Hello !
Oui, c'est très mal ce que je fais : je devrais être en train de traduire mes vers de latin ou d'apprendre mes théorèmes de math. Au lieu de ça, je fais la révolution et je vous poste la suite de ce recueil. Que j'ai passé la journée à écrire. Hum.
J'ai eu plus de mal avec Blaise. Au début, tout allait bien, mais mon humeur a changé de façon assez brutale au milieu de ce texte et, inévitablement, j'ai l'impression que mon écriture aussi. Je ne suis plus dans le même état d'esprit que lorsque j'ai écris l'OS sur Pansy alors j'espère que vous ne m'en voudrez pas, et puis Blaise c'est quand même un personnage bien différent, mais je ne suis au final pas certaine de l'avoir tout à fait cerné.
Bref, vous l'aurez compris, je vous laisse juger cet OS par vous-même ! (et puis il est tard, si je me lance, je serai capable de monologuer pendant deux heures de la pluie et de comment les examens c'est nul).
Je remercie donc Sophie (je sais que tu finiras par venir fouiner ici, alors Hallo Sophia, sache que ta maman est trop cool si elle m'a mis une bonne note en allemand, sinon non, mais je l'aime bien quand même) pour sa précieuse aide au détriment des math (mais les math c'est pas très amusant).
Et un très grand merci aussi à : Lilu, Still-hopee, Ayanne, witchee, Valouw, Lil's C, julie, Selemba, PsychoseAigue, Syka, Azalan, Marine, Lucy in the Sky with Diamond et alisgalieno !
Les parties en gras sont toujours tirées d'un poème de Prévert qui s'appelle Les oiseaux du soucis.
Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à notre chère JKR !
Titre : Chers Oiseaux
Résumé : 'Zermatt, avant, c'était un soleil savoureux, des flocons au coin des lèvres.' Mais à présent, ils sont comme des oiseaux en cage et ils tournent en rond, chacun à leur façon.
Rating : K
Bonne lecture !
Tu es une sacrée petite idiote.
J'ai écrasé la confiture sur mon toast et le pain s'est troué. Je suis de mauvaise humeur, une gueule de bois me déchire le ventre, et toi tu n'es toujours pas là alors j'ai envie de me lever et d'aller te chercher mais à peine ai-je émis l'idée que Drago me fusille du regard. Donc je reste là et je t'attends.
Daphné m'observe en silence. De temps en temps, elle lève son verre de jus d'orange et boit des petites gorgées sans que jamais ses yeux ne me lâchent. Elle m'exaspère profondément et elle le sait – ou alors elle est encore plus stupide que toi parce que je n'ai jamais brillé par ma discrétion, et puis merde, qu'est-ce qu'elle a à me dévisager, et ils ne pourraient pas augmenter le chauffage dans cette foutue salle, je suis en train de congeler.
Dehors, le vent s'est mis à souffler, il n'a pas neigé et le soleil refuse de se lever. Tout est blanc, blanc comme les pistes verglacées, blanc comme les murs, blanc comme mon assiette, franchement, ce n'est pourtant pas bien difficile de mettre de la couleur.
À ce stade, ce n'est même plus de la mauvaise humeur. Je grimace, je soupire, je tourne en rond. La salle à manger se remplit peu à peu, on sert le café et le chocolat chaud. À côté de moi Astoria parle avec de grands gestes, elle rit un peu en surveillant le sourire de sa sœur, il y a quelque chose qui me dérange chez cette fille, et toi, qu'est-ce que tu fais, Pansy, où est-ce que tu es, avec ta petite souffrance ridicule, avec ton désespoir qui ne s'arrête jamais… Tu pourris tout autour de toi et tu le sais très bien.
Pluie de plumes plumes de pluie
Celle qui vous aimait n'est plus
J'allume une cigarette pour le simple plaisir de les emmerder tous et ça ne tarde pas, j'admire leur trois visages qui changent de couleur, quelques inconnus se tournent vers moi, l'air scandalisé – mes pauvres chéris, vous n'avez jamais vu une cigarette ? oui les anglais sont des malpolis, allez-y, crachez-moi donc vos petites frustration à la figure, je m'en contrefous – et les serveurs, eux, se dandinent sans trop savoir quoi me dire.
« Et ça te fait sourire ? »
Drago s'est mis à siffler comme un serpent.
« Éteins-moi cette connerie tout de suite, putain !
