Retard inexcusable, je sais. Encore désolée.
J'ai préféré couper l'acte IV en deux pour ne pas vous faire poireauter encore plus longtemps. La deuxième partie arrivera dans un petit moment (beaucoup de scènes à écrire ou à réécrire).
Les lecteurs de Rédemption seront contents. Un OC secondaire fait sa petite apparition ici…
Un grand merci à Val, à qui je n'ai pas pu répondre directement, pour sa longue review (je viens de la relire et je suis toute émue). Que tu dises préférer Rédemption parmi toutes mes fics, quand on sait que c'est la plus éloignée du canon, ça me fait quand même vachement plaisir… !
Les Aimants.
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Acte IV : Présence (première partie)
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On pourrait presque le voir, ce champ magnétique qui l'entoure. Cette force attractive, palpable, qui l'habille comme une robe et dont la fonction se trouve être tout à fait similaire : capter son regard et le contraindre à s'approcher. Elle déploie son charme aimanté, elle l'appâte et attend, immobile et rongée d'anxiété. Est-il encore sensible à son pouvoir ? A-t-il toujours au fond du cœur un peu de fer, un peu d'acier ? Suffisamment, en tout cas, pour répondre à ses vœux ? Peuvent-ils encore s'accoler, s'unir, se souder, comme par le passé ?
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Ça avait été la débandade. Il y avait eu des cris, quelques coups échangés plus pour évacuer la peur que pour faire suite à une altercation concrète, des jurons nombreux pour se décharger de leurs craintes par trop fondées. Un brouhaha terrible s'était emparé du manoir ; on entendait partout des bruits de course, on apercevait les fuyards évacuer la place, et pas moins d'une dizaine de pillards qui emportaient argenterie et bijoux de famille.
La pauvre Mrs Rosier, dont l'époux avait péri sous la baguette d'Alastor Maugrey quelques mois plus tôt, se tenait en haut des escaliers, les bras refermés sur son ventre, terrifiée. Dolohov l'avait bousculée en passant, d'autres avaient craché à ses pieds, sur ses anglaises blondes ou le velours de son corsage. Elle était le bouc-émissaire idéal, frêle, fragilisée par l'absence d'Evan et après tout la demeure était à elle – qui sait si elle n'avait pas en sa possession des preuves matérielles attestant de leur culpabilité ? A ce sujet une crainte déraisonnable s'était emparée de Walden Macnair. Il l'avait attrapée par le bras et l'avait secouée de toutes ses forces en lui hurlant qu'il la tuerait si d'aventure elle parlait de lui aux Aurors. Elle avait vacillé sous la violence de sa poigne, en pleurant, en piaillant, en jurant qu'elle ne dirait rien, oh non, elle en faisait la promesse, elle se tairait, oui, oui, elle ne voulait pas mourir ! Mais il n'écoutait pas un traître mot de ce qu'elle lui disait. Il avait tiré sa baguette tandis qu'elle couinait de plus belle. Voyant cela, Rabastan Lestrange avait désarmé l'impudent et l'avait pratiquement jeté au bas des marches, lui garantissant un Avada Kedavra si jamais il portait à nouveau la main sur une dame en sa présence. Reconnaissante et terrifiée, la veuve Rosier s'était jetée dans les bras de son sauveur qui l'avait maintenue serrée contre lui en défiant ses camarades du regard. Dès lors, nul n'avait plus tenté d'approcher la femme.
L'angoisse était à son paroxysme. Ceux qui avaient une résidence propre – tels les Malefoy – ne tardèrent pas à disparaître, mais d'autres, désemparés, vivaient depuis plusieurs années dans l'aile réservée aux invités d'honneur. Ceux-là n'avaient généralement ni famille, ni amis – ou parfois ils s'en étaient tout bonnement séparés pour s'enrôler. Alors ils erraient, le regard flou, ou suppliait en désespoir de cause un vieux comparse de leur offrir l'hospitalité. Les hôtes potentiels se défilaient hâtivement, ne voulant pas se compromettre davantage en soutenant des individus que la justice reconnaîtrait peut-être comme criminels sous peu.
Enfin, au cœur de ce chaos, les fous et les sceptiques demeuraient, louchant sur la peau glacée de leurs avant-bras, là où la Marque avait perdu en netteté. Bellatrix était du nombre. Elle tempêta un temps, frappant le plancher jusqu'à ce que le sang maculât ses phalanges meurtries. On aurait dit une pleureuse grecque, folle de chagrin devant la dépouille de son époux. Et puis, petit à petit, le silence retomba sur le manoir et elle se tut pour écouter.
Le temps semblait suspendu.
Un calme assourdissant écrasait chacune des pièces dévastées. Mrs Rosier, accrochée au bras de Rabastan, sanglotait en découvrant l'étendu des dégâts. Meubles renversés, sofas éventrés, miroirs brisés jonchant les tapis – au moins cent douze ans de malheur, avait-elle compté.
