Hello!

2eme partie du triple shot, avec ici le point de vue d'Harry sur la situation. Ca m'a fait assez bizarre. Harry n'est presque jamais apparu dans mes histoires, et je n'ai jamais écrit de son point de vue. C'etait pour moi un intouchable, le petit bébé de JKR. Donc j'espère que je ne m'en sors pas trop mal et que cela vous plaira. N'oubliez pas de laisser quelques reviews, l'auteur en raffole, et à demain sûrement pour la suite!

Moony


Disenchanted


On m'a toujours considéré comme un sombre crétin. Je me rappelle bien des élèves de Poudlard qui ne voulaient pas croire que j'étais l'élu, et qui me traitaient d'imbécile. Ma pseudo famille adoptive m'a toujours élevé comme si j'étais une sorte d'attardé mental. Mes propres amis ont parfois douté de mon intelligence, tout comme mes soi-disant partenaires de l'Ordre du Phénix, qui m'ont toujours trouvé trop bête ou immature pour me laisser faire quoi que ce soit par moi-même. Aujourd'hui, dans mon travail, c'est pareil. Je suis auror et on ne me demande pas de faire la moitié de ce que mes collègues font. Même ma femme a fini par comprendre ce que je valais, et elle aussi me prend pour un crétin, maintenant. Et moi, je me laisse faire, comme un crétin.

Pourtant, tout allait si bien, il y a quelques années. Elle était la femme parfaite, et je tentais d'être à sa hauteur. Je désirais Ginny depuis l'adolescence, et elle était amoureuse de moi depuis la première fois que nos regards s'étaient croisés. Le genre d'histoire d'amour qui tient tout du contes de fée et qui finit forcément bien. Pas ici. Peut-être parce que je suis maudit, ou alors simplement parce que c'est le cas d'au moins la moitié des couples mariés. Je me rapppelle de ses baisers enjoués, de ses envies de partir en vacances, de son visage illuminé lorsqu'elle a tenu nos bébés dans ses bras pour la première fois... Je n'ai plus vu d'expression aussi sincère sur le visage de Ginny depuis longtemps...

Ô bien sûr, elle continue de me sourire, de m'embrasser, de me prendre dans ses bras... Nous faisons même encore l'amour, une fois par semaine. En surface, rien n'a changé, en fait. Pour nos voisins, pour nos amis, nos familles, elle est restée la même femme. La porte du hall s'ouvre, et je sais déjà que c'est elle qui rentre. Elle est en retard, de presque deux heures. La pluie et le vent ne la dissuadent même pas d'aller le voir. Elle a les cheveux tirés, un grand sourire et elle porte cette robe noire que j'aimais tant, avant. Elle s'approche de moi et embrasse ma tempe, joviale. Je sens sur elle un parfum qui n'est pas le sien, et je dois retenir un haut le coeur. Comment ose-t-elle venir coller ses lèvres sur moi quand elles ont servi à faire je ne sais quoi à un autre quelques minutes plus tôt ?

Elle embrasse tour à tour les têtes de nos enfants et file à l'étage sans plus de cérémonie. Elle va certainement se laver, enlever de son corps cette souillure dont elle a peur que je m'aperçoive. Trop tard. Les petits s'amusent à se jeter de la nourriture dessus, je n'y fais même pas attention. Je n'ai plus le coeur à rien, et j'avoue que si je n'avais pas mes enfants, je n'aurais peut-être pas tenu le choc. C'est un mal être ignoble qui s'immisce en moi, me torture l'esprit et le coeur, et je ne peux en parler à personne. Ginny nierait tout en bloc, Ron refuserait d'admettre que sa soeur est malhonnête, et Hermione irait trop vite poser des questions à celle qui est devenue sa meilleure amie. Comme je regrette le temps où tout se passait bien, où nous avions une vie normale et heureuse...

Je crois que je ne m'en suis pas aperçu tout de suite. J'ai passé un long moment à me voiler la face sur la situation. J'avais d'abord remarqué cette petite flamme dans ses yeux, son amour qui brûlait, qui avait commencé à vaciller, puis qui avait fini par s'éteindre complètement. Elle riait un peu moins, m'embrassait moins souvent, ne me demandait plus comment se passaient mes journées. Je m'étais d'abord dit que c'était normal, que les couples devenaient moins fougueux avec le temps, et que la routine avait lentement pris la place de notre ancienne passion. Puis elle avait commencé à faire des heures supplémentaires, à la banque, et à rentrer de plus en plus tard. Et puis il y avait eu ce parfum. Une odeur douce, âpre, qui flottait sur son coup comme un nuage de mauvaise augure. Mais je me refusais encore à croire l'ineluctable.

