Bonjour, mes lecteurs. Je ne peux qu'une fois de plus vous remercier de vos chaleureuses reviews, auxquelles je réponds dès que je le peux, et qui me font très plaisir. Ca me fait vraiment chaud au cœur de voir que certaines personnes apprécient ce que je fais. Je n'aurais jamais pensé ça quand j'ai mis en ligne le prologue de cette fiction ! Alors, merci. Merci à vous qui êtes si fidèles.

Profitez bien de ce chapitre, axé principalement sur les sentiments de notre chère jeune inconnue !


Chapitre 5 : Ô désespoir

Souffrance, solitude, mélancolie, peur. Désespoir. En cette nuit fraîche, la jeune femme ne savait trouver le sommeil. Tout s'agitait dans son esprit : cette peur qui lui enserrait le ventre depuis la mort de son père, cette solitude qu'elle ressentait au plus profond de son être, cette mélancolie qui la prenait quand elle pensait au passé, cette souffrance, qui faisait maintenant partie intégrante d'elle. Et cet engourdissement innocent qui lui rendait les mains moites en présence de cet Elfe. Qui était-il vraiment ? Qu'avait été son véritable but quand il était venu la retrouver dans les terres désertes du Gondor du Sud ? D'ailleurs, comment avait-il pu suivre sa trace ? Tant de questions qu'elle ne pouvait poser. Cela ne faisait qu'un jour qu'ils étaient ensembles. C'était leur première nuit dans le même campement, et bien que séparés, la jeune femme pouvait presque sentir son souffle sur sa joue. Fermant les yeux, essayant d'oublier toutes ces émotions, elle sombra dans ses souvenirs.

Elle était née de l'union de son père, Théoden du Rohan, avec une Elfe. Elle n'avait que très peu d'attributs Elfiques, mais, en la regardant pour la première fois, on pouvait déceler un petit quelque chose de pas humain. Sa mère, maîtresse du Roi, avait rendu l'âme en la mettant au monde, et sa dernière parole fut prononcée dans sa langue natale. De ce monologue de mort, on avait pu ouïr un seul mot : Lymia. Ce fut donc le prénom choisi pour l'enfant illégitime. Le Roi, ne voulant pour rien au monde que son infidélité se sache, fit courir le bruit que l'enfant avait été retrouvé sur les marches menant au palais, dans un berceau.

Seulement, la jeune fille, à l'âge de ses dix ans, voulut en savoir plus. Théoden, ne supportant pas de lui mentir, lui raconta la vérité, mais la pria de garder tout ceci secret. « Lymia, ne ruine pas les efforts que j'ai entrepris pendant une dizaine d'années pour cacher la vérité. C'est très important, tu comprends ? » Alors, la fillette avait acquiescé, pure et innocente, et vouant à son père un total respect, malgré le mensonge. Et depuis, elle vit comme cela : cachée. En privé, elle se permettait de dire à son père combien il était important pour elle. Elle regardait son demi-frère, Théodred, avec admiration, et l'enviait : lui, avait le droit de parler à son géniteur en public. Elle fut tout aussi éblouie par la beauté d'Eowyn, sa cousine, ainsi que par son cousin, Eomer. Mais elle devait se contenter de les regarder de loin, et jamais un d'entre eux ne lui adressa la parole. Puis, un jour, pendant les 20 ans de la jeune femme, le comportement de Théoden changea : il ne reconnaissait plus personne, c'est comme s'il était mort, mais que son cœur battait encore faiblement. La jeune femme prit la fuite, perdue dans cet univers mystérieux, où tout semblait vouloir la faire mourir.

Puis, perdue dans l'obscurité, la jeune femme se prit à penser à la mort de son père. Il avait retrouvé sa vigueur, certes, mais elle avait été témoin de la scène dans laquelle il disait que le Rohan aiderait le Gondor dans cette guerre perdue d'avance. En effet, elle était revenue secrètement, après avoir appris qu'il avait retrouvé l'esprit. Et ces hommes l'avaient entraîné vers la mort. Cet Elfe, qu'elle détestait mais ne pouvait se résoudre à tuer, et ces autres créatures abominables qui étaient avec lui.

