Chapitre 12

Je sentais son désir contre moi et je devinais que ce devait être douloureux et inconfortable.

-Edward ?

-Hum…

-Tu veux que je m'occupe de… de ton… me mis-je à bégayer.

Je le sentis rire dans mes cheveux alors que son emprise sur ma taille se fit plus forte.

-Bonne nuit Bella. Dit-il en riant.

-Bonne nuit Edward. Lui répondis-je décontenancée.

Je m'installai confortablement tout contre lui. Edward continuait à me caresser les cheveux et le dos, m'embrassant quelques fois le front. Je ne mis pas longtemps avant de glisser dans les bras de Morphée, un sourire gravé sur le visage. Mon corps était détendu suite à mon fabuleux orgasme. En un mot, j'étais heureuse.

°o°o°o°

J'étais bien. Détendue et paisible. Je sentais la chaleur du soleil sur mon corps encore alangui par le sommeil mais j'étais bien. Le souffle d'Edward balayait le creux de mon cou alors que ses lèvres telles un papillon se déposèrent sur mon épaule. Un sourire apparût sur mon visage. Je me sentais comme au paradis, j'avais l'impression que des ailes avaient poussé dans mon dos. La Bella morte de peur était bien loin, une Bella plus confiante l'avait remplacée et comptait bien rester.

Je me sentais femme et je n'arrivais toujours pas à croire à ce qu'il s'était passé la veille au soir. J'avais mis ma timidité de côté, tout comme ma peur, et j'avais avancé. J'avais demandé des conseils à Rosalie et Alice et je ne m'étais pas laissé submerger par mes craintes. J'avais pris le taureau par les cornes, j'avais réussi à me faire désirer d'Edward. J'avais insufflé du désir à cet homme et les actes qui en avaient découlé, étaient indescriptibles, les sensations extraordinaires…

Les mains d'Edward longeaient mes flancs, envoyant de nouvelles ondes électriques dans mon corps qui commençait à émerger des songes, revenant doucement à la vie, réceptif et désireux. Des frissons naquirent sur ma peau, mon cœur recommençant à battre puissamment dans ma poitrine et mon désir croissant encore et toujours. Edward continuait à embrasser mon épaule, remontant la courbe de mon cou pour finir au niveau de ce petit carré de peau situé derrière mon oreille, qui me faisait vibrer. Mes mains descendirent sur les siennes et je me mis à caresser son épiderme. Je sentis un sourire naitre sur ses lèvres alors qu'il continuait à me faire m'éveiller de la meilleure des façons. Mes doigts s'entremêlèrent aux siens et je les fis s'approcher de ma bouche. J'embrassai chacune de ses phalanges, remontant le creux de son poignet que je me mis à humer. Hum, l'odeur d'Edward… Rien que cela était un péché.

-Bonjour Bella. Susurra-t-il dans mon oreille, provoquant de nouveaux frissons.

-Bonjour Edward, soufflai-je sur sa peau.

Je me tournai vers lui. Chaque jour, j'étais surprise de l'attirance que je ressentais pour Edward. Je le trouvais toujours plus beau, j'éprouvais toujours une espèce de magnétisme entre nous. C'était même bien plus que de l'attirance depuis que nous avions commencé à nous connaitre. Ses yeux me fixaient, son sourire illuminant son visage encore marqué par le sommeil. Après l'étreinte que nous avions vécue, les émotions que j'avais étaient indescriptibles. J'étais heureuse. C'était la première fois depuis mon enlèvement que j'éprouvais ce genre d'émoi. Mon cœur battait fortement dans ma poitrine et tout cela parce que j'étais submergée par mes sentiments. L'émotion inconnue que je ne vivais qu'auprès d'Edward était si vive et si puissante que je sentais les larmes monter au coin de mes yeux.

Edward continua à caresser ma hanche faisant monter mon désir. Ses yeux étaient toujours plongés dans les miens. Mon cœur battait frénétiquement dans ma poitrine, l'émotion inconnue me bouleversant et continuant à enfler dans mon corps. Le regard d'Edward descendit sur mes lèvres avant de replonger dans mes yeux. J'avais envie de l'embrasser. Avant qu'il ne puisse amorcer un geste, je me penchai vers lui et posai mes lèvres sur les siennes. Notre baiser d'abord timide devint de plus en plus passionné à l'instar de mes sentiments qui grandissaient. J'avais toujours peur qu'Edward ne soit pas sincère, peut-être était-ce parce qu'il était le premier homme pour qui je ressentais des sentiments qui me dépassaient ? Peut-être était-ce parce que malgré le mal qu'il m'avait fait, il était l'être à qui je pardonnerais tout ? J'étais prête à aller de l'avant avec lui et seulement avec lui. Vous pourriez rire de moi ou me trouver insouciante voire naïve mais depuis que j'avais appris à le connaitre, je devenais de plus en plus dépendante de lui. Il y avait toujours une part d'ombre sur son passé mais malgré cela, je m'attachais à lui.

Ses mains se baladaient sur mon corps dénudé. La chaleur qui grandissait dans mon corps s'amplifiait toujours quand ses lèvres quittèrent ma bouche pour descendre le long de ma courbe de mon cou puis sur mon épaule. Mes mains inertes se logèrent dans ses cheveux, je voulais qu'Edward se fonde contre moi, que nos corps ne deviennent plus qu'un…

Alors qu'il remontait ses baisers et replongeait sur mes lèvres, j'entendis quelqu'un frapper à la porte de notre chambre. Edward continuait à m'embrasser et bien que je veuille me perdre dans notre baiser, je savais au fond de moi que notre instant était terminé. Je mis une partie de mes sentiments dans notre étreinte. Je ne savais pas encore de quelle nature ils étaient mais je voulais après notre nuit lui montrer son importance. Peut-être était-ce prématuré pour vous mais qu'importe. Sa langue dessina le contour mes lèvres et je lui donnai l'accès à ma bouche. Notre baiser était à la fois doux et puissant, Edward mettait autant que moi dans cet échange. On frappa de nouveau à la porte et je le sentis se reculer et mettre un terme à notre étreinte. Il se tourna vers la porte après s'être levé avant de reporter une dernière fois son regard sur moi. Un léger sourire se dessinait au coin de ses lèvres mais il n'atteignait pas ses yeux. Plus il prenait de la distance et plus son humeur s'assombrissait. Il redevenait l'Edward de nos débuts, sa posture était droite et froide, c'était comme s'il érigeait un mur avec l'extérieur.

-Qu'est-ce qu'il se passe Demetri ? demanda-t-il d'une voix calme et glaciale, sa colère à peine dissimulée.

-Monsieur Eleazar vous attend…

-Dis-lui que j'arrive tout de suite… Finit-il, son attitude s'était raidie en entendant les seules paroles de Demetri.