« Qu'est-ce qu'on va faire ? » se lamenta-t-elle.
Rabastan, qui ignorait s'il s'agissait bien d'une question rhétorique, préféra s'enfoncer dans un mutisme songeur. De toute manière il n'aurait pas su quoi lui répondre dans le cas contraire.
Elle cacha sa tête dans ses mains en découvrant le cadavre d'une jeune recrue.
« Quelle horreur ! renifla-t-elle, dévastée. Il n'était là que depuis trois mois ! »
Elle se pencha pour prendre son pouls, mais ce n'était pas nécessaire et elle en avait parfaitement conscience. Il était dans tel état… Le visage démoli, le nez écrasé, et l'abdomen probablement couvert de contusions parce qu'on avait piétiné son corps encore chaud pour atteindre plus vite la sortie.
« Il avait peur de ne pas réussir à s'intégrer, confia la veuve à Rabastan. Je l'ai rassuré deux ou trois fois. »
Le Mangemort attrapa son coude un peu rudement en soufflant : « Ça suffit. » Lui aussi il souffrait de voir cet avenir gâché, elle n'avait pas besoin en plus de l'apitoyer de la sorte ! Mais quand la femme rentra les épaules à son contact, il s'en voulut d'avoir été si brusque. Elle a peur, se souvint-il.
« Excusez-moi. Je suis à cran. »
Elle hocha vaillamment la tête, redressant un peu le buste.
« Mon frère doit se trouver quelque part par ici. »
Il ne s'adressait pas vraiment à son interlocutrice. Seulement, parler avait quelque chose de réconfortant, de rassurant, dans ce manoir vide et saccagé.
Ils pénétrèrent dans le Petit Salon, où ils trouvèrent Bellatrix agenouillée. Vestiges de son maquillage, deux traînées noires barraient ses joues exsangues. Elle massait ses genoux d'un air distrait, sans se soucier de salir sa robe avec l'hémoglobine qui maculait ses doigts. Rodolphus se tenait près d'elle, à un mètre de distance à peine. Lorsque Rabastan distingua sur la pommette de son frère cadet une trace bleuâtre il pensa d'abord qu'il s'agissait d'une ombre ou du reflet lumineux de la vitrine à sa gauche, avant de comprendre qu'il arborait là une belle ecchymose. Il y avait tout à parier que dans sa folie fanatique sa belle-sœur lui avait envoyé sa main en travers de la figure. Rien d'étonnant, venant d'elle.
Il manqua de sursauter quand il distingua, dans un coin sombre, la silhouette affaissée d'un cinquième protagoniste. Aussitôt, un sourire désabusé s'inscrivit sur ses lèvres. Croupton, évidemment. De qui pouvait-il s'agir sinon de l'amant de Bellatrix ?
Celle-ci se redressa soudain et durant une fraction de seconde il songea qu'elle allait s'offusquer de sa pensée – avant de se rappeler qu'elle ne pouvait s'en offusquer que si elle en avait connaissance, ce qui était impossible à moins qu'elle ne pratiquât la Legilimancie. Et quand bien même ! Dans les circonstances actuelles il était fort peu probable qu'elle ait pour cela l'énergie nécessaire.
« C'est absurde, déclara-t-elle avec la fermeté d'un couperet.
– Quoi donc ? demanda servilement Rodolphus.
– Dolohov a dit que c'était un enfant. Le gosse des Potter. Mais c'est absurde. Un gamin ne pourrait pas venir à bout du Maître. D'ailleurs… »
Une émotion de pur ravissement éclaira ses traits.
« Je suis sûre qu'il n'y a pas de corps. Et s'il n'y a pas de corps, c'est que le Maître n'est pas mort. C'est logique… Il a dû trouver quelque chose… Un moyen… »
Elle commença à faire les cents pas, sous l'œil attentif de Croupton, indécis de Mrs Rosier, admiratif de Rodolphus et franchement exaspéré de Rabastan.
« Il ne peut pas être mort. Il faut qu'on le retrouve, il va probablement avoir besoin de notre aide. » Elle tressaillit, comme si elle avait perçu dans son dos le regard acéré du Lord. « Enfin, peut-être pas besoin, nuança-t-elle, mais il sera certainement satisfait de nous retrouver tous, fidèles, à ses côtés. »
La voix de Barty vibra d'indignation :
« Pas comme ces lâches. »
Elle pivota vers le jeune homme et ils échangèrent une œillade enfiévrée. Rabastan trouva leur manège répugnant. Il risqua un coup d'œil vers son frère et fut à la fois soulagé et contrarié de le surprendre en pleine réflexion, c'est-à-dire parfaitement indifférent à ce qui se jouait autour de lui.