Elle jeta un coup d'œil à l'homme qui dormait à quelques mètres d'elle. Le blond aux longs cheveux, dont elle ne connaissait pas encore le nom, semblait souffrir d'une tristesse inconnue et innommable, tout comme elle. Mais quoi ? Elle scruta son beau visage endormi, dont le front était marqué par une ride causée par ses sourcils plissés, comme concentrés dans son rêve. Car oui, elle le trouvait beau. Magnifique même. Tout à fait son genre. Elle se surprit à se demander s'il était libre. Elle avait sa petite idée sur la question : il ne l'aurait pas suivie jusqu'ici si son cœur appartenait déjà à une autre. Elle sourit à cette idée. La jeune Lymia avait toujours été consciente de son charme : ses beaux yeux bleus envoûtants, ce petit minois aux joues roses irrésistible… Et surtout cette peau pâle, qui contrastait étrangement avec la noirceur de ses cheveux. Mais on le trouvait charmante que quand c'était une enfant. Après, elle avait grandi, était devenue plus agressive, plus sûre d'elle, et on avait cessé de lui faire des compliments, trop choqué par cette franchise avec laquelle elle se comportait. C'était le bon temps.

La belle jeune fille soupira, et, assise en tailleur face au feu de camp brulant, se mit la tête dans le creux des bras. Elle aurait tout donné pour un dernier instant avec son père. Un instant en tête à tête, où elle aurait pu lui dire ce qu'elle voulait : combien elle l'aimait, combien il comptait pour elle, combien elle aurait apprécié qu'il la considère comme sa véritable fille. Combien il lui manquerait, quand il l'aura quitté.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, les larmes mouillèrent ses yeux azurs et coulèrent lentement sur ses joues fraîches, dégoulinant le long de son visage et mouillant les manches de sa tunique. Elle s'abandonna une nouvelle fois à la tristesse, silencieusement de peur que l'Elfe ne l'entende.

Elle savait qu'elle devait le tuer, mais ne le pouvait pas. Elle avait une dette envers lui : il l'avait sauvé des Orcs et autres viles créatures. Ils l'avaient prise par surprise, alors qu'elle ruminait de noires pensées. Une fléchette dans le dos, et elle avait perdu connaissance. Elle s'était ensuite réveillée dans les bras de son sauveur, qui, pour elle ne savait quelle raison, était venu la secourir. « S'il croit que je vais le pardonner, il se trompe lourdement », pensa-t-elle.

Elle le détestait du plus profond de son être. Mais alors, pourquoi pensait-elle autant à lui ? Pourquoi semblait-elle saisie d'une profonde mélancolie lorsqu'il s'absentait ne serait-ce qu'un instant ? Et surtout, pourquoi se demandait-elle constamment combien de temps ils allaient passer ensemble ?

Elle avait complètement abandonné l'espoir qu'un jour ils ne se parlent en amis, et même si cela lui pesait, elle n'était pas résolue à améliorer la situation. Il pouvait bien remuer ciel et terre pour obtenir ne serait-ce qu'une seule parole, ce n'est pas elle qui ferait le premier pas. Ils évitaient autant l'un que l'autre de laisser leurs yeux balader le visage de l'autre lorsqu'ils étaient tous deux réveillés, et se mordaient la langue pour ne pas laisser s'échapper une parole. De nombreuses fois, Lymia avait voulu remercier l'Elfe pour l'avoir sauvée, mais jamais le simple mot « merci » n'avait voulu franchir le seuil de ses lèvres pulpeuses. Elle s'en voulait pour cela, mais n'y pouvait rien.

Elle allait néanmoins essayer de changer, se promit-elle. Ils devraient chacun faire des efforts pour apprendre à cohabiter. Et c'est elle qui allait commencer, en remerciant, chose qu'elle ne faisait pas souvent. Sur ses bonnes résolutions, elle rejoignit sa couche, de l'autre côté du feu, celui opposé au beau blond, et s'endormit presque immédiatement, le visage baigné de la lueur de la source de chaleur. Oui, c'était décidé. Le lendemain, elle allait parler.