Depuis le temps que j'essaie de l'écrire, j'ai cru que je ne m'en sortirai jamais.
Et pourtant, le voilà, cet OS. Enfin. Hier, ça m'a pris tout d'un coup. J'ai allumé mon autre ordinateur portable, celui qui n'est pas connecté à internet et que je réserve exprès aux longues fics qui me demandent de la concentration et j'ai écris. Et puis aujourd'hui, pareil. Ensuite, j'ai attendu Azalan pour avoir un avis et maintenant, je me décide à vous le poster.
J'ai eu beaucoup de peine, au début, avec Astoria. Ce qui explique pourquoi j'ai mis autant de temps à écrire son OS. Mais finalement, son caractère s'est glissé petit à petit en moi, sa relation avec sa soeur, avec Drago, est devenue plus claire. Elle n'est pas comme Daphné. Elle n'a pas eu le même vécu que Daphné. Son caractère est donc à l'opposé de celui de sa soeur, dans ce recueil - d'ailleurs, j'ai vraiment envie d'écrire quelque chose sur les deux soeurs. Mais l'inspiration divine qui me permettrait de commencer ne vient pas, donc pour le moment, je suis en phase d'attente. Et puis j'ai déjà bien assez d'OS/drabbles à écrire pour le mois de décembre.
Bref, un grand merci à : Still-hopee, Selemba, Mademoiselle de Maupin, Lucy in the Sky with Diamond, Azalan, r0xane, xxShimyxx, Ayanne, Les Nerles, Aelle-L, Lili Carter et CaraMalfoy !
J'espère que la suite vous plaira.
Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à notre chère JKR !
Titre : Chers Oiseaux
Résumé : 'Zermatt, avant, c'était un soleil savoureux, des flocons au coin des lèvres.' Mais à présent, ils sont comme des oiseaux en cage et ils tournent en rond, chacun à leur façon.
Rating : K
Bonne lecture !
Tu es la première à avoir parlé. Tu l'as toujours été, ici ou ailleurs, parce qu'à peine tu t'assoies que tu ressembles déjà à un petit chat pressé de d'échapper au reste du monde. Où qu'on aille, tu n'y es qu'à moitié.
« Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? », dis-tu, et tu enfonces si fort ta cuillère dans la tasse que la porcelaine hurle à la mort.
Les autres n'ont pas répondu.
Sais-tu, pendant toutes tes années d'absence, j'ai imaginé ta voix longtemps contre moi. Sur ma table de nuit, il y avait une photo de famille, une de celles que notre mère vous avait arraché à grande peine et je te voyais, souriante, confiante. Enivrante. Je t'entendais. Avant de m'endormir, ce chant tranquille s'installait en moi. Je lui avais apporté des inclinations, ta voix remontait légèrement à la fin des phrases, comme si sans cesse tu posais une question et elle murmurait mon nom en détachant le i de tout le reste. Astor-i-a. Doucement. Je te faisais me chuchoter chaque nuit et tes yeux là-bas ne me lâchaient pas. Je t'attendais alors. Daphné. Je l'écrivais au coin du lit, sur le bois clair. Daphné, Daphné. Sur toutes mes feuilles, sur les serviettes. Daphné, encore. Daphné partout, tout le temps.
Mais quand tu rentrais avec notre père, entre deux voyages, je ne savais plus qui tu étais alors et, avec les années, tu es très vite devenue volage.
Je ne t'appelais plus, à Poudlard. Je ne t'entendais plus. Je te regardais marcher, tu avais treize ans à peine avec tes formes de femmes, tes sourires sensuels, et je me souviens de cette scène affreuse où je t'avais surprise dans une salle vide avec Diggory. Tu t'étais doucement penchée et tu avais susurré :
« Je ne suis pas ta sœur. »
Quelques mots. Très détachés les uns des autres et prononcé avec délicatesse tes lèvres avaient formé un rond au mot sœur, puis tu les avais claqué et souris, comme si tu venais de mettre en bouche une gourmandise. Et j'avais pensé : c'est vrai. Tu n'as pas la voix de ma sœur. Qui es-tu, alors, hein ? Pourquoi est-ce que tu te tiens dans sa chambre, pourquoi as-tu son visage, as-tu volé son père, son rire et son regard ?
