Coucou tout le monde!

Alors voilà comme promis le troisième chapitre :).

Encore un tout grand merci à tout le monde pour vos reviews,ça me fait vraiment plaisir.

Bisous Bisous!


Roxas papillonna doucement des paupières avant de s'étirer comme un chat. Quand sa joue retomba mollement sur l'oreiller, il ne put retenir un soupir de frustration : alors tout ça n'était pas qu'un horrible cauchemar, il était véritablement en enfer. Il se redressa en passant une main dans sa chevelure ébouriffée : sa bouche était pâteuse, il avait mal à la tête mais au moins il était vivant. Pourquoi n'était-il pas encore réduit à l'état d'âme damnée, ça il n'en savait rien. Et il ne voulait d'ailleurs pas le savoir. Il ne voulait plus se poser de question, il avait encore plus mal à la tête après. Son regard encore à moitié embué de sommeil fit le tour de la pièce : il n'y avait rien ici à part un bureau, un lit et une lampe. Comme si la personne qui y avait toujours vécu était un fantôme.

L'ange eut tout à coup un mouvement de panique : s'il avait dormi dans ce lit, où avait dormi le seigneur des ténèbres ? Tout de même pas avec lui…n'est-ce pas ? Il retint une nausée en imaginant le corps du rouquin tout près de lui. Axel était le maître des enfers, le pire ennemi du paradis céleste, celui que tout le monde craignait, alors l'idée même d'avoir pu être en contact étroit avec lui le rendait étrangement mal à l'aise. S'il n'avait plus la sensation d'appartenir à sa communauté depuis bien longtemps, il n'était tout de même pas prêt à pactiser avec la race ennemie. Il serait alors vu comme un traitre et déchu de tous les pouvoirs que lui conférait son statut d'ange. Comme Sora l'avait été avant lui…A vrai dire, s'il répugnait appartenir à la race qui avait été responsable de la disparition de Sora, il affectionnait tout de même particulièrement les pouvoirs dont il était le possesseur.

C'était parfois très utile d'être capable de lire dans les pensées, tout comme ça l'était de faire des rêves prémonitoires. Ou pas. C'était une lame à double tranchant : ça pouvait être une force aussi bien qu'une faiblesse. Après tout, s'il n'avait pas vu quelle destinée attendait le paradis, et s'il n'en avait pas parlé à Naminé, peut-être n'aurait-il pas atterri dans cet endroit sinistre. Il aurait peut-être pu s'échapper. Il aurait retrouvé Sora et c'est ensemble qu'ils auraient protégé ce secret. Il savait pourtant qu'il n'aurait jamais dû en parler. Il se souvenait encore des paroles de Sora quand il lui avait dit qu'il souhaitait en faire part à leur cousine.

-A ta place je ne ferais pas ça, Roxas. Tu ne sais pas comment cette histoire va se terminer. Tu ne sais pas quelles foudres tu vas t'attirer en en parlant. Nous n'avons plus notre place ici, Roxas. Nous devons partit tant qu'il en est encore temps. Alors s'il te plaît viens avec moi, laissons-les régler cette histoire seuls.

-Mais si jamais le paradis est détruit, Sora, est-ce que tu y as pensé ?

-Eh bien c'est qu'il devait en être ainsi.

Au début il pensait qu'il avait raison, qu'il ne devait pas se mêler de cette histoire. Il avait voulu partir avec lui dans le troisième monde, celui des humains. Sora avait peut-être raison après tout, leur place n'était plus au paradis. Et puis Sora était parti sans lui, il l'avait laissé derrière sans tenir compte de ce qu'il pourrait ressentir, victime d'une telle trahison. Alors il avait tout raconté à Naminé. Ses visions, ses craintes, tout. Et il avait réellement cru que Naminé garderait ce secret pour elle, au début. Maintenant il savait qu'il ne pouvait plus faire confiance à personne, pas même à sa propre famille. Si Sora était parti, c'était en partie de sa faute à elle, parce qu'elle l'avait poussé à partir. Il haïssait sa race, plus que tout. Mais ce n'était pas une raison pour se rapprocher de l'ennemi. Jamais.

