naturellement entre ses incisives. Il déambula dans la pièce, pâle et choqué, rongeant la kératine avec une fébrilité qui secoua Bellatrix elle-même. Il y mit tant d'ardeur que bientôt une fine ligne de sang épousa la forme de l'ongle coupé à raz. Il passa à l'index.
« Brown m'a dit. Il a vu la scène de loin. Il n'a pas pu intervenir.
– Barty… tenta-t-elle précautionneusement.
– J'imagine que ses voisins ont surpris quelque chose et qu'ils l'ont dénoncée… »
Bellatrix repoussa tant bien que mal la culpabilité qui l'assaillait. C'était elle, par le biais d'une lettre anonyme, qui avait livré la fille à ses assassins – en supposant néanmoins qu'elle n'écoperait que d'un séjour à Azkaban. C'était sa manière à elle d'écarter sa concurrente sans se compromettre au sein des Mangemorts. De toute façon, se justifiait-elle pour alléger sa conscience, Austera est facilement remplaçable. Par contre, elle n'avait pas prévu que Barty prendrait tant les choses à cœur.
« Tu l'aimais ? » s'entendit-elle demander.
Il lui adressa une œillade accablée.
« Oui. »
Bellatrix manqua de s'étouffer. Un poids terrible s'abattit sur sa poitrine.
Mais il ajouta : « C'était mon amie » et elle put respirer plus sereinement.
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Prisonnière d'un bougeoir en étain, une unique bougie tâchait d'éclairer la chambre, sans parvenir à avaler complètement les ombres qui s'étiraient aux quatre coins de la pièce.
Barty ne dormait pas. Il nichait contre son sein, un bras passé autour de ses reins, les genoux repliés entre leurs deux corps. On ne pouvait distinguer dans cette position qu'une étreinte asexuée, dénuée du moindre érotisme. Il se tenait tout près, les paupières grandes ouvertes, comme le fils qu'elle n'aurait jamais, un petit garçon dont il lui aurait fallu apaiser les terreurs nocturnes.
Bellatrix rabattait gentiment des mèches blondes sur son front pâle, avec une tendresse non feinte.
« Ma grand-mère était une Black, souffla-t-il brusquement. En fait, j'ai bien étudié mon arbre généalogique : on a des arrières-arrières-grands parents communs.
– Ah oui ? »
Elle ne savait pas ce qu'il attendait d'elle par cette annonce.
« J'ai toujours été si seul », murmura-t-il en fermant les yeux pour en chasser les larmes naissantes. Il y avait dans son ton autant de lassitude que de regret. « J'aurais voulu que tu sois là tout ce temps. Tu aurais été ma cousine préférée. »
Il la serra un peu plus fort.
« Je me serai enfui avec toi.
– Vraiment ? l'interrogea-t-elle, perplexe et amusée.
– Bien sûr. »
Il était si résolu qu'elle ne put s'empêcher de se laisser prendre au jeu.
« Vers douze ou treize ans, tu aurais sonné à ma porte pour t'inviter dans mon appartement. Tu m'aurais dit : "Eh, Bella, je suis un homme maintenant !"
– Et puis tu n'aurais pas épousé Rodolphus.
– Non.
– Tu m'aurais épousé ? s'enquit-il.
– Peut-être. Quand tu aurais été plus grand.
– De toute façon j'aurais commencé à te faire des déclarations à quinze ans.
– Et je me serais moquée de toi », approuva-t-elle en passant un doigt sur sa joue imberbe.
Il s'agita sous le drap qui les recouvrait partiellement et maugréa tout bas :
« Ça je n'en doute pas. » Puis, avec un rire léger au fond de la gorge : « A seize ans je t'aurais fait des avances pour la première fois.
– Tu aurais essayé de m'embrasser.
– Tu aurais résisté pour la forme avant de céder à mes charmes.
– Certainement pas.
– Oh que si… »
Il réprima un bâillement. Au moment où le sommeil broda de coton le pourtour de sa conscience, Bellatrix lâcha, presque à contrecœur :
« Oui, peut-être. »
Alors il laissa un sourire incurver ses lèvres et enfin il s'endormit.