Je crois, Daphné, que nous ne nous sommes jamais rencontrées.
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau si tendre l'oiseau moqueur
Tu tapes du pied et tu répètes :
« Qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui ? On peut skier ? »
Tu as enfilée une robe en coton verte, des collants noirs et des bottines marron, et chaque fois que tu regardes par la fenêtre, le paysage t'arrache un frisson.
« J'en ai marre de la neige. », marmonne Pansy.
Tu souris et elle rit, soudain. Elle rit d'un rire clair, comme guérie de tout ce qui s'est passé hier et Blaise s'est mis à tripoter son paquet de cigarettes, l'air mauvais.
C'est drôle, Daphné, comme tu soignes les gens partout où tu passes. Il t'a suffit d'une soirée pour l'attraper, Pansy, elle n'a plus cet air morne, elle ne serre plus les dents et toi t'es resplendissante alors, on chuchote ton nom mais tu t'en fiches, tu n'entends que toi et tu souris très fort. J'essaie de sourire, moi aussi, mais ça ne marche jamais très bien, tu vois, je crois qu'il y a quelque chose qui a foiré en moi.
« Tu n'as qu'à aller skier toute seule puisque tu y tiens tant, murmure Blaise.
– Vu que tu t'es levé du mauvais pied, je ne crois effectivement pas que je te demanderai de t'accompagner. »
Il sursaute.
« Excuse-moi. »
L'a dit tellement bas que c'est à peine si j'ai perçu sa voix. Tu brilles. J'ai l'étrange impression au fond du ventre qu'il a voulu te tendre une main puis, s'apercevant de notre présence, il l'a déviée pour attraper le café.
Drago m'a servi un verre de lait.
« Je crois plutôt qu'avec Astoria, on va rester dans le village.
– Dans la chambre, tu veux dire ?
– Dans le lit, oui ! »
Pansy et toi pouffez comme des enfants et je rougis, je crois. Drago marmonne quelque chose comme « crétines » ou « bourriques », une de ces insultes gentilles et presque remplie d'amour, mais c'est Pansy qu'il regarde lorsqu'il les dit. Juste Pansy. Parce que toi, il ne te regarde jamais.
Ce n'est plus comme avant, tu sais. Ce n'est plus comme Poudlard où du coin de l'œil il te dévisageait, s'attardant sur ses lèvres plissées, redessinant le contour de tes hanches. Il levait la tête quand tu parlais et vous vous regardiez alors mais tu finissais toujours par te lever et repartir. Et puis il y a eu la guerre. Et il t'a préférée à moi, je n'ai jamais vraiment su pourquoi mais je ne m'en plains pas. On t'a regardé souvent, Daphné. Notre mère, quand tu rentrais, passait des heures à te fixer au loin. Elle en brûlait le dîner.
Et puis tu as eu onze ans, et il est reparti, ce père, ton père, le tien tout entier. Je te l'ai offert, tu sais. Ce libertin, ce voyageur. Je n'en ai jamais voulu et je n'en voudrais jamais, ce lâche, cet imposteur qui ne m'a laissé qu'un nom prédestiné à une maison de Poudlard. Tu as haï ces deux mois d'été qui suivaient chaque année. Tu as haï ce château, ces cours, ces dortoirs prisonniers. Pourtant, là-bas, tout le monde t'a adoré et j'ai pensé alors…
Je ne sais pas.
J'ai pensé que peut-être tu voudrais bien d'une sœur.
« Astoria, passe-moi la confiture, tu veux ? »
La voix de Blaise est sifflante. Ses doigts viennent frapper les miens lorsque je tends la main et m'électrisent. Le pot s'écrase sur la table et il jure entre ses dents. Tu lèves un sourcil moqueur.
Dehors, une branche s'est détachée sous la force du vent. Une branche fine et noire, pareille à un petit serpent. Elle a craqué quelques secondes, s'est débattue peut-être puis s'est effondrée comme un oiseau fauché en plein vol. Dans la neige, elle s'est enfoncée.
Blaise est sorti fumer une cigarette. Pansy est partie avec lui.
