Bonjour, tout le monde, et désolée pour le temps d'attente. Je remercie tous ceux qui me laissent des reviews, en particulier Melior, ma lectrice la plus fidèle. Enjoy !


Chapitre 3 : Une histoire de vengeance.


Fatigue. Faim. Soif. Ce sont désormais des mots que Legolas ignore. De l'aube au crépuscule, il ne pense qu'à retrouver la mystérieuse inconnue qui le hante depuis maintenant quatre jours entiers. Il suit sa piste à la trace, ignorant tous ses besoins, ne s'arrêtant que quelques heures pour se reposer, et mangeant en galopant. Le pain Elfique lui est d'une grande aide. « Une seule bouchée suffit à régaler un adulte », avait-il un jour déclaré à Pippin, ce hobbit qui faisait, comme lui, partie de la Communauté.

Ah, tant de souvenirs qui, désormais, ne servait plus qu'à ne pas oublier ce qu'ils avaient vécu. Certes, l'elfe était content que le mal ait été détruit, mais ce manque d'aventures commençait sérieusement à lui peser. Il n'était pas fait pour rester assis sur un trône, à méditer ou à diriger. En tant que Prince, c'était néanmoins comme ça qu'il vivrait à la mort de son père.

La mort du Roi Thranduil… Il ne préférait pas y penser. Pendant leur longue épopée, ils n'avaient pas beaucoup vu son père, et avait donc du réparer cette bévue dès la fin du Mordor. Il était resté à ses côtés quelques semaines, puis avait enfin décidé de prendre son « indépendance » et de s'installer à Fondcombe. Un bon nombre d'elfes avait quitté leur contrée pour les Terres Immortelles, mais il restait quand même quelques représentants de leur espèce. Elrond l'avait bien sûr accueillit à bras ouverts, ce brave Elfe qu'il connaissait depuis si longtemps déjà.

A l'aube du cinquième jour de recherche, il franchit les Terres du Gondor, et eut une pensée pour son ami Aragorn. C'était étrange comme il pensait souvent à ces anciens camarades de la Communauté, à ces anciens amis. Anciens ? Non, ils avaient juste perdus contact, songea-t-il.

Comme s'il… Regrettait que cette aventure ait prit fin. Il secoua la tête. Il pensait vraiment à n'importe quoi. Il fut stoppé dans sa course par une odeur familière, mais pas celle de la jeune femme. Une puanteur atroce qui lui donnait la nausée. Sa monture se cabra, ayant elle aussi senti la puanteur. Legolas passa une main dans la crinière de la brave bête, se penchant pour lui chuchoter des mots de réconforts. La senteur était forte, toute proche. Il l'identifia tout de suite : un Orc.

Saisissant son arc, il glissa une flèche entre ses doigts et la pressa, afin de la retenir. Il ferma les yeux, se concentrant essentiellement sur l'odeur et les sons de pas qui lui parvenaient. Ce n'était pas difficile : ça puait à cinq kilomètres à la ronde. L'elfe localisa la créature à environ une cinquantaine de mètres. Il ne pouvait la voir, elle était sûrement tapie dans un coin sombre.

Le Prince voulait sa mort. Les Orcs devaient être éliminés. Tous. Pour Fondcombe. Pour le Gondor. Pour le Rohan. Pour la Forêt Noire. Au nom de tous ceux qui avaient péris. Et pour Frodon, qui avait du renoncer à une vie longue et enrichissante dans la Comtée à cause de ce mal.

Néanmoins, un choix se forma dans l'esprit de l'archer : déjà les effluves provenant de la jeune femme s'estompaient, et s'il s'aventurait sur une autre piste, il risquait de ne plus la retrouver. Il était si près du but, il ne pouvait renoncer. Ecœuré par l'idée de laisser l'Orc en paix – du moins pour l'instant –, il essaya d'oublier son odeur pestilentielle afin de retrouver celle de la jeune femme, plus fruitée, plus fleurie, plus douce. Il du se concentrer de toutes ses forces, car la puanteur s'emparait encore de ses narines. Puis, enfin, il fit galoper son cheval vers le Sud. Elle n'était plus loin…

Le Gondor du Sud. Cette région déserte et dévastée, jadis une contrée riche, célèbre et historique. Une région, qui, trop près du Mordor, fut ravagée par les puissances de Sauron. Une région où ne pouvait se cacher une jeune femme seule. Legolas ne lâcha tout de même pas sa piste. Elle l'avait surpris une fois, elle pouvait le faire une deuxième.

Néanmoins, il appréhendait leur rencontre. Il allait à elle sur un terrain qu'il ne connaissait pas, c'était en quelque sorte comme s'il se jetait dans la gueule de l'Olifant.

