Bonsoir,

J'ai fais plutôt vite, cette fois, pour Drago. Pourtant, je n'ai pas été prise de la divine inspiration. Je ne suis pas non plus vraiment satisfaite de cet OS et d'autant plus angoissée à l'idée de le poster, du coup. Mais ça y est, la fin est là et je ne sais pas trop quoi dire. Je termine ici un recueil commencé par un POV Pansy écrit presque d'un bloc, sans savoir où j'allais, juste avec cette envie d'écrire encore.

Maintenant voilà. Je peux vous le dire, j'ai pris énormément de plaisir à écrire ce recueil.

Merci mille fois à : xxShimyxx, Lucy in the Sky with Diamond, CaraMalfoy, Selemba et Aelle-L pour leur review.

Les partie en gras sont tirées du poème Sang et plumes de ce cher Prévert, toujours.

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à notre chère JKR !

Titre : Chers Oiseaux

Résumé : 'Zermatt, avant, c'était un soleil savoureux, des flocons au coin des lèvres.' Mais à présent, ils sont comme des oiseaux en cage et ils tournent en rond, chacun à leur façon.

Rating : K

Bonne lecture !


Je me suis réveillé encore épuisé. Le temps de descendre prendre le petit-déjeuner, je sens déjà ton regard inquiet qui me transperce les épaules et pose des questions silencieuses qui éveillent des bouffées de rage tout au fond de mon ventre. Puis de satisfaction. Puis d'indifférence. Les humeurs tournent, elles y plantent parfois leurs dents et se dressent comme des monstres face à ton sourire mais ne restent jamais très longtemps. Et toi, mon Amour, plus je t'enfonce, plus tu t'accroches. Tu joues à celle qui ne comprend pas, ou alors celle qui ne veut pas. Tu essaies de sourire mais c'est ta sœur qui est douée à ce jeu-là. Pas toi. Pas toi, Astoria.

Il y a longtemps déjà que je sais tout de toi.

J'ai beurré mes tartines, je me suis servi du thé. Ma main tremble légèrement de m'être levé trop vite et je t'entends de loin te joindre à la discussion de Daphné et de Pansy. Lentement ta voix s'y glisse.

Tu regardes Daphné qui regarde Blaise qui regarde Pansy qui regarde la salle entière, qui y plante ses dents. Elle tourne la tête, n'accroche que son sourire aux murs et moi je te regarde toi seulement.

Des coquilles blanches de mon œuf se sont glissées entre mes tranches de bacons et elles croquent sous mes dents. J'ai la désagréable impression de mâcher des bouts d'os.

Mon thé est trop sucré.

« Il n'y aura personne à neuf heures. Si on se dépêche alors on pourra profiter des pistes entières et ce sera bien. Non ? »

Ta sœur pose des questions sans attendre la moindre réponse. Elle n'en écouterait aucune de toute façon, c'est décidé, à peine a-t-elle terminé son café qu'elle s'est déjà levée, prête pour se changer.

Alors on approuve. Ou plutôt, vous approuvez.

Je n'ai jamais beaucoup aimé skier.

Enfant, ma mère nous y trainait tous. En France, en Suisse, parfois en Italie aussi. Elle nous levait si tôt que mon père en restait de mauvaise humeur pour la journée entière mais nous la suivions, elle devant, ouvrant la piste, nous derrière. Toujours. Parfois, elle invitait ta mère. Tu t'en souviens, Astoria ? Vous veniez, juste les deux, mais moi je ne te regardais pas. Elles parlaient souvent de ton père, ce fuyard, ce lâche qui était à l'autre bout du monde, jetant de l'argent à des maîtresses immondes, ta sœur dans les bras.

Elle était furieuse, ta mère. Elle disait : il a enlevé ma fille ainée. Et quand mon père, sournoisement, glissait le mot divorce, il jetait un froid terrifiant autour de la cheminée. Tes dents claquaient. Petite enfant, petit oiseau tout blanc.