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Les landes rousses s'étiraient à perte de vue jusqu'à l'horizon, indifférentes aux quelques conifères entreprenants qui tentaient tant bien que mal de s'implanter sur le lointain. Octobre était tombé sur l'Ecosse et le vent qu'aucun obstacle ne venait arrêter sifflait à leurs oreilles avec une violence narquoise. L'air était gelé, la région déserte et lugubre.
Barty porta le parchemin à ses yeux et grommela pour lui-même :
« Il veut qu'on aille enrôler une momie…
– Tu discutes les ordres ?
– Non, Bella, soupira-t-il en haussant le ton pour couvrir les rafales. Je ne discute rien. Je me contente de m'interroger sur les motifs du Maître. »
Comme à chaque fois qu'elle en savait plus que lui, Bellatrix afficha un sourire sournois.
« La vieille Bulstrode est maligne, lui apprit-elle. Et elle connaît du monde, ici et surtout dans l'est. Elle pourrait nous permettre de rallier de puissants sorciers.
– Ce n'est pas elle qui s'est opposée à Grindelwald dans sa jeunesse ?
– Si. Mais aujourd'hui elle est plutôt connue pour l'aversion qu'elle voue à Dumbledore.
– Je vois. »
Ils échangèrent un regard. Il suffirait de jouer cette carte avec un peu d'habilité et la mission serait une réussite.
« Je croyais que sa maison était quelque part par ici ? »
Bellatrix se renfrogna :
« Sous Fidelitas, j'imagine… »
Désœuvrés, ils tournèrent sur eux-mêmes, restèrent quelques minutes face à la mer qu'ils découvrirent en contrebas. L'eau s'assommait en rugissant sur les rochers, projetant des gerbes d'écume en tout sens.
« Bella », entama Barty, bizarrement rasséréné par le panorama.
Elle lui adressa un coup d'œil interrogateur, presque soupçonneux. Mais cela échappa totalement à Barty qui resta un moment muet, contemplatif, avant de poursuivre :
« Je crois que je suis amoureux de toi. »
Elle haussa un sourcil bien haut, le dévisageant avec une incrédulité teintée d'apitoiement, puis elle partit dans un grand rire irrépressible.
« Allons donc ! Qu'est-ce que tu me racontes là ! »
Elle fléchit les genoux, y posa ses deux mains pour reprendre son souffle, et aussitôt secouer la tête.
« Tu es vraiment un imbécile.
– Je suis très sérieux ! » s'enhardit-il, les pommettes roses.
Elle fit mine d'étudier le terrain, refusant d'accorder une seconde d'attention supplémentaire à pareille divagation.
« Et toi, Bella… » Il avait une voix très douce, une voix d'enfant qui attend sa récompense. « … tu m'aimes, non ? »
Elle le toisa avec hauteur.
« Bien sûr que non, Barty. »
Elle avait prononcé ces mots d'un ton coupant, en tâchant d'ignorer le malaise qui grossissait en elle. Elle se détourna pour fuir la blessure béante qu'elle lisait dans les yeux du jeune homme.
« Bon, dit-elle après quelques minutes. Je crois qu'on n'a plus rien à faire ici. On reviendra la semaine prochaine. »
Quand elle pivota vers lui, elle réalisa qu'il avait déjà transplané.
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« Barty ! » cria-t-elle alors qu'il menaçait de disparaître au tournant du couloir.
Il pressa le pas sans se retourner. Bellatrix soupira lourdement avant d'accélérer l'allure. Tendant son bras, elle attrapa sa manche, le contraignant à s'arrêter dans un grincement de talons. Il se dégagea hargneusement – l'étoffe de sa cape claqua bruyamment dans son mouvement – puis il se retourna et gronda dans un chuchotement à peine audible : « Je n'ai pas envie de te parler.
– Ne fais pas l'enfant !
– Je ne fais pas l'enfant, répliqua-t-il, catégorique. Je n'ai pas envie de te voir, pas envie de discuter avec toi, je n'ai même plus envie de coucher avec toi. »
Elle leva un sourcil sceptique en guise de réponse mais s'inquiéta quand elle réalisa qu'il ne blaguait pas :
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
– Je veux dire que tu m'emmerdes, Bellatrix ! Tu entends ? Tu m'emmerdes ! Tu m'emmerdes avec tes jeux pervers, tes demi-vérités, avec ton mari et les amants qui gravitent autour de toi ! Tu m'emmerdes avec tes grands airs, ta froideur et ta fausse indifférence – à moins qu'elle ne soit vraie ? Je ne sais plus, tu vois ! Peut-être bien que je ferais mieux de renoncer à te comprendre ! Peut-être bien que tu es sincère quand tu dis que tu n'en as rien à foutre de moi !