Ce n'est que lorsque son ventre se mit à grogner qu'il se demanda depuis combien de temps il était resté assis dans ce lit à penser. Il devait rapidement trouver quelque chose à se mettre sous la dent s'il ne voulait pas finir par mourir de faim. Il ne lui restait plus qu'à espérer qu'il y ait de la nourriture potable dans ce taudis…


-Crois-moi Axel, ce gosse ne pourrait que t'attirer des ennuis.

Le seigneur des enfers soupira comme la main de Saïx se glissait dans ses cheveux. A peine réveillé, son ami commençait déjà à l'embêter avec cette histoire. Il n'avait plus que ce sujet-là à la bouche : Roxas. Pour lui il n'y avait pas de doute possible : il fallait se débarrasser de l'ange au plus vite. Ils ne pouvaient pas se permettre d'accueillir un ennemi dans leur royaume sans en payer de lourdes conséquences, et le balafré semblait être persuadé que les problèmes viendraient bien plus vite que prévu. Voilà pourquoi il voulait à tout prix qu'Axel mette un terme à l'existence du blondinet.

-Laisse-moi m'occuper de Roxas comme je le veux.

-Roxas hein ? Depuis quand l'ennemi a-t-il un nom ?

-Ne recommence pas, Saïx.

Si Axel avait d'abord cru pouvoir trouver un peu de réconfort dans les bras de son ami, il avait vite déchanté quand, à peine passé le pas de la porte, il s'était jeté sur lui pour l'assaillir d'arguments en faveur de l'expulsion immédiate de l'ange. Il en avait assez que les autres essayent de régner à sa place ! Comme si cette situation n'était déjà pas assez difficile, il ne trouvait même pas un peu de soutien auprès de ses propres sujets, c'était tout de même incroyable ! Bien sûr qu'Axel savait que Roxas était un ennemi, bien sûr qu'il avait peur que son choix tourne en sa défaveur, mais il n'avait pas non plus envie de se débarrasser de lui. Roxas était un être mystérieux qui le fascinait sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. Mais il ne voulait pas s'occuper de son cas maintenant. C'était trop tôt.

-Où vas-tu ?

-J'ai des choses à faire.

-Comme trahir les tiens ?

Quand un grognement sourd sortit de la bouche du maître des enfers, et quand il le fusilla d'un regard noir, Saïx sut qu'il était préférable pour lui de se taire. Axel le considérait comme son ami, mais ça ne lui laissait tout de même pas le droit de lui parler sur ce ton. Saïx avait tendance à oublier qu'il restait malgré tout son supérieur et que, ni son amitié, ni la confiance qu'il lui accordait ne l'autorisait à se dresser contre lui. Axel ne supportait tout simplement pas que quelqu'un puisse mettre ses intentions en doute, surtout pas quand il s'agissait d'un ami proche comme Saïx.

Il s'extirpa des draps sans attendre, bien décidé à quitter cet endroit au plus vite. Même s'il refusait de l'avouer, il savait pertinemment que Roxas deviendrait rapidement un obstacle entre sa race et lui. Jamais personne ne comprendrait ni n'accepterait qu'il veuille laisser la vie sauve à un ennemi. Jamais. La rébellion était déjà en place, sans qu'il ne puisse rien faire pour calmer les tensions. La seule chose qui apaiserait les esprits serait la mort de Roxas, et il ne pouvait décidément pas se résoudre à cela. Il soupira quand la voix de Saïx s'éleva une dernière fois derrière lui :

-Si tu passes cette porte, Axel, tu auras fait ton choix.

Et il disparut, sans savoir que cet acte aurait un effet irréversible sur son ami. Il venait de le perdre à tout jamais.


-Je peux savoir ce que tu cherches, microbe ?