– Blaise, je te jure que si on se fait renvoyer à cause de toi, je te jette dans une crevasse. »
Mais la menace de Daphné est immédiatement suivie d'un éclat de rire. Elle est parfaitement consciente que je cherche à l'énerve et elle trouve mes essais particulièrement comiques.
Petite garce.
De toute façon, j'ai mal à la tête et l'odeur de fumée me donne envie de vomir, ça se bloque dans ma gorge, je crapote comme un débutant.
Saloperie.
Quand je suis énervé, je deviens vulgaire, je ne devrais pas, c'est ridicule de me mettre dans de pareils états, à cause de quoi, à cause de toi, mais non, vraiment, je ne devrais pas, j'écrase ma cigarette au fond de mon assiette jusqu'à ce que le tabac déborde.
Et on me regarde en silence, on lève les sourcils, j'aimerais tous les secouer, voilà Potter et sa troupe qui arrivent, Granger a un sourire radieux, est-ce qu'elle se rend compte en se regardant dans un miroir que ses cheveux sont un désastre ? Mais au fond je m'en fiche, je pense à toi, encore. Je me lève.
« Je vais faire un tour. »
Ils ont presque l'air soulagé. Et moi, j'ai l'impression de mourir sur place la porte de l'hôtel à peine refermée parce que si à l'intérieur je crevais déjà de froid, ici, c'est comme si on me plantait un million de couteaux au même temps.
Quelle connerie, Zermatt. Quelle connerie d'y revenir maintenant que la guerre est finie… Je suis au milieu de la rue, en pull, alors que le thermomètre avoisine les zéro degré, je suis là par entêtement, parce que tu me rends fou de colère et d'angoisse, je ne comprends pas, dix ans que je te connais et je n'ai jamais ressenti ça. Je t'en veux et il fait tellement froid, tout tremble autour de moi.
Il n'a pas neigé cette nuit.
J'ai un peu marché, juste pour le principe je crois, pour ne pas revenir comme un con au bout de quelques secondes, mais au bout de trois minutes, je n'ai même plus senti mes mains.
« Putain… »
Et j'ai failli jurer une deuxième fois en voyant apparaître face à moi une masse de cheveux roux juchée sur des talons hauts.
Weasley, c'est tout ce qui me manquait.
« Tu m'offres une cigarette, Zabini ? »
Et elle me sourit. Sa cape – en fourrure, bien sûr – traine dans la neige. Elle vacille en s'approchant, elle frissonne. Moi, j'ai envie de partir et de lui dire : Ma chérie, as-tu ne serait-ce qu'un semblant d'idée de ta grotesquerie ? – mais je ne le fais pas parce qu'au fond, je suis un type bien.
Et puis je ne vois pas pourquoi je devrais gaspiller ma salive pour une traitre à son sang comme elle. Fiancée à Potter, en plus.
J'espère que mon regard est suffisamment glacé lorsque je sors mon paquet de cigarettes.
« Merci. »
Elle m'a soufflé toute la fumée au visage et vraiment je l'aurais tuée, j'ai un déferlement de haine qui me tord le ventre, mais ce n'est même plus vraiment pour elle, c'est la fatigue, c'est ton indifférence.
Zermatt. Je me souviens d'avant la guerre, je me rappelle ma mère et ses bottes fourrées, ses ongles parfaitement manucurées, ma mère qui semblait ne jamais souffrir du froid, qui souriait à chaque homme qui passait, mais maintenant elle est morte, la guerre l'a tuée, et je m'en rends compte, elle te ressemblait, volatile petite Pansy, elle te ressemblait et je n'ai pas su vous protéger.
Je dois chasser cette angoisse, la tenir au bout de mon fusil et tirer sur l'oiseau moqueur qui me hante le ventre. Tirer jusqu'à ce que ça s'explose, parce qu'ici tout semble rongé par le coton, parce que tu vas mal et tu m'enfonces.
Je regarde Weasley et je vois toute sa décadence. La jalousie s'est agglutinée au bord de ses lèvres, non, quoi qu'on en dise, elle n'a rien gagné. L'argent n'achètera pas son répit, il n'effacera pas toutes ses années de pauvreté.
« Combien de temps vous restez ici ? »
Décidemment, elle ne veut pas me laisser partir.
« Jusqu'à Nouvel An. »
Elle a une drôle de façon de tenir sa cigarette, elle la bloque tout au bord de ses doigts, comme si elle ne savait pas où la mettre.