– Je t'en prie ! s'exclama Bellatrix en ricanant doucement. Reprend-toi, Croupton, là tu agis comme une collégienne hystérique…
– C'est ça. » Il leva les bras pour illustrer son impuissance. « Moque-toi. Moque-toi donc puisque tu ne sais faire que ça. Je te demandais juste de me témoigner un peu d'intérêt, un peu de… de tendresse. Mais c'était certainement trop réclamer de ta part. » Il se laissa doucement glisser sur la pente de la dérision : « Excuse-moi, Bellatrix, oui vraiment excuse-moi d'avoir cru que tu pourrais me dire un mot gentil une fois toutes les années bissextiles !
– Tu as fini ? »
Il demeura muet une seconde, trop stupéfait pour prendre la parole. Ses narines palpitèrent de rage.
« Non, Bella, on a fini. Ne compte plus sur moi pour te divertir désormais.
– Tu dis toujours ça et après tu…
– Il n'y a plus d'après, trancha-t-il brutalement. Tu ne veux pas de mon amour ? – car, oui, aussi désagréable que ça puisse être à entendre pour toi, je t'aime, pauvre folle ! Très bien alors ! Tu n'auras plus rien de moi à partir de maintenant. Pas même un regard. Tu es heureuse, dis ? J'espère sincèrement que tu l'es, histoire qu'il y ait au moins un de nous deux qui le soit… »
Et joignant le geste à la parole il détourna la tête, pivota, s'éloigna enfin, l'abandonnant médusée au milieu du couloir. Il se sentait nauséeux et le sang battait ses tempes inlassablement ; cependant il ne flancha pas et il poursuivit sa route comme si la douleur n'existait pas.
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Le… !
Comment avait-il osé ?
Pour qui se prenait-il ?
De quel droit… s'imaginait-il…
L'idiot ! L'imbécile ! L'ahuri !
Lui, il se permettait de… ?
Non, c'était insensé ! dément ! absurde !
Elle tournait en rond dans sa chambre, la pensée incohérente, fragmentée, se livrant à des questionnements sans début ni fin. Elle était révoltée mais dans l'incapacité de placer les mots justes sur son indignation. Elle se sentait perdre pied et cela la terrifiait.
Elle s'était attachée au gamin, c'était une évidence, mais elle ne pensait pas que son absence la toucherait à ce point. Elle ignorait jusqu'à présent le sentiment de manque qui perdurerait une fois que serait consommée l'inévitable rupture. Elle s'était accoutumée à lui, à ses remarques mal à propos, à son arrogance, à sa timidité paradoxale qui s'effaçait au fil des mois – et, chose incroyable, maintenant elle élaborait des listes de tout ce qui faisait cruellement défaut à son quotidien depuis qu'il… – oserait-elle enfin le reconnaître ? – depuis qu'il l'avait quittée, voilà.
Un rire incrédule franchit la barrière de ses lèvres.
Elle réagissait comme une adolescente, niant son désespoir et s'y complaisant à tour de rôle, se débattant sans interruption avec des sensations mièvres et confuses. Ça lui ressemblait si peu ! Non, honnêtement, elle ne se reconnaissait plus.
Elle ne l'avait pas vu depuis cinq jours. Disparu, Barty Croupton, volatilisé ! Elle ne l'avait pas vu depuis cinq jours et elle en était malade.
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L'impensable se produisit la semaine suivante. Dans l'agitation confuse qui régnait, dans la débâcle bruyante, il lui fallut bien une heure pour comprendre de quoi il en retournait. Mais l'heure en question lui fut surtout nécessaire pour admettre la réalité de la situation.
Quand, frappée par la compréhension – et « frappée » n'est pas un mot en l'air, car elle tituba sous le choc pas moins que sous l'effet d'un coup – quand donc elle s'arrêta au milieu du Petit Salon, les bras ballants, on s'immobilisa, on mit en suspense les préparatifs du départ, on se tut pour admirer le spectacle.
Et elle tomba à genoux et se mit à pleurer en silence, comme une enfant, une orpheline.
Son Maître était mort.