Roxas sursauta quand une voix rauque résonna dans la pièce. Il regrettait déjà amèrement d'avoir quitté le petit lit douillet dans lequel il avait passé la nuit : si Axel avait décidé de lui laisser la vie sauve pour le moment, il devait y en avoir plus d'un qui aurait donné cher pour avoir sa peau. Peut-être que s'il feignait ne rien avoir entendu et qu'il filait imperceptiblement vers la droite alors…raté. Sa seule issue était maintenant barrée par un gros malabar aux cheveux courts qui le regardait méchamment.

-Je…je cherchais les cuisines, bafouilla-t-il sans jamais oser le regarder en face.

Un rire cynique s'éleva tout autour de lui, le faisant légèrement frissonner malgré la température ambiante qui devait frôler les vingt-cinq degrés. Le spectre s'approcha de lui d'un pas lent et calculé, comme s'il appréciait particulièrement de lire l'angoisse dans son regard. Roxas le regardait approcher sans rien dire, persuadé qu'il était préférable pour lui de filer avant que la situation ne tourne au vinaigre, mais incapable de faire le moindre geste pour s'échapper. De toute façon, dans ce monde qui n'était pas le sien, il n'était pas de taille à rivaliser contre ses ennemis. Il était beaucoup moins rapide et bien moins fort qu'eux, il le savait. Il suffisait de se rappeler avec quelle facilité Axel l'avait collé contre le mur, lui qui était un des plus forts de sa race.

-Alors comme ça minus, tu as faim ? Demanda-t-il en se penchant exagérément vers lui.

-Oui…

-N'es-tu pas au courant qu'ici le petit déjeuner…c'est toi ?

Roxas déglutit difficilement quand le regard mauvais de l'homme se planta dans le sien, fuyant. C'était une blague, n'est-ce-pas ? Les démons ne mangeaient pas les anges ! Non, tout le monde l'aurait su au paradis, si c'était le cas…quoique les rares êtres qui avaient été faits prisonniers n'étaient jamais remontés au paradis pour le leur dire…et il n'y avait plus aucune victime qui était tombée entre leurs mains depuis des centaines d'années alors…peut-être avaient-ils innover une nouvelle torture qui consistait à réduire les anges à l'état de ragout ? Oh la la, il aurait vraiment mieux fait de ne jamais s'aventurer seul dans cet endroit obscur ! Si seulement il avait résisté à l'appel du ventre, il n'en serait pas là ! Sa gourmandise le perdrait un jour.

-Vexen te couperait la langue, s'il savait que tu as touché à ses échantillons.

-Je…je ne savais pas ce que c'était, je pensais que c'était comestible ! S'empressa-t-il de dire pour se défendre.

C'est vrai après tout, que faisaient des échantillons dans un réfrigérateur ? Roxas avait réellement pensé que c'était de la nourriture, et s'il n'avait pas été dérangé, il aurait bien été capable d'engloutir cette mixture gélatineuse qui ne lui inspirait pourtant pas confiance. Si seulement il avait su qu'il n'était pas dans les cuisines, il ne se serait certainement pas attardé ici !

-Comestible hein ? La seule chose comestible ici, c'est toi.

-Qu'est-ce que tu fais dans mon laboratoire, Lexaeus ?

Roxas pâlit quand un second démon pénétra dans la pièce, écartant sans plus de cérémonie le spectre de son passage. Il planta d'abord son regard sur lui et, quand il s'aperçut qu'il tenait un de ses précieux échantillons en main, i les rua sur lui pour le lui enlever. Roxas eut tout juste le temps de bondir en arrière avant de finir écrasé contre un mur, bloqué par une main de chaque côté de son visage. Sa respiration fut presque coupée par le choc et ses ailes devinrent douloureuses. Il avait remarqué que, depuis qu'il était en enfer, il était beaucoup plus fragile que lorsqu'il vivait au paradis. Comme si son corps tout entier subissait le changement de royaume. Et visiblement, il avait plutôt du mal à s'habituer.

-Je peux savoir ce que tu comptais faire de ça, siffla-t-il en pointant l'échantillon des yeux.

