Bonjouuuur ! Merci à tous pour vos reviews, et je vous présente sans attendre le chapitre 8 !


Chapitre 8 : L'appel


Legolas… Oui, toi, Prince Legolas de la Forêt Noire. Tu n'ignores pas cet appel, n'est-ce pas ? Tu lui es sensible, tu le ressens dans chaque pore de ton corps. Alors pourquoi, au juste, ne le suis-tu pas ? Il était écrit que cette mouette devait te ramener à la mer, alors pourquoi n'y es-tu toujours pas ? Serait-ce… A cause de cette fille ? Aurait-elle ensorcelé ton cœur à tel point que tu me fuis ? Oserais-tu me renier, prince Legolas ? Oserais-tu te soustraire à ma volonté ? Tu ignores donc qui je suis ? Je suis, sache-le, la chose la plus dangereuse qu'il t'est permit de rencontrer durant ton périple. Je suis vengeresse, cruelle et impitoyable. Je suis La Mer, et tu me rejoindras, que tu le veuilles ou non. Ecoute cette musique doucereuse qui emplit ton âme, laisse tes jambes vagabonder à leur guise, ne réfléchis plus : agis. Rejoins-moi !

Le Prince Legolas se réveilla en sursaut, et sentit son estomac chavirer dans une nausée incontrôlable. Il s'allongea sur le dos, respirant profondément. Il avait fait un rêve pour le moins singulier. Un rêve ? Ou plutôt un cauchemar ? Il ne savait pas le dire précisément. Une chose était néanmoins sûre : l'appel de la mer se faisait de plus en plus pressant, comme si… Elle s'impatientait. Cette mouette, croisée il y a quelques jours, avait une nouvelle fois réveillé cette envie de s'enfuir, de s'évader de ce monde où rien plus rien ne le retenait. « Plus rien ? En es-tu sûr ? » lui susurra une petite voix à l'intérieur de lui-même. « Et elle ? »

L'Elfe tourna lentement la tête vers la jeune femme qui dormait à quelques pas de lui. Oui, exactement. Une chose, une seule, l'empêchait de partir vers les Terres Immortelles. Et cette chose, c'était elle. Cette jeune femme qui, effectivement, l'avait rendu capable de résister à cet appel. Elle, Lymia, la belle aux longs cheveux noirs et aux yeux plus purs, plus bleus que le ciel lui-même. A eux deux, ils avaient fait des progrès formidables dans leur relation. Elle n'essayait plus de le tuer, il ne s'enfermait plus dans son silence. Une sorte « d'amitié » était née. Hélas, le beau blond savait bien qu'un jour cette utopie devrait prendre fin. Oui, un beau jour il devrait lui conter la mort de son père, et cela ruinerait sûrement tous leurs efforts réciproques. Il devrait lui dire pour quelle raison il était parti à jamais, pour quelle raison elle ne le reverrait jamais, et dans quelles circonstances ce drame s'était produit. Et elle ne comprendrait pas, elle ne voudrait pas admettre que c'était pour la bonne cause, que c'était un héros, que son honneur était sauf, et qu'il pouvait à présent reposer dans une paix totale. Car, après tout, que savait-elle de lui ? Il l'avait renié. Elle ne le connaissait que très peu, voire pas du tout. Mais malgré cela, elle l'aimait du plus profond de son être, de son âme, de son cœur. Elle l'aimait autant qu'une fille puisse aimer son père. Et il devrait blesser ce petit cœur fragile, un jour ou l'autre. Et puis, il devrait partir. Mais pour aller où ? Les questions se mélangeaient dans son esprit, elles le rendaient littéralement fou.

A ce jour, le Prince savait que trois choix d'une importance capitale s'offraient à lui. Le premier, et le plus tentant, était de tout plaquer, et de partir rejoindre la mer, la mouette, les embruns. Tout abandonner, et partir. Quitter cette vie et ce dilemme dont il était la clé. Mais, bien sûr, cela lui était impossible : il ne pouvait pas abandonner la jeune femme qui lui tenait compagnie au milieu d'une forêt sombre, dans une région déserte et infestée d'Orques. Son honneur ne lui permettrait pas, il ne s'en pardonnerait jamais. Alors, même si cela lui coûtait énormément, Legolas bannit cette solution de son esprit.

Le deuxième choix était de tout avouer à la jeune femme, puis l'abandonner pour retourner vers les siens, vers son père, vers Mirkwood, et apprendre à gouverner son peuple en vue d'un éventuel danger. Et pourquoi pas, après qu'il eut apprit les bases, retourner s'établir à Fondcombe ? Il voyagera ensuite, tâchera de retrouver ses amis perdus : Aragorn, Faramir, Gandalf, Sam, Merry, Pippin, et bien sûr Gimli et Frodon. Cela faisait si longtemps qu'il ne les avait pas vus… Leur absence laissait comme un vide dans son cœur, comme une plaie béante qui ne s'était jamais refermée. Mais, encore une fois, cela équivaudrait à laisser la jeune femme seule.