Je me demandais qui était cet Eleazar. La veille au téléphone, Edward s'était comporté comme à l'instant, il était redevenu le monstre et je commençais à supposer que ça avait un rapport avec son interlocuteur. Qui pouvait-il être cet Eleazar ? A voir combien ce nom affectait Edward, je ressentais déjà de l'appréhension à l'idée de le rencontrer…

Je n'avais entendu Edward ni fermer la porte, ni se préparer, tout ce dont je me souvins fut le contact de ses lèvres douces et chaudes sur mon front avant qu'il ne s'éloigne de nouveau de moi et qu'il ne sorte de la chambre.

°o°o°o°

Les jours qui nous séparaient du bal de Noël s'écoulèrent rapidement. Je passais toutes mes journées avec Alice et Rosalie, nos discussions alternant entre les futilités de cette soirée et celles concernant nos hommes. Elles m'avaient beaucoup questionnée sur ma soirée avec Edward et si enfin, j'avais fait le premier pas. Quand je leur avais dit comment s'était terminée notre soirée, elles avaient hurlé de joie et m'avaient encouragée à continuer sur cette voie. Je ne voyais Edward que lors des repas et lorsque nous étions tous deux dans notre chambre. Bien que mon envie de lui soit toujours là, nos caresses restaient timides et jamais il ne me poussait à aller plus avant. Je voulais pourtant d'avantage mais lorsque je commençais à aller plus loin, Edward me stoppait et cessait toute caresse et baiser. J'étais de nouveau frustrée mais cela n'était rien car même si nous avions intensifié nos étreintes, il n'aurait pas été avec moi. Il était distant depuis que cet Eleazar était venu. Je ne savais pas ce qu'il s'était produit mais il était redevenu distant aussi bien sur le plan physique qu'au niveau de nos conversations.

Le soir du bal arriva enfin. Toute la maisonnée Cullen était en effervescence. Des servantes dont j'ignorais encore l'existence m'avaient accaparée toute la journée dans la salle de bain d'Edward et cela juste pour l'étape coiffure et maquillage. J'avais l'impression d'être une poupée de porcelaine tant leurs gestes étaient prudents, c'était comme si elles avaient peur de me casser…

Peut-être qu'elles ont juste peur de la réaction d'Edward si tel était le cas…

Je doutais fortement des dires de ma conscience. Je commençais à connaitre Edward et j'avais l'espoir qu'il n'était pas violent avec les femmes. Pourtant… Une vision fugace de nos premiers jours ensemble me vint à l'esprit. Rectification. J'avais l'espoir que depuis qu'il s'ouvrait à moi, il ne brutalisait plus les femmes… Plongée dans mes pensées, je ne sentis pas leurs mains me dénuder, ni leurs gestes pour me vêtir d'une robe de soirée dont le tissu rouge sang semblait aussi fragile que la peau d'un nouveau né. Non, Edward ne pouvait pas être brutal envers les femmes… Je ne les vis pas s'éloigner, je n'entendis pas non plus ses pas se rapprochant de moi. Ce fut en sentant la chaleur de son corps dans mon dos, ses mains sur mes hanches que je sus qu'il était là.

-Tu es magnifique Bella. Susurra-t-il dans à mon oreille.

Mon corps répondit aussitôt et mon désir fit son apparition dans mes entrailles. J'étais faible face à lui. J'arrivai à lui pardonner tous les faux pas qu'il avait faits à nos débuts. Certes, ses punitions restaient gravées dans ma mémoire mais à l'heure d'aujourd'hui leurs traces commençaient à s'estomper… Je sentais ses yeux sur moi et alors que mon regard faisait face à mon reflet, je ne contemplais pas mon apparence, mais je me noyais dans son image. Je fus happée par la profondeur de ses émeraudes, par leur intensité. Ses mains prirent les miennes, ses doigts entrelaçant les miens. Elles parcoururent mon corps, son regard toujours plongé dans le mien.

-Regarde-toi Bella. Tu es si parfaite… Tes épaules paraissent si fragiles et pourtant tu es si forte, si courageuse. Tes clavicules me donnent envie de les dessiner avec ma langue, j'ai envie de te gouter et te faire vibrer…

Chaque parole était accompagnée par ses caresses. C'était comme s'il voulait augmenter l'effet que ses dires produisaient déjà sur moi.

-Tes seins sont si ronds, si parfaits pour mes mains comme s'ils y étaient destinés. Ta taille si fine. Ton ventre si plat que je rêve de voir grossir quand tu porteras mes enfants. Tes jambes si longues, je rêve de les parcourir de ma langue avant de pouvoir faire l'amour à ton sexe que j'imagine caché sous cette robe qui te va à ravir… Si je le pouvais, je t'enfermerais dans cette chambre et jamais je ne te laisserais en sortir. Si je le pouvais, nous n'irions pas à ce maudit bal, j'assouvirais mes désirs et ce, toute la nuit. Finit-il en embrassant le petit carré de peau situé derrière mon oreille, attisant un peu plus mon corps pour lui.

Mes yeux se fermèrent d'eux-mêmes alors queje penchais la tête contre son épaule, me laissant complètement aller contre lui. Ses baisers descendirent le long de mon cou, grignotant par moment ma peau, la léchant à d'autres. Des mots incohérents sortirent de ma bouche. Ce fut un bruit du côté de la porte qui nous sépara. Quand Edward s'éloigna de moi, je crus mourir de frustration. Cela faisait des jours qu'il n'avait pas été aussi entreprenant et je me mis à maudire l'être qui nous avait interrompus. Je n'entendis pas les paroles qui furent échangées tant j'étais en colère.

Edward revint à mes côtés et prit ma main, nous menant à l'extérieur de la chambre. Nous refîmes le même chemin que le jour où il m'avait menée voir les loups. Pourtant, je pouvais voir à chaque pas qui nous séparait de notre chambre que l'humeur d'Edward s'assombrissait et ce sans que je ne puisse rien y faire. Nous prîmes sa voiture et tout le trajet se passa ainsi. Il semblait perdu dans ses pensées, sa posture se rigidifiant à chaque kilomètre parcouru, ses mains se crispant sur le volant, ses mâchoires se resserraient, ses yeux se glaçant. Je n'aimais pas le voir s'éloigner ainsi de moi mais je ne savais pas quoi faire. Je tentais de lancer des conversations mais je n'obtenais aucune réponse de sa part, quelques grognements et encore. Au bout de quelques minutes, je lâchais prise et me tournais vers l'horizon, tentant de m'échapper de cet habitacle empli de tension. Le silence était oppressant et la forêt environnante formait comme deux murs où les ténèbres n'auraient aucun mal à m'engloutir de part et d'autre de la route. Je sentais une sorte d'angoisse grandir dans ma poitrine, elle n'était pas de la même nature que les fois précédentes. Je commençais à m'inquiéter pour lui, Edward.

Sans que je ne m'en rende compte, nous fûmes enfin arrivés. Alors qu'un portier m'aidait à m'extirper de la voiture, je pus voir que je n'avais plus affaire à l'Edward que je connaissais mais au monstre de nos débuts. Toute sa posture était froide, lointaine. Ses yeux si intenses étaient glacials, sombres bien loin de ceux que j'avais rencontrés dans le miroir…

-Excuse-moi Isabella mais il faut que je règle quelques petites affaires avant de pouvoir te rejoindre. Me dit-il d'une voix calme et posée, vide.