-Rien je…

-Il pensait que c'était de la bouffe, renchérit Lexaeus comme si c'était une information capitale.

C'était surtout une information essentielle pour le mettre dans un beau pétrin, pensa Roxas en essayant tant bien que mal de s'enfuir. Mais le scientifique ne semblait pas décidé à le laisser s'en aller si facilement. Au contraire, Roxas était persuadé qu'il ferait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Ses pensées se confirmèrent quand Vexen s'approcha un peu plus de lui en murmurant :

-Tu ferais mieux de surveiller tes arrières, ce serait tout de même dommage que je sois obligé de sacrifier une de mes nouvelles inventions pour te faire disparaître.

Quand Lexaeus et lui se mirent à glousser, Roxas s'imagina le pire des scénarios : peut-être que le scientifique fou comptait le transformer en démon, en spectre, en vampire, en loup-garou, en crapaud baveux, en centaure, en cafard,…bref, en toutes sortes de créatures immondes qui lui feraient regretter d'être venu au royaume des ténèbres. Finalement, ce n'était peut-être pas si mal d'être un ange. Un ange au moins, c'était mignon, capable de voler, de parler, de marcher, de courir et de raisonner correctement. Après réflexion, il n'était pas si mécontent que ça d'en être un, ça aurait pu être pire : il aurait pu être…un démon, par exemple. Rien que cette idée le fit grimacer.

-Toi aussi Vexen, tu ferais mieux de surveiller tes arrières, ce serait dommage que je sois obligé de sacrifier mon temps si précieux pour te punir.

-Seigneur Axel !

Roxas n'avait probablement jamais été aussi heureux de voir le seigneur des enfers en personne. Il était presque certain que les deux autres n'oseraient pas lui faire du mal en sa présence…ou du moins il l'espérait très fort ! Il poussa un long soupir de soulagement quand le scientifique le relâcha, et c'est presque instinctivement qu'il partit se réfugier derrière la longue silhouette du roux, lui arrachant un sourire. S'il n'avait pas eu aussi faim, il en aurait profité pour filer, mais il se disait que peut-être, Axel lui dirait où il pouvait trouver quelque chose à manger.

Si Lexaeus et Vexen s'étaient en apparence calmés, ils ne perdirent pas une minute pour demander des comptes à leur maître : ils voulaient savoir pourquoi il ne les avait pas laissé s'amuser un peu avec l'ennemi. Après tout, ce n'était pas très grave si l'ange était terrorisé…c'était tout ce qu'il méritait pour être venu les déranger chez eux ! Mais Axel eut vite fait de mettre un terme à ce petit manège, leur rappelant encore une fois qu'il n'avait pas à se justifier auprès d'eux. Il savait ce qu'il faisait et surtout, il n'avait besoin de l'autorisation de personne pour tolérer la présence de l'ange parmi eux. Et s'ils avaient encore une remarque à lui faire, il les attendait de pied ferme dans son bureau, mais il espérait pour eux qu'ils auraient alors d'autres arguments pour justifier leurs propos il en avait assez de toujours entendre la même chose.

-Viens avec moi, dit-il à l'attention de Roxas.

Et évidemment, le blondinet ne perdit pas une seconde pour le suivre. S'il avait à choisir entre le grand patron qui souhaitait visiblement le maintenir en vie encore un peu et deux sbires complètement à côté de la plaque qui voulaient le transformer en il ne savait quelle créature hideuse, son choix était vite fait.


Kairi caressa du bout des doigts la photo sur laquelle elle pouvait voir un Sora rayonnant de bonheur. C'était l'époque où ils ne se souciaient encore de rien : ni de la guerre, ni du pouvoir, ni des humains…L'époque où Kairi pouvait encore secrètement espérer que son ami se rendrait enfin compte des sentiments qu'elle nourrissait à son égard. Mais tous ses espoirs était mort comme il était arrivé, lui, cet humain ! L'âme de cet humain que Sora avait rencontrée dans le couloir des âmes et dont il était tombé éperdument amoureux. Un seul regard avait suffi. Et puis l'âme avait disparu, signe qu'il n'était pas encore l'heure pour l'humain de les rejoindre. Et Sora s'était morfondu pendant des jours. Il était devenu quelqu'un d'autre. Il avait changé. Kairi n'aimait pas le changement, ça lui faisait peur.