Bellatrix adopta son ton le plus impérieux :
« Toi. » Elle indiqua du menton la veuve d'Evan Rosier, qui tressaillit sous l'apostrophe. « Tu vas nous trouver une planque. Les protections du manoir sont tombées depuis que le Maître a disparu. » Bellatrix sourit pour elle-même, très fière de ce choix lexical – une disparition, ce n'était pas si dramatique après tout…
Elle se tourna vers Rodolphus : « Mets la main sur des journaux. Peut-être qu'une information nous a échappée… » Puis vers Rabastan. « L'Allée des Embrumes, on doit pouvoir y trouver des alliés.
– Et des Aurors », commenta l'aîné des Lestrange avec réprobation. Il savait sans le moindre doute que Bellatrix ne le tenait pas en très haute estime et que son arrestation ne lui causerait aucune espèce de peine.
« J'avais oublié quel froussard tu étais, Rabastan, susurra-t-elle, doucereuse.
– Oublie tes vilaines techniques de manipulation, Bella. Je ne marche pas dans ton jeu. Ça n'a rien à voir avec de la couardise. Je ne suis pas suicidaire, c'est tout. »
Barty se détacha du mur sur lequel il était appuyé.
« Moi j'irai », claironna-t-il.
Très bien, songea Rabastan, qu'il aille se faire tuer pour les beaux yeux de Bellatrix. Avec un peu de chance on sera débarrassé de lui et moi je n'aurais pas à risquer ma peau.
Mais il eut la surprise, en observant les deux amants, de découvrir en premier lieu une Bellatrix désappointée – ainsi elle craignait pour la vie du garçon, c'était de plus en plus navrant – et un Barty non pas fanfaron, mais résolu, et presque contrarié par l'inquiétude qu'elle nourrissait à son égard. Par ailleurs, en poussant plus loin son examen, il constata que passé leur instant de complicité un peu plus tôt il n'avait pas accordé un seul regard à son mentor.
De mieux en mieux ! Il semblerait qu'ils soient en froid, analysa-t-il. Croupton se jette dans la gueule du loup, non pas pour lui plaire, mais pour gagner en indépendance, pour lui prouver qu'il n'a plus besoin d'elle, de quelque manière que ce soit.
« Voilà qui est réglé, conclut-il. Pour ma part, je vais escorter Madame. » Disant cela, il attrapa délicatement le bras de Mrs Rosier, qui lui rendit son sourire après une brève hésitation.
Bellatrix, pour avoir le dernier mot, proposa un point de rendez-vous. Ils se retrouveraient à la nuit tombée, à proximité de Pré-au-Lard, pour se rendre dans leur nouvelle habitation.
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L'Allée des Embrumes semblait avoir été victime d'un cataclysme. Il fallait contourner les étals renversés pour se frayer un chemin dans les ruelles, et sous les bottes de Barty crissaient des débris de verre à chaque foulée. La place était déserte c'était qu'il ne faisait pas bon de se trouver ici si les Aurors déboulaient ! Mais quelques irréductibles – consommateurs d'asphodèle à la recherche d'une dose, clochards enivrés, un petit garçon aussi – traînaient encore la patte sur les pavés inégaux.
Barty s'arrêta à côté de l'enfant. Il chercha ses parents des yeux puis, n'en découvrant pas, il s'étonna de ne pas le trouver épouvanté.
« Tu t'es perdu ? »
Alors qu'il prononçait ces mots, une porte s'ouvrit violemment – au point d'aller s'écraser contre le mur dans un craquement sonore.
« Rentre à l'intérieur », dit la femme qui se tenait sur le seuil au gamin.
Elle portait un fard à joue criard et une jupe dont l'étroitesse ne laissait pas de doute sur ses activités. Une paire de lunettes extravagante, coincée dans son décolleté, en allongeait l'échancrure en dévoilant partiellement les maigres reliefs de ses seins blêmes.
« C'est votre enfant ? l'interrogea Barty.
– De quoi tu te mêles ? » rétorqua-t-elle sèchement.
Il haussa les épaules.
« Je cherche quelqu'un, entama-t-il.
– Evidemment que tu cherches quelqu'un, sinon tu serais pas là. » Les lèvres carmines s'étirèrent en un sourire froid. « J'imagine que tu cherches pas une pute, hein ? Ce serait trop beau… » Elle secoua distraitement sa crinière rousse et son expression se radoucit : « Ecoute, mignon, je veux bien t'aider mais ce sera pas gratis. J'en ai pas l'air comme ça, mais je suis maligne. Je sais ce que la mort de l'Autre implique pour mes affaires : moins de passants, moins de clients, moins d'argent. Même les infos se monnayent en ce bas monde, quand les temps sont durs. »
Barty avait très clairement saisi l'allusion à Voldemort et ses poings s'étaient crispés devant son manque flagrant de déférence. Elle prospérait sous son règne mais se moquait bien des valeurs qu'il prônait. Elle le nommait l'Autre. Il aurait dû la tuer.