Je ne pus lui demander plus d'explications qu'il s'éloigna à grand pas vers l'entrée…

°o°o°o°

°°° Playlist: Blue October – Ugly Side °°°

POV Edward

Tout ce que j'étais avec Bella ne devait plus paraitre avant que mon ange et moi ne regagnions notre chambre. Lorsque je n'étais pas avec elle, je redevenais celui que je devais être. Ce soir, j'étais Edward Cullen et pas seulement Edward. Je regrettais de ne pas pouvoir passer la soirée avec Bella ou tout du moins le début du bal, mes engagements m'y obligeant mais je me promettais de me faire pardonner auprès d'elle…

I only want you to see Je ne veux que te faire voir
My favorite part of me Ma meilleure partie
And not my ugly side Et non mon mauvais coté
Not my ugly side Pas mon mauvais coté (*)

Plus je m'éloignais d'elle et plus je sentais mon cœur devenir de glace. Je renfermais mes émotions dans le coffre blindé qu'était devenu mon corps au fil des années…

So calm... and now it's dark Alors calmons-nous…car il fait noir maintenant
I look for you to light my heart Je te cherche pour que tu illumines mon coeur
I'm in between the moon and where you are Je suis entre la lune et là où tu es
I know... I can't be far Je sais… Je ne peux être loin (**)

°o°o°o°

POV Bella

Alice et Rosalie m'avaient rapidement rejointe alors que j'avais fait mon entrée seule. Seule. Je ne pouvais vous décrire l'émotion qui m'habitait. La déception. La colère. La peine. La rage. J'étais blessée et j'en voulais à Edward de m'avoir laissée ainsi. Jasper et Emmet nous avaient retrouvées. C'était la première fois que je passais un moment avec eux sans Edward, ni même Carlisle. Edward. Toutes mes pensées convergeaient vers lui. Je ne comprenais pas pourquoi il avait agi ainsi. Je me sentais rejetée. Peut-être était-ce exagéré comme réaction mais c'était ainsi…

-Et c'est à ce moment-là qu'Edward a reçu la plus belle correction de sa vie… Finit Jasper, les autres riant de son discours.

J'étais tellement absorbée par mes pensées que je n'avais pas entendu un traitre mot de ce que Jasper avait dit. Ce ne fut que lorsque j'entendis son prénom dans la conversation que j'avais prêté l'oreille à ses dires mais j'avais tout raté apparemment. Ils continuaient à rire. Je passais de visage en visage pour tenter de comprendre ce que j'avais manqué mais sans succès. Rosalie fut la première à se calmer et elle s'aperçut bien vite que je n'avais rien entendu de la conversation.

-Jasper, je crois qu'il va falloir que tu répètes ton histoire car Bella n'a rien entendu.

Jasper se tourna vers moi après avoir repris son souffle. Ses yeux gris perçants me dévisagèrent, un léger sourire apparut sur ses lèvres. Emmet continuait à rire de son côté, me lançant un coup de coude dans les côtes.

-Alors Bella au bois dormant faut se réveiller. Dit-il toujours en rigolant.

-Emmet, du calme. Déclara Jasper d'une voix posée. Alors Bella, quel passage as-tu manqué ?

-Euh tout… Balbutiai-je.

-Tu n'as pas à avoir peur de nous Bella, c'est pas nous qui allons te faire du mal. Alors où en étais-je… Avant qu'Edward ne soit l'iceberg que tu connais – quoique dernièrement son comportement ait quelque peu changé – il était un garçon turbulent et chahuteur. Il adorait les ennuis et il utilisait n'importe quelle ruse pour nous faire porter le chapeau à sa place sauf que là il était allé trop loin… On avait une gouvernante qui nous apprenait l'art des langues vivantes et bien sûr, on a dû apprendre à peu près tous les dialectes des pays européens…

-Dont l'allemand. Grimaça Emmet.

-Ouais l'allemand. Ajouta Jasper dans une grimace. On avait un chien – un berger allemand pour être exact – et il ne connaissait que l'allemand comme langue pour le faire obéir. Carlisle pensait que nous étions trop jeunes pour comprendre un tant soit peu cette langue de barbares si je puis dire (N/Potine : C'est vraiment pour toi Ness N/Magicvanille : je suis PTDR !) mais c'était sans compter sur Edward.

-L'enfoiré. Il ne lui en fallait pas beaucoup pour comprendre n'importe quelle leçon et la retenir. Gronda Emmet.

-Un beau jour où notre gouvernante voulait nous mettre une correction pour n'avoir pas fait ce qu'elle attendait de nous, Edward a lancé un ordre au chien et ce dernier s'est jeté gueule ouverte sur le postérieur de la vieille femme.

-Qui s'est retrouvée presque cul nu, à hurler qu'on lui vienne en aide, accrochée comme elle le pouvait aux branches d'un arbre. Elle était à quoi… Peut-être un mètre de la gueule du chien et elle était tellement – disons-le – imposante que la branche ployait sous son poids et elle se rapprochait du chien. Dit Emmet alors qu'il commençait à rire comme un perdu.

-Elle avait beau crier en allemand pour faire cesser le chien, ce qu'elle ne savait pas c'était qu'il n'obéissait qu'aux hommes. La branche a cassé et le berger allemand a juste eu le temps de s'éloigner pour ne pas finir écrasé sous le poids de la vieille femme.

-Tu veux dire la harpie. Rît Emmet.

-Enfin bref, disons que l'histoire se finit par une fracture du coccyx, une entorse à la cheville et un chapelet d'injures. Carlisle a été alerté par les cris et nous demandant des explications, ba la harpie a désigné Edward bien qu'il avait commencé à embobiner notre père. Bref, ses talents de persuasion faisaient peu de poids à ce moment-là. Finit Jasper.

Je me mis à rire avec eux. Je ne savais pas quand était la dernière fois où j'avais ri mais cela faisait bien longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi bien, voire libre. Je n'arrivais pas à imaginer Edward petit, insouciant et voyou comme Jasper et Emmet venaient de me le décrire. Cette image était si loin de celle qu'il m'avait montrée en arrivant ici. Mon rire s'éteignit aussi vite qu'il n'était apparu, mon humeur s'assombrissant en repensant à cet homme si sombre qui m'avait laissée à l'entrée.

La soirée continua ainsi. J'étais toujours entourée par Jasper, Emmet, Alice et Rosalie mais mon esprit était ailleurs. Bien sur j'écoutais leurs histoires et autres discussions et pourtant mon cœur n'y était pas. Je n'avais pas vu Edward depuis le début de la soirée. Je ne savais pas si c'était parce qu'il y avait trop de monde autour, ou bien parce qu'il n'était pas encore là, trop pris dans ses petites affaires. J'avais l'impression que le temps s'étirait et que jamais ce bal n'en finirait.