Et que pourrait-il bien lui dire, au juste ? Qu'il ne savait pas quel mal il lui avait fait subir pour qu'elle lui en veuille au point de vouloir le tuer, mais que dans tous les cas, il était désolé ? Qu'il avait sa dague, une dague Elfique, et voulait savoir où elle l'avait eu ? Qu'il aimerait connaître son nom ? Pff.

Soudainement, son but lui parut stupide. Cette femme lui en voulait à mort, cherchant même à l'assassiner, et lui, en parfait crétin, allait la retrouver ? Mais allait-il abandonner maintenant ? Il n'était pas trop tard pour rebrousser chemin, aller décimer l'Orc et rentrer chez lui. Alors, quel choix devait-il prendre ?

Non, il ne pouvait pas abandonner. Pas si près du but. Pas maintenant. Il suivit encore la piste pendant deux heures il se rapprochait de plus en plus de l'inconnue, il le sentait. Son odeur lui chatouillait les narines et lui procurait une sensation de bien-être irrésistible.

Un cheval broutant l'herbe près d'un arbre. Une jument à la robe tachetée. Un feu de camp éteint où les braises rougeoyaient encore. Une couverture étendue sur le sol, portant encore la chaleur du corps qu'y trouvait il y a quelques minutes encore.

Que devait faire Legolas, à présent ? De toute évidence, la jeune fille allait revenir : un sac était encore posé sous la couverture, et elle ne serait pas partie sans cheval. Devait-il sagement attendre ici, ou aller à sa rencontre ? Il décida de l'attendre. Descendant de sa monture, il lui donna une légère frappe sur l'encolure. Aussitôt, la brave bête partit au galop, mais l'Elfe savait qu'en cas de besoin, elle se montrerait sur le champ. On ne pouvait trouver plus fidèle que ses chevaux dressés par les Hommes du Rohan.

Il s'assied au pied d'un arbre, gardant une vue sur le camp, mais ne pouvant toutefois être vu. Il attendit, attendit, attendit encore, jusqu'à ce qu'il aperçoive, ou plutôt sente une personne s'approcher. Aussitôt, il se redressa d'un bond silencieux, et admira la jeune femme qu'il voyait de face. Elle tenait dans le creux de ses mains une poignée de feuilles. Legolas les identifia comme remède aux blessures mineures. De l'athelas, la feuille des Rois.

Cette singulière personne était donc partie à la cueillette. Et elle était en possession de feuilles servant à soigner. Très bien. Il se prépara à sortir de sa cachette, quand il fut brusquement stoppé. La demoiselle avait posé sa récolte sur la couverture, et s'était dévêtue de sa veste. L'Elfe rougit et se sentit responsable. Néanmoins, il ne pouvait détourner ses yeux. Elle était… Si belle. Rouge de honte, le cœur battant, et abasourdi par l'absurdité de la situation, il ne savait comment agir. Pourvu que la jeune personne ne se dévête pas entièrement… Faisant appel à toute sa volonté, le jeune homme tourna la tête et se rassit derrière son arbre.

Il attendit quelques instants, puis risqua un regard vers le feu de camp. L'inconnue, assise en tailleur, s'était rhabillée. Elle avait la tête blessée et jouait distraitement avec les brins d'herbe qu'elle arrachait du sol. Legolas devait agir maintenant. Il devait sortir de sa cachette. Tout de suite, où il serait trop tard. Il prit soin d'attacher son arc dans son dos, simple mesure de sécurité. L'arme de la jeune femme –une seconde dague, fabriquée à la main, celle fois-, était posée derrière elle. Le jeune Elfe n'avait donc pas à craindre une attaque, du moins pas dans l'immédiat.

Il sortit sans bruit de sa cachette. Que devait-il faire, comment devait-il aborder l'inconnue, il n'en avait aucune idée. Alors il resta planté là, devant elle, les bras ballants. Pour la première fois de sa vie, il se sentit stupide. Mais de toute façon, il n'eut pas à réfléchir longtemps : la mystérieuse femme avait relevé la tête, et l'apercevant, elle s'était relevée à une vitesse fulgurante.

– « Vous ! », fulmina-t-elle, « Comment osez-vous vous présenter devant moi ? »

– « Ecoutez, » déclara le Prince à toute vitesse, avant qu'elle n'eut pour idée de se saisir de sa dague et de le poignarder, « je suis venu à vous car je n'ai aucune explication au fait que vous souhaitez ma mort. Cela me tracassait, et j'ai voulu en savoir plus. Je suis désolé si j'ai pu vous causer du tort, d'une façon ou d'une autre. Ce n'était pas du tout mon intention. Si vous vouliez bien m'expliquer… »

A ces mots, les yeux de la jeune femme perdirent leur lueur meurtrière un court instant, mais elle revint vite, encore plus fulminante qu'avant.

– « C'est de votre faute si mon père est mort ! » s'écria-t-elle, la voix furieuse et éreintée par l'effort qu'elle faisait pour retenir ses larmes. « Je n'ai rien à vous expliquer ! Rien, vous entendez ? » Cracha-t-elle ensuite.

Le visage du bel Elfe laissa place à la stupeur. Pendant cette bataille, il n'avait tué que des Orcs et quelques hommes horribles, comme Grima Langue de Serpent. Il n'était tout de même pas son père ? Un frisson de dégoût le prit lorsqu'il s'invoqua cet être abominable. Il n'avait décidément rien en commun, lui et cette magnifique créature. Alors, qui ? Son visage devait signifier sa perplexité car la jeune femme poursuivit :

– « Vous n'en avez même pas souvenir ? Quel genre de personne êtes-vous, dans ce cas ? Un assassin sans cœur ? »

– « Je peux vous assurer, demoiselle, que ce vous insinuez est faux. Pendant cette guerre, j'ai dû tuer, comme tout le monde. Ceux à qui j'ai ôté la vie avaient fait le mauvais choix concernant leur camp. Vous m'en voyez désolé. »

– « Ai-je dit que vous l'avez tué de votre main ? Non ! Mais vous y avez contribué ! Si vous et vos amis, cet homme, ce nain et ce magicien vous étiez abstenus d'entrer dans le Rohan, mon père serait en vie en ce moment. Vous ne saviez pas vous mêler de vos affaires et nous laisser résoudre nos problèmes seuls ? »

Un frisson parcourut le corps du Prince.

– « Votre père, demoiselle, qui était-il ? »

– « Vous ne me croirez pas. » Elle eut un air triste.

– « Si, je vous le promets. »

– « Il était le Roi du Rohan ! Et si vous ne l'aviez pas supplié de vous battre pour le Gondor, il serait encore en vie ! »

Une nouvelle fois, l'ébahissement passa dans les yeux de l'Elfe. Son père ? Le Roi du Rohan ? Il avait une fille ?

– « J'ignorais que le Roi Théoden avait une fille… »

– « Personne ne le savait. Je n'étais qu'une ombre, dans ce château… »

– « Si cela peut vous consoler, je peux vous dire que votre père est mort en héros. Il a terrassé bon nombre d'ennemis avant de nous quitter à son tour. »

– « Taisez-vous, je vous en prie. Mort en héros ? Terrassé nombre d'ennemis ? Ce n'est pas cela qui me le ramènera. Il a caché mon existence à tout le monde, mais il était quand même mon père. J'ai dû apprendre à vivre seule, mais je l'aimais quand même. Alors, comment pouvez-vous parler de héros ? »

Legolas, ne trouvant rien à répondre, baissa la tête vers le sol, en signe, une nouvelle fois, d'excuse. Erreur fatale : profitant de cet instant de répit, la jeune femme avait bondi vers le sol, ramassant sa dague. En un instant, elle fut derrière lui, le tranchant de sa lame sur son cou.

– « Vous comprendrez certainement, seigneur, que même si vous êtes très charmant et courageux, je ne vais pas vous laisser partir sans me venger. Je vais vous tuer vous, puis chacun des hommes qui ont entrainé mon père vers la mort. »

Elle pressa légèrement sa dague contre le cou du jeune homme, qui déclara avec précipitation :

– « Je peux vous assurer que la mort ne vous sortira pas de votre chagrin. Et même si vous parvenez à me tuer, ce dont je ne doute aucunement, il vous sera impossible d'assassiner la Magicien. Ni l'homme d'ailleurs. Vous aurez quitté ce monde bien avant. »

« Que voulez-vous dire ? » La pression sur sa lame se fit moins forte, chose que Legolas sentit.

– « Vous ignorez dont cela ? L'homme en question n'est autre qu'Aragorn, Roi du Gondor, héritier d'Isildur. Et le Magicien est Gandalf le Blanc. Autant déclarer qu'il est déjà prêt à vous recevoir. »

– « Vous ne cherchez qu'à m'embrouiller. » Murmura la jeune femme.

– « Non, je vous le jure. Laissez-moi vivre et je vous expliquerai. »

Après avoir longtemps hésité, la jeune femme relâcha sa prise sur l'Elfe, et aussitôt s'écroula sur le sol. Elle sanglotait. Le jeune homme eut brusquement pitié d'une si fragile créature. Il décrocha quelque chose de sa ceinture, et la tendit à cette inconnue.

– « Je crois que ceci vous appartient. »

C'était la dague qu'il avait récupéré après sa première rencontre avec cette humaine. Elle s'essuya les yeux, et la prit délicatement dans ses mains, comme chérissant un trésor. Elle passa un doigt fin sur le manche de l'arme, caressant les motifs ouvragés avec une infinie délicatesse. Puis, elle soupira et la serra tout contre son cœur, en murmurant toujours le même mot : « Père, père, père. »