Tu es stupide Kairi, lui avait-il dit un jour, tu ne peux pas éviter que les choses changent. Toi aussi tu changes, tous les jours tu deviens quelqu'un d'autre. Moi je ne veux plus de cette vie-là, je sais qu'elle n'est pas faite pour moi. Je sais que ma place est ailleurs, je le sens. Celle de Roxas aussi.

Elle aurait voulu lui demander où était la sienne, parce qu'elle n'en était plus certaine. Elle s'était sentie horriblement trahie, quand Sora avait décidé de quitter le paradis, de renoncer à cette vie bénie pour le rejoindre lui, cet humain. Elle avait d'abord pensé que sa place était auprès de Naminé : la jeune fille avait toujours été la seule sur qui elle avait pu compter, quelle que soit la situation. Et puis Naminé avait trahi sa propre famille, en livrant Roxas à l'ange supérieur dans l'unique but de le sacrifier. Maintenant elle lui faisait peur, et Kairi n'était plus certaine que sa place soit auprès d'elle. Elle ne reconnaissait plus son amie, cette fille autrefois si douce et si souriante.

Tout le monde change, Kairi. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera plus tard. Et si toi tu ne changes pas, alors tu seras perdue.

Était-ce vraiment le problème ? Avait-elle oublié de changer avec les autres ? Elle avait pourtant l'impression d'être devenue une autre personne, depuis que Sora avait quitté le paradis. Elle avait tour à tour ressenti de la colère, de la haine, du dégoût, de la peur, de la tristesse, de la joie, de la confiance,…autant d'émotions qui avaient fait d'elle quelqu'un d'autre. Et pourtant elle n'avait toujours pas trouvé sa place. Alors où était-elle ? Ici, près de Naminé ? Dans le monde des humains, avec Sora ? Ou encore en enfer, auprès de Roxas ? Elle était perdue. Totalement perdue.

-Je voudrais que tout soit encore comme avant, murmura-t-elle en caressant une dernière fois la photo de Sora.


-Tu es totalement inconscient, gronda Axel, qu'est-ce qu'il t'a pris de t'aventurer seul dans mon royaume ?

Seul le silence lui répondit, comme depuis le début. Il avait ramené Roxas jusqu'à ses appartements et depuis, il était incapable de tirer quoique ce soit du jeune homme. L'ange resterait muet comme une carpe et garderait la tête obstinément baissée. Le maître des enfers soupira en se laissant tomber sur une chaise, face à Roxas. Il le regardait sans broncher, essayant vainement de déchiffrer les traits impassibles de son visage, mais le petit blond avait un talent inouï pour dissimuler ses émotions. Si bien qu'à l'instant même, Axel aurait bien été incapable de dire s'il était en colère, s'il avait peur ou si au contraire il aimait se moquer de lui comme ça. La seule chose qu'il savait, c'est qu'il n'appréciait pas ce comportement.

-Ce n'est pas parce que je tolère ta présence ici qu'il en est de même pour tout mon royaume. Au contraire. Sache qu'aucun d'eux n'hésitera une seconde avant de se débarrasser de toi. Et à ce moment-là je ne pourrai rien faire. Je ne pourrai pas toujours être derrière toi, tu comprends ?