Jasper et Emmet continuaient à nous raconter des anecdotes de leur enfance. Mes yeux le cherchaient aussi discrètement que possible et enfin je le vis. Mon cœur s'emplit alors d'une émotion vive, c'était comme si j'avais retrouvé un sens à mon existence. Il était devenu le soleil autour duquel je gravitais. Edward était là. Il était entouré d'hommes, bien sûr habillés de costumes, mais seul lui comptait. Il était pour la première fois depuis que je le connaissais vêtu d'une chemise blanche. Il était si beau, je ne voyais que lui. Pourtant, je remarquai qu'il était toujours l'être froid comme à notre arrivée, sa posture en témoignait tout comme son regard noir. Je ne comprenais pas ce changement, comment pouvait-il être cet homme et être aussi celui que je connaissais ?

Je regardai tout autour de lui. Parmi les hommes qui l'entouraient, il y en avait un seul qui égalait sa prestance. Il était grand, brun, d'une élégance sans pareille, je pourrais même le qualifier de beau. Pourtant, sous cette apparence, je sentais qu'il se cachait quelque chose de laid, de dangereux même. Sous cette droiture, je pouvais distinguer la même froideur que chez Edward mais également une aura mauvaise et aussi noire que la nuit. Je n'arrivais pas à m'extraire de la contemplation de ce tableau qu'Edward et cet homme offrait. Ils étaient tout deux magnétiques dans leur dangerosité, dans leur hostilité.

J'élargis pourtant mon champ de vision et ce que je vis me fit ressentir comme un pincement au cœur, une colère sourde inondant mon cœur. Toutes les femmes de l'assistance étaient tournées comme moi vers le spectacle qu'Edward et cet homme montrait. Je les voyais se lécher les lèvres, leurs yeux grandis par la convoitise. Leurs corps étaient tournés vers eux – vers Lui – et cette vision me rendait malade. Il était à moi.

A MOI !

C'était la toute première fois que j'avais ce genre de pensées. Je devenais possessive envers Edward et pourtant cela n'expliquait pas cette rage que je ressentais au plus profond de mon être. Je voulais arracher les yeux de toutes ces femmes pour seulement les avoir posé leur sur lui. Il était mien.

J'observais de nouveau Edward et il semblait hermétique à leur attention et ma fureur me gagna avec d'autant plus de force. Ne pouvait-il pas tout simplement se soustraire à leurs regards ? Les repousser ? Ou montrer que j'étais là ? Non j'étais invisible et ce depuis le début de la soirée… Le pincement au niveau de mon cœur s'intensifia et je me sentis submergée par mes émotions. Mes larmes et sanglots commençaient à vouloir franchir la barrière de mes yeux et de ma gorge (j'enlèverais ce qui est en rouge pour alléger) et je dus me reprendre pour ne pas me donner en spectacle. Je m'excusai rapidement auprès de mes amies et de leurs compagnons et je me mis à marcher rapidement, cherchant aux alentours une cachette pour pouvoir me laisser aller à mon trouble.

Je ne savais quelle sensation était la plus forte. La rage ? La peine ? Ce sentiment qui commençait à me ronger et qui était responsable de tout ce chamboulement au niveau de mon cœur ? Je réussis enfin à trouver un lieu dans lequel je pourrais enfin me laisser aller. J'ouvris la porte et me trouvais dans les toilettes féminins, qui heureusement pour moi, étaient vides. Je m'enfermai dans une cabine et mes larmes commencèrent à se déverser sur mes joues. Je tentais de garder mes sanglots silencieux et y arrivais tant bien que mal. Je réprimai mon souffle quand j'entendis la porte des toilettes s'ouvrir et des talons aiguilles frapper le carrelage avec force. Des rires me parvinrent et je n'en reconnaissais aucun.

-Alors Tanya, où en es-tu avec Edward ? Il est particulièrement beau ce soir et si tu n'y vois pas d'inconvénient, je vais tenter de le faire revenir dans mon lit. Je me souviens encore de ses mains sur moi et ce n'est pas mon mari qui va réussir à me faire ressentir ce genre de feu… Déclara une voix mesquine.

-Ta gueule Irina ! Eddychou est à moi et rien qu'à moi. Je compte le faire revenir dans mes draps et pas que mes draps. Jamais plus tu n'auras mon Eddychouchounet (N/Potine : rien qu'écrire cela, j'ai la gerbe ! ). Ce n'est qu'un incident de parcours qui l'a fait venir dans ton lit. Ma pauvre chérie, Eddychou et moi c'est pour la vie. Répondit une voix nasillarde, que j'identifiais comme celle de Tanya.

-J'ai entendu dire qu'il allait bientôt se marier. Dit une troisième voix, froide et moqueuse.

-Jane, même sa femme ne l'empêchera pas de revenir entre mes cuisses. De tout de façon, je vais l'écraser comme une punaise cette gourde. Gronda la Tanya.

Je tentai de faire le moins de bruit possible en ouvrant un peu le battant de la cabine dans laquelle je m'étais cachée. Si j'avais éprouvé de la rage auparavant, je me mis à ressentir de la haine pour ces femmes. Edward et elles avaient eu des relations sexuelles ensemble et avec cette Tanya, à plusieurs reprises apparemment. Je la détestais, non pire que ça, je voulais la tuer. Jamais de ma vie, je n'avais eu ce genre d'envie, je voulais la torturer avant de pouvoir l'achever dans d'horribles souffrances. Mais mes envies de meurtre empirèrent avec ce qu'elles dirent par la suite…

-Hum, quand je repense au côté bestial d'Edward, hum… C'était fabuleux quand j'y pense. Pour une fois, je ne faisais pas l'étoile de mer, j'ai vraiment participé et je ne regrette vraiment pas. Quand il m'a prise contre le mur du couloir, mon mari étant dans les parages… Hum, rien que d'y penser j'en suis encore toute émoustillée. Dit Irina.

Des frissons apparurent sur ma peau et je mordis ma lèvre au sang pour m'empêcher de me jeter sur elle. Je ne savais pas ce qui était le plus terrible entre le fait d'entendre ces femmes parler des compétences d'Edward, n'ayant pour ma part presque rien vécu dans ses bras ou bien le fait que je sois impuissante dans tout cela ? Je le revoyais si distant dans la salle de bal, j'étais transparente devant lui et je ne savais même pas que ses anciennes amantes l'entouraient.

-Hum, vraiment il ne t'a prise que contre un mur d'un couloir. Commença cette Tanya de manière prétentieuse. S'il ne m'avait prise que contre un mur, mais bon… Il y a eu de nombreuses portes, mon lit, ma douche, contre ma fenêtre et j'en passe. Il a beau s'éloigner, il me revient toujours. Je sais que lui et moi, c'est pour la vie qu'il le veuille ou non. Il a beau s'être éloigné dernièrement et certes plus longtemps que les autres fois, il va me revenir j'en suis certaine. Finit-elle d'un ton sans appel.