C'était un soir de Décembre, où j'ai finalement tout compris. Ginny devait rejoindre Hermione pour une soirée entre filles, et elle est venue me déposer les enfants au ministère. Les gamins n'avaient jamais vu l'endroit, ils étaient curieux, et on leur a fait faire un tour du propriétaire. On a fini par se retrouver tous ensemble dans un des départements que je ne visite jamais. Celui où bosse mon ancien pire ennemi. Draco et moi, on ne se détestait plus comme avant, mais on prenait toujours un grand plaisir à se lancer des vacheries dès que nos chemins se croisaient, et ce jour là, son comportement m'avait mis la puce à l'oreille. Ginny n'avait plus parlé, et elle avait fixé ses chaussures avec une fascination étrange. Quant à Draco, il gardait ses yeux d'acier rivés sur nos mains jointes. Il n'a même pas pris la peine de nous saluer.

Si ça n'avait été que ça, la situation aurait pu être rapidement réglée. J'aurais pu divorcer de Ginny, obtenir la garde de mes enfants, et foutre une raclée monumentale à Malfoy. Mais ce jour là, c'est l'expression que j'ai lu sur le visage de l'ex Serpentard qui m'avait le plus blessé. Ses yeux s'étaient éteints, ses comissures tiraient vers le bas, on aurait presque dit qu'il allait se mettre à pleurer. C'est là que j'ai réalisé. Il aimait Ginny. Cet enfoiré aimait ma femme, et je ne pouvais rien faire contre ça. Il ne méritait même pas une correction, pour ça. Il n'y pouvait rien. J'ai tout de suite pensé qu'il était certainement aussi malheureux que je l'étais, et que Ginny, elle, n'aimait personne. Voir Malfoy dans cet état m'avait touché, plus que je ne l'aurais jamais imaginé, et malgré la rivalité que nous imposait cette situation, nous devenions malgré nous des frères d'armes.

Je ne dirais pas que je compatis à sa douleur et que cette révélation m'avait donné envie d'être son ami. J'avais seulement signé un accord tacite avec lui, à ce moment là. Nous étions deux hommes perdus, que la vie avait décidé de battre jusqu'à ce que mort s'en suive, et qui souhaitions la même chose: récupérer entièrement cette femme qui faisait battre nos coeurs. Depuis, nos regards ne se croisent plus. Nous nous saluons poliment dans les couloirs du ministère, mais nous ne mettons plus en scène nos joutes verbales puériles et inutiles. Je crois que les gens du ministère l'ont remarqué, eux aussi. En tout cas, personne n'a jamais osé m'en dire un mot.

Après le repas, que nous avions pris trop tard, j'envoie les enfants se mettre au lit. Ils sont ma chair, ils sont mon sang, et rien que pour eux, je ne peux pas me résoudre à déchirer cette famille autrefois modèle. Chacun dans leur chambre, chacun emmitouflé dans leur pyjama, chacun allumant sa veilleuse, ils attendent sagement que je vienne leur souhaiter une bonne nuit. Je les embrasse et ferme leurs portes. Je sais bien que bientôt, le chahut va commencer, car ces petits là ne sont pas capables de rester en place, mais je fais semblant de rien. Je n'ai pas le courage de les réprimander, je n'ai pas envie de les priver de ces jeux fraternels que je n'ai moi-même jamais connus.

"- Tu viens te coucher ?" Demande Ginny lorsque j'entre dans notre chambre.

"- Oui, j'arrive" Lui répondis-je.

Je ne crois pas qu'elle sache que j'ai tout appris sur sa relation avec Malfoy. Comme les autres, Ginny me pense trop stupide, trop sûr de moi, trop centré sur moi-même pour comprendre que ma femme me trompe. Mais je ne suis pas aussi idiot que tout le monde semble le penser. J'enfile mon pyjama, passe à la salle de bains me brosser les dents, et file me coucher. D'habitude, j'aime bien regarder la télé un moment, et attendre qu'elle dorme pour la rejoindre. Parfois, je fais même mine de m'être endormi dans le canapé, pour ne pas avoir à sentir cette odeur infâme dans mon sommeil. Elle ne se doute de rien, c'est sûr. Elle est là, naturelle, tentant d'agir avec moi comme elle l'a toujours fait. Elle me prend pour un con, je le sais, et je ne fais rien pour l'en empêcher.

Lorsque je m'installe dans les draps frais, elle passe une jambe au dessus des miennes. A-t-elle fait cela avec lui aussi, tout à l'heure ? J'aimerais que ce contact m'ecoeure, qu'il me dégoûte, et que j'ai la force de la repousser. Mais ça n'arrive jamais. Parce que malgré tout ce qu'elle me fait subir, et malgré la honte que je subirais encore lorsque d'autres personnes s'apercevront de son manège, je l'aime encore. En moi, la flamme n'a pas disparu. J'aime toujours la texture douce de ses cheveux, l'intelligence dans ses grands yeux bleus, l'arrondi de ses lèvres roses, son coup gracile, sa poitrine ferme, ses hanches rondes, ses jambes fines, sa malice, ses sauts d'humeur, son envie de tout, sa soif de savoir... Je l'aime de tout mon coeur, de toute mon âme, et ça me fait mal. Ca serait tellement plus facile de ne rien ressentir.

