Coucou, mes lecteurs de mon cœur ! Je suis heureuse de vous présenter le quatrième chapitre de POUR TOUJOURS, en espérant de toutes mes forces qu'il vous plaira. Bon voyage !


Chapitre 4 : Enlèvement.

Legolas, saisi d'une soudaine pitié envers la jeune femme qui se tenait, fragile et sans-défense sans lui, senti une infinie tristesse percuter son cœur. La belle créature s'efforçait de calmer ses sanglots, et ses épaules achevèrent leurs soubresauts irréguliers.

L'Elfe ne savait pas quoi faire : il resta ainsi planté là, devant elle, se sentant bête et inutile. Elle ne bougeait pas, à genoux dans l'herbe fraîche, la tête baissée, la dague sur le cœur. Elle frissonnait. L'homme ôta sa veste, et la posa sur ses épaules. Puis, il tourna lentement le dos à cette inconnue. Il ne pouvait rien pour elle : elle devrait accomplir son deuil seule. Il l'aurait bien aidé, pour sûr, mais il s'y refusait. Elle ne l'aurait pas accepté. Il devait d'abord lui prouver sa bonne foi, l'aider à surmonter cette épreuve, prouver son innocence. Il devrait apprendre à se faire aimer, et à ne pas paraître invisible, comme il l'avait ressenti de nombreuses fois pendant son aventure. Il l'accompagnerait où qu'elle aille, qu'elle le veule ou non, juste pour lui prouver que déjà il lui appartenait.

Quoi ? A quoi venait-il de penser ? Paniqué, il s'efforça d'effacer ces pensées incongrues de son esprit. Il ne pouvait l'aimer. C'était impossible, impensable, inimaginable. Elle ne voudrait jamais de lui. Il était responsable de la mort de son père. Il l'avait menacé de son arc. Il l'avait suivi jusqu'au plus profond du Gondor. Il l'épiait, et maintenant il se croyait assez spécial pour lui recouvrir le corps de son vêtement, alors qu'elle n'éprouvait pour lui que de la haine et de la rancune. Alors qu'elle ne souhaitait que sa mort dans d'atroces souffrances.

Le visage de Legolas fut secoué d'un spasme. Il devrait vraiment arrêter de penser à des trucs morbides comme ceux-là. Il devait arrêter de se poser une tonne de questions, et agir, se faire remarquer à la manière d'Aragorn, être plaisant à regarder et marquer les esprits. Doux rêves… Douces espérances… Doux espoirs… La tristesse qui enserrait l'âme de l'Elfe redoubla d'intensité. Lui, qui avait tant souffert pendant cette guerre, qui n'avait rien laissé paraître, qui avait continué de se battre avec force et vaillance, avec le « sourire », déchargeait maintenant toute l'effroyabilité de ce qu'il avait vécu dans ses larmes silencieuses. Il pouvait enfin mener la vie qu'il voulait depuis son implication à cette tragédie : voyager seul, évacuer toute cette tristesse qui le rongeait, s'accrocher à des causes perdues d'avance, et pourquoi pas, tomber amoureux.

Cela faisait si longtemps qu'il voulait partir. Cette mystérieuse personne était l'excuse qu'il recherchait pour s'enfuir de tout ce cocon de confort qui l'entourait. A la fin de la guerre, on lui avait proposé de monter dans le navire en direction des Terres Immortelles. Certes, il le désirait plus que toute autre chose, ayant ressenti l'appel de la mer, mais, il avait refusé.

Pourquoi ? Même lui ne connaissait pas la véritable raison. Une impression que tout n'était pas terminé, qu'il pourrait encore jouer un rôle dans cette histoire, que la vie de Legolas Vertefeuille dans ce monde ne pouvait pas se finir comme ça. Peut-être. Sûrement. Qui sait, après tout, ce que peut nous réserver le destin ? Une petite voix à l'intérieur de lui intimait de ne pas s'en aller : il n'avait pas trouvé ce qu'il désirait le plus. L'Amour, bien entendu. L'Amour Pur. L'Amour avec un grand « A ». La Pureté avec un grand « P ». Cette mystérieuse sensation. Cette voix dangereuse, mais à la fois protectrice lui disait qu'il ne trouverait pas cela là-bas, en compagnie des siens. Et cette femme l'avait littéralement sortie de son quotidien. Il l'avait attendu trop longtemps. Mais à quoi bon ? Jamais ils ne pourraient s'entendre. Il était condamné à un amour non partagé.