Daphné est belle, Daphné est laide. Laide de l'intérieur quand elle éparpille ses rires que tu ramasses comme des diamants. Je la voulais avant, il y a longtemps, et puis je t'ai vue, toute simple, avec tes grands yeux tranquilles, parfois un peu fragiles. Je t'ai vue pour la première fois après la guerre et j'ai changé d'avis.

Tu es tellement plus simple à prendre, Astoria. Tellement plus simple à manier, tu n'appartiens qu'aux autres, je te croque, je te dévore qu'encore tu te serres plus fort. On n'a rien à craindre d'une fille comme toi.


Alouette du souvenir

C'est ton sang qui coule


Blaise a dit, au premier jour, que c'était de la pure méchanceté.

« Tu te comportes comme un petit con, Malefoy. »

Il avait raison. Et alors ?

« T'aimes personne mais ça te fait bien rire, avoue, de les attraper, les filles comme ça. Mais elle est gentille, Astoria. Et tout à coup tu veux l'épouser ? C'est quoi cette nouvelle connerie ? C'est juste pour que ton nom apparaisse dans les journaux anglais ? »

Je n'aime pas parler de moi et toi tu ne demandes rien alors ça me va. J'ai ta bague de fiançailles au fond d'une malle, j'attends le bon moment.

Je veux juste être tranquille. Je veux juste calmer ce monstre de rancune qui gronde au fond de mon ventre quand je vois Potter et les autres, je me déchaîne sur toi, parfois je m'en veux, je ne te le dis pas. Ce sera une vie à deux faite de silences.

Je te maîtrise, toi, au moins.


Et non pas le mien


« Huit heures trente en bas ?

– Daphné, ça nous laisse vingt minutes. En vingt minutes, je suis à peine coiffée.

– C'est sûr, tu t'images le drame ? Au milieu d'une piste de ski avec les cheveux décoiffés, non, non, à moi non plus, ça ne va pas du tout !

– Ta gueule, Blaise. »

Il ricane.

« Huit heures quarante, alors, dis-je.

– Vendu. »

Ta sœur me lance un regard moqueur. Ses sourcils remontent légèrement, elle mordille sa lèvre. Elle ressemble à un petit serpent séducteur, qui ouvre ses charmes pour mieux dévorer son spectateur.

Quand je me lève et passe près d'elle, elle susurre :

« Tu dois drôlement avoir envie de skier, toi aussi, Malefoy, non ? »

On se déteste. Et on se sourit de le savoir.

Je monte avec toi. Je n'ai pas envie de t'entendre et tu le sais alors tu fais de tes pas des petits sons discrets dans les escaliers. T'as laissé tes cheveux décoiffés et ils te roulent au creux des reins. Tes doigts s'enroulent sur les pointes parfois.

Je t'ai laissée te glisser dans ta chambre en marmonnant qu'on se retrouverait en bas. Trente minutes de paix profondes.

Je suis tellement crevé que je pourrais retourner me coucher.

Blaise, par contre, est arrivé vingt minutes plus tard dans ma chambre, a ouvert grand les fenêtres et s'est mis tranquillement à fumer en ignorant profondément mon regard mauvais.

Il parle de Daphné. Je peux même pas m'habiller en paix sans qu'elle soit métaphoriquement là pour m'emmerder.

« Je couche avec elle.

– Tu me l'as déjà dit hier, merci. Et je trouve ça toujours aussi con. »

Blaise s'écroule sur mon lit et me balance mon oreiller à la gueule.

« Hé, peut-être qu'on deviendra beau-frère.

– Super.

– Tu veux vraiment pas essayer de bien l'aimer ?

– Non.

– Tu fais chier.