« Bon… »
Tu n'as pas touché à ton chocolat chaud mais tu continues de jouer avec la cuillère et le bruit me donne envie de hurler. Je bois mon verre de lait. Je me force. Je n'ai jamais aimé ça et tu le sais alors ton sourire se crispe, tu grimaces et secoues très légèrement la tête.
« Vous êtes décidé à ne pas skier, alors ? dis-tu.
– Oui. On ira demain. »
C'est Drago qui a répondu. Tu hausses les épaules :
« Si vous me cherchez, je suis quelque part sur une piste. »
Et je peux presque l'entendre penser : on ne te cherchera pas, Daphné. Mais ce ne sera pas vrai. Parce que tu sais, si je le pouvais, moi, ça fait longtemps que je serai venue te chercher. Et si tu m'avais laissée parler, il y a dix ans peut-être, tu aurais accepté de rester.
Tu t'es levée et la table s'est secouée tandis que tu disparaissais de la salle à manger. Quelques gouttes de ton chocolat ont sauté dans l'air. J'ai essayé de les rattraper mais je suis arrivée trop tard.
Drago m'a demandé si je voulais un autre verre de lait et j'ai refusé. C'est à ce moment-là que Potter et compagnie sont entrés.
« Pourquoi sont-ils là ? ai-je murmuré. Ils savaient, tu crois, qu'on y serait ? Est-ce qu'ils auraient été capables de faire tout ce chemin juste pour nous faire chier ? Il n'y a que Granger qui sait skier. »
Il a poussé un soupir.
« Blaise est persuadée que c'était l'idée de la Weasley future Potter. Et il a très certainement raison. Cette petite garce, si je pouvais… »
Il ne finit pas sa phrase mais je sais. Elle aurait rêvé de nous voir tous ruiner, de le voir lui particulièrement tout écrasé. Et Drago a la rancune tenace.
« Ma mère dit que de toute façon, il finira par la tromper tôt ou tard, dis-je – et je suis surprise de remarquer l'air encourageant de Drago. La Weasley n'a aucune classe, c'est elle toute seule qui s'humiliera comme une grande. »
Il me regarde avec approbation.
« C'est une évidence, déclare-t-il. Dépêche-toi de finir de manger. »
En remontant pour se préparer, Drago a croisé Blaise et, d'un signe de tête, m'a indiqué qu'il me rejoindrait. Plus tard.
J'ai repris ma deuxième douche de la matinée.
Daphné, j'aurai eu tellement à te raconter… Toutes ces années à t'appeler, notre mère a eu tort peut-être en me forçant à rester. Il t'a renforcé, cet homme qui nous a posé sur terre. Il t'a libéré.
Tu n'as plus jamais eu besoin de personne. Lui non plus, disait cette mère que tu t'es refusée à connaître. Chacune son parent, n'est-ce pas ? À nous deux, on pourrait compléter le vide, ne crois-tu pas ? Mais sûrement que tu t'en fiches. Il n'y a que moi à avoir besoin de toi.
L'eau est devenue de plus en plus chaude, jusqu'à laisser des traces rouges partout où elle s'était déversée sur mon corps. Je me suis mise à transpirée, toute la pièce n'est devenue plus qu'un épais nuage de fumée mais ce n'est que lorsque je n'ai plus pu respirer que je me suis décidée à arrêter. Quand j'ai coupé l'eau et tiré les rideaux, j'ai compris pourquoi le nouveau-né, à peine propulsé hors du ventre chaud et rassurant de sa mère, se mettait à hurler.
L'oiseau qui soudain prend peur
L'oiseau qui soudain se cogne
« Arrête, Blaise. C'est une connerie, tu sais qu'elle… »
Drago s'est arrêté sec en me voyant entrer. Son regard est devenu si froid que même Blaise s'en est aperçu et, haussant les épaules, il a posé une main sur le bras de son meilleur ami.
« On en reparlera plus tard. Comment tu vas, Astoria ? T'es prête à ne rien faire de ta journée ? Parce que le shopping, c'est bien joli mais vous aurez fait le tour des boutiques en trente minutes ? »
Ce dernier secoue la tête et prend un air désespéré :
« T'es resté célibataire trop longtemps, Zabini. Trente minutes, c'est le temps qu'il lui faut pour essayer un vêtement.
– Tu peux parler, toi ! »
Il rit. S'avance vers moi, m'enlace, m'embrasse.
