Entre quatres murs et six collègues.

Auteur: Eole

Personnages: Matsuda

Rating : K+

Nombre de mots: 1203

Correcteur/trice : Eru-kun


« Matsuda, vous devriez aller dormir. Je ne crois pas que vous puissiez être d'une quelconque utilité avec des yeux qui se ferment tout seuls», dit Light, se retournant brièvement.

Matsuda se lève, remet un peu d'ordre dans les dossiers qui l'ont accaparé ce soir, et après un bref au revoir quitte la salle des écrans. Les dos de Light et de Ryuzaki lui répondent distraitement.

Le désavantage, quand on habite au QG, c'est qu'on se sent toujours un peu mal à l'aise quand on rentre dans sa chambre.

Tout d'abord, parce qu'on sait pour les 25 caméras qui couvrent cet espace. Matsuda sait, parce qu'il est régulièrement chargé d'espionner Misa-Misa. Comme tout le monde.

Et puis, il y a toujours la culpabilité de laisser L devant son écran. Avec Light, qui aimerait bien se coucher, lui aussi.

Enfin, il est une heure du matin, et il a besoin de dormir.

La chambre est grande; il y a une petite cuisine, une salle de bain. On dirait que L a souhaité que les membres de la cellule se sentent comme à la maison. Matsuda se demande si au fond, il n'a pas été déçu du peu de monde s'étant finalement installé.

A moins que Watari ne se soit chargé de tout, attentionné et impersonnel, comme d'habitude.

Matsuda va quand même prendre une douche. A une heure du matin, il lui faut se forcer; mais il est trop tendu.

Il a eu raison: l'eau tiède lui fait du bien.

Quand il sort de la salle de bain, il se rend compte que son portable personnel est toujours éteint. Accaparé qu'il est par l'enquête, il ne l'a pas allumé depuis trois jours. Il était fatigué, et n'avait pas vraiment envie de le faire.

Ce soir, cependant, il en a très envie. Un sentiment d'urgence s'empare de lui, l'urgence de se tenir au courant des personnes qui comptent vraiment, et qu'il voyait plus souvent avant le début de cette enquête.

L'écran indique 9 appels en absence. Et 5 messages sur son répondeur.

Trois appels de sa sœur. Un des messages provient d'elle, alors que d'habitude, elle insiste jusqu'à ce qu'elle tombe sur lui.

« Salut Tôta, t'as l'air occupé en ce moment. On t'a pas vu depuis longtemps. Maman aimerait bien te voir à la maison. Moi, tu t'en doute, ca me fait de l'air… »

Elle est plus jeune que lui, de quelques années. Elle est à la fac, elle travaille bien mais fait beaucoup la fête. Elle lui ressemble, ils s'entendent bien. Matsuda avait l'habitude de l'appeler une fois tout les deux ou trois jours, auparavant.

Ce soir, l'affaire Kira lui semble moins cool; il aimerait qu'elle ne dure pas trop longtemps, parce qu'il a peur de sortir de la vie de sa petite sœur.

Il y a encore 4 messages sur son répondeur.

« Bonjour, Tôta, c'est maman. J'aurais bien aimé te parler, tu ne viens plus vraiment à la maison en ce moment… »

Il n'est pas dans ses habitudes de l'appeler; elle a des nouvelles de son fils régulièrement par sa fille; et puis, élevé dans une maison familiale, dans une petite ville et entouré des siens, Matsuda ne s'est jamais coupé de sa famille.

D'un coup, son acharnement à vouloir trouver Kira ne lui semble plus être un sacrifice, mais au contraire bien égoïste; ce soir, Matsuda se sent décidément coupable.

Il reste 3 messages à écouter. Une voix grave à son oreille.