Ensuite, dernière option, et celle qui lui semblait la moins avantageuse pour lui : raconter à Lymia la mort de son père, tenter de lui expliquer que c'était un héros. Subir sa colère, puis, lentement, tenter de renouer un lien fragile avec elle, ce qui n'était certainement pas gagné. Mais, au moins, il ne se qualifierait pas de « poltron », ou de « goujat ». Son honneur serait sauf, et il resterait plus longtemps avec elle, du moins si elle l'acceptait.

Entre ces deux options restantes, laquelle devait-il choisir ? Quelle était la meilleure ? Le blond se le demandait ardemment, quand un éclair de génie lui traversa l'esprit. Oui, pourquoi ne pas… Pourquoi ne pas combiner ces deux choix ? Il allait voyager avec elle, lui proposer un périple à travers les Terres du Milieu, et en chemin, lorsqu'ils seront tous deux plus proches, lui expliquer qu'il n'avait qu'une faible implication dans la mort de Théoden, et que c'en était de même pour ses amis. Les véritables responsables, c'était eux : les Orques, Gobelins, Uruk-Haï et autres créatures du mal. Les Nazguls, Sauron, Saroumane. L'Anneau. Revigoré, heureux d'avoir enfin trouvé un dénouement, il repoussa la veste qui le couvrait, et bondit sur ses jambes avec souplesse et sans bruit. Il jeta un coup d'œil attendri à la silhouette de la jeune femme, qui se soulevait au fur et à mesure de ses respirations. Il n'avait plus qu'à attendre qu'elle se réveille pour lui soumettre son idée.

Cela ne su tarder. Seulement quelques minutes après les réflexions intenses du jeune Prince, la belle endormie ouvrit les yeux. Legolas avait préparé une des infusions aux vertus apaisantes dont il avait le secret. Quand il l'entendit remuer, il osa un regard dans sa direction, et resta comme captivé devant son image, déjà si fraîche de bon matin. Elle se frotta les yeux, puis se redressa. Son regard capta celui du beau Prince, et elle osa un sourire timide en guise de bonjour.

- « Avez-vous bien dormi ? » Osa-t-il lui demander.
- « A merveille », répondit-elle un faible sourire éclairant encore son visage.
Elle se servit de cette 'soupe', et l'avala goulument. Le blond, lui n'avait pas faim, son estomac était trop noué pour qu'il puisse dire quelque chose. Il avait les yeux baissés vers le sol, et affichait un air soucieux. La jeune femme le remarqua et s'enquit :
- « Quelque chose ne va pas ? »
- « Oh, ce n'est rien, vraiment. J'ai juste une chose à vous demander, et vous avoue que je ne sais comment m'y prendre. Accepteriez-vous de m'écouter jusqu'à la fin ? »
- « Dites toujours », ria-t-elle, « Et je verrai bien si je vous laisse continuer ou non. »
- « Très bien… Alors, voyez-vous, cela fait un bon moment que nous campons ici, sans rien entreprendre de nouveau. Et, je vous le dis sans détour, l'aventure me manque. Je voudrais voir encore une fois La Cité Blanche. Et Mirkwood, aussi. Je veux revoir mon peuple, mes Terres, juste une fois. » Il s'interrompit. Voilà, c'était dit. Il guettait maintenant la réaction de la jeune humaine avec appréhension, et cette dernière ne se fit d'ailleurs pas attendre.
- « Pourquoi me demander la permission ? »
- « Parce que… J'aimerai que vous m'accompagniez. »
Les yeux de la jeune femme s'agrandirent sous l'effet de la surprise. Elle reprit, d'une voix hachée :
- « Mais… Pourquoi… Cela ? »
- « Lymia, je vous avoue avoir peur. Peur de vous laisser seul, peur qu'il vous arrive malheurs. Je m'en veux terriblement, vous savez. Savoir que vous êtes destinée à errer dans cette affreuse région parce que vous n'avez nulle part d'autre où aller… Et me dire que c'est en partie de ma faute, me dire que si je n'avais pas entraîné votre père dans cette horrible bataille, vous seriez à ses côtés… »
Elle lui coupa la parole.
- « Détrompez-vous, Legolas. Si vous n'étiez pas intervenu, cela serait revenu au même. Je ne serais plus à ses côtés, tout simplement parce qu'il serait encore ce… Ce… » Elle ne sembla pas trouver d'adjectif correct. « Ce MONSTRE, qui ne s'occupe même pas de son fils unique, et délaisse ceux qui l'aiment ! »
- « Je… »
- « Alors, même si, oui, vous êtes en partie responsable de sa mort, même si nous sommes théoriquement rivaux, j'accepte de faire ce voyage avec vous. Vous l'avez délivré de cet état dans lequel il était enchaîné. Cet homme, que je voyais assis dans son trône, le teint blafard, et qui ne semblait ne plus avoir cure de son peuple, n'était de toute façon plus vivant. Mais ça, je ne l'ai compris que très récemment. Alors je vous promets de ne plus vouloir attenter à votre vie, ni à celle de vos… Amis. Ah oui, une dernière chose, je pose une condition, une seule, à ce périple.»
- « Laquelle ? » S'enquit l'Elfe.
- « Nous passerons par Fondcombe, ainsi que le Rohan. »
Legolas était complètement éberlué. Voilà un dénouement auquel il ne s'attendait certainement pas. Mais, il en était heureux. Il offrit un sourire à cette jeune demoiselle, et lui déclara d'une voix enjouée :
- « Très bien ! Alors, qu'attendons-nous, au juste ? »
Ils rirent, et s'empressèrent de ramasser leurs affaires éparpillées un peu partout. Legolas siffla, et une monture blanche apparut. La jeune femme l'imita, et bientôt ils furent en selle, limitant leurs bagages à un sac que portait l'Elfe sur son dos.

