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C'était son pays et pourtant elle ne s'y sentait plus à sa place, entre un père qui l'ignorait, des ex-collègues qui la regardaient de haut, le sentiment de malaise qui la saisissait chaque fois qu'elle franchissait les portes du siège du Mossad ou de la demeure familiale. Ce sentiment d'être en complet décalage, de ne plus faire partie d'un tout, de tout juste tenir le rôle d'une simple figurante.
Et puis Lui n'était plus là.
Et ça ça faisait toute la différence.
Dans chaque souvenir qui lui revenait en mémoire il était présent, il en était le principal acteur. Calme, fort, posé, aimant, souriant, fraternel.
Le seul à l'avoir jamais comprise, à l'avoir soutenue quelle que soit ses décisions et à parfois en payer le prix fort, à l'avoir considérée comme un être humain et non comme une arme en devenir pour une cause plus grande que tout, selon Abba.
Il avait été là pour pleurer avec elle, pour la consoler, pour partager ses joies, pour écouter ses incertitudes, pour dissiper ses peurs.
Il avait été là.
Et il n'y était plus.
Et personne n'avait comblé la place laissée vacante depuis.
Même si c'était se voiler la face, jouer du pipo.
Car Lui, le deuxième Lui, Tony, le pouvait et à n'en pas doutait le voulait. Pas de la même façon et avec une finalité différente mais il lui avait à maintes reprises fait comprendre, de façon et détournée, à quelle point elle lui était précieuse et qu'il était là en cas de besoin. C'est uniquement elle qui s'y opposait, elle qui refusait de le laisser entrer, qui lui interdisait l'accès à sa personne.
Lui numéro deux, si semblable au numéro un que ça en était troublant. Perturbant. Et infiniment douloureux.
Ari et Tony. Tony et Ari.
Deux enfants forcés de grandir bien trop vite, bien trop violemment. Et seul. Terriblement seul. Rejetés par les adultes dont le rôle était pourtant de les protéger, de les aimer. Ces mêmes adultes qui se manifestaient à leur bon souvenir que lorsque les circonstances le nécessitaient, comme un gala ou un dîner entre partenaires commerciaux, ou pour éduquer une demi-sœur qu'il connaissait à peine, pour devenir expert en infiltration pour peu que plus tard on ait une organisation terroriste à infiltrer. Deux enfants ayant perdu leur mère très jeune, l'un pour la bouteille et les paradis artificiels, l'autre par la main même d'un père cruel et opportuniste aux desseins surdimensionnés. Et au final deux pions que l'on parade tels des soldats de plomb et dont la seule fonction est de bien-paraître et d'obéir.
Ce qui laisse place à deux adultes en quête de reconnaissance paternelle, leur géniteur ou quelqu'un arborant cette image, cette dimension. Deux individus prêts à la moindre concession, à une soumission presque-totale, acceptant les brimades et les remarques acerbes et douloureuses, les remontrances et les coups de gueule, les coups physiques aussi, qu'ils soient portés derrière la tête ou ailleurs, tout ça dans l'espoir de gagner un brin d'estime et de reconnaissance, vœux parfaitement illusoire pour numéro un et pour le moins difficile pour numéro deux.
Cette crainte farouche de l'échec, celle de décevoir, de se voir une nouvelle fois rejeté, oublié, maltraité, aussi exécutent-ils les ordres et les tâches ingrates sans même protester ou contester, sans poser ces questions pour le moins justifiées qu'ils ont parfois sur le bout de la langue. Toutes ces remarques et ces interrogations qui restent dans le noir, ces avis non partagés, ces pensées non-communiquées, ces arguments non-débattus.
Ce qui laisse place au masque, celui qui dissimule toutes ces opinions et positions étouffées dans leur nid, celui qui les fait passer pour ce qu'ils ne sont pas, qui ne les rend pas meilleurs ou plus compétant, non, juste différent, et quasi-inatteignable. Quasi étant le mot à souligner. Ne pas montrer que eux aussi peuvent être blessés et démunis et perdus et bouleversés et même parfois enragés au point de se cabrer et de ruer.
Mais non.
Ari et son masque d'imperturbabilité, cette calme indifférence qui le faisait paraître glacial, et dangereux. La façon qu'il avait de se replier et d'observer tel un homme de l'ombre. Cette façon de laisser croire que rien ne le touchait, rien ne l'atteignait, totalement détaché.
Et Tony, avec son comportement gamin et insouciant, ses blagues et ses plaisanteries à deux shillings, qui le rendait inconstant aux yeux des autres, immature, inconsistant, qui le faisait paraître faible et peu fiable. Ces masques qui dissimulaient la nature passionné et altruiste de leur propriétaire.
