Chapitre 2 : Attente et introspection

Les heures s'égrenèrent lentement et près de quatre étaient passées lorsqu'un médecin sortit enfin du bloc. Tous se levèrent comme un seul homme.

« La balle a fait pas mal de dégâts. Elle a éraflé le poumon, sectionné deux artères et endommagé le cœur. Votre amie nous a fait deux arrêts pendant l'intervention. »

Ils étaient tous consternés par ces nouvelles qui n'auguraient rien de réjouissant. Garcia ne put rien faire d'autre que de lâcher un gros sanglot.

« Est-ce qu'elle va s'en sortir ? » Demanda Rossi.

« C'est difficile à dire. Nous avons réparé tout ce qui pouvait l'être. C'était une opération lourde. Je suis vraiment navrée mais elle est dans un coma profond. Les prochaines heures vont être décisives. »

« Est-ce qu'on peut la voir ? » Demanda JJ.

« Elle est en soins intensifs. Vous pouvez y aller mais pas plus de cinq minutes. »

Il les emmena donc dans le service, où à travers une vitre, ils purent voir leur amie. Garcia eut un petit cri d'effroi : Emilie faisait peine à voir. Un épais bandage enveloppait sa poitrine et elle était reliée à plusieurs machines. Son teint blême contrastait avec ses joues roses habituelles et, sans l'imperceptible mouvement de sa poitrine et les bips réguliers de la machine, on aurait pu la confondre avec un cadavre. Pénélope bougea la première, s'approchant du lit et posant sa main sur celle d'Emilie. De grosses larmes commencèrent à glisser le long de ses joues, ce qui amena Morgan à se caler derrière elle, posant ses mains sur ses épaules.

« Calme-toi ma puce. Tu la connais, elle ne va pas nous laisser. »

« Mais, tu as entendu le docteur. L'opération a été difficile. Il n'est même pas sur que… qu'elle… »

S'en était assez pour l'agent Hotchner. La culpabilité l'étouffait. Dans un geste brusque, il tourna des talons et quitta la chambre d'un pas vif. Les couloirs défilaient à une allure folle puis ce fut la cage des escaliers. Déserte. Il n'entendit pas tout de suite qu'il était suivi.

« Aaron ! »

Mais cela ne l'arrêta pas et il continua à descendre les marches, presque quatre à quatre et déboucha dans le parking.

« AARON ! »

Une main lui attrapa le bras, le stoppant net. Il se retourna pour tomber nez à nez avec Rossi.

« Fuir comme ça ne sert à rien. Ca ne t'aidera pas. »

Aaron le regarda droit dans les yeux. La colère et la frustration montaient en lui, tel le pire des poisons. Il sera fortement les poings pour ne pas craquer. Il ne craquait jamais et ça n'allait certainement pas commencer maintenant…

« Qu'est-ce qui s'est passé Aaron ? Qu'est-ce qui te met autant en colère ? »

L'agent tourna le dos à son collègue et ami. Il serra les dents avant de prendre la parole.

« Nous étions sans défense face à lui. Pas de gilet. Il pointait son arme sur moi et il allait tirer… mais Prentiss s'est interposé quand il a fait feu. »

« Et qu'est-ce qui te dérange ? »

« Tu ne comprends pas ! Pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ! C'est stupide ! Ca n'a aucun sens ! »

Dave essuya sans broncher la colère de son collègue, conscient que c'était nécessaire pour pouvoir ensuite lui faire entendre raison.

« Parce que ça te surprend ! Moi pas, Aaron ! »

L'intéressé se retourna, fixant Dave avec un air surpris.

« Mais… »

« Tu sais pourquoi elle a agit ainsi. Je suis sûr que tu le sais ! Ou alors sinon, c'est que j'ai loupé que mon ami était stupide et aveugle. »

« Rossi ! »

« Inutile de prendre le ton du grand chef avec moi, Aaron. Ca ne prend pas ! »

Aaron ne répondit rien, considérant Rossi d'un œil méfiant. Puis il se calma et prit le temps de réfléchir : depuis la mort d'Haley, Emily avait été là tout le temps. Le jour de son retour au bureau, elle était venue le chercher chez lui. Et ça avait continué, tous les matins, pendant presque six mois. Elle s'était aussi occupée de Jack à plusieurs occasions. Il se souvint même d'une fois où une réunion s'était éternisée et où elle était allé chercher son fils à l'école. Il était rentré le soir pour trouver Emily, endormie dans le lit de son fils, le petit garçon blotti dans ses bras. Il était resté sur le seuil de la porte, ému comme jamais. Le visage détendu et heureux de son fils, calé contre sa collègue, était le plus beau des trésors. Elle leur avait tenu compagnie pendant plusieurs week-ends, égayant ses moments en famille. Aujourd'hui, alors que ça le faisait plus d'un an qu'Haley était morte, Aaron se rendit compte qu'Emily avait prit une place considérable dans se vie. Et ce qu'elle lui avait dit, avant de perdre connaissance : « Plutôt mourir que de te perdre »…

« Je vois que tu as enfin compris. J'espère sincèrement que Prentiss va s'en sortir mais elle ne pourra pas toute seule. Elle a été là pour toi, Aaron. Tout le monde s'en est rendu compte. Maintenant c'est à toi d'être présent pour elle. »

L'agent Hotchner acquiesça docilement, encore un peu sous le choc de ce qu'il venait de comprendre.

« Il faut que j'appelle Jessica… si je dois rester ici un moment… pour qu'elle s'occupe de Jack. »

« Tu sais quoi ? Je vais m'occuper de ça… et de te poser tes jours de congé. Toi tu remontes voir Emily. »

Aaron acquiesça et reprit le chemin en sens inverse, regagnant l'unité de soins intensifs où il ne restait plus que JJ. Lorsqu'elle vit l'agent Hotchner, elle se leva.

« Les autres sont retournés à l'hôtel. Qu'est-ce que je dois leur dire ? »

« Rentrez tous à Quantico et faîtes comme d'habitude. Moi je vais prendre un congé et rester ici jusqu'à ce qu'Emily aille mieux. Morgan a déjà dirigé l'équipe, il peut recommencer, au moins le temps que je rentre. »

« Très bien. Je leur dirai. »

La jeune femme allait quitter la pièce mais elle se ravisa.

« C'est bien ce que vous faîtes Hotch. Merci pour elle.»

Aaron acquiesça avant de s'asseoir sur la chaise à côté du lit. Il se sentait un peu maladroit. Et il n'en avait pas fini.