– Je sais. »

Il est huit heures trente-quatre et j'ai perdu mon bonnet de ski. Blaise a estimé que c'était là une bonne raison pour venir squatter ma chambre en dégueulassant la moquette avec ses chaussures qui font un bruit d'enfer et qu'il refuse d'enlever même sous la menace de l'Endoloris. Alors j'ai abandonné et je me contente de marmonner des Accio un peu partout autours de la pièce.

Sans résultat.

« Elle a quoi, Pansy ? dit-il non sans ricaner face à mes vaines tentatives.

– Elle vit mal l'arrivée de Potter et compagnie.

– Non mais sérieusement.

– Blaise ?

– Oui ?

– T'es assis sur quoi, là, exactement ?

– …

– Crétin. »

Une fois mon bonnet amoureusement remis sur ma tête, je sens une grande main contre moi. Une grande main qui ne dit rien qui se pose juste là et qui serre un peu mon bras. J'ai envie de lui dire, alors. J'ai envie d'appuyer ma tête contre le mur froid et de fermer les yeux jusqu'à ce que cette main chasse le monstre.

Je me connais très bien. Enfant, je possédais tout ce qui me tombait sous les mains. Les objets, les animaux, les personnes. Ma mère, mon père. À moi. Je me glissais entre eux comme coucou glisse l'intrus dans le nid. Pour qu'ils me regardent moi. Pour qu'ils ne parlent plus que de moi. J'ai combattu des fantômes, j'ai haï si fort les autres enfants que ma mère n'a jamais eu l'idée d'en avoir un deuxième. Plus grand, je maintenais les discussions auxquelles je pouvais participer. J'ai très vite compris l'avantage d'être fils unique : c'était à celui qui m'aimera le plus fort. Quand mon père me déplaisait, je me tournais vers ma mère. Elle s'asseyait et m'écoutais. Puis me lassait. Et je retournais vers l'autre qui alors resplendissait.

Mais sans m'attraper.

Je les ai aimés très fort, pourtant. Les deux, ensemble ou séparés, je les ai aimés. J'ai fais ce qu'il fallait pendant la guerre et même si c'est lâche, même si c'est laid, je recommencerai. Je n'avais pas envie de nous voir tous crever.

À Poudlard, j'ai remarqué avec quelle facilité on pouvait posséder les autres. Goyle et Crabbe. Pansy un peu, parfois. J'ai toujours été un petit con égoïste, Astoria. Avec toi, ça ne changera pas. Ta sœur n'appartient à personne, pas même à elle, mais toi, tu te distribues en quelques heures à peine.

Mais Blaise c'est différent. C'est lui et son grand sourire. C'est lui et ses airs de petits cons prétentieux qui pose sa main sur mon bras et n'a plus rien besoin de dire. Alors on descend ensemble en faisant un monstre bruit de nos chaussures de ski.

Le soleil stagne sur Zermatt depuis plusieurs jours déjà.


« Vous êtes en retard. », a déclaré Daphné.

Et je crois que Blaise a eut la lâcheté de m'accuser.

Pendant le trajet, tu m'as parlé du soleil sur le bout de ton nez, de Paris en hiver, de Venise en été. Tu glisses doucement que pourtant, tu n'aimes pas l'Italie mais que Venise, c'est différent, Drago, tu comprends ?

Non. J'aime l'Italie en été mais je déteste Venise et ses touristes en tout genre, riches ou pauvres, qui se rassemblent là en attendant que leur amour les emporte, comme si zigzaguer à travers des ruelles trop étroites allait faire bouger les choses. Soit on aime, soit on n'aime pas. Et alors Venise ou le fin fond de la forêt amazonienne n'y change rien.

Je déteste Venise et ses chansons insupportables, et son pont des soupirs et les viens-que-je-te-tiens-la-main. C'est une ville fantôme, une ville-décors.

Je t'ai plutôt proposé la Sardaigne. Tu as froncé du nez, m'a regardé. On est arrivé en haut de la piste et Daphné a filé la première. Alors tu m'as souri et tu as dis oui d'accord, c'est une bonne idée.