Ces masques qui couvrent le vent de révolte qu'elle put autrefois voir dans les yeux de Ari et peut encore aujourd'hui ressentir chez Tony quand certaines circonstances sont réunies. Des hommes ombrageux et dangereux. Déterminés aussi. Qui n'hésiteraient pas une seconde à tuer si le besoin s'en faisait sentir, rectification, qui l'avaient fait par le passé. Lorsque quelqu'un qu'ils aimaient était en danger ou leur bonheur menacé. Apparaissait alors leur plus grande faiblesse, bien que son père parlerait de force: l'absence totale d'auto préservation. Une abnégation sans limite qui les faisait systématiquement placer leur proche avant leur propre bien-être, avant leur propre santé. Qui les faisait prendre des décisions extrêmes juste pour mettre ces personnes en sureté. Ce goût pour le tragique, pour le sacrifice ultime. Tuer ou être tuer, du pareil au même.
Et ces masques qui cachent tout cela, ce visage que l'on change selon les convenances, en fonction des situations, même s'il reste toujours ces yeux, ces miroirs de l'âme, que l'on ne peut entièrement falsifiés, traitre qu'ils sont. Des yeux rusés, intelligents, terriblement démonstratifs et révélateurs lorsque comme elle on sait comment les regarder, on sait quoi y rechercher.
Et tous ces non-dits. Les dissimulations de l'un, derrière une attitude espiègle et fantasque, les réponses sibyllines ou détournées, cette direction renseignée maladroitement, distraitement quand c'est pourtant le son sens opposé que l'on s'apprête à prendre. Et les mensonges de l'autre, ces mensonges si bien construits et érigés que l'auteur finit lui-même par y croire, par perte de repères, par le besoin illusoire de se raccrocher à quelque chose de concret devant lui quand tout le reste est perdu de vue. Ces mensonges qui finissent par vous fourvoyer, par vous faire vous tromper d'ennemis, par trahir votre famille, et surtout vous-même.
Et le langage. L'un était silencieux, presque mutique dirait certain, mais lorsqu'il ouvrait la bouche c'était pour déclamer une vérité que tous refusaient de voir, pour parler vrai quand le faux était en position de supériorité, pour ouvrir les yeux et les consciences, pour redonner la part à l'humain et non à une idéologie technico-logistique. L'autre par contre était intarissable, remplissant chaque minute de chaque jour d'un babillage incessant et énervant, une vrai torture, il parlait, parlait, parlait. Pour au final ne rien dire. Ne rien laisser filtrer de ce qu'il pouvait réellement penser ou ressentir et c'était à travers son silence que l'on voyait enfin l'homme, le message qu'il faisait réellement passer, le discours sage et construit qu'il vous adressait. Les deux, à leur manière diamétralement opposé, avait choisi cette forme d'expression pour se dévoiler, pour se montrer tel qu'ils étaient, pour rappeler au monde entier qu'ils n'étaient pas là où ils étaient par hasard, qu'ils existaient envers et contre tous.
Et se faire rappeler à la connaissance de chacun ils le faisaient presque aussi bien que de se dissimuler, de s'exfiltrer et de panser leurs blessures loin des yeux, à l'insu de tous. Et Abba était un vrai radar pour ces « perles rares » comme il les appelait. Trouver les "chiens galeux", les hommes ou enfants emplis de promesses et de talents cachés, des êtres torturés ou pouvant le devenir de par sa propre main. Une fois appâtés ou enlevés il les tiraillait, les pressait tel des citron jusqu'à la pulpe, les utilisait jusqu'à ce qu'il n'en reste rien. Il les déstabilisait, les détruisait et les reconstruisait selon ses schémas. Il en faisait ses pions, ses laquais, ses objets. Sans aucun scrupule. Sans le moindre respect pour ce qu'ils avaient été ou seraient devenus. Un simple conditionnement, comme on fait avec la viande froide.
Comme il l'avait fait avec Ari.
Comme cela avait failli se produire avec Tony dont il avait perçu au premier coup d'œil puis à travers leurs rares conversations père-fille les atouts et les possibilités. Elle avait vu pas plus tard qu'hier cette lueur qu'elle exécrait tant illuminer les yeux de son père, mauvaise, calculatrice, cruelle. Tony et son comportement, sa personnalité et ses agissements, directs et détournés, Tony avait pour son plus grand malheur attiré l'attention du Directeur David, de la pire des façons. Ce n'était pas pour elle que Rivkin avait été dépêché à Washington par son père, elle le savait à présent, il y avait été missionné pour évaluer le réel potentiel de l'italien, voir ce qui pourrait en être tiré. Et Tony avait perçu presque immédiatement que quelque chose se tramait, il s'était méfié, avait enquêté et sans en parler à personne, pas même à Gibbs, avait agi en conséquent, avait éliminé la menace qui pesait sur lui, même si c'était dans le cadre de la légitime défense qu'il l'avait abattu, coup de chance, ou de poker.