« Bon… bah joyeux Noël, hein, Zabini.
– C'est ça, joyeux Noël, Weasley. »
Quand je suis rentré, les autres n'avaient pas bougé. Mais toi, tu es enfin arrivée et malgré ton sourire, tu as les yeux gonflés d'avoir passer la nuit à pleurer.
J'aimerais pouvoir l'ignorer. Je méprise ta faiblesse désirée mais je ne peux plus te laisser, parce qu'à te voir ainsi, toute petite, les lèvres tremblantes, à te voir te maquiller, pourchasser jusqu'à ta propre ombre, j'ai envie de tout casser, de t'attraper et te secouer, autours de toi, mais regarde petit oiseau idiot, regarde ce qui se dresse dans cette pièce, il n'y a rien, toi, moi, et je ne sais pas qui tu cherches à cette table là-bas, je ne sais pas et je m'en fiche, mais Pansy, tu te cognes à un grand mur blanc et ça me prend au cœur, ça me fait trembler de partout tout le temps, tu ne mets de mots nulle part et quand je te demande si ça va, tu penches ta tasse de chocolat comme pour la trinquer contre mon café, et tu réponds :
« Oui, bien sûr. »
Tu souris mais ce n'est pas sur moi qu'il arrive, ce sourire. Et je me demande… si un jour tu comprendras que les autres n'en ont pas besoin, de tes foutus mensonges, de ta pseudo-indifférence.
Ma tartine n'est plus qu'un tas de miettes au milieu de mon assiette.
Drago a décidé tout seul qu'on ne skiera pas aujourd'hui, parce que c'est Noël, parce que depuis le début de la semaine, on n'a rien vu d'autre que la neige alors c'est fini, on va se reposer pour mieux fêter ce soir, et moi je ne sais pas si ça me va mais tout le monde a l'air d'approuver sa ô combien sage décision alors je ne dis rien.
J'ai débranché leur connerie d'alarmes incendies et ça m'a occupé pendant au moins cinq minutes. Maintenant je fume.
C'est bête, tu sais, je me cogne à ton indifférence mais je peux plus m'arrêter, je me dis toujours qu'au final tu me donneras la main au lieu de te remplir d'angoisse et puis je me retourne et je m'aperçois que j'ai tout faux, que c'est tant pis pour moi si je ne sais pas te retenir. Tu n'as pas besoin de moi et je t'en veux de ça.
Pansy… C'est toi, juste toi qui te pourris. Tu étais cette petite fille qui courrait après Drago à chaque anniversaire sans me regarder, cette adolescente qui s'est déglinguée, qui a attendu quelqu'un qui n'est jamais vu, et maintenant je suis pétrifié, tu es cette fausse adulte au milieu d'une guerre terminée, qui serre les dents et se mord les lèvres, qui ferme les yeux jusqu'à s'en briser les paupières.
Je ne sais pas ce que tu fais et ça me ronge, dis-moi, où est-ce que tu es, à qui tu penses, pourquoi tu pleures, pourquoi tu trembles. Dis-moi que je te manque.
Je finirai bien, alors, par me lasser de tes idioties. Parce que quand je te regarde, tu sais, ton visage se trouble, je ne sais plus bien qui tu es. Et si ce n'est pas plutôt ce que tu représentes qui me mord le ventre.
Les autres se sont éparpillés – Drago au sauna, Daphné à la bibliothèque et Astoria… je me fiche d'Astoria.
Je fume trop. Un peu comme toi. Et je m'ennuie, je tourne en rond.
Il fait tellement froid, ici, on dirait que le chauffage, ils ne connaissent pas, ça m'attrape à la gorge, déjà je sens mon nez qui coule, et je vais être malade, j'en suis sûr, si demain je me réveille en toussant, je leur colle à procès directement. Qu'est-ce que je fais, Pansy, je suis fatigué, épuisé, arasé.
Il faut que je sorte de cette chambre. Mon mégot brûle entre mes doigts, déjà les cendres ont envahi le plancher, elles laissent des traces noirâtres lorsque je les repousse. Dans cette chambre, c'est comme si les murs m'écrasaient, et dehors il fait tellement blanc que j'en ai mal à la tête, j'ai beau fermer les volets, rien n'y fait, et j'ai envie de cracher sur ce ciel, de le piétiner, tout ce blanc, mais arrêtez, tout ce blanc, à quoi ça sert puisqu'ici on a tout dégueulassé avec notre guerre, avec nos morts qu'on ne sait même plus nommer, et ma mère me manque, toi tu t'échappes, alors tout ce blanc, non, il faudrait éteindre les lumières.