J'ouvris un peu plus le battant, tout en me faisant le plus discrète possible. Des larmes continuaient à couler sur mon visage. Je ne savais pas si c'était toujours à cause de la peine que j'avais ressentie en venant ici ou si c'était de la colère. Je découvris alors le visage des trois femmes qui parlaient des exploits d'Edward. L'une d'elle avait les cheveux lisses, tirés dans un chignon sophistiqué et d'un blond platine. Une autre avait un chignon blond strict, tout comme l'ensemble de son visage et de son corps. La troisième était belle, très belle même, des jambes à n'en plus finir, des formes où il fallait, de longs cheveux bouclés, blonds avec des reflets fraise. Je m'en mis même à l'envier. Chacune d'entre elles avait une aura et je pouvais comprendre maintenant ce qu'Edward avait bien pu trouver à ces femmes, surtout la troisième.

-Dès ce soir, je vais le faire retourner dans mon lit les filles. N'essayez même pas de vous mettre en travers de ma route si vous ne voulez pas que je vous tue… Et je ne parle pas à la légère, vous le savez. Dit Tanya.

Si je ne l'avais pas vue de mes propres yeux, jamais je n'aurais cru que la troisième femme, si belle soit-elle soit Tanya. Sa beauté égalait sa vilénie et il allait me falloir me battre contre elle pour finir ma nuit avec Edward. Pourtant, j'étais loin d'être aussi attirante qu'elle et je ne comprenais pas ce qu'il pouvait d'ailleurs me trouver. Comparée à Tanya, j'étais le vilain petit canard et je me mis à rêver de devenir un cygne.

-Je vais lui demander une danse et je sais qu'il ne peut pas me refuser cela et après… Et après, je ne vais pas arrêter de l'allumer en touchant chaque endroit que je sais sensible. Croyez-moi sa femme a du souci à se faire… Finit-elle en ricanant.

Mes larmes continuaient de s'écraser sur mes joues et plus Tanya continuait à déblatérer tout ce qu'elle avait déjà fait à Edward et plus mon cœur se serrait, mon chagrin s'intensifiant. Jamais je ne pourrais rivaliser, elle avait tout connu avec lui et je crus mourir quand je l'entendis dire qu'elle était sa première fois. Je ne savais quel côté prédominait entre mon envie de meurtre ou celle de me terrer et disparaitre de la surface de la Terre.

Alors qu'elles se pomponnaient, elles continuaient de parler des prouesses d'Edward, de le décrire comme un Dieu et d'avouer leurs fantasmes avec lui. Mes nerfs étaient mis à rude épreuve tout comme mon self-control. Quand enfin elles sortirent, je ne me sentis pas m'effondrer et je me retrouvais bien vite au sol pleurant toutes les larmes de mon corps. J'étais en colère contre ces femmes qui le voulaient mais le sentiment prédominant que j'éprouvais c'était de la peine. Je n'étais pas en mesure de lutter… Je me mis à haïr Edward pour m'avoir mise dans cette situation. A l'heure qu'il était je serais peut-être dans les bras d'un homme sain à l'université, ou peut-être dans mon lit rêvant encore d'amour… Pourquoi n'étais-je pas une fille normale ? Pourquoi fallait-il que je sois aussi malchanceuse ?

Oui mais tu n'aurais pas connu Edward…

Justement. Même si plus le temps passait et plus je ressentais outre de l'attirance quelque chose d'extrêmement puissant, il me mettait dans une position délicate et dont je ne voulais pas. Je n'étais pas ces femmes, je n'établissais pas des stratagèmes pour le mettre dans mon lit – c'est l'hôpital qui se fout de la charité ma petite… toussa ma conscience – j'étais insignifiante. Edward avait beau me dire que j'étais parfaite, en les voyant je me mettais à douter de ses paroles. Surtout Tanya.

Il fallait que je me ressaisisse, si j'étais là c'était pour devenir sa femme. Je n'allais pas laisser la première blonde passer et me le prendre. Il fallait que je sois combative et que je sois plus maligne qu'elle mais comment ? Je me mis à écouter tout autour, il n'y avait personne. Je jetais un coup d'œil et je sortis de ma cachette. Je m'essuyai les yeux des dernières traces de larmes et me penchai vers l'évier pour me passer un peu d'eau pour les faire dégonfler. Je regardai mon reflet, je me reconnaissais à peine dans le miroir. Enfin si… Je voyais toujours la femme que j'avais vue dans le reflet de la salle de bain de notre chambre mais la tristesse que je percevais dans son regard était moindre comparée à la détermination que j'y voyais. D'un pas décidé, je me détournais et me jetais dans la fosse aux fauves.

Mes pas me rapprochaient des festivités, mais également de mes rivales et de lui. Au fond de mon cœur, j'étais toujours blessée et peinée mais je devais me montrer forte et surmonter tout cela. Je devais ériger une barrière pour que personne, surtout pas mes ennemies, ne voient mes faiblesses. Mes sentiments pour Edward me rendaient vulnérable, et il ne fallait surtout pas que ces femmes – notamment Tanya – voient une faille en moi et ne s'y engouffrent pour me faire plus de mal qu'elles ne l'avaient déjà fait.

Au loin, je voyais Alice et Rosalie avec leurs maris, leur humeur toujours aussi festive, illuminant cette soirée si pleine d'illusion et de méchanceté. Mon cœur était toujours serré dans ma poitrine mais à chaque pas que j'effectuais, je l'enfermais derrière un mur. Mes nerfs étaient toujours à fleur de peau mais il fallait que j'avance… Une nouvelle nervosité me gagna alors que j'étais happée par les rires de l'assistance, une drôle de sensation me possédant pendant que je me déplaçais à travers cette foule remplie d'hypocrisie. Je me mis à jeter des regards un peu partout autour de moi et je vis l'attention des hommes à mon encontre. J'aimais le regard d'Edward sur moi, voir celui d'hommes que je ne connaissais ni d'Eve, ni d'Adam en train d'analyser chacun de mes mouvements tels des prédateurs jaugeant leur proies mit à mal mes nouvelles résolutions. Comment faire face, comment s'isoler pour ne plus être atteinte, tout ce monde me regardant ?