Et contrairement à ce que tous aimaient à croire elle ne lui en voulait pas. Pas le moins du monde. Mieux valait Mickael que Tony.
Mais comme Ari il avait su s'extirper des doigts crochus d'Abba et de ses machinations politiques. Ils étaient tous deux parvenu à s'enfuir. Son frère avait choisi de rejoindre le Hamas tandis que Tony lui avait tenu tête, l'avait affronté, confronté, et avait gagné. En un mot ils avaient réussi tous les deux le tour de force par excellence: tourner en ridicule l'un des hommes les plus puissants et influents de la planète. Et devant témoins. Des exploits qui ne resteraient pas sans conséquences elle le craignait. Pour Tony du moins, il ne pouvait plus rien contre Ari maintenant.
Enfin et surtout ce qui les réunissait le plus était cet attachement et l'amour que tous deux lui portait, bien que dans le cas de Tony elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour le repousser, pour le détourner d'elle. Mais rien n'y faisait, et comme Ari elle finirait par le tuer. Sans doute pas directement, avec un fusil à lunette ou une quelconque arme de poing à la main, mais elle provoquerait sa disparition. Après tout n'avait-il pas prouvé par le passé qu'il n'hésiterait pas à se placer entre elle et une balle perdue? Ou à délibérément détourner la colère et la verve d'un vilain sur sa personne pour éviter qu'elle ne soit blessée?
Et elle le perdrait, tout comme elle avait perdu son frère. Et son père y aurait très certainement un rôle à jouer là-dedans si elle ne prenait pas les devants.
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Alors oui il valait mieux prétendre le détester. Pour tout un tas de raison. C'était plus facile ainsi. Et plus sauf.
Et puis involontairement il lui facilitait la tâche. A être si semblable, à partager tellement de similitudes avec Ari. Il n'avait pas le droit. Comme il n'avait pas le droit d'essayer de gagner son amitié, de tenter de se frayer un chemin vers son cœur, de chercher à laisser l'empreinte de son passage dans sa vie.
Et malgré tous les efforts qu'elle fournissait jour après jour il y parvenait un peu plus.
Il était devenu une personne importante dans son existence elle ne pouvait le cacher davantage, il était cette épaule robuste sur laquelle elle se voyait parfois, lorsque ses défenses étaient aux plus bas, poser la tête et fermer les yeux, il était ces bras qui sauraient l'entourer et ainsi la protéger, la consoler, la dissimuler des monstres et de la noirceur que pouvait prendre la vie.
Se laisser aller, se montrer à ces yeux telle qu'elle était vraiment, avec ses doutes, ses peurs, ses faiblesses, ses sourires qui n'atteignaient pas ses yeux, ses colères qui ne voulaient absolument rien dire, ses brimades et vexations qui remplaçaient la joie et l'amusement qu'elle ressentait vraiment, ce sentiment de réellement appartenir à quelque chose, de pouvoir enfin respirer librement.
Et que ne donnerait-elle pas pour pouvoir parler sans obstacles de ce frère qu'elle avait tué, libéré, ce frère qui avait et qui représentait encore tellement pour elle, ce deuil qui lui était impossible de faire ouvertement, certain de sa famille, Abba le premier, allant même jusqu'à dire que cela était indécent et au mieux superflu. C'était un traitre, un terroriste.
Pourtant il ne faisait pas l'ombre d'un doute dans son esprit que Tony la soutiendrait lui, l'encouragerait à parler, la réconforterait, quand bien même Ari avait exécuté sa coéquipière. C'était dans sa nature, c'était tout lui. Il écouterait, il l'entendrait surtout. Il ne porterait pas de jugement. Il tenterait de comprendre sans y parvenir vraiment, mais il essaierait. Peut-être même l'espace de quelques instants parviendrait-il à s'identifier à son frère sur quelques points, à se mettre à sa place, avant de secouer la tête et de se maudire intérieurement, coupable et honteux. Car il était loyal, même envers le fantôme d'une partenaire tragiquement disparue. Loyal. Sa plus grande qualité.
Si les circonstances avaient été différentes les deux hommes auraient pu devenir amis. Ou se détester royalement. Qui sait. Pareil entre son frère et l'agent Todd. Mais cela aurai pleinement été de leur fait, leur décision. Au lieu de ça cela avait été le néant. Le chaos. La haine. Et pour finir la mort.
Et elle ne laisserait pas cela se reproduire une seconde fois. Pas avec Tony. C'était trop douloureux, et elle n'était pas sure de pouvoir se relever une nouvelle fois.
