Bonjour à tous ! Ce chapitre a été écrit en écoutant « The Uruk-Hai », cinquième musique d'Howard Shore pour Les Deux Tours. Ma scène préférée ! (En plus Legolas est vraiment bien mis en valeur *yeux qui pétillent*)


Chapitre 6 : Un Prince pour une Princesse.


Le soleil venait à peine de se lever, et le Prince Legolas était déjà debout, s'affairant près du feu. Il avait décidé que ce serait sa dernière journée avec la mystérieuse inconnue, à moins que la situation ne change, et qu'elle se décide à parler. Il ne voulait la forcer : ce ne serait donc pas lui qui ferait le premier pas. De toute façon, elle l'ignorerait, alors, il valait mieux garder le silence.

Cela faisait un jour et une nuit qu'ils se partageaient le campement, et la situation n'était certainement pas prête de s'arranger... L'Elfe avait espéré une amélioration lorsqu'il l'avait sauvée, mais le mutisme avait vite recommencé.

Néanmoins, il ne pouvait se décider à partir. Il n'avait pas accompli toutes ces bravades pour rien. Il n'avait pas chevauché en dormant, mangé du lembas pendant presque une semaine sans descendre de cheval, épargné un Orc pour ne pas perdre la trace de cette femme, pour rien ! Il devait agir. Oui, agir… Ou au moins oser une parole… Mais il ne le pouvait pas, c'était au-dessus de ses forces.

La veille au soir, il avait chassé, avait préparé le repas, l'avait servie, et elle ne l'avait même pas remerciée. Jamais elle ne laisserait franchir un mot de sa jolie bouche rose pour lui. C'était peine perdue. De ce fait, il ne voulait pas s'acharner à faire des efforts. Il allait partir vers Minas Tirith afin de prévenir Aragorn du danger, puis repartirait à Fondcombe. Le Roi du Gondor se chargerait d'avertir Gimli et Gandalf, s'il le trouvait.

Legolas se leva, et saisit les deux bols dans lesquels lui et la jeune femme mangeaient en silence. Il y versa sa préparation, une simple infusion de quelques plantes aux vertus bienfaisantes connues uniquement de son peuple. Il posa celui de l'inconnue par terre, et entreprit de mélanger le sien. Trop concentré dans sa tâche et dans ses pensées, il ne vit pas la jeune femme se lever et venir s'assoir en face de lui, de l'autre côté du feu. Ils avaient chacun leur place attitrée, de chaque côté de ce dangereux brasier. Il ne releva la tête que lorsqu'elle toussa doucement, comme pour signifier sa présence. L'Elfe, surprit, prit son courage à deux mains et s'y agrippa fort avant de prononcer un petit « Bonjour ». Au même moment, la jeune femme ouvrit elle-aussi la bouche, et prononça le même simple mot qui allait devenir le symbole d'une future réconciliation. Ils se sourirent, comme de vieux amis, et prirent une petite gorgée du liquide.

– « C'est délicieux. » dit gentiment et timidement la jeune femme aux longs cheveux noirs.

Legolas, encore plus surprit que quelques instants auparavant, choisit ses mots avec précaution avant de lui répondre, sur un ton qu'il espérait sûr de lui :

- « Je vous remercie. C'est à vrai dire une recette très… Simple. »

La jeune femme lui sourit, et reprit une seconde gorgée.

– « C'est une infusion de plantes aromatiques, non ? »

– « Oui, c'est exact. C'est une infusion de plantes aromatiques connues des Elfes, qui a des vertus intéressantes. »

Legolas, gêné, ne voulait pas trop en dire. Autant laisser la jeune femme continuer à lui poser des questions que tout dévoiler d'un seul coup. Il ne voulait surtout pas que le silence ne se fasse de nouveau. Pour rien au monde.

Il aimait par dessus tout sa voix suave et envoûtante, qui le berçait comme un millier de chants Elfiques. Avec elle, il se sentait chez lui, et ne pouvait l'ignorer. Il était à sa place, il se sentait important. Important comme Aragorn. Aussi majestueux que lui, aussi déterminé. Aussi aimé… Non, il ne devait en aucun cas forcer la main à cette jeune femme, ou se faire de faux espoirs. Il était certes heureux d'avoir pu parler un minimum avec elle, mais il ne devait pas considérer qu'une amitié, ou pourquoi pas un amour, était envisageable.