« Je m'en sortirai sans aide », énonça-t-il fraichement, après avoir pris conscience qu'elle était tout à fait susceptible de servir d'indic aux Aurors.
Un rire aigu de harpie se répercuta dans la venelle.
« Bon courage, mon joli. Si t'as besoin de quelque chose – renseignements, chaleur humaine – n'hésite pas à revenir. Demande Marinda. » Elle lui décocha un clin d'œil suggestif en prenant la pose contre l'encadrement de la bâtisse. Elle avait beau être décharnée, trop fardée et considérablement obscène, elle dégageait un charme animal qui ébranla Barty et le mit vaguement mal à l'aise.
Comme il s'apprêtait à faire demi-tour, elle souffla d'une voix narquoise : « Mais si tu préfères les garçons, on a ce qu'il faut aussi…
– Ça ira, merci. »
Il partit d'un pas rapide sous les ricanements moqueurs de la prostituée.
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« Le domaine appartenait à mon oncle maternel. A présent il est à ma mère, mais elle n'y met jamais les pieds. »
Mrs Rosier engloba la ferme d'un geste et Rabastan approuva d'un hochement de tête, le souffle coupé.
« C'est parfait », dit-il.
C'était une vieille bâtisse de deux étages, en pierre grise, avec un toit d'ardoise aux versants pentus. Accolée à la maison en elle-même, une grange presque aussi grande, bordée de broussailles tournait sa large face vers les montagnes bosselées. Le cadre était magnifique un lac bleu s'étendait en contrebas, le reste n'était que végétation rase. On pouvait voir sur des kilomètres – avantage stratégique certain – et, pour ne rien gâcher, le climat était étonnement doux.
« Par contre il n'y a que deux chambres », s'excusa-t-elle.
Elle se dandina d'un pied sur l'autre, un peu mal à l'aise, et la boue sous ses pieds émit un gargouillis spongieux.
« Mon frère et Bellatrix en prendront une, vous la seconde. Je me contenterai du canapé.
– Et Croupton ?
– Qui sait ? Il ira peut-être dormir sur le parquet, au pied de Bellatrix. De sa part, ça ne me surprendrait pas. »
Mais devant l'incompréhension manifeste de la veuve, il effaça son rictus et trancha :
« Il fera le guet devant la grange. »
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Bellatrix jeta un coup d'œil irrité vers l'autre extrémité de la table. Rabastan, enfoncé dans le dossier de sa chaise, y observait la Rosier qui faisait le service, soupière en main. Il souriait, badinait sans interruption, lui arrachait de petits éclats de rire. Le Seigneur des Ténèbres était vraisemblablement dans une situation critique et tout ce qu'il prévoyait de faire était de séduire la veuve d'Evan… C'était d'une telle inconvenance !
Contrariée, elle se plongea résolument dans les journaux qu'avaient récupérés Rodolphus et n'en émergea que pour entamer son repas. Elle remarqua, en se redressant, que Barty s'était emparé des pages qu'elle avait déjà lues pour les parcourir à son tour. De la main droite, il portait la cuillère à sa bouche sans quitter les lignes du regard. Son index gauche, imperturbable, suivait sa lecture. Elle ne pouvait distinguer le bleu pâle de ses orbes, puisqu'ils étaient dissimulés par des mèches de cheveux ternes et indisciplinées, mais elle imaginait sans peine son plissement de paupières concentré. Elle eut un choc, lorsqu'elle réalisa qu'elle connaissait sur le bout des doigts la moindre de ses mimiques, au point de pouvoir se les représenter mentalement.
Elle tendit le bras vers la carafe d'eau en même temps que lui et arrêta son geste. Son cœur cognait si fort qu'elle en sentait les pulsations jusque dans sa gorge. Il ne remarqua rien, s'empara de l'anse et se servit un verre machinalement.
Etait-il possible qu'il lui manquât à ce point alors qu'il était si près d'elle, à portée de sa vue, de sa voix, de ses caresses ? Elle se força à engager la conversation avec Rodolphus pour lutter contre l'impuissance qui l'étreignait Barty ne leva pas le nez dans leur direction et, de fait, il ne semblait même pas les entendre.
Elle ne put s'empêcher de songer, soudain, que reprocher à Rabastan son attitude relevait d'une certaine forme d'hypocrisie. Elle ne valait sans doute guère mieux que lui, quand on y réfléchissait.
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La respiration de Rodolphus à côté d'elle avait quelque chose d'oppressant. Il avait tiré la couverture vers lui, en conséquence de quoi la moitié du corps de Bellatrix se trouvait exposée au froid mordant de novembre que n'arrêtaient pas les fenêtres aux carreaux brisés.
Elle s'assit, resta immobile une minute, dans le noir, dans ce silence abominable que venait ponctuer le souffle de son mari assoupi.