« Tu ne vas pas avoir froid ? susurre-t-il. Il fait un vrai temps de merde, tu devrais prendre une écharpe plus épaisse.
– D'accord.
– Quand je pense que ta sœur a réussi à convaincre Pansy d'aller skier… On va les retrouver au fond d'un ravin avec ce brouillard. »
Blaise a soupiré. Puis a déclaré qu'il se contenterait de dormir aujourd'hui parce que la soirée de hier avait manqué de le tuer. Je lui souris de loin et le regarde s'éloigner dans les couloirs. Ses doigts s'accrochent aux murs, comme s'il avait peur de perdre l'équilibre et de chuter, lui, au fond d'un gouffre.
L'oiseau seul et affolé
C'est la première année qu'ils m'invitent à Zermatt. À la base, il n'y avait que Pansy, Blaise, Drago et toi. Tout à la base, il n'y avait que Blaise. Et vous, vous le rejoigniez chaque Nouvel An que je passais toujours presque seule dans la salle commune des Serpentard.
Mais j'ai Drago maintenant. C'est une bonne raison, n'est-ce pas, pour être ici avec toi. J'ai Drago qui me guide, qui me tient la main quand je glisse sur ces trottoirs gelés. Il a bon goût, connait les marques qui m'iront bien.
Quand je lui ai montré un pull rose pâle, il m'a tendu une robe et a dit :
« Je ne sais pas si c'est vraiment ta couleur, le rose. Je préfère ce vert, il fait ressortir tes yeux. »
Mes yeux sont bleus. Mais j'ai quand même acheté la robe verte et il a eu l'air satisfait, alors la boule que j'ai dans le ventre depuis le début de la journée à commencer à redescendre.
J'ai peur de mal faire. Il ne parle pas beaucoup, Drago. Souvent, il est un peu cassant, mais il sourit ensuite, il passe sa main dans mes cheveux alors ça va. Je souris à mon tour. Je me serre contre lui et son odeur me rassure c'est l'odeur de quelqu'un de fort. Je n'ai plus besoin de m'en faire avec les factures que je triais toujours faux, que j'oubliais dans un coin de mon appartement et que je payais en retard parce qu'il est là, je le répète dans ma tête, il est toujours là.
J'ai signé tout ce qu'il m'a demandé. Je vais l'épouser. Il le sait, je vais l'épouser même s'il n'a encore rien demandé. Ce n'est plus qu'une question de jours. D'heures. Il m'aimera peut-être alors. C'est ce qui te dépasse, n'est-ce pas ? L'engagement. Tu n'as jamais vraiment compris à quoi ça pouvait bien servir, pourquoi je m'y laisserai trainer mais tu vois, moi, je ne suis pas comme toi. Je ne m'en sors pas toute seule, j'ai l'impression que les murs s'effondrent sur moi, que les gens me dévisagent et que l'argent brûle entre mes doigts.
Avec la robe, j'ai pris une paire de gants rouges à laquelle Drago a rajouté l'écharpe. C'est lui qui paie. Je cherche ses lèvres, elles sont froides contre moi.
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
Parfois, quand je marche, je ne peux pas m'empêcher de tourner la tête pour vérifier qu'il ne s'est pas envolé. Il me regarde à peine dans ces moments-là mais il sourit comme un vainqueur et je me sens idiote de faire ça.
Pour la première fois, on a dîné à l'hôtel et on s'est aperçu que la fondue tant de fois condamnée par Blaise n'était finalement pas mauvaise du tout.
« Ils ont dû changer de cuisinier. », a-t-il déclaré.
Drago a levé un sourcil :
« Evidement.
– Mais ils ont dû garder l'ancien pour le petit-déjeuner, hein.
– Allez tous crever. »
On a tous ri devant son air boudeur. Après le repas, personne n'a voulu sortir et Pansy a été la première à se barricader dans sa chambre, après avoir fauché une bouteille de vin blanc au bar. J'allais aux toilettes à ce moment-là et quand j'ai croisé son regard, elle a fait comme si elle ne m'avait jamais rencontré. Alors je n'a rien dit.
Peut-être qu'elle ne m'a juste pas reconnue.