On ne rencontre jamais personne dans les couloirs.
J'erre.
Je ne sais plus où j'en suis
Pluie de plumes plumes de pluie
« Blaise ! »
Et bien sûr elle a souri en prononçant mon nom. Je me suis arrêté au milieu des escaliers
« Blaise, j'allais justement te chercher ! Une promenade dans le village, ça te dit ? Aller, dis oui, je m'ennuie, tout le monde est occupé, viens, viens avec moi ! »
Elle a un si grand sourire, il ne s'échappe pas, lui, il n'est pas comme le tien, il est franc, il prend au ventre, et ses yeux scintillent de partout, alors je la regarde de haut en bas, je me dis que je ne la déteste pas, personne ne peut la haïr.
Elle s'amuse de ma mauvaise humeur et elle est la seule à ne pas m'en vouloir, alors je lui réponds :
« Si tu y tiens, Daphné. Mais je te préviens, je suis malade.
– Ce n'est pas grave. Si ton état s'aggrave, je te soignerai. »
« Je ne suis jamais venue ici.
– Mmm… »
Ma mère prenait toujours la chambre 307, c'est Daphné qui l'a cette année et personne ne s'est aperçu que je l'aurais tuée rien que pour ça, parce que ma mère est morte, c'est bête, à présent je devrais pouvoir y penser sans trembler, sans me sentir coupable parce que qu'est-ce que j'aurais bien pu faire, on n'arrête pas seul une guerre, mais quand même, quand j'y pense, je… Je ne sais.
« C'est sympa. J'aime beaucoup.
– Mmm… »
Je ne me voyais pas passer Noël en Angleterre alors je les ai tous trainé ave moi, Drago d'abord, et puis toi, parce qu'à ce moment-là, j'avais besoin de t'avoir pas trop loin, pour être tranquille, pour me sentir bien, mais maintenant que tu es là, je me rends compte que j'ai été idiot, que tu n'avais besoin de rien.
« Et regarde, on dirait que les nuages commencent à s'en aller ! Avec un peu de chance, demain, il fera de nouveau beau.
– Mmm… »
Tu lui ressembles, tu sais. Enfin non, tu le ne sais pas et tu ne le sauras sûrement jamais parce que tu ne vois plus rien, parce que quelque chose en toi s'est brisé et tu refuses de m'en parler, mais tu lui ressembles, elle était comme toi, elle regardait les autres comme s'ils n'existaient pas, il y avait un oiseau au fond de son ventre qui la poussait tout en bas, mais elle ne disait jamais rien, elle se mariait, une fois, deux fois, mille fois, elle me trainait par-ci par-là, comme tu es beau, mon garçon, comme tu deviendras grand, et je serai si fière, n'est-ce pas, tu es le plus beau – je suis le plus salaud.
« Blaise ?
– Mmm ?
– Toi non plus tu ne veux pas me dire ce qui se passe ? »
Je m'arrête brusquement.
« Comment ça ?
– Je t'en prie, ne me prend pas pour une conne. Tu l'aimes, Pansy ? »
C'est marrant. Jusqu'ici, cette question ne m'avait jamais traversé l'esprit.
« Non.
– Menteur. »
Je ne sais plus que faire
Suaire de pluie pluie de suie
Elle est jolie, Daphné. Elle a des longs cheveux blonds et un regard de chat, de lourds cils noirs, de longs yeux bleus.
Elle est jolie comme un cœur, ses joues sont rougies par le froid, son bonnet rose pâle lui tombe sur le front et c'est à peine si ses lèvres dépassent de son écharpe lorsqu'elle me parle.
Son sourire, toujours.
J'aimerais le lui arracher.
Alors je l'embrasse.
Je ne sais même pas pourquoi, elle ne s'échappe pas, et ses lèvres s'étirent, non, je ne veux pas, j'ai envie de lui faire du mal, je veux qu'elle se détache, pourquoi est-ce qu'elle reste là, je ne t'aime pas, non, je ne suis pas un menteur, elle ne sait rien, et son parfum me troue le ventre, il ressemble tellement au tien, et je l'embrasse trop fort, et je l'embrasse encore, jusqu'à lui vider tout son souffle, jusqu'à la laisser exsangue.