Leur cape flottant derrière eux, leurs cheveux dans le vent, l'Elfe, accompagnée de la belle humaine, prenait la route pour Minas Tirith. Etant la destination qu'il jugeait la plus proche, nos deux compagnons avaient décidés de commencer par-là. Legolas était, pour la première fois depuis longtemps, complètement épanoui. Rien ne pouvait venir amputer son bonheur. Il allait revoir son cher Aragorn. Cette simple pensée lui procurait une sensation de bien-être, une chaleur grandissait dans son ventre, de l'excitation, de la joie mais aussi de l'empressement. Les quatorze jours prévus à cheval lui semblait plutôt être des années, même en compagnie de la belle Lymia.

Ils faisaient galoper leur monture toute la journée, et, vers la fin d'après-midi, les autorisaient à prendre le pas. C'était dans ces moments là que les deux jeunes gens partageaient une complicité des plus étonnantes. Ils riaient, ils parlaient sans s'arrêter. Aucun blanc dans leur conversation, dès qu'un sujet était épuisé, ils en retrouvaient directement un autre, et se lançaient dans des débats et des louanges passionnés. Ils firent route deux jours et une nuit sans s'arrêter, tant la fatigue ne trouvait de place pour s'installer. Néanmoins, les heures eurent raison d'eux, et, lorsque la deuxième nuit pointait, et que le premier éclat de lune se refléta sur leur chevelure, ils décidèrent d'un commun accord de s'arrêter pour se reposer.

Ils installèrent un campement en deux-en-trois mouvements. Legolas offrit sa cape à la jeune femme, afin qu'elle puisse se couvrir avec. Quant à lui, il s'aménagea un doux nit en feuilles et en herbes. Ils s'endormirent directement, bercés par les hululements des chouettes et autres volatiles nocturnes.

Le lendemain matin, alors que le soleil n'était même pas encore entièrement levé, ils étaient déjà debout et prêts à partir. Ils sifflèrent leur monture, qui arrivèrent de la même direction dans un trot confortable.
- « Arod, te voilà. » chuchota le blond à l'oreille de son cheval. Il lui flatta l'encolure d'un geste presque religieux, et monta sur son dos agilement.
La jeune femme observa ce curieux manège avec fascination, chose dont se rendit compte l'Elfe.
- « Qu'y a-t-il ? » s'enquit-il.
- « C'est que », répondit la jeune femme, « vous êtes vraiment très proche de lui… D'Arod, je veux dire. »
- « Ah, oui. » Il sourit. « Il m'a été offert par Eomer, votre cousin, dans le Riddermark. C'est un excellent cheval, et il me rappelle de nombreux souvenirs que je ne veux oublier. »
- « Je vois… »
- « Et votre jument, comment se nomme-t-elle ? »
La jeune femme eut un air confus. « Et bien, pour tout vous dire, je n'en sais rien. Je l'ai euh… Disons, 'empruntée' dans l'Ecurie du Rohan, et je ne connais pas son nom. De toute façon, elle est encore très jeune, et ne doit sûrement pas reconnaitre autre mot que 'pomme'. »
- « Raison de plus ! » s'écria Legolas « Vous ne pouvez monter une monture qui ne porte pas de nom ! »
- « Vous avez probablement raison. Mais que choisir ? »
- « Ceci, c'est à vous, et à vous seule d'en décider, Lymia. »
- « Très bien… Alors, que pensez-vous de Rydia ? »
Le Prince opina du chef. « Cela me plaît bien ! »

Et ils se remirent en route, bravant la fatigue et la faim qui se faisaient maintenant ressentir. Parfois, ils s'arrêtaient, et Legolas montrait à la belle les merveilles de la nature qui s'offraient à leurs yeux. Le reste de leur voyage se passa sans aucun évènement qui ne mérite d'être écrit, ils se contentèrent de discuter, rire et s'extasier devant les magnifiques paysages. Et enfin, ils arrivèrent devant une cité blanche, construite en hauteur sur le flanc d'une montagne. Ils mirent pied à terre, et pénétrèrent dans ce lieu où le cœur de Legolas avait si ardemment désiré retourner… Minas Tirith.