Les deux campeurs finirent leur infusion en silence. On ne pouvait entendre que le faible cri des oiseaux au loin, et le vent qui soufflaient dans leurs cheveux, les faisant voler. Le Prince ne les avait pas attachés : ils volaient derrière lui, certaines mèches lui fouettant le visage. Et à ce moment précis, tout sembla se figer pour la belle Lymia. Une contrée déserte, le soleil se levant, et illuminant le paysage utopique qui s'offrait à ces yeux. Cette nature… Cet homme… Son cœur se serra, et une boule de tristesse se forma dans sa gorge. Et soudainement, elle sut que c'était enfin venu. Ce qu'elle attendait depuis toujours. L'amour. L'Amour. Il avait frappé là où elle ne s'y attendait pas, en cet homme dont elle souhaitait la mort, mais qu'elle ne pouvait résoudre à toucher. En cet homme qu'elle s'était interdit d'aimer… Elle ferma les yeux, comme pour repousser cette tristesse qui montait, et grandissait en elle.

Ils finirent leur repas en silence, chacun pensant à l'autre. Puis, l'Elfe blond s'apprêta à partir. Il posa son bol sur le sol, décroisa les jambes, quand la douce voix de la jeune femme le stoppa net. Il la dévisagea, éberlué, choqué, ne prenant pas conscience de ce qu'elle venait de lui demander.

– « Attendez. Je… Je ne connais même pas votre nom. »

Il déglutit difficilement, avant de lui répondre, d'une voix neutre :

– « Je suis Legolas, fils de Thranduil du Royaume Sylvestre. »

La jeune femme eut un mouvement de recul. Lui ? Legolas, du Royaume Sylvestre ? Un prince ? Elle le dévisagea, avant de répondre précipitamment.

– « Vous êtes… Le Prince Legolas ? »

– « Oui, c'est exact. Mais j'ai renié ce titre en quittant mon père pour Fondcombe. » Il marqua une pause courte, puis reprit, sur un ton qu'il voulait amusé : « Ainsi donc, vous vouliez me tuer sans savoir comment je me prénommais ? »

Il sourit à la jeune femme, afin de lui montrer que ce n'était pas un reproche, mais juste une « plaisanterie ». Quelle plaisanterie… Pathétique, pensa-t-il. L'inconnue lui répondit, sur un ton tout aussi amusé :

– « Et bien, je suppose que oui. Et je peux vous assurer que ce ne fut pas une tâche aisée. Partout où j'allais, je n'ai pu m'aider que du souvenir de votre description physique. »

– « Je vois. Et pour ma part, à qui ai-je l'honneur ? »

– « Je suis comme vous le savez, la fille de Théoden. Je me nomme Lymia. » Elle s'inclina dans une petite courbette ridicule avant de lui déclarer malicieusement, en souriant : « Enchantée. »

Devant le sourire de la jeune femme, Legolas crut mourir. Voir sa bouche si rose, si pulpeuse, se fendre en ce délicieux sourire, laissant apparaitre ses dents blanches parfaitement alignées… Et tout ceci rien que pour lui. Pour une fois, il ne devait pas se contenter d'observer du coin de l'œil les sourires que les dames faisaient à son ami, Aragorn. Pour une fois, c'est lui qui y avait droit. Et je n'en ai jamais vu de plus magnifique et étincelant, pensa-t-il.

Le beau blond rendit son geste à cette « Lymia », se sentant comme un idiot. Elle était si gracieuse, si douce d'abord, si belle. Et cette pensée ne fit qu'accroître son sentiment d'infériorité. Non, il ne devait pas penser des choses pareilles. Aragorn ne pensait pas à ça, lui, quand il voyait sa douce Arwen. Il ne pensait pas à ça, quand elle lui souriait. Il se sentait fort et aimé. Il se sentait comme un Roi. Majestueux et courageux, capable de gouverner son royaume. Capable de parcourir la terre entière si c'est pour celle qu'il aime. J'en prends bonne note, se dit Legolas, un jour ce sera moi qui ressentirai cela.