« Bonjour Tôta, je t'appelais pour avoir un peu de nouvelles. Tu n'es pas là, je rappellerai plus tard… »

Matsuda est surpris que son frère l'appelle: ils se sont éloignés au fur et à mesure qu'ils grandissaient. Une jalousie naturelle s'était instaurée, ainsi qu'un désir d'éviter l'autre: l'ainé si sérieux, aujourd'hui médecin. Matsuda qui plaisait beaucoup plus aux filles. Chacun ses complexes; ils n'en ont jamais parlé.

C'est drôle que son frère veuille se rapprocher de lui, aujourd'hui. Mais bon, ils sont grands maintenant.

Matsuda a peur de rater le coche, à cause de l'affaire.

Les 2 derniers messages proviennent de ses amis de jeunesses. Cet interlocuteur-là a appelé 3 fois, lui aussi.

« Matsuda, ma grosse, c'est quand que tu m'invites à me souler chez toi ? »

La voix fait remonter les souvenirs. Les rires, les balades en vélo, le collège, la boxe, le judo qui les calmait pour la soirée, le lycée, les cigarettes fumées en douce à sa fenêtre, la fac, les soirées, les pétards, les films, les diplômes… Autant de bêtises, et d'études menées tant bien que mal, autant d'aventures merveilleuses. Matsuda est peut-être grand, mais il est encore jeune.

Tout à coup, le sérieux des autres membres de la cellule lui parait absurde; même s'il ne regrette pas d'être entré dans la police, il y a tout de même un juste milieu. Qu'il a perdu de vue, il y a quelque temps.

Le dernier message provient d'une amie rencontrée au lycée. Mais, fatigué, Matsuda ne prête pas vraiment attention à son contenu. Il se concentre surtout sur la voix claire, en se rendant compte avec une certaine surprise qu'à être si proches, ils auraient certainement fini ensemble. C'est un autre tournant de sa vie sociale qui fond devant ses yeux: mais Matsuda n'a pas la tête à ca. Il espère juste ne pas être en train de faire une connerie.

La plupart du temps, quand il rentre dans sa chambre du QG, Matsuda est trop fatigué pour penser à quoi que ce soit. Et dans la journée, il est trop mobilisé pour penser à quoi que ce soit d'autre que l'enquête. Bien qu'il ait la possibilité de sortir, soit en tant que manager de Misa Misa, soit comme commis d'office pour les courses de l'équipe (les sucreries de L).

Monsieur Yagami a bien suggéré, une fois ou deux quand il avait besoin de lui pour une tâche, d'envoyer quelqu'un d'autre que Matsuda accomplir ces achats «qu'il acceptait comme nécessaires, mais qu'il estimait pouvoir être confié à différentes personnes, à tour de rôle ».

Au grand amusement d'Aizawa, Ryuzaki avait affirmé qu'il y avait « 80% de chances que la petite vendeuse de la pâtisserie française soit amoureuse de Matsuda-san, et c'est sûrement pour ca qu'elle met toujours les meilleurs parts, les plus belles et les plus grosses. Le résultat est très différent quand c'est Mogi ou Watari qui s'en chargent, je vous le promets ».

Sur le coup, Matsuda avait eu l'impression qu'on se moquait de lui; ce soir, le souvenir le fait sourire.

Le problème, c'est que les autres souvenirs, ceux en rapport avec sa famille, ses amis, l'avait à peine fait réagir. A vrai dire, il se sentait de moins en moins concerné par eux, et de plus en plus par ses collègues du QG.

« C'est normal, pensa Matsuda. Ça arrive tout le temps : un nouveau travail, de nouvelles rencontres, c'est ma vie maintenant, c'est normal qu'elle change… »

Mais quelque chose en lui disait que la normalité n'était pas la recherche d'un danger meurtrier, si le fait de ne plus sortir de son lieu de travail, ni ne plus voir personne d'autre en dehors de quelques collègues,

et qu'on avait une nette impression d'être né avec un demi-cerveau en moins.

« Je suis devenu un bourreau de travail, songea Matsuda, mais je ne suis absolument pas nécessaire à l'enquête. »

Il relève la tête. Sa chambre luxueuse, confortable et bien rangée se fout de sa gueule.