Toujours rien. Si ça continuait comme ça, Axel allait exploser. S'il y avait bien une chose qu'il ne supportait pas – autre que de ne pas être respecté par ses sujets- c'était de ne pas être respecté par ses ennemis. Il acceptait d'héberger ce petit ingrat et lui en retour, il ne lui faisait même pas confiance. Bon d'accord, il venait peut-être de sous-entendre qu'il était fort probable qu'il soit réduit à l'état d'esclave avant la fin de la semaine, mais ce n'était tout de même pas de sa faute si ses démons ne pouvaient pas accepter qu'un ange dorme en enfer ! Après tout, ces êtres soit disant angéliques n'avaient jamais manqué une occasion de leur déclarer la guerre, ce n'était pas rien.

-Ne joue pas à ce petit jeu avec moi, s'énerva-t-il enfin.

Alors qu'il s'attendait à ce que Roxas ouvre la bouche, il entendit simplement un long grognement se répandre dans la pièce. Une minute plus tard, l'ange se tenait le ventre tandis que ses joues prenaient une jolie teinte foncée. Axel inclina la tête sur la droite en fronçant les sourcils.

-Tu as faim ? Demanda-t-il.

Mais son invité ne semblait pas décidé à lui répondre. Pas de problème, il saurait le faire parler.

-Roxas ?

Si la faim qui le tiraillait aurait presque pu faire parler le blond, il refusait cependant d'adresser la parole à son ennemi. Axel l'avait peut-être sauvé, mais ce n'était pas pour ça qu'il se laisserait embobiner. Il savait très bien que, si le seigneur des ténèbres le maintenait en vie, c'était uniquement parce qu'il espérait en tirer quelque chose. Et Roxas ne collaborerait pas, jamais. Même s'il sentait qu'il allait très bientôt mourir de faim, il refusait de se vendre !

-Et qu'est-ce que tu dirais si j'allais te chercher un bol de céréales, renchérit encore Axel en se penchant un peu plus vers lui, avec beaucoup de sucre ?

Roxas se retint presque de lui demander s'il pourrait aussi avoir un fruit, avec les céréales. Non non non, il ne devait pas penser à la nourriture ! Il ne devait pas s'imaginer le bol de céréales, non, ce n'était qu'un horrible stratagème pour le faire parler. Axel n'arriverait pas à le manipuler comme ça !

-A moins que tu préfères quelque chose de plus nourrissant : une omelette, peut-être ?

L'ange ignorait qu'il était possible d'avoir de tels plats en enfer ! Lui qui pensait que les démons se nourrissaient uniquement de chair fraîche et d'âmes damnées, il devait bien avouer que l'évocation d'une telle gastronomie le faisait saliver plus qu'il ne l'aurait souhaité. Une bonne omelette, avec une tranche de bacon et des petites mouillettes de pain ! Non, c'était une illusion, il ne devait pas y penser.

-Vraiment, tu ne veux rien ? D'accord, alors je suppose que tu ne verras pas d'inconvénient à ce que j'aille déjeuner, maintenant ?

Roxas releva enfin la tête : vraiment, Axel allait partir et le laisser mourir de faim ici ? Il ne pouvait tout de même pas faire ça ! Pourtant si, il semblait bien décidé à mettre son plan à exécution et lui il…il allait rester ici seul comme un crétin, tout ça parce qu'il n'avait pas voulu adresser la parole à son ennemi. C'était en soi bien stupide, il devait l'avouer. Peut-être pourrait-il faire une exception ? Juste cette fois…juste histoire de reprendre un peu de force. Oui, il devait bien pouvoir être capable de mettre sa rancune de côté pour répondre à l'appel de ventre. Après tout, il lui avait déjà parlé et…et Axel partait sans lui !

-Attends, murmura-t-il comme il le voyait déjà s'en aller, je veux bien une…une omelette.

-Avec du bacon ?

Roxas hocha la tête.

-Et du pain ?

Nouveau hochement de tête.

Axel ne put retenir un grand sourire : il avait gagné, Roxas avait parlé.

-Très bien, alors je t'amène ça. Attends-moi ici.