Drago et moi avons été les deuxièmes à remonter. Dans sa chambre, ensemble, et je l'ai regardé répondre à sa mère pendant plus d'une heure. À un moment, je me suis levée pour demander des graines à la réception parce que la chouette semblait sur le point de saccager la chambre avant de mourir de faim.
Vers onze heures du soir, il est venu s'allonger à côté de moi. Il m'a fait l'amour très lentement, dans le noir. J'ai eu l'impression tout le long d'avoir en moi un grand absent. Puis il s'est retourné, prêt à s'endormir.
« Je… J'aimerais voir Daphné… », ai-je murmuré.
Les mots se sont échappés sans s'être formé dans ma tête. J'ai réalisé au même temps que lui ce besoin que j'ai soudain de te voir, parce que tu es la dernière personne de ma famille, parce que je ne suis plus sûre de rien mais que j'avance quand même alors que toi, tu sais toujours où tu vas. Mais j'ai aussi une terreur glacée qui se répand dans mon ventre face à Drago.
« Mais je reviens après… si tu veux…
– Non. »
Sa voix est froide. Il me dévisagea, puis rajoute :
« Je suis fatigué. Je vais dormir. »
Et c'est comme s'il me rejetait. Brusquement, j'ai cette envie de pleurer qui me déchire la gorge, elle frappe mes yeux, mon nez, mes lèvres. Elle mouille tout sur son passage j'enfonce mes ongles dans la paume de ma main mais la douleur ne change rien. J'aimerais lui prendre la main. Lui demander s'il veut toujours de moi, j'en crèverai, tu sais, sans lui. Je me rhabille.
« Je suis désolée, Drago. Je te le promets, demain…
– Laisse tomber, Astoria. »
Il respire. Ouvre la porte et me fait signe de sortir mais je me retrouve pétrifiée au milieu de sa chambre.
« Ne sois pas fâché. S'il te plaît.
– Je ne le suis pas. »
C'est ton cœur jolie enfant
Avant que refermer derrière moi, il a attrapé mon bras. Son sourire est une grimace méprisante qu'il me jette au visage. Mes lèvres tremblent.
« Ta sœur, dit-il. Tu l'admires trop. »
On dirait que c'est là mon plus grand tort. Je ne réponds pas.
Je suis entrée sans toquer. Blaise est là, vous fumez une cigarette, fenêtres ouvertes. Il a sa main au creux de tes cuisses, tes cuisses dénudés, ton corps à peine vêtu d'une sortie de bain. Je ne sais pas de quoi j'ai l'air, moi. J'entends encore notre mère – et je dis notre, Daphné, parce qu'elle t'a porté neuf mois dans son ventre et qu'elle ne s'est jamais remise de la perte de sa fille ainée – hurler lorsqu'elle te voyait séduire les hommes. Tu ris comme tu as ri toute ta vie et, sans me quitter du regard, tes doigts courent doucement jusqu'à se poser sur ceux de Blaise et les font glisser lentement jusqu'à ton ventre.
J'ai rougis.
« On a de la visite, semblerait-il. Blaise…
– Je m'en vais. »
Il dit encore quelque chose mais si bas que je ne l'entends pas. Tu hausses les épaules. Il sort. Pendant quelques secondes, j'attends que tu me parles, que tu me souris peut-être, et tende la main. Mais tu ne me regardes pas. Tes yeux restent obstinément tourné de l'autre côté de la fenêtre. Alors c'est ma voix qui vient frapper tes murs. Seulement la mienne.
« Vous… êtes ensemble ?
– Qu'est-ce que tu veux, Astoria ? »
Tu n'as pas bougé.
Qu'est-ce que je veux ? Que tu me répondes. Que tu t'habilles correctement, que tu sèches tes cheveux et ferme cette foutue fenêtre avant de tomber malade. Que tu viennes parfois vers moi, que tu écrives à notre mère. Que tu arrêtes de fumer parce que ça te pourri la santé et que tu me regardes. J'ai envie de pleurer. Que tu me regardes, Daphné.
Pour me rassurer.
« Drago me hait. », ai-je fini par murmurer.
Et ton visage enfin s'est tourné.
« Je sais. »
Juste ça. Deux mots, d'une indifférente des plus parfaites.