Elle fit le calcul. La chambre à traverser, puis le couloir et le salon où reposait Rabastan, la cuisine et enfin l'entrée. Elle se remémora que son beau-frère avait un sommeil incroyablement léger. Malgré tout, elle se redressa, enfila ses bottines – elles juraient avec son vêtement de nuit, mais qu'importe ! – et elle entama son périple.
Elle faillit y croire.
« Ttt, ttt, Bellatrix. Où est-ce que tu vas d'un si bon pas ?
– Rabastan… »
Elle ravala son dépit. Peut-être l'incongruité de la situation y fut-elle pour quelque chose, ou bien la fatigue qui l'abrutissait ? Quoiqu'il en soit, au lieu de se complaire dans le déni et la provocation, ainsi qu'elle le faisait habituellement lorsque les circonstances jouaient contre elle, elle avoua les faits : « Je vais rejoindre Croupton.
– Comme c'est mignon, lâcha-t-il en réponse, d'une voix trainante qui lui rappela celle de Lucius.
– Je me moque de ton opinion. » Et cependant elle enchaînait : « Tu ne sais rien de moi. Tu ne connais pas ton propre frère. Tu crois qu'il est exemplaire, tu crois que je suis simplement volage et que c'est un vulgaire adultère…
– Ciel ! Je te préférais lubrique et abjecte à… mièvre ! » Il se redressa sur son canapé, une moue grimaçante peinte sur le visage. « Reprends-toi enfin ! Tu es une Black. Et une Lestrange. Et pourtant tu agis comme une écolière ! »
Bellatrix envisagea de regagner la couche conjugale, vaincue, mais chassa cette idée presque aussitôt.
« J'en ai bien conscience, avoua-t-elle à contrecœur, les dents serrées.
– Nom d'un… ! suffoqua Rabastan entre atterrement, apitoiement et ironie. Ne me dis pas que tu l'aimes ? » Elle resta muette. « Toi ? poursuivait-il. On nage en plein délire !
– Je ne l'aime pas, contra-t-elle dans un chuchotement hâtif et nerveux.
– Non, bien sûr. »
L'hypocrisie suintait abondamment de ses paroles.
« Tu vas me laisser passer ?
– Evidemment. »
Elle s'étonna de le trouver si conciliant. Elle allait franchir le seuil du salon quand il prononça :
« Profites-en. Selon mon expérience, ça ne dure jamais très longtemps. »
L'avertissement sonnait comme une prophétie elle frissonna en s'engouffrant dans la cuisine.
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Il entendit son pas feutré mais feignit l'endormissement. Elle s'accroupit à côté de lui, secoua doucement son épaule. Il huma son parfum avec délice – elle sentait le printemps, le muguet.
« Rabastan ? » hésita-t-elle, les lèvres à quelques centimètres de sa nuque. Il souleva une paupière papillonnante, se retourna dans ses draps et fit mine de s'accommoder à la lueur de la bougie qu'elle tenait dans une coupelle.
« Mrs Rosier ? répondit-il galamment, la voix à peine rauque.
– Vous pouvez m'appeler Elisha. Mais je crois que je vous dérange ? »
Comme elle tentait de se relever, il attrapa doucement son poignet.
« Jamais, Elisha. Dites-moi plutôt ce qui vous ennuie. Je vous devine contrariée. »
Elle passa son autre main dans ses anglaises dorées. Son teint de pêche rosit légèrement tandis qu'elle portait son regard brun vers le plancher.
« J'ai entendu du bruit.
– Où ça ? »
Rabastan s'était levé d'un bond. Surprise, elle éclata d'un rire mélodieux et, bien qu'il ne comprît pas exactement ce qui se déroulait, l'aîné des Lestrange s'apaisa aussitôt.
« Dans mon placard. Ce doit être un Epouvantard…
– Oh. Et vous voulez que je vous en débarrasse ? s'enquit-il, soucieux.
– Si ça ne vous ennuie pas trop. »
La figure de Rabastan se fendit d'un large sourire affable.
« Je vous suis. »
Elle le précéda donc. Tandis qu'il contemplait ses contours, le moelleux de ses formes sous la chemise de nuit trop longue et trop opaque à son goût, il se demanda dans quelle mesure cette requête pouvait constituer un prétexte pour l'inviter dans sa chambre – et dans son lit par extension.
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Une lanterne crasseuse éclairait l'entrée de la grange et sa silhouette vêtue de noir. Le dos contre le montant de la porte, il agitait sa baguette pour se tenir occupé et des lacets de lumière verte s'en échappaient, comme autant de serpents sinuant, avant de s'évanouir dans l'épaisseur de la nuit.
« Barty ? »
Elle avança jusqu'à fouler le carré d'herbe illuminé. Un ruban de jade se détacha des autres pour venir la frôler, jeta brièvement sur son visage une lueur glauque et mourut sur sa peau en y plantant un baiser glacé.