On a skié toute la matinée. Parfois je te perdais, je vous perdais tous. Parfois c'était Blaise qui se glissait sur une autre piste discrètement, avec de nous rejoindre en toute innocence. Pansy m'a dit :

« Il est vexé parce qu'il veut que je lui dise que je suis au bord du suicide avec que ce n'est pas vrai et que je ne vais pas m'inventer une dépression pour lui faire plaisir. Tu crois qu'il s'envoie Daphné ? »

J'ai haussé les épaules.

Je crois qu'elle ment. Elle a des cernes qui lui mordent chaque heure plus profondément les yeux.


Alouette du souvenir

J'ai serré mon poing


Et alors je m'en souviens de ce jour. Tu ne le comprendras jamais mais je me souviens de tout et toi peut-être que tu ne t'en souviens plus.

On a mangé une salade de chèvre chaud et Blaise a pris une tarte aux fraises en guise de dessert. Ta sœur lui en a volé la moitié. Je la revois planter ses dents, sortir la langue et éclater de rire. Ses doigts s'accrocher aux siens puis s'échapper.

Je me rappelle Pansy boire son café et fumer une cigarette. Toi, tu lui as demandé si elle voudrait sortir ce soir et elle n'a pas vraiment répondu.

Blaise a trébuché en récupérant ses skis. Est-ce pour ça ? Est-ce pour ça alors peut-être… ses lourdes chaussures qui se sont plantées dans la neige, son bras qui a battu un court instant le vent et puis son regard victorieux quand il a dit que non, il ne nous ferait pas le plaisir de s'écraser lamentablement en marchant.

Est-ce possible…

Tu as serré ta main dans la mienne face à la piste noire bosselée de partout. Je peux compter encore les secondes qui m'ont été donnée avec le drame. Ta main. Froide. La sienne, loin.

Lui n'a pris celle de personne. Il a juste cherché la vitesse, silencieusement.


Alouette du souvenir


On l'a tous vu voler, Blaise.

Alors pendant une seconde, quand il a compris qu'il avait mal pris son virage et que la chute était inévitable, il l'a regardée. Elle. Daphné. Et j'ai eu l'affolante sensation de déranger l'intimité d'un mort.

Blaise. Je n'ai que ce nom dans la tête. Blaise, Blaise, Blaise.

Je le connais depuis toujours. Je le connais depuis qu'il est né, c'est lui le premier qui un jour m'a fait tombé des escaliers, et puis qui m'a jalousé de mon balais-jouet, c'est lui qui m'a battu au Quidditch avant Potter, qui a reçu un magnifique perroquet que ma mère a par la suite refusé de m'acheter. C'est lui le premier à s'être rasé mais c'est lui aussi qui s'est d'abord fait largué. Un jour, il s'est accusé à ma place parce que ma mère avait juré qu'à la prochaine retenue, elle enverrait quelqu'un m'assassiner et qu'à onze ans moi j'y croyais. On avait prévu de s'enfuir si quelque chose se passait mal, on avait prévu de faire le tour du monde à vingt-cinq ans, juste avant d'avoir des enfants, et de ne pas tomber amoureux d'une Greengrass parce qu'elles feraient tout foirer, nous on le savait. Blaise c'est mon meilleur ami. C'est le mec à qui j'aurais confié ma vie et qui serait passé avant n'importe qui.

Mais il s'est retrouvé là, les bras ouvert, tout droit tourné vers Daphné qui ne le lâche pas alors. Je crois qu'à cet instant précis, c'est à elle que j'aurais donné n'importe quoi. Pour le retenir.

Et elle est devenue tellement blême lorsqu'il est tombé qu'elle s'est presque mélangée au ciel.

C'est con. Je ne sais pas pourquoi c'est ta sœur que j'ai observé tout le long, pourquoi c'est à elle encore que je pense alors que je te sens crispée contre mon bras, alors que tu respires à peine à côté de moi. Peut-être parce que c'est son visage à elle que Blaise a voulu garder et qu'alors moi il faut que je comprenne.