Perdu dans ses pensées, il ne vit pas que, dans sa marche, il s'éloignait de plus en plus du campement de la jeune femme. Il ne sentit pas non plus l'abominable puanteur qui filtrait doucement dans l'air, ni le cri de surprise qui retentit. Il ne perçut pas le tambourinement de pas lourds sur le sol. Bref, il était ailleurs, dans un autre monde. Complètement effacé. Ce n'est qu'après une mûre réflexion sur ce qu'était au juste la vie et de ce qu'elle pouvait encore lui réserver, qu'il décida de revenir sur ses pas. Et là, surprise : plus de jeune femme, juste une veste verte jetée sur le sol.

Une odeur recouvrait celle, délicate, de sa « protégée ». Une odeur qui fit froncer le nez à Legolas. Une odeur très familière et pestilentielle : une abominable odeur d'Orc malsain. Aussitôt, presque par habitude – c'est vrai qu'il avait l'habitude à force de toujours aller d'un endroit à l'autre dans l'urgence extrême -, il siffla son cheval, et trépigna d'impatience en l'attendant. Où était cet abruti d'ani… Ah, le voilà. Comme à son habitude, on ne fait pas les choses à moitié, l'Elfe effectua un bond majestueux pour monter son fidèle destrier, et chose faite et sans perdre de temps, il le lança au galop sur la piste de l'horrible créature. Il suivit sa piste sans difficulté, ça sentait tellement mauvais qu'un vieux chien sans odorat aurait pu parvenir à ses fins.

Legolas galopa pendant un temps très court : environ un quart d'heure. L'odeur s'arrêtait là, en plein milieu de la forêt. Le jeune homme posa pied à terre, doucement et silencieusement et inspecta le sol. Une grosse empreinte d'Orc, visiblement essoufflé et bientôt arrivé à destination.

En y regardant mieux, il dénicha sur le sol un long cheveu noir, pareil à ceux de l'inconnue. D'ailleurs, devait-il encore la qualifier « d'inconnue », maintenant qu'il connaissait un tant soi peu sa vie ? Il remit cette question à plus tard, et décida à la hâte qu'il cesserait de la nommer de cette manière le jour où il connaitrait son nom. Quelle phrase inconcevable. « Il connaitrait son nom ».

La bonne plaisanterie. Lui, Legolas, connaitre le nom de cette magnifique femme, aux yeux bleus comme le ciel et les cheveux noirs comme le plumage d'un corbeau. Voilà qu'il commençait à se montrer poétique quelques instants avant un affrontement. Quelle ironie.

Il secoua la tête, après tout il avait une tâche à accomplir, il ne pouvait se permettre de prendre le temps de se lamenter. Il devait sauver une demoiselle en détresse. Il suivit donc les derniers pas de la bête féroce, sur une dizaine de mètres.

Le jeune prince déboucha donc devant une entrée qui menait à un tunnel minuscule. Il se demandait comment il allait bien faire pour y entrer – l'odeur l'y conduisait –, quand un détail minuscule attira son attention. Juste devant la mince entrée la terre avait été remuée il y avait à peine une heure.

Il s'empressa donc de creuser la terre avec ses ongles, découvrant toujours plus l'entrée de ce qui semblait être une sorte de caverne sous-terraine. Il fit donc ceci pendant quelques minutes, jusqu'à ne rencontrer plus que de la pierre froide. Le tunnel restait petit tout de même, et il devait marcher à quatre pattes, voire même ramper par endroits. Tendant l'oreille, scrutant le passage devant lui, sentant les parfums qui s'en dégageait, tous les sens en alerte, il avançait lentement mais sûrement, tout en priant que rien ne soit arrivé à la jeune femme. L'odeur nauséabonde lui donnait le tournis. En effet, difficile quand, comme Legolas ou les Elfes en général, on a un odorat surdéveloppé, de résister aux mauvaises senteurs. Mais il garda néanmoins le cap, et resta courbé dans ce tunnel pendant encore quelques minutes.