Avec sa chemise de nuit flottant au vent, elle avait l'air d'une apparition.
Elle dut faire un pas de trop car Barty se déroba. Il refusa le contact de sa main tendue, évitant également de la regarder droit dans les yeux. Et Bellatrix, folle qu'elle était, mourrait d'envie de le toucher, de le sentir contre elle, en elle, une fois encore. De le serrer fort pour qu'il ne puisse plus s'échapper. Elle avait rarement connu un désir à ce point violent aussi concret qu'une poussée dans le dos, y résister lui écrasait la poitrine.
Et elle était mortifiée de honte. Ce n'est pas un temps pour aimer, se répétait-t-elle. D'ailleurs, elle en était incapable. Ce n'était pas dans les attributions de Bellatrix Black Lestrange, n'est-ce pas ? Combattre, torturer, tuer, oui, mais aimer ? Certainement pas.
« Comment ça s'est passé, dans l'Allée des Embrumes ? » demanda-t-elle en désespoir de cause, la voix un rien vacillante.
Elle n'avait pu se résoudre à l'interroger à table, un peu plus tôt. Il lui avait paru si froid alors, si insensible à sa présence.
« C'était pratiquement désert. J'ai vu un type se faire embarquer par les Aurors. J'ai pensé qu'il valait mieux ne pas m'y attarder… »
En vérité, elle n'était pas franchement surprise. Elle ne s'attendait pas à rallier des foules de partisans.
« On s'en sortira seuls », affirma-t-elle, confiante.
Quelques enjambées supplémentaires et elle s'accoudait au plan de travail. Presque inconsciemment, Barty agrandit la distance entre eux en s'asseyant sur la chaise la plus proche de l'entrée.
« Il y a quelque chose qui me chiffonne, lâcha-t-il brusquement en relevant la tête.
– Quoi donc ?
– Le Maître n'est pas mort, c'est évident. Mais sa présence chez les Potter… j'ai le sentiment que ce n'était pas un hasard.
– Il projetait de les éliminer depuis longtemps, tenta Bellatrix. Il attendait juste que Pettigrow soit leur Gardien du Secret. C'était son seul moyen pour avoir une chance de les atteindre.
– Je sais tout ça, s'agaça Barty. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi il a passé une semaine entière à tergiverser avant de s'y rendre. Et pourquoi il y est allé seul, en pleine nuit, presque sur un coup de tête. Comme s'il avait quelque chose d'essentiel, de personnel à régler. »
Bellatrix ignorait où il voulait en venir. Elle n'était pas sûre qu'il le sût lui-même.
« Il parlait beaucoup des Londubat aussi, ces derniers jours, se remémora-t-il.
– Tu crois qu'on devrait tenter de les retrouver ? Qu'ils savent quelque chose ?
– C'est possible. On ne perd rien à essayer de toute façon. »
Elle considéra leurs options – agir ou bien attendre qu'un signe improbable leur indique quoi faire – et elle admit qu'il avait raison.
« J'imagine qu'ils ne sont pas assez bêtes pour être restés dans un manoir sans protection…
– Dans ce cas on a plus qu'à les en faire sortir », décida-t-il.
Ils réfléchirent quelques instants aux moyens à mettre en place.
Barty finit par quitter son siège. Une nouvelle qu'il avait lue précédemment dans les journaux lui était revenue en mémoire.
« La Gazette prétend que ton cousin est à Azkaban. Il a tué Pettigrow. »
Lorsqu'il avait découvert les gros titres, il s'était demandé comment elle prenait la chose. Son manque de réaction apparente cachait-il une douleur, un regret plus profond, qu'elle refusait d'admettre ? Il sursauta quand elle s'esclaffa.
« Tant mieux ! » s'exclama-t-elle avec fougue. Imaginer Sirius en proie à la magie des Détraqueurs l'enchantait, elle n'en faisait pas mystère.
Puis elle se tut. Il s'écoula une minute entière avant qu'il ne prenne la parole :
« Tu devrais aller dormir.
– Barty ?
– Oui ? »
Elle arborait un sourire assuré. Etrange car, assurée, elle ne l'était pas du tout.
« Je pourrais te tenir compagnie, cette nuit, tu ne crois pas ?
– Oui », railla-t-il, soudain cruel. Dire qu'il avait cru qu'elle éprouvait un peu de peine pour l'arrestation de son cousin ! Il aurait dû se souvenir, pourtant, qu'elle était une créature de pulsions, de passion, seulement dirigée par des instincts et des désirs égoïstes. « Et on pourrait se rouler dans la paille, glissa-t-il avec tout le fiel qu'il pouvait concentrer, et se promettre un amour éternel tant qu'on y est ! »
Bellatrix pâlit et il parut en tirer une satisfaction sadique.
« Je te l'ai dit : je ne joue plus à ça avec toi.