Il a plongé dans la poudreuse, il a plongé dans les rochers. Il a écrasé le jour que ta sœur n'avait pas voulu éteindre et dans ce silence de coton, Daphné a hurlé. Elle a hurlé tellement fort que j'en aurais pleuré comme un gosse, et sa voix, on l'aurait dite sortie de nulle part, elle est allée de fracasser contre chaque arbre, contre chaque pierre et puis d'un battement d'aile, un oiseau l'a ramenée à son corps.

« Non, non ! »

Pansy a fait un pas en arrière et toi tu m'as lâché.

Je me demande si tu reprendras ma main un jour. Daphné n'est plus qu'un corps secoué qui n'arrive pas à pleurer.

Elle l'aime. Cette idée me frappe de plein fouet, me fait monter l'envie de vomir. Elle l'aime pour de vrai.

Il faut qu'il se relève. Il faut lui dire, à Blaise, que j'avais tout faux, que Daphné n'est pas si mauvaise. Que c'est peut-être moi le connard, mais un connard pétrifié qui regarde son meilleur ami tel un pantin désarticulé. Cette neige va le recouvrir. C'est tout ce que j'ai pensé, alors. Cette neige, si elle ne s'arrête pas de tomber, alors elle va tellement l'engloutir qu'on ne le retrouvera plus jamais.


Oiseau mort joli

Tu n'aurais pas dû venir


L'ambulance est arrivée, l'ambulance est repartie. Blaise s'est écrasé et puis Blaise a été enlevé. Il respirait. C'est ce qu'ont dit les Médicomages. Il respirait et il serrait les poings, très fort.

Quand t'as essayé de parler à Daphné, elle t'a giflée. Alors c'est moi, n'est-ce pas, c'est moi suis allée la chercher et j'ai pensé à Blaise quand je l'ai touchée, j'ai pensée à Blaise quand je l'ai relevée, quand j'ai bloqué ses poignets pour la calmer. J'ai pensé à Blaise quand j'ai transplané et que je l'ai enfermée à double tour dans sa chambre après avoir jeter des sorts sur tous les objets suspects. Je m'en serai voulu de la retrouver morte. J'ai pensé à Blaise tout le long.

J'y pense encore. J'ai volé un paquet de cigarettes à ta sœur. Je fume. Je pleure. Je suis assis comme un con au milieu des escaliers qui mènent au deuxième étage et pour une fois, j'aimerais que quelqu'un me retrouve. Toi ou une autre.

« Malefoy. »

C'est quand je me suis relevé que j'ai entendu cette voix.

Le coucou suisse a hurlé les cinq heures de l'après-midi et j'ai réalisé trois choses alors : j'ai vidé le paquet en une heure et demi et personne n'est venu râler de toute cette fumée, je suis toujours en tenue de ski, et l'ombre qui se dirige droit sur moi n'est rien d'autre que la Sang-de-Bourbe meilleure amie de Potter.

Blaise aurait beaucoup rit. Je suis toujours au bord des larmes et c'est pour ça, je crois, qu'elle m'a attrapé par le bras avant que je n'ai eu le temps de m'enfuir.

Bordel de merde.

« Lâche-moi, Granger.

– Je… – elle prend ses grands airs officiels – Je voulais te dire que j'étais désolée pour Zabini. J'ai entendu ce qui s'est passé et…

– Je t'emmerde. », ai-je sifflé si violemment que je n'ai pas reconnu ma propre voix, cassée, secouée… épuisée.

Elle a tiqué. J'ai répété, plus doucement :

« Je t'emmerde, toi et tes bons sentiments. Vous me laissez dans la plus parfaite indifférence, tu comprends ? »

Elle a reculé d'un bloc, peut-être à cause de ce murmure menaçant, peut-être aussi parce que je tremble de colère. Le fait est qu'elle rougit tout doucement et qu'elle enfonce ses mains dans ses poches.