Déjà Tony aurait pu être tué voilà deux jours. Par sa faute. Et par sa faute il s'était retrouvé telle une mouche pris dans la toile tissée par Abba.
Non ! Elle ne laisserait pas son père se servir d'elle une seconde fois comme moyen de pression pour influencer un de ses pions-en-devenir. Ari avait sacrifié son avenir et une vie loin du Mossad pour elle, pour la protéger, pour lui donner l'opportunité de se libérer du joug D'Eli David. Et qu'avait-elle fait ? Rien, elle n'avait pas su saisir l'occasion quand le moment était venu.
Mais maintenant elle pouvait le faire, changer le cours des évènements. Comme Ari elle se sacrifierait pour Tony, elle renoncerait à une vie meilleure, à l'Amérique, à cette formidable famille qu'elle avait trouvée et qu'elle s'apprêtait à trahir, à laisser derrière elle sous un prétexte fallacieux.
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Elle le ferait pour lui.
Pour qu'il puisse poursuivre sa route sans embuches, qu'il puisse délivrer sa générosité et son grand cœur à un autre.
A une personne qui saurait l'accepter et pleinement l'apprécier, quelqu'un qui chercherait la chaleur de son étreinte, qui y trouverait son bonheur.
Quelqu'un qui lui sourirait sincèrement et qui ne lèverait pas une rangée de boucliers, quelqu'un qui se confierait, qui lâcherait prise, qui ne chercherait pas à taire son passé, à se dissimuler derrière un masque de dureté et de fierté voir de mépris.
Quelqu'un qui ne serait pas pétrifié à l'idée de construire quelque chose à deux et qui ne prétendrait pas le détester même quand les choses n'iraient pas comme ils le voudraient.
Quelqu'un capable sans en être terrifiée d'écouter ce que son cœur lui dicte, sans partir en courant sans le sens opposé, à l'autre bout de la planète.
Une personne qui saurait l'aimer comme il le mérite, pleinement et ouvertement, sans demi-mot ni voile épais.
Une personne surtout qui ne le blesserait pas comme elle s'apprêterait à faire.
Une personne tellement mieux qu'elle.
Cette personne qu'elle aurait tant aimé être, s'il n'y avait pas eu son père, son histoire, son éducation, Gibbs, la règle n°12, et tant d'autres obstacles, ceux qu'elles avaient elle-même placés consciemment sur leur route.
Oui, cela aurait été un magnifique rêve. De ceux que l'on rêve quand on a un coup de cafard, quand rien ne va comme on le voudrait, ce beau chevalier en armure qui vient vous délivrer et vous emmène au loin là où tout se termine toujours bien. Mais elle n'était plus une petite fille. Elle ne l'avait jamais été pour commencer.
Sauf avec Ari. Et le rêve avait fini cauchemar.
Et parfois avec Tony. Il avait ce pouvoir sur elle. Mais là elle se refusait à rêver tout court. Elle avait vu où ça avait mené la première fois.
Et c'était si difficile. Car elle détestait devoir le faire et elle se détestait pour cela.
Et puis surtout elle l'aimait. Silencieusement. Douloureusement. Un amour caché et tu. Le plus triste, le plus fou mais non moins le plus pur. Et qui resterait ainsi à jamais. Car jamais elle ne le dévoilerait, jamais elle n'en parlerait au principal concerné.
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Lorsqu'elle vit sa silhouette se refléter dans la vitre devant elle son cœur s'arrêta quelques secondes. Le moment était arrivé, et le destin s'en mêlait une fois encore.
Elle se retourna avec une détermination que pourtant elle était très loin d'éprouver. A l'intérieur son cœur battait maintenant la chamade, une boule d'angoisse l'empêchait de respirer correctement et un étau semblait avoir pris position autour de sa tête lui comprimant douloureusement les tempes.
Elle ne voulait qu'une seule chose faire demi-tour et courir, s'enfuir, jusqu'à ce que ses jambes lâchent, jusqu'à ce qu'elle tombe à genou à bout de souffle.
Se réfugier dans cet endroit qu'elle seule connaissait et où elle avait dispersé les cendres d'Ari, et se mettre à pleurer, à tempêter, à vociférer son désarroi, sa détresse, son ras-le-bol à l'encontre d'une vie où rien n'allait jamais comme elle le voulait, face à sa recherche de quelques miettes de bonheur qui restait toujours désespérément stérile.
Au lieu de ça elle lui fit face et le fixa droit dans les yeux sans sourciller, se forgeant un masque de froideur et de rage non contenue. Elle supplia les dieux de réussir, de blouser le maitre du déguisement, de parvenir à lui faire croire que c'