Je vis au loin le buffet et l'alcool qui y trônait. Je n'étais pas accoutumée à ce genre de pratiques : « se donner du courage en buvant un verre de vin ou d'alcool » mais ce soir, j'étais prête à tout pour me sentir plus « à l'aise ». Les regards continuaient toujours à me suivre, je sentais même le chemin qu'ils parcouraient sur mon corps, des frissons apparaissant sur ma peau. Je pris au hasard le premier verre qui se présentait devant moi. Un goût légèrement acide et parfumé emplit ma bouche à l'instar du pétillant des bulles. Du champagne. J'avais toujours voulu goûter ce breuvage avant toute cette aventure et il fallait que ça arrive ce soir… Je ne pus me replonger d'avantage dans mes souvenirs douloureux et pourtant si bons de ce qu'était ma vie avant. Une sensation chaude caressa tout mon être. Le regard d'Edward. Je le sentais parcourir mon dos, faisant naître de nouveaux frissons sur mon épiderme. Bientôt je sentis son corps derrière moi alors que sa main se posait dans le creux de mes reins. Au fond de moi, je trouvais son attitude trop désinvolte surtout quand le souvenir de notre début de soirée était encore bien présent dans ma mémoire. Pourtant je ne pouvais rien dire, je ne devais rien dire. Il n'était pas l'Edward que je connaissais et que je commençais à apprécier, voire à aimer

Car oui, je me rendais compte que je me mettais à éprouver ce genre de choses pour lui. Comment expliquer sinon, les émotions que j'avais ressenties tout au long de cette soirée ? Cette peine, cette blessure et cette envie sourde de montrer qu'il m'appartenait…

-Isabella…

Je me tournai vers lui. Je ressentais toujours les mêmes sensations : cette implosion dans mon cœur, ma respiration qui se coupe, cette chaleur qui emplit tout mon être… Edward me jaugeait mais en gardant cette distance entre nous. Il restait cet homme que je ne reconnaissais plus, cet être abject qui m'avait fait peur, ce monstre qui m'avait fait me poser des questions sur ma santé mentale lorsque j'étais partagée entre les désirs charnels de mon corps et la prudence que me conseillait ma raison…

Alors que je me sentais happée par ses prunelles vertes, les paroles de Tanya me revinrent en pleine face : « Dès ce soir, je vais le faire retourner dans mon lit les filles », « Croyez-moi sa femme a du souci à se faire » ; tout cela tournait encore et encore dans ma tête. Je sentais le mur que j'avais tenté d'ériger depuis quelques minutes commencer à s'effriter. Il ne fallait pas que je pleure, je me mis à me répéter cela tel un mantra. J'arrivais tant bien que mal à ravaler les larmes que je sentais naître au coin de mes yeux alors que des sanglots silencieux obstruaient ma gorge. Je crus voir une légère lueur d'inquiétude teinter son regard mais je dus l'avoir rêvée tant elle était déplacée à cet instant précis, toute sa posture demeurant lointaine. Je me mis à mordre fortement mes joues, jusqu'au sang, pour combattre mes émotions et les mettre hors d'atteinte. Il n'était pas l'Edward que je connaissais et il était logique que je ne sois plus la Bella aimante et ouverte mais l'Isabella silencieuse et docile, celle qu'il avait voulu que je sois avant ses « changements ». Ma barrière qui avait semblé vouloir s'effondrer, ne fit que se renforcer alors que je me mis à carrer mes épaules et à me redresser. Je crus encore rêver quand une nouvelle lueur passa dans le regard d'Edward. Il me fallait être forte…

-J'aimerais te présenter quelqu'un si tu me le permets. Dit-il son regard toujours plongé dans le mien.

A voir comment il agissait, sa demande n'en était pas vraiment une. C'était un ordre. J'hochais la tête par obéissance et je me laissais guider par lui, sa main toujours dans le creux de mes reins. Je sentais les regards de tous sur nous. Si Bella aurait été touchée, Isabella ne l'était pas. Certes en mon fort intérieur, j'étais gênée, troublée encore par tous les évènements qui semblaient s'enchaîner depuis que je connaissais Edward mais il me fallait être forte…

Nous continuions notre progression sous l'attention de ces étrangers, de ces femmes que je savais désireuses de finir leur nuit avec lui, de ces hommes qui n'avaient cessé de m'épier depuis que j'étais sortie de mon refuge. Si j'avais laissé libre cours à mes émotions, j'aurais fui tant l'atmosphère qui nous entourait était pesante et insupportable. L'homme brun que j'avais remarqué plus tôt dans la soirée nous jaugeait avec une attention toute particulière alors qu'Edward et moi nous approchions de lui. Carlisle était à ses côtés, bien que je le trouvais intimidant dans le manoir Cullen, il n'en était rien à côté de son voisin. Plus je m'approchais d'eux et plus mon appréhension envahissait chaque cellule de mon corps et pourtant il me fallait tenir bon, rester silencieuse et m'écraser.

-Eleazar, je te présente Isabella. Isabella, Eleazar. Dit Edward, son regard dans celui de l'homme brun.

C'était donc lui, Eleazar. Je ne savais pas quel émoi me faisait éprouver cet homme. Elles étaient loin, bien loin de celles que je pouvais ressentir pour Edward, même celui de nos débuts et dont j'étais en présence encore maintenant. L'homme brun prit l'une de mes mains, se pencha vers moi et sans quitter mes yeux posa un léger baiser sur le dos de ma main. Je tentais tant bien que mal de garder ma peur à l'abri derrière mon rempart mais cet Eleazar me provoquait la chair de poule. Si j'avais eu peur d'Edward, ce n'était rien par rapport à la terreur que j'éprouvais en cet instant. Les convenances auraient voulu que je lui dise bonsoir mais j'avais l'impression qu'avec cet individu il valait mieux que je reste à ma place. Je me souvenais encore de la première gifle que j'avais reçue d'Edward, j'avais parlé sans sa permission. J'avais le pressentiment qu'avec cet Eleazar, il en serait de même voire pire, si je ne restais pas à ma place, je recevrais bien plus que tout ce qu'il avait pu me faire subir. Je lui adressai un léger sourire que j'espérais convainquant…

-Elle me semble charmante. Dit Eleazar tout en insistant sur le charmante. Tu me permets de te l'emprunter pour une danse mon cher Edward. Continua-t-il toujours en me regardant, son ton relevant plus de l'ordre que de l'interrogation.

Sa main était toujours sur la mienne, ses yeux m'observant. Toute cette attention me mettait mal à l'aise mais il me semblait que je n'avais pas le choix.

-Bien entendu Eleazar. Entendis-je Edward répondre.

J'aurais voulu le prier de me garder à son côté et ne pas me donner ainsi à cet homme si sombre. J'en serais même arrivée à le supplier. Je ne voulais pas avoir le moindre contact avec cet être que je devinais monstrueux. Je me sentais telle la brebis livrée en pâture aux loups, j'étais résignée et perdue. La main de mon cavalier me donna une impulsion pour que je lui fasse face, sa seconde main se logea dans le creux de mes reins, ma main glissa sur son épaule. Je faisais ses gestes d'instinct et je me laissais mener par mon compagnon, ne faisant rien pouvant le contrarier ou le gêner dans nos mouvements. Si cet homme ne m'avait pas fait si peur, peut-être aurais-je même trouvé cette danse agréable… Pourtant toute la situation s'empira encore quand il prit la parole…

-J'ai beaucoup entendu parler de toi, Isabella. En bien, certes mais qu'importe.