– Je ne veux pas jouer », rétorqua-t-elle en exécutant un pas supplémentaire dans sa direction.
Elle était obnubilée par sa bouche. Elle se souvenait de sa texture, de son goût, de l'ardeur de ses baisers. Sa peau lui brûlait tandis qu'elle se rappelait la manière qu'elle avait de déposer son sceau sur chaque parcelle d'épiderme à sa portée.
Il se redressa pour la toiser. La colère prit possession d'elle :
« Eh bien tant pis ! Puisque tu dis que je ne t'intéresse pas… » Contrairement à ce qu'elle avait espéré, il ne réagit pas. « Je n'ai pas besoin de toi ! protesta-t-elle soudain, dans un accès de rage puéril.
– Je l'ai bien compris. Et ça m'est égal, si tu veux tout savoir. »
Elle avait les oreilles qui bourdonnaient, une panique sourde qui montait en son sein. Elle ne supporta pas de le voir pivoter, elle se jeta presque sur son bras.
« Bartemius ! »
C'était une apostrophe misérable, une exclamation de dernier recours.
« Barty… » dit-elle encore, plus doucement.
Il la dévisagea avec hauteur en sifflant : « Laisse-moi tranquille ! »
Elle enfonça ses ongles dans sa chair, pour le retenir encore un peu.
« Embrasse-moi.
– Es-tu devenue folle ? Ou simplement sourde ?
– On en a envie tous les deux ! » argua-t-elle en retrouvant son aplomb.
Elle avait vu le voile trouble qui recouvrait sa rétine, signe qu'il la désirait toujours. Et à cet instant, elle percevait dans sa paume un tremblement qui illustrait son indécision.
« Je ne crois pas, non », trancha-t-il brutalement, et il la repoussa sans délicatesse.
Elle n'insista pas. Elle demeura statique, juste le temps d'intégrer sa défaite, et enfin elle s'éloigna sans un mot. La contrariété qu'elle pouvait ressentir était de faible ampleur face à son désarroi. Elle l'avait perdu pour de bon, pour de vrai, irréversiblement. Maintenant elle en était certaine.
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« Eh bien on dirait qu'il n'y a rien. »
Rabastan jeta un énième coup d'œil à la penderie désespérément vide et fit cliqueter les cintres d'une pichenette.
« J'étais pourtant persuadée d'avoir entendu du bruit, bafouilla Mrs Rosier. Je m'excuse, vraiment. Je suis confuse…
– Ce n'est rien, Elisha », assura-t-il, suave.
Elle rosit franchement cette fois. Il savoura sa gêne manifeste, persuadé désormais qu'elle n'était pas tout à fait imperméable à ses tentatives de séduction. Pour sûr, s'il la jouait finement elle lui tomberait dans les bras.
« Il n'y a pas de fantôme ici ? l'interrogea-t-il.
– Pas à ma connaissance…
– Un esprit frappeur ? »
Elle fut parcourue d'un frémissement d'effroi. Parfait, se réjouit Rabastan.
« Je ne crois pas… hésita-t-elle.
– Si vous voulez, je peux rester près de la porte, juste au cas où…
– Mais vous allez mourir de froid, sur le plancher ! »
Rabastan contint difficilement sa satisfaction. Ce qu'elle pouvait être candide !
Elle arborait un sourire timide, le teint toujours un peu rose, et il se sentit fondre. Le plus amusant était qu'elle paraissait tout ignorer du pouvoir qu'elle possédait sur les hommes. Et il avait toujours aimé cela, ces femmes qui doutent de leur potentiel, qui ont encore une facette enfantine et pure. Celles qui demandaient à être guidées au début, et qui d'après son expérience finissaient fatalement par devenir des maîtresses hors catégorie.
Il mima l'embarras, quand elle lui proposa de coucher à côté d'elle dans le grand lit. En vrai, il exultait.
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« Rabastan ? Vous dormez ?
– Non, Elisha, je vous ai dit que je veillais sur votre sommeil. »
Il l'entendit qui se retournait dans les draps.
« Je n'arrive pas à m'endormir », soupira-t-elle.
Il y eut entre eux un bref silence.
« Vous connaissiez bien Evan ?
– Plutôt. »
Où voulait-elle en venir ?
« Moi je ne le voyais pas souvent. Il était très occupé. »
Rabastan se garda bien de lui dire avec qui.
« Il avait des maîtresses ? l'interrogea-t-elle d'une voix fluette.
– Pas que je sache. »
Et ce n'était que partiellement faux. Jamais Rosier n'avait paru accorder un quelconque intérêt à une autre qu'elle. Par contre, il se murmurait qu'on l'avait trouvé, une fois ou deux, dans une situation fort peu conventionnelle avec Rowle, ce grand colosse blond. De toute façon, depuis le temps qu'ils se fréquentaient, les inclinaisons d'Evan n'étaient plus un mystère pour Rabastan ! Déjà au temps de Poudlard, il avait cette façon de regarder certains de ces camarades de Serpentard – le coquet Regulus, en premier lieu, et puis Wilkes qui lui tenait lieu de meilleur ami. Avec un certain amusement, il se demanda si Rosier l'avait jamais scruté comme cela, lui – après tout, Rabastan était plutôt beau garçon – puis il jugea préférable de reporter son attention sur la jeune femme à ses côtés.