Je passe une main sur son dos, la caresse doucement. Sa peau de pêche glisse sous mes doigts, je la sens qui frissone. Pense-t-elle à lui quand je la touche ? Je ne crois pas. Je crois qu'elle ne pense qu'à moi quand elle est ici, et qu'à lui quand elle est là-bas. En tout cas, je m'en persuade. Elle frémit encore un instant et tourne son visage vers le mien. Nos regards se trouvent, restent bloqués sur l'autre un instant, puis se détachent sans que nous ne disions un mot. C'est sensé être cela, les vieux couples mariés: des gens qui s'aiment, se chérissent, et n'ont plus besoin de parler pour se comprendre. Au fond, c'est un peu ce que nous sommes, l'amant en plus.

"- Tu m'aimes, Harry ?" Demande-t-elle alors, de sa voix la plus timide. Mon sang ne fait qu'un tour. Comment ose-t-elle me poser une telle question, comment ose-t-elle prendre ce ton incertain, comme si elle craignait ma réponse !

"- Tu ne sais pas à quel point" Ai-je répondu. Après tout, quel homme aime sa femme au point de la laisser librement être infidèle et ne jamais lui en tenir rigueur. "Et toi ?" La question m'avait trop brûlé les lèvres pour que je ne l'empêche de sortir. Elle reste silencieuse un instant.

"- Oui, je t'aime."

Ca n'était donc pas un problème d'amour. Peut-être même qu'elle avait trop d'amour pour n'aimer qu'une seule personne. J'ai eu beau chercher, retourner la situation des centaines et des centaines de fois dans ma tête, je n'arrive pas à comprendre quelle erreur j'ai faite. Je l'ai toujours aimé, je l'ai toujours chérie, elle n'a jamais manqué de rien, j'ai une réputation du feu de Dieu, je l'ai aidée à s'épanouir dans son travail, je m'entends à merveille avec sa famille, nous avons des enfants magnifiques dont je m'occupe autant qu'elle, je ne lui ai jamais rien refusé... Et pourtant, j'ai forcément fait quelque chose de mal. J'ai forcément fait un faux pas quelque part, qu'elle n'a pas accepté, et qui l'a poussée dans les bras d'un autre.

Je sens sa respiration ralentir, elle s'endort. C'est quand elle dort que je suis le plus heureux. C'est à ce moment là de la journée que je peux lui parler, lui dire tout ce que je ressens, la caresser comme bon me semble, lui faire des reproches parfois, sans qu'elle ne puisse se défendre. C'est lâche, je le sais, mais je ne peux pas me résoudre à lui parler de cela de vive voix. J'ai trop peur qu'elle m'avoue me préférer Draco, et qu'elle s'en aille avec lui. J'ai peur qu'elle me laisse, que je ne puisse plus ni la voir ni la toucher. C'est avec Ginny que j'ai prévu de faire ma vie, c'est avec elle que je l'ai commencée, et c'est avec elle que je veux la finir. Je préfère être un con, je préfère qu'elle profite de moi, je préfère qu'elle ne m'aime plus plutôt que de me priver d'elle. Peu importe tous les Malfoy du monde, c'est avec moi qu'elle est mariée, et c'est moi qu'elle aime, elle vient de le dire.

Je sais bien qu'elle ne m'aime pas comme je l'aime. S'il y a une personne sur cette terre qui peut comprendre ce que je ressens, c'est sans doute lui. Parce que je ne l'aime plus comme je l'aimais avant. Je ne l'aime plus comme cette fierté, cette femme qui m'appartient et à qui j'appartient, je ne l'aime plus comme une chose acquise. Je ne l'aime plus sagement, tranquillement, paisiblement, dans la santé ou la maladie, jusqu'à ce que la mort nous sépare. Aujourd'hui, je l'aime seulement pour le pire. Je l'aime dans l'estomac, quand ça se tord et ça se noue, je l'aime dans mon esprit quand je deviens fou de l'imaginer avec lui, je l'aime dans mes tripes quand elle me donne envie de vomir avec son parfum d'homme. Je l'aime à m'en faire mal, je l'aime à vomir, je l'aime à en crever, et j'en crèverai sûrement. Et j'attends mon sort, doucement, lentement, à ses côtés. Car je n'ai pas le choix. Car je l'aime.