Quand il quitta la pièce, il se dit que tout n'était peut-être pas perdu : Roxas était un ennemi, mais le dialogue était encore possible…


Marluxia plissa les paupières : alors comme ça, il y avait un ange chez eux ? Enfin, c'est ce qu'il avait cru comprendre en épiant une conversation entre Larxène et Xaldin. Et visiblement, ses compères n'étaient pas ravis de l'avoir parmi eux. Bon, Marluxia n'aimait pas non plus l'idée de cohabiter avec l'ennemi, mais si le seigneur Axel avait décidé de le garder, c'est qu'il devait avoir une bonne raison. Peut-être qu'il comptait le rallier à sa cause ? Ou peut-être se servirait-il de lui comme otage pour faire capituler l'ennemi ? Oui, le seigneur Axel ne faisait jamais rien sans raison.

Et puis, s'il voyait le bon côté des choses, peut-être que l'ange était un adepte de la décoration intérieure : il pourrait alors l'aider à terminer la peinture de son énorme chambre ? Oui, pourquoi pas, il était temps pour lui d'aller aux nouvelles tout près de Vexen. C'était toujours un plaisir pour lui de bavarder un peu avec leur scientifique si sexy, même s'il ne comprenait pas la moitié de ce qu'il lui racontait !


-Tu aimes ?

Roxas hocha la tête.

-Tu peux me parler, tu sais.

L'ange délaissa un instant son omelette et le morceau croquant de bacon qui l'accompagnait pour planter son regard dans celui du seigneur des ténèbres. Lui parler ? Peut-être que oui, peut-être que non…après tout, si Axel ne s'était pas un minimum soucié de lui, il serait certainement encore en train d'errer en enfer à la recherche de quelque chose à se mettre sous la dent. S'il était encore en vie, et rien n'était moins sûr. Axel était assis en tailleur face à lui sur le matelas et il se débattait tant bien que mal avec les macaronis qui roulaient d'un bout à l'autre de son assiette à chaque fois qu'il tentait de les capturer. Mais pour le moment, il avait aussi laissé sa dégustation de côté pour reporter toute son attention sur lui, attendant certainement qu'il fasse le premier pas.

-Oui, c'est très bon, dit-il finalement d'une petite voix qui – pour une fois-, n'avait rien d'agressif.

Alors Axel sourit, satisfait de voir que l'ange avait enfin décidé de sortir de son mutisme : leur cohabitation se passerait certainement mieux s'ils pouvaient se parler. Tant pis si ça ne plaisait pas aux siens, lui voulait savoir quels mystères habitaient le petit blondinet qui avait atterri dans son royaume.

-Je ne savais pas que les anges avaient si bon appétit, ajouta-t-il en voyant l'assiette déjà presque vide de Roxas.

Roxas rougit : il détestait être observé de la sorte, et savoir qu'il devait ce repas à son pire ennemi le mettait encore un peu plus mal à l'aise.

-Tu es mignon quand tu rougis.

Encore un peu et l'ange se serait étouffé avec la dernière bouchée qu'il venait d'avaler de travers : non mais qu'est-ce qu'il prenait à Axel de lui parler de la sorte ? Surtout que le seigneur des enfers n'avait pas l'air gêné du tout. Il se contentait de le fixer en terminant son assiette, son éternel sourire en coin collé aux lèvres. Roxas détourna le regard, tentant désespérément de se changer les idées. Il aurait tout donné pour être ailleurs : n'importe où mais pas dans cette chambre, pas avec lui. Surtout pas avec Axel. Encore moins quand il le regardait comme ça.

-Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.

-Je ne suis pas mal à l'aise !

Roxas rougit encore, et Axel sourit de plus belle : il adorait le provoquer pour l'obliger à parler. Il constatait avec un certain plaisir que l'ange avait autant de fierté que lui, il n'aimait pas être pris en faute. Au moins, ça leur faisait un point commun. Ils n'étaient peut-être pas si différents en fin de compte.


-Bien sûr que c'est vrai ! Un sale gosse pas plus haut que trois pommes ! Et ce nabot a osé trifouiller dans mes échantillons ! Notre seigneur Axel n'a même pas cru bon de lui en tenir rigueur. Si j'avais eu le choix, crois-moi qu'il ne serait pas sorti d'ici sans avoir subi quelques petites modifications !