Il la questionna sur sa scolarité, son enfance, sa famille. Il la laissa parler tout son saoul, conscient qu'il gagnait des points non négligeables en jouant ainsi la carte de l'oreille attentive.
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Parce qu'elle était la seule à ne pas être fichée par le Ministère, Elisha était partie aux courses. Son statut d'épouse Rosier pouvait bien sûr poser problème… mais un problème de moindre ampleur. Un problème qui ne requerrait pas l'intervention d'Aurors armés et prêts à en découdre.
Par-dessus la Gazette du Sorcier, Barty suivait Bellatrix du coin de l'œil. Elle avait les traits tirés. Il se demanda s'il avait quelque chose à voir avec l'expression morose de son visage. Il décida que non. Bellatrix n'avait pas suffisamment de cœur pour souffrir d'être rejetée.
« J'ai l'adresse des Londubat. »
Il avait beau faire, Barty, il n'arrivait pas à ne pas haïr cette voix monocorde et plus encore son possesseur. La vue de Rodolphus l'insupportait. Ses mains immenses l'avait touchée, son corps s'était pressé contre le sien, il avait embrassée Bellatrix, il lui avait murmuré des mots à l'oreille, il… D'un mouvement de tête qui rappela l'attitude compassée de son frère aîné, Rodolphus jeta en arrière les boucles brunes qui obstruaient sa vision. Alors il planta son regard droit dans le sien tandis qu'un sourire pâle venait orner la commissure de ses lèvres.
Le salopard, s'insurgea Barty. Il sut qu'il savait tout. Il sut qu'il lui disait, par ce rictus, que l'époux avait écrasé l'amant. Mais soudain Barty desserra les poings et sourit à son tour ce que le cadet Lestrange ignorait, c'était qu'avec Bellatrix il n'y avait pas de vainqueur, jamais. Tous ceux qui avaient désiré l'étreindre s'étaient inscrits en perdants. La seule gagnante dans l'affaire, c'était elle.
« Parfait. Va chercher Rabastan, il faut qu'on règle certains détails », décréta la concernée, qui avait manifestement manqué leur confrontation silencieuse.
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« On connait l'emplacement approximatif de leur maison et elle est effectivement sous Fidelitas.
– Donc le seul moyen pour arriver jusqu'à eux est de gagner leur confiance », compléta Barty.
Rabastan lui adressa son plus beau sourire sarcastique :
« Je dois te rappeler qu'on est des Mangemorts, Croupton ? Ça risque de compliquer légèrement la donne, tu ne crois pas ?
– Le Polynectar, avança Rodolphus.
– Trop long, trop complexe et trop coûteux », lui opposa Barty avec un plaisir évident.
La porte s'ouvrit sur Elisha. Rabastan se désintéressa quelques secondes de la conversation.
« L'Imperium alors.
– Et comment tu veux les atteindre puisqu'ils sont terrés chez eux ? » ironisa Barty en se penchant sur la table.
Rodolphus lui décocha son œillade la plus noire :
« Je n'envisageais pas de le leur lancer à eux. »
Il se garda bien de terminer sa phrase par un « sombre abruti » ce n'était pourtant pas l'envie qui lui manquait.
« Un membre de leur foutu Ordre ! s'enchanta Bellatrix.
– Et où est-ce qu'on le trouve ? tempera Rabastan, désabusé, en revenant dans la discussion.
– Ça, je m'en charge. »
Barty souriait largement.
« Bon, c'est bien joli, mais on en fait quoi après ?
– On se sert du type pour les contacter. Par cheminée. On invente un truc qui nécessite de les sortir momentanément de chez eux.
– Tu crois que ça suffira ? s'enquit Bellatrix – Barty détourna les yeux pour ne pas avoir à croiser les siens. Et si jamais ils veulent vérifier que ce n'est pas un piège ? »
Rabastan échappa un gloussement satisfait en croisant les bras derrière sa tête :
« Leur plus grand avantage est aussi leur plus grand désavantage. Leurs moyens sont limités. On peut intercepter leurs hiboux et je pense pouvoir les couper du réseau de cheminées après notre appel. » Il jeta un œil au calendrier. « Lundi prochain, le service de maintenance commence à s'occuper des révisions de cheminées. Il n'est pas rare d'avoir des problèmes de raccordage dans les jours qui suivent. Ça ne leur semblera même pas étrange. »
Aux regards qu'ils échangèrent, il était clair que le plan prenait forme.