Si le début de la conversation aurait pu paraitre anodine, voire même flatteuse, le dernier mot qu'il prononçât mettait tout de suite les points sur les I. Si je n'avais pas eu dès l'instant où je l'avais rencontré ce mauvais pressentiment, j'aurais été surprise de ses paroles. Il n'allait pas être agréable et jamais je ne me serais doutée que j'étais bien loin de la vérité…

-Je vais être clair avec toi, Isabella. Je ne laisserai rien, ni personne – surtout pas une femme dans ton genre – se mettre entre moi et Edward. Il est le fils que je n'ai pas eu et j'ai de grands projets pour lui. Il a peut-être besoin d'une « femme » mais tu ne seras pas moins que des cuisses ouvertes pour lui, me suis-je bien fait comprendre ! Finit-il d'une voix dure, toute son apparence montrait pourtant une douceur et une complaisance qu'il était loin d'éprouver.

Mon cœur déjà malmené par la course effrénée qu'il courrait depuis ce début de soirée, se mit à battre de manière plus violente. Je sentais mes émotions forcer contre le barrage et je me sentais leur laisser toujours un peu plus de terrain et vaincre mes derniers excès de volonté. Il semblait que cet Eleazar n'en avait pas fini car un sourire apparut sur son visage.

-Tu n'es pas la première que j'oserais, si je puis dire, écarter de ma route. Quand je veux, j'ai. Retiens bien cela. Edward est à moi et il le sera toujours, comme le fils qu'il te donnera. Tu ne seras rien d'autre qu'un vagin pour la fornication de mon neveu et un ventre pour son enfant. Tu n'es rien d'autre Isabella, et tu ne seras rien d'autre. Dit-il, un rictus mauvais prenant place sur son visage.

Je me battais contre les larmes que je sentais monter au coin de mes yeux. Mon regard dériva au loin pour ne plus voir ce monstre abject qui me tenait dans ses bras. Je crus sombrer en voyant la scène qui se passait devant moi. Tanya dans les bras d'Edward. Mon chagrin qui n'avait jamais été loin depuis le début de la soirée m'engloutit, me faisant me noyer dans ma détresse. Tout était contre moi et ma haine envers le destin ne fit que s'amplifier. Pourquoi avait-il fallu que je me fasse enlever si c'était pour que je souffre autant ? Si cela n'était pas assez, il fallait que je tombe sur un bel homme à la personnalité troublante, à l'entourage plus que dangereux et malsain et que je m'éprenne de lui… Edward avec Tanya. Ils étaient si beaux ensemble et pourtant rien que cette vision me donnait envie de mourir. Pourquoi ? J'étais de nouveau blessée et en colère. J'étais faible… Mes larmes qui ne cessaient de grossir au coin de mes yeux se mirent sans le vouloir à couler sur mes joues. Je pouvais sentir le regard d'Eleazar sur moi et j'entendis même au bout d'un certain temps un léger rire sortir de sa poitrine. Je me tournais vers lui et le voir m'observer avec un sourire cruel sur son visage me glaça d'effroi.

-Tu pensais vraiment qu'il ne verrait aucune femme en dehors de toi. Tu es encore plus stupide que je ne pensais. Sois un tant soit peu intelligente. Edward est un homme très beau à ce qu'on dit, riche et talentueux. Tout le monde désirerait être à sa place et les femmes rêvent d'être dans ses bras. Il voyait déjà des femmes avant toi et il continuera d'en voir et ce sans que tu ne puisses intervenir. Je ne te laisserai pas prendre une place qui ne te revient pas Isabella. Tu seras certes sa femme mais comme je te l'ai déjà dit, tu ne seras qu'un corps… Tu ne l'éloigneras pas de moi et sache, que je te surveillerai. Dit-il toujours en nous faisant tournoyer.

Je me sentais noyée dans mes sentiments. Je ne savais pas lequel était le plus important. Peut-être mon chagrin mais la brulure sourde de la jalousie investissait à chaque seconde un peu plus mon cœur. Car oui, j'étais jalouse et ce, depuis le début de la soirée, depuis que j'avais surpris cette Tanya parler de ses projets et de ses souvenirs dans ses bras. Les paroles d'Edward avaient beau défiler dans mon esprit : « J'ai connu certes, les plaisirs de la chair mais je ne pourrais me rappeler le visage de ces femmes. Elles ne sont et ne seront que des corps que j'ai pris et que j'ai abusé. Avec toi, ce sera tellement différent Isabella. Crois-moi, ce sera différent… ». J'aurais aimé croire en cela mais je ne le pouvais pas, pas quand je le voyais présentement dans les bras d'une autre, d'elle – Tanya. Je le détestais, je les détestais tout comme l'homme qui me faisait danser. Il me fallait partir d'ici… Ma raison me disait d'attendre la fin de la danse mais mon cœur qui souffrait m'hurlait de m'éloigner. Je pris sur moi pour continuer à danser dans les bras de Satan bien que je me sente de plus en plus faible sous son emprise. Je craignais Eleazar et le fait de savoir qu'il allait me surveiller ne m'aidait guère. Les secondes semblaient s'éterniser et je continuais de virevolter avec le diable en personne. Chaque note de musique prolongeait mon agonie, mon combat de tous les instants pour que je ne tombe pas dans le trou noir qui m'attendait… Quand enfin les dernières notes se firent entendre et qu'Eleazar nous immobilisa sur la piste de danse, il me laissa m'éloigner non sans m'avoir une dernière fois adressé la parole :

-J'ai été très heureux de faire ta connaissance Isabella. Merci pour la danse, elle a été très instructive et délicieuse. Dit-il, son sourire cruel s'étirant sur ses lèvres.

Si je n'étais pas autant affectée par cette soirée et cette danse, j'aurais voulu lui faire ravaler ses paroles mais je ne le pouvais pas. D'abord parce que je devais rester cette femme soumise et silencieuse et deuxièmement parce que je n'étais pas en état pour le faire.

-J'espère te revoir très bientôt ma chère et j'espère également que tu m'offriras un spectacle tout aussi jouissif. Garde en mémoire que je te surveille et que si tu fais un seul geste qui me déplaise, je n'hésiterai pas à intervenir. Edward est plus important que tout. Rappelle-toi, tu n'es rien Isabella et tu resteras rien. Finit-il non sans se pencher sur une de mes mains et y poser un léger baiser, son regard toujours ancré dans le mien, son sourire gravé sur ses lèvres.

Dès qu'il eut fini de jouer avec moi, il me lâcha non sans me gratifier encore de son sourire mesquin. Il tourna bien vite le dos et repartit d'où il était venu. Je n'attendis pas plus avant de m'éloigner. Mes larmes coulèrent abondamment sur mes joues. Les sanglots, que j'avais tenté de dompter, sortirent de ma gorge nouée. Je me sentais mal, j'étais mal. Tout ce que j'avais pu entendre, tout ce qu'on avait pu me dire et me faire subir durant une seule soirée, c'était bien trop pour moi. Je ne savais pas où me menaient mes pas mais je voulais m'enfuir, partir assez loin afin que plus personne ne puisse me toucher ou me faire du mal. Eleazar, Edward, Tanya, … toutes ces personnes étaient bien trop pour moi. Si j'avais cru qu'Edward ait pu changer, toute cette mascarade m'avait bien montré que c'était faux.