Marluxia gloussa : Vexen était vraiment en rogne contre leur maître et son –apparemment- nouveau petit protégé. En rogne, c'était un euphémisme : si Vexen en avait eu l'occasion, il aurait traqué l'ange jusqu'à obtenir vengeance. Il lui aurait fait subir les pires tortures possibles et imaginables en enfer. Il avait d'ailleurs beaucoup de chances d'être sorti de son laboratoire en un seul morceau, le scientifique n'était généralement pas un tendre avec celles et ceux qui osaient s'approcher de ses instruments à moins de deux mètres.

-Tu n'as plus d'échantillon, alors ?

-Si ! Par chance j'ai réussi à le récupérer avant que ce petit inconscient ne le détruise. Notre plan est encore possible.

Marluxia eut alors un sourire satisfait : ils avaient encore une chance de voir leur rêve aboutir. Petit à petit, quelques spectres et démons en avaient eu assez de vivre dans cet endroit glauque, sous les ordres d'un seigneur invisible, si bien qu'ils avaient développé un désir de vivre ailleurs. Axel n'en savait rien, évidemment, il les aurait sévèrement punis s'il avait seulement su ce qui se tramait dans son royaume, mais ils avaient bon espoir de réussir à se libérer de cette prison. Grâce à Vexen et ses talents scientifiques.

-Est-ce que je t'ai déjà dit à quel point tu étais génial, Vexichou ?

-Oui, mais c'est le genre de compliments que j'aime entendre.

-Tu es génial !

Que n'aurait-il pas fait pour son petit Vexen si sexy ?


-Alors comme ça ils t'ont sacrifié ?

Axel serra les poings, incapable de croire une telle chose. Il avait donc raison, Roxas avait été trahi. Et, même si l'ange avait refusé de tout lui expliquer en détails, il savait que cette trahison le faisait beaucoup souffrir. Certainement plus qu'il n'acceptait de l'avouer.

-Oui…

-Comment ont-ils pu faire une chose pareille ?

Lorsque le poing du seigneur des ténèbres s'écrasa contre son bureau, Roxas sursauta. Il ne comprenait pas pourquoi Axel prenait cette affaire tellement à cœur : il ne faisait pas partie de sa communauté, pourtant. Roxas ignorait même pourquoi il lui avait raconté tout ça, la seule chose qu'il savait, c'est qu'Axel lui avait posé une série de questions auxquelles il avait répondu, jusqu'à finalement lui avouer qu'il avait été sacrifié par sa race. Il ne lui avait pas dit pourquoi, ni comment, simplement qu'il s'était retrouvé ici volontairement.

-Ne t'inquiète plus de rien, je m'occupe de tout, dit-il finalement en rejoignant son bureau.

Roxas le dévisagea un instant, ne comprenant visiblement pas pourquoi il lui disait tout ça. Qu'est-ce que c'était encore que cet élan de sympathie ? Un piège, une ruse pour mieux le rallier à son clan ? Si c'était le cas, Roxas n'était pas prêt à se laisser duper si facilement. Si Axel pensait réellement qu'il avait déjà gagné la partie, il se trompait.

Ce que l'ange ignorait, c'est que le maître des enfers était réellement en colère contre ceux qui se disaient sans cesse supérieurs. Pour lui tout était clair dans son esprit : si Roxas avait été trahi par les siens, ça ne faisait plus de lui un ange. Bien sûr, ça ne voulait pas non plus dire qu'il était un des leurs, mais au moins il n'était plus officiellement un ennemi. Il pouvait donc lui permettre de rester ici, le temps qu'il se remette de ses émotions. Car si Roxas voulait montrer qu'il était fort et détaché, Axel savait que ce n'était pas le cas. Et il ne permettrait pas qu'il souffre plus. Roxas resterait ici, avec eux, et il l'aiderait à se venger des siens, il en faisait la promesse.


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