Il se retrouva au bout du tunnel, d'où il surplombait une fosse où s'entassait des dizaines de viles créatures. Legolas, à vue d'œil, en dénombra une petite trentaine. Il avait connu bien pire. Un chatoiement lui titilla les narines, et il suivit sa provenance du regard.

Au centre de cette « pièce », si l'on peut appeler ça comme ça, se trouvait un autel de rituel, où était allongée la femme qu'il recherchait si activement depuis des heures. Aussitôt, une rage féroce s'empara de son estomac, le brûlant comme cette fois où il avait fait un concours de buverie avec Gimli, et l'avait gagné, bien entendu.

Sans réfléchir, il sauta sur les quelques gobelins présents sous lui, les écrasant de son poids combiné à la vitesse de son saut. Avant que les autres eurent réagi, il tira son arc de son dos, et décocha une flèche entre les deux yeux à quelques uns d'entre eux. Il mit ainsi fin à la vie de plusieurs créatures sans que quiconque ai pu réagir.

Apercevant cela, le plus gros des Uruk-Hai se pressa vers la frêle demoiselle évanouie, et sortit une dague de sa manche. L'Elfe ne lui laissa aucune chance de survie : une flèche en pleine poitrine et c'en fut fini du chef de ces résistants. Ce fut la panique.

La vingtaine d'Orcs, Gobelins, Uruk-Hai restants, apercevant leur chef allongé à terre, sans vie, hurlèrent de toutes leurs forces et de leurs voix exécrables, ce qui acheva de rendre fou Legolas, qui perdit tout contrôle de lui et aboya un : « LA FEEEEEEEEERME ! » tonitruant.

Le silence se répandit comme une traînée de poudre, puis ce fut une nouvelle fois la panique : mais silencieuse, celle-ci. Les créatures se contentèrent de se carapater dans la pièce d'à côté, sans aucune forme de discipline. Ils fermèrent la lourde porte de bois sans apercevoir le dernier représentant de leur espèce, qui fonça tête baissée, et reçu la porte en pleine tête. Un « booong » se fit entendre, puis un « craaack », ce qui prouve bien que les Orcs ont la cervelle creuse.

Sans prêter attention à cet imbécile, Legolas se précipita à grandes foulées dansantes vers la jeune personne pour qui il était là. Ses bras étaient retenus par des liens en cordes Elfiques, qui la maintenaient prisonnière à l'autel. Legolas passa doucement son doigt dessus, et ils se détachèrent. Il n'était pas un Elfe pour rien. Ces cordes, ça lui connaissait.

Appliqué dans son travail, il ne remarqua pas les yeux azurs de la jeune femme qui le fixaient avec à la fois méfiance et fascination. Il ne remarqua pas non plus la lueur qui illuminait son fin visage, toujours rongé par le chagrin. Il ne prit pas non plus conscience de ses lèvres pulpeuses et roses qui remuaient sans qu'un seul mot n'en sorte, puis l'air résigné qui passa dans ses yeux, qui se refermèrent, feignant de ne pas s'être ouverts.

Legolas chargea la jeune fille qu'il pensait inconsciente sur ses épaules, et entreprit de trouver un moyen de sortir de cet affreux endroit avant que les Orcs et compagnie ne prennent la décision de venir en faire de la chair à pâtée. Le tunnel par lequel il était arrivé était trop haut pour pouvoir l'atteindre, et de toute manière il n'aurait pas pu transporter la jeune femme par là.

Il laissa donc traîner son regard dans chaque recoin de la pièce, en fit plusieurs fois le tour, l'inconnue toujours dans les bras. La porte de sortie devrait être cachée, tout comme l'entrée. Ces imbéciles de nigauds de créatures du Mordor n'étaient peut-être pas aussi stupides que leurs ennemis ne le pensaient. Usage de l'imparfait, temps du passé, puisque chacun pensait que leur espèce était morte, finie, éradiquée, réduite à néant. Ce qui n'était malheureusement, ô très malheureusement pas le cas. Enfin, passons.