Je me sentais d'autant plus blessée, mon cœur se craquelait de toute part et si j'avais pu j'aurais voulu disparaitre. Mes sanglots m'étouffaient alors qu'ils sortaient avec toujours plus de force de ma poitrine, comprimée de douleur et de chagrin. Je sentis bien vite des bras forts m'entourer. La panique refit surface, je ne reconnaissais pas l'odeur de l'homme qui m'étreignait. Je gesticulai avec violence – on aurait pu croire à une folle tant j'étais hystérique en cet instant – et pourtant l'étreinte ne faiblissait pas.

-Bella, calme-toi. Dit une voix que je connaissais mais que je n'arrivais pas à identifier tant j'étais perdue…

Je continuais à me débattre mais les bras maintenaient leur pression, je sentis d'ailleurs une impulsion qui me fit me retourner face à cet inconnu.

-Bella, c'est Jasper. S'il te plait, calme-toi. Tout va bien, tout ira bien… Me souffla-t-il dans l'oreille.

-Rien ne va et depuis le début… Pourquoi m'avoir enlevée, je n'ai jamais rien demandé ? Murmurais-je alors qu'un sanglot me déchirait la voix.

-Calme-toi Bella. Il ne t'arrivera rien, je te le promets.

-Comment pourrais-je te croire, chaque promesse faite ne vaut rien ? Chacune de vos paroles est fausse. Je ne veux plus rien entendre, laisse-moi Jasper. Je t'en prie, laisse-moi… dis-je d'une voix cassée tout en continuant à lutter dans ses bras.

-Non, je ne te laisserai pas Bella. Tu fais partie de la famille…

Je voulais lui cracher que jamais je ne voudrais en faire partie. Il continua pourtant à me parler doucement dans l'oreille, ses bras m'entourant toujours avec la même force.

-Ecoute, je sais que tu n'y es pas rentrée comme il aurait fallu. Notre rencontre n'aurait jamais du se passer ainsi mais je ne le regrette pas. Tu fais partie de la famille quoiqu'il se passe Bella. Je suis navré pour toi qu'Edward soit un tel imbécile et encore je reste poli. Si j'avais su, jamais je ne t'aurais laissée avec lui. Je ne regrette pas non plus d'avoir choisi Alice, elle me correspond, elle est mon âme sœur. Mais je regrette seulement de ne pas t'avoir laissé d'autre choix que d'être avec Edward. Je ne peux pas m'excuser pour les actes de mon frère mais sache que maintenant, tu n'es plus seule. Tu peux compter sur moi, Bella. Crois-moi, je t'en prie. Finit-il à bout de souffle, sa voix se faisant dure et grave.

Mes larmes continuaient de couler. Comment pouvais-je croire en ses paroles ? Lui, Jasper, un Cullen à qui j'avais parlé pour la première fois ce soir. Comment pouvais-je prendre pour parole d'or tout ce qu'il me disait alors qu'un autre – son frère en l'occurrence – m'avait déjà donné sa parole et l'avait bafouée ?

-Bella, si j'avais pu, je t'aurais protégée bien plus tôt des faits et gestes de mon frère et Emmet m'y aurait même aidé. On a bien vu avec les filles que ça ne se passait pas bien pour toi. On aurait vraiment dû intervenir plus tôt mais on ne pouvait rien faire. Eleazar vois-tu contrôle tout et il voulait te connaitre. Je ne sais pas ce qu'il a bien pu te dire pour te mettre dans cet état. Mais lui et Edward, disons qu'ils font partie d'une même entité. Edward, depuis tout petit suit l'exemple de notre oncle et on a rien pu faire pour l'empêcher. Fais-moi confiance, je te protègerai. Emmet et moi, nous te protègerons – je t'en fais le serment – mais il faut que tu me promettes de me parler à ton tour pour que nous puissions t'aider.

-Comment puis-je te faire confiance ? Soufflai-je tout bas.

-Ça, je ne sais pas. Tu peux seulement prendre ma parole comme argent comptant mais je ferai tout ce que je peux pour qu'il ne t'arrive plus rien. Je vais vraiment faire mon possible pour que tu me croies, pour que je te protège. Je ne peux que te dire cela, Bella. Ajouta-t-il tandis qu'une de ses mains me caressait le dos pour m'apaiser.

Mes sanglots commençaient à se calmer, mes larmes continuaient de couler silencieusement sur mes joues. J'en avais assez d'être faible. Je n'en pouvais plus de cette souffrance au fond de mon cœur. Je ne supportais plus de ce chagrin qui me terrassait, cet espoir déçu qui me tuait à petit feu. Jasper me disait de petits mots de réconfort dans l'oreille, sa main remontant le long de mon dos et glissant dans mes cheveux, me massant le cuir chevelu. Si je n'avais pas su ses sentiments pour Alice, j'aurais pu avoir peur de sa proximité mais je savais qu'il l'aimait, tout comme elle l'aimait en retour.

Mes larmes cessèrent, mon cœur encore souffrant se calmait dans ma poitrine, ma respiration redevenait paisible… Je me sentais mieux, je voulais aller mieux et Jasper m'y aidait. J'espérais vraiment qu'il pouvait m'aider, qu'il allait me protéger. Les paroles d'Eleazar, de Tanya continuaient à se répéter dans ma tête. Je ne pouvais pas être proche d'Edward sans que son oncle ne m'écrase et si j'étais trop lointaine avec lui, ma rivale allait en profiter pour me le voler. Je ne savais plus quoi faire. Si je le pouvais, je fuirais et laisserais ainsi Tanya gagner, je laisserais également la victoire à Eleazar puisque je ne serais plus là mais quelque chose m'en empêchait. C'était ce sentiment qui ne faisait que grandir en moi, qui ne cessait de croitre depuis que je connaissais Edward. Cette émotion m'était inconnue et pourtant elle me semblait familière. Elle n'avait pas encore de nom bien qu'une fois, au détour d'une conversation avec Rosalie et Alice, j'avais cru enfin pouvoir la nommer. Les filles m'avaient parlé d'amour. Etait-ce cela, l'amour ? Cette passion qui m'avait fait pardonner à Edward, qui me faisait vibrer quand j'étais proche de lui, cet émoi qui m'enflammait et qui pourtant me faisait aussi mal ce soir. Jasper continuait de me chuchoter des paroles réconfortantes dans l'oreille mais bientôt tout fut terminé…

-JASPER, ELOIGNE-TOI IMMEDIATEMENT D'ISABELLA ! s'exclama une voix dure et sombre, une voix que je reconnus aussitôt.

Des frissons parcoururent ma peau alors que la peur fit repartir mon cœur dans une course effrénée.

Edward.

(*) Refrain de la chanson Ugly Side de Blue October

(**) Dernier couplet et conclusion de cette même chanson…