Mais elle me regarde encore lorsque je la lâche. Et son sourire revient, ce n'est pas le sourire d'une gamine innocente et émerveillée, non, c'est un sourire amusé, ironique.
« Avoue, Blaise, ça te plairait de pouvoir la ramasser, hein. Ça te plairait de la voir éparpillée, en larme, de la voir pleurer, et toi, à côté, toi tellement plus fort, tellement plus grand, tu pourrais la réparer, mais non, tu n'as rien compris, ça ne sers à rien, elle n'est plus là, ou à peine. »
Je tremble.
« De qui tu…
– Pansy. Juste Pansy. Tout le temps Pansy. »
On est au milieu de la rue et il s'est remis à neiger.
On a mangé dans un petit restaurant perdu près d'un amas de sapin. Puis c'est elle qui a voulu rentrer. Et comme il n'y avait personne, c'est à nouveau elle qui m'a demandé de monter.
« Embrasse-moi encore. »
Est-ce possible que jamais plus
« Tu me détestes ?
– Je ne sais pas. »
Ses habits glissent.
Plume de suie
« T'es une drôle de fille, Daphné.
– Viens. Reste contre moi. »
Dans sa chambre, il ne fait pas froid.
J'embrasse chaque partie de son corps, j'éparpille le blond de ses cheveux sur l'oreiller, et elle rit, elle m'encercle de ses jambes, elle rit, elle rit, encore, et elle s'éloigne.
« T'es un drôle de mec, Blaise.
– Arrête. Ne pars pas. »
Restez ici oiseaux du désespoir
Restez ici… Faites comme chez vous
Je n'ai besoin de personne mais j'ai quand même besoin de toi, et comme tu n'es pas là, alors j'ai besoin d'elle. Je ne sais pas comment ça s'appelle, Pansy, parce que je ne t'aime pas, pas comme je la désire elle, mais alors c'est quoi ça, cet espèce de monstre qui tremble lorsque je pense à toi ?
Daphné se détourne.
Zermatt me rappelle ma mère.
Une fois, elle m'avait pris par la main et elle m'avait trainé dehors. Mes pieds s'enfonçaient dans la neige, le froid se collait à moi. Je ne voulais pas, mais elle ne m'écoutait jamais, et je trébuchais, et je glissais, les routes étaient verglacées, elle, elle s'en fichait, et quand je lui avais demandé ce qui se passait, elle s'était arrêtée et elle m'avait dit :
« Arrête avec tes questions, Blaise. Arrête, ça suffit, des questions, tout le temps des questions, à quoi ça sert, tu comprendras quand tu seras grand. »
On avait marché toute la journée, j'avais tellement froid, lorsqu'on passait les gens se retournaient. Une dame m'avait regardé en secouant la tête, cet enfant va attraper une pneumonie, vous devriez lui enfiler un pull et un bonnet, mais on ne lui avait pas répondu et lorsqu'on était rentré, on nous avait dit que mon père s'était tué. C'était il y a longtemps, je crois. Je ne pose plus de questions maintenant, et quand ça m'échappe, quand je te demande si tu vas bien, tu mens en me regardant droit dans les yeux, alors je ne te dirais plus rien.
La guerre n'était même pas terminée que déjà les Aurors étaient entrés chez moi, oui, ça je m'en souviens, je m'en souviens très bien, parce qu'ils avaient tous des têtes de courageux, des anciens Gryffondor, ça m'a frappé, ils ne nous ressemblaient pas, ni à toi, ni à moi, ils avaient le front fier, les lèvres plissées quand ils ont arrêté ma mère.
Elle, elle avait souri. Elle leur avait craché son mépris à la gueule, non, je ne vous suivrai pas, vous n'avez qu'à me tuer, allez-y, vous en mourrez d'envie, avouez, vous êtes des petits héros, des petits riens, et c'est elle la première qui avait levé la baguette, elle portait une longue robe bleue, ses cheveux grisonnant bouclaient sur ses épaules, et ses oncles elle les avait enfoncés dans le bois jusqu'à ce que le sort la frappe
Je n'ai pas bougé. À aucun moment je n'ai parlé. Je suis resté derrière, collé au mur, à regarder, et puis je ne pouvais plus respirer, de moi, tout le monde s'en fichait, et ils étaient repartis, les Aurors, d'autres étaient venus, puis un Médicomage, ensuite je ne sais pas, je crois qu'au bout de plusieurs heures quelqu'un s'est approché de moi et m'a expliqué… Les Mangemorts, Voldemort. Et ma mère au milieu de tout ça.