Ça m'a coupé le souffle. Ça m'est descendu comme ça dans l'estomac et alors j'ai cru que plus jamais je ne parviendrai à parler. Et pourtant, la question suivante s'est échappée, rauque, hachée, tremblante.
« Pourquoi ? »
Tu souris.
« Parce que tu es plus faible que lui.
– Mais toi… – ma voix n'est plus qu'un souffle à moitié étouffé par un sanglot qui ne viendra jamais.
– Et moi, il me déteste parce que je suis plus forte, tu vois. »
J'aimerais te donner tort, parfois. J'aimerais te dire que tu n'aurais pas dû suivre ce père, que tu n'aurais pas dû aller à Serpentard et être ce soir avec Blaise, mais surtout, que je ne suis pas si faible que tu le penses. Mais je n'y arrive pas. À la place, je dis :
« Est-ce que… est-ce que je peux dormir avec toi ? »
T'as un grand lit, Daphné. Un lit pour deux, pour trois même, si tu veux. Et moi, je ne prendrais pas trop de place, je me ferai colibri dans un coin et j'arrêterai de respirer s'il le faut pour ne pas te déranger. Je ne bougerai pas dans mon sommeil et je ne chaufferai pas tes draps, je te le promets, s'il te plaît…
Tu soupires. Résignée.
« Oui. »
Ton cœur qui bat de l'aile si tristement
Contre ton sein si dur si blanc
Tu me regardes me déshabiller. Je suis un peu tremblante, un peu méfiante aussi. Quand j'étais petite, notre mère me disait de cacher cette nudité : il n'y a rien de plus laid, répétait-elle, qu'une femme qui se montre à une autre femme.
Je le raconte à Daphné. Elle rit.
« Ne sois pas bête, Astoria. Elle a toujours raconté n'importe quoi sur les étiquettes et ça lui a servi à quoi ? – nouveau rire – À épouser l'homme le plus infidèle d'Angleterre.
– Tu l'aimais beaucoup ? je dis.
– Je serai devenue folle s'il ne m'avait pas fait voyager. »
Ce n'est pas une réponse mais je vais faire avec. Tu m'as tendu une de tes nuisettes si transparentes que je me demande bien ce qu'elle est censée cacher. Mais comme tu me regardes, je ne dis rien. Elle est du même bleu que nos yeux. Tu m'as fait doucement remarquer :
« Tu ressembles à une sainte avec cette tresse. »
Alors je l'ai défaite. Et je suis allée me coucher. Il y a une odeur d'homme dans tes couvertures et je me sens horriblement mal à l'aise en me disant que peut-être… sûrement… toi et Blaise… Je me recroqueville et te regarde du coin de l'œil. J'attends que tu dises quelque chose mais tu sembles concentrée au brossage de tes cheveux qui dévalent ta poitrine pâle.
Alors je ne parle pas.
Daphné, je cours vers le drame, j'aimerais te le hurler lorsque tu te prépares Daphné, je vais en crever si je me marie, si je me laisse épouser, je finirai comme notre mère et qu'est-ce que tu feras alors ? Tu me mépriseras, tout le temps, toute ta vie ? Tu penseras : ce n'est pas ma sœur. Et tu me souriras avec cet air effronté, n'est-ce pas ? Daphné, j'ai besoin de toi, je me fais toute petite et je t'attends, comme une enfant j'enfonce mon pouce dans ma bouche. J'ai eu peur pendant longtemps et puis j'ai cru que c'était fini, que tu étais rentrée pour de bon mais maintenant, je la retrouve cette sensation et je ne sais plus quoi faire.
Tu te glisses là. Je sens ton pied chercher ma jambe et tu poses ta main sur mon visage. Tu sens la cannelle et le vin chaud. J'ai les yeux fermés.
Tes doigts contre ma joue. Je crois que tu es sur le point de me dire quelque chose parce que tu prends ta respiration et puis finalement non. Ton bras retombe lentement et la lumière s'est éteinte.
Tu sais, Daphné, un jour peut-être, je te ressemblerais.
Pour le prochain OS - et dernier de ce recueil - on aura donc le point de vue de Drago.
Sur ce, je file sur skype parce que je suis déjà en retard.
Une review ? (pour m'encourager malgré le froid ? :D)
A bientôt
Ana'