« Je voulais juste…

– Ne te mêle pas de la vie de mes amis. Je te tuerai si tu le fais. »

Je m'entends comme elle et j'ai envie de rire.

Ça ne veut rien dire. Je ne sais pas pourquoi cette menace. Peut-être parce que Pansy est triste. Parce que Blaise est comme mort et que Daphné s'enfonce. Peut-être parce que tu n'es pas là. Et parce que je la déteste. Elle tourne les talons et s'en va – lentement.

Tu m'as retrouvé dans ma chambre. Tu t'es assise tout doucement, contre moi et tu trembles.

J'ai froid moi aussi, tu sais. J'ai ouvert toutes les fenêtres et j'ai éteints les lumières. Le soleil est mort, tu vois, et d'ici je sens le vent serrer mon moindre recoin.

Tu dis :

« C'est toi qui a enfermé Daphné ? Quand est-ce que tu vas la libérer ? »

Tu t'es changée, toi. Tu as même pris la peine de te remaquiller. Et tu attends.

Je te réponds que jamais. Plus jamais je ne la laisserai aller quelque part sinon elle va se tuer. Mais tu ne peux pas le comprendre, n'est-ce pas ? Elle l'aimait, elle l'aimait, elle l'aimait. Pour de vrai tout entier et lui aussi il l'aimait. Tu hoches la tête et me dévisages.

« C'est elle qui te l'a dit ? »

Je secoue la tête. Daphné, depuis que Blaise a volé, elle n'a fait que hurler. Tu me regardes toujours et fonds en larme au milieu de la pièce. Je me détourne. Je te dis que tu n'as rien remarqué parce que tu es trop innocente. Parce que c'est ta sœur. Je dis des conneries pour que tu arrêtes, ce bruit m'insupporte. Je te raconte que c'est Blaise qui me l'a dit mais quand je dois prononcer son nom, je me retrouve incapable de terminer ma phrase. Alors je te dis juste qu'on me l'a dit. Tu sanglotes encore.

J'ai allumé les lumières. Ensuite, j'ai appelé l'hôpital.


Manger dans ma main

Les graines de l'oubli


Il s'en sortira, a dit le Médicomage lorsque j'ai réussi à le joindre ce soir. Et moi c'est une phrase qui me convient.

J'ai ouvert la fenêtre et j'ai fumé dans la nuit en débranchant l'alarme incendie. Tu es toujours là. Je sais que tu ne me lâcheras pas maintenant et je ne t'en veux pas. Un jour, je t'épouserai et que je t'aimerais quand même mais ça n'a pas d'importance dans le fond, je ne connaîtrai jamais que moi-même.

Je me fiche qu'on ne vole pas dans la même direction. Je ne veux juste plus que tu pleures, je veux juste qu'on garde ensemble les apparences. On est foutu pareil, Astoria. Toi parce que tu restes persuadée que tu ne mérites personnes et moi parce que je le sais.

Mais à nous deux, on maintiendra les décors.


FIN


A partir de maintenant, vous avez le droit de m'en vouloir.

Cela dit, je vous rappelle que Blaise est vivant. Donc, je ne mérite pas la mort. Et je suis un peu triste de clore ce recueil qui s'est plutôt transformé en mini-fic. J'ai hésité à faire une suite, du genre à prendre le POV d'Hermione, ou à faire venir Théodore et Tracey, mais finalement, je pense qu'il vaut mieux finir ici. Parce que c'était prévu ainsi. Et que je réécrirai de toute façon sur les Serpentard.

Tout particulièrement, j'aimerais retravaillé avec les soeurs Greengrass. Peut-être pendant mes vacances d'hiver - peut-être même que je monterai à Zermatt pour skier un ou deux jours en train.

Dans tous les cas, merci de m'avoir lue et j'espère à bientôt !

Ana'