« Ce n'était pas ta faute, hein. »
À ça, moi, je ne réponds pas.
Elle était belle, ma mère, plus belle que toi, mais qui s'en souviendra si ce n'est moi ? Et je ne peux pas te détacher d'elle.
Elle a ses empreintes partout dans ce village de montagne. Chaque ombre, un jour, s'est penchée sur son visage. Chaque rayon a éclairci son regard. Je me sens bête, Pansy, parce qu'on était ami, parce que j'aurai pu crever pour toi, avant, juste avant, et que maintenant je ne sais plus quoi garder de ce qu'on était, je trimballe mon angoisse à tout bout de champs, petite idiote, comment suis-je censé te rattraper si tu fuis jusqu'à ton ombre ? Tu t'es glissées hors de la pièce sur la pointe des pieds, tu t'es échappées tout doucement, je n'ai rien vu venir et maintenant j'ai l'impression de contempler un grand vide.
Daphné s'est endormi à côté de moi et j'ai allumé une cigarette.
L'allumette a craqué dans cette fausse obscurité et le papier a crépité. Je respire à peine, toute mon énergie est concentrée sur l'halo de lumière qui s'échappe de mes doigts, sur les premières arabesques grisâtres qui s'en échappent.
J'ai soufflé et il n'en est plus rien resté.
Maintenant je fume et je la regarde, elle. Parfois, sa main se crispe sur rien et elle semble s'arrêter de respirer, puis s'apaiser mais ses lèvres ont tremblé et les draps sur son corps ont glissé.
Lentement, j'ai posé ma main sur son ventre. Ma peau de bronze contre sa blancheur légère. Elle a remué, à peine.
Et je me sens mal.
« Blaise ? »
Elle s'étire comme un chat, se redresse et les draps tombent.
J'écrase ma cigarette sur le bord du lit.
« Tu devrais rentrer dans ta chambre, a-t-elle murmuré. C'est bientôt huit heures et les autres doivent déjà être en train de nous attendre. On n'est même pas douché et loin d'être habillé. »
Je suis sorti en souriant.
Sur le chemin, j'ai croisé la petite Weasley. Elle a essayé de se détourner pour m'ignorer. A lamentable échoué.
Et le foie gras a défilé, le saumon fumé a envahi mon assiette, le champagne coule à flot dans cet hôtel, je vais vite être ivre et c'est tant mieux, ivre de bulles, ivre de parfums étrangers.
Tu es là, juste à côté de moi. Tu es là et tu me souris, tu te penches et tu me dis :
« Excuse-moi pour hier »
Ta main se glisse dans la mienne.
Mon adorable petite Pansy, tu ne comprendras donc jamais rien, hein. Parce qu'il n'y a que toi qui existe dans ton joli monde, et tu es fausse, tu t'es toute seule trainée dans la boue, maintenant tu refuses de remontes, tu veux jouer les fortes, mais tout le monde l'a vue, ton hypocrisie, elle hurle de partout, tu es cernée par la souffrance que tu expires.
Je voudrais te rejeter très loin, je voudrais chasser ta main et son sourire, et ne plus savoir comment tu t'appelles, je voudrais ne plus te relier à ma mère, tu vois, ce soir, je suis d'humeur à te mépriser, à te rayer, ta beauté me semble ridicule, tes mots m'écorchent, je crève de jalousie sur ma chaise parce que je suis le seul à remarquer que ton rôle s'est dégradé, mais je sais que demain, déjà, tout sera loin.
Tu es ce petit ancre qui m'enferme dans mon passé. Qui fait remonter la culpabilité.
Alors quand je me réveillerai, je sais que je retournerai te chercher.
Alors, alors ?
J'aurais mieux fait de continuer à traduire Horace ?
Une review ? (parce que je suis en examen ? parce que Blaise est cool ? parce que Blaise est beau ? parce que Blaise est riche ? parce que c'est minuit et que je suis fatiguée mais que je poste quand même ?)
Le prochain OS sera du point de vue de Daphné !
Bisous, à bientôt !
Ana