Cette femme ne le laissait pas indifférent, ça, il l'avait compris. Mais il était néanmoins dans une position très particulière : son père, Thranduil, avait besoin de lui à ses côtés, non seulement pour l'assister, mais aussi pour le consoler, le conseiller. Et il avait besoin d'une formation sur l'art de gouverner, au cas où un accident surviendrait. Mais à ça, il ne pouvait penser. De plus, cette femme, qui était à ses côtés, que deviendrait-elle, s'il la quittait ? Elle n'avait nulle part où aller, et lui, devrait très bientôt repartir. Il avait décidé de repousser sa décision, au vu de la situation, mais, un jour ou l'autre, il prendrait la route. Son pays lui manquait. Mais elle ? Reprendrai-t-elle sa terrible chasse à l'homme ? Et si un jour, elle revenait et l'égorgait dans son sommeil ? Ou si, encore pire, elle était capturée par les Orcs, sacrifiée ou bien encore engagée pour les venger ? Tant de scénarii possibles, tant de contraintes, de problèmes. Et pourtant, il devait faire un choix. Il décida de consacrer cette journée à réfléchir.

Les deux compagnons se saluèrent, et partirent ensuite chacun de leur côté. Ils s'étaient promis de rentrer avant bien avant le coucher du soleil, afin de pouvoir recueillir les aliments nécessaires à leur souper. Lymia s'était montrée très enthousiaste vis-à-vis de l'infusion que Legolas lui avait préparée le matin, et il s'était donc proposé de lui montrer quelles plantes choisir. « Après tout, si nous voulons cohabiter durablement, il faut que chacun y mette du sien ! » lui avait-il déclaré allègrement, et en regrettant immédiatement ces paroles. Mais la jeune femme l'avait bien pris, et avait acquiescé en se permettant un petit sourire discret.

L'après-midi passa à une vitesse fulgurante. Une après-midi où le Prince galopa sans s'arrêter, sans se retourner. Il avait besoin de sentir cette sensation vertigineuse qui le prenait quand il s'élançait à pleine vitesse avec sa monture. N'ayant senti aucune trace d'Orc, et étant tellement concentré sur son cheval, rien ne vint le déranger durant cette balade. Il oublia même de réfléchir à quelle décision prendre, et choisit donc, sur le chemin du retour, la plus simple : attendre. Attendre tranquillement, sans se préoccuper que le temps passe. C'est de cette manière qu'il avait enfin réussi à obtenir un sourire et une parole de la jeune femme, n'est-ce pas ? Donc, voilà. Décision prise.

Il retourna au campement, où Lymia l'attendait déjà, vêtue d'un pantalon vert. Le Prince l'admira, amusé. C'était en effet très rare de voir une femme sans robe, et encore plus dans une tenue camouflage en feuille.

– « Feuilles de chêne ? », demanda-t-il, une pointe d'ironie dans la voix.

– « Exact », répondit la jeune femme, « Vous connaissez peut-être les plantes aromatiques à merveille, mais moi, je confectionne les tenues discrètes à la perfection. »

– « Je vois ça », lui murmura le Prince, feignant l'admiration.

Ils se mirent tous deux à rire, et cela fit une nouvelle fois l'effet d'une flèche dans leur cœur. Puis, comme si de rien n'était, Legolas invita la jeune femme à monter sur son cheval. Celle-ci accepta. Impossible de dire si elle était honnête ou non dans ses émotions, ses paroles ou ses sensations, mais le blond ne voulait pas douter. Il voulait juste y croire. Il lança son destrier au trot jusqu'à l'endroit verdoyant qu'il avait repéré, et aida la belle à descendre. « Attention », lui murmura-t-il, quand il prit sa main.

Pendant près d'une heure, il lui montra les bonnes plantes, les mauvaises. Ils parlèrent, rirent ensemble, comme de bons amis. Oh, certes, une certaine gêne était présente au début, mais elle fut vite oubliée tellement les leçons du Prince était divertissantes. Lymia finit même par l'appeler : « Professeur Legolas ». Ce dernier rougit lorsqu'elle lui donna ce surnom en riant, mais bien vite il accepta son rôle et s'amusa à prendre un ton professoral. Puis, lorsqu'ils eurent épuisés tous les sujets de conversation, que la fraîcheur s'installait, et que le soleil fut bientôt couché, laissant place à une lune pleine et ronde, ils décidèrent enfin de rentrer. Quand ils furent au campement, ils s'affaissèrent tous les deux à préparer leur dîner, et trouvèrent cela délicieux. Et enfin, tous deux fatigués par ce brusque revirement de situation, ils s'endormirent, non sans s'être souhaité « Passez une bonne nuit » avant.

Le lendemain, un autre jour commencerait. Un jour qui apporterait lui-aussi son lot de surprises et de changements.