Une petite encoche dans un des murs rugueux attira l'œil de faucon de l'Elfe : il se hâta donc vers elle, tout en prenant soin de ne pas trop bouger sa protégée. Il la déposa avec précaution sur le sol dur, ignorant toujours qu'elle ne faisait que simuler. Il passa son ongle dans l'encoche, et aussitôt un petit clic retentit. Une porte cachée dans le mur s'ouvrit, et l'homme s'engouffra dans un couloir, portant la belle jeune femme dans ses bras.

Il déambula dans le dédalle des couloirs sombres pendant un bon moment, ne parvenant pas à capter l'odeur du dehors. Il se demandait comment il allait parvenir à sortir. Pour la première fois, Legolas paniqua. Paniqua, non seulement car il transportait avec lui une jeune femme inconsciente, et qu'elle avait besoin de soins. Paniqua aussi car il ne retrouvait plus son chemin, et qu'il pouvait défaillir à tout moment à cause de la puanteur du lieu. Paniqua, car depuis quelques jours, il ne savait plus qui il était lui-même, il ne se retrouvait nulle part.

Il était prêt à abandonner, quand un rayon de lumière se refléta dans ses yeux. Une lumière. Le dehors. L'espoir. Il se hâta vers le soleil, vers l'air pur. Enfin. Il respira un grand coup, l'inconnue toujours dans ses bras, appuyée contre son torse. Elle aurait voulu que cet instant dure une éternité. Elle était si bien là, blottie contre lui, contre son torse musclé. Elle reprit discrètement son souffle, car elle-aussi, avait souffert de la puanteur des lieux, même si son odorat était moins développé que celui de l'Elfe. A travers ses paupières à demi-closes, elle admirait sa beauté. Car oui, il était beau. Merveilleusement beau. S'il n'avait pas été responsable de la mort de son père, elle lui aurait donné une chance de la séduire. Elle l'aurait d'ailleurs sûrement aimé. Mais les Dieux en avaient décidé autrement, malheureusement. Legolas siffla. Quelques instants plus tard, un cheval magnifique apparut.

Ils galopèrent un petit moment, puis ils arrivèrent au campement que la jeune femme avait établi quelques jours plus tôt. Il la déposa doucement sur sa couverture, ramassa la veste qu'elle avait laissé tomber lors de son enlèvement, et la couvrit avec. Puis, il s'assit à côté d'elle, se refusant de la regarder mais ne pouvant résister à la tentation. Soudain, il sursauta, et se leva précipitamment. Une créature de nature inconnue se tenait là, à moitié cachée derrière un arbre, les observant de ses grands yeux globuleux. L'Elfe banda une flèche à son arc, et s'apprêta à tirer. Une main se posa sur son épaule. Sursautant, il se retourna. La jeune femme s'était relevée, et le fixait de ses grands yeux bleus irrésistibles.

– « Non. » chuchota-t-elle. « Connaissez-vous au moins cette créature ? Que vous a-t-elle fait ? »

Eberlué, Legolas ne répondit pas tout de suite. Elle n'avait pas tort, il le savait. Mais il ne pouvait prendre de risques. Il tenta de lui expliquer.

– « Demoiselle, comprenez que je ne veux prendre aucun risque concernant votre… Notre Sûreté. » Il se sentait gêné, comme un enfant pris la main dans le sac en train de faire une bêtise. Elle était la seule personne qui arrivait à lui faire perdre ses moyens. « Je suis sincèrement désolé si je vous ai offensé, je ne pensais pas mal. »

Il la fixa de ses yeux tout aussi bleus que les siens. A nouveau, leur regard se croisa, et cela fit au jeune Prince l'effet d'une flèche en plein cœur. Il avait envie de la serrer dans ses bras, de lui murmurer des mots doux, de lui dire qu'il l'aimait. Il en avait tant envie… Mais ne le pouvais pas. Honteux de ses pensées, il se détourna et partit allumer un feu de camp à l'aide quelques bouts de bois que la jeune femme avait déjà entassés lors de sa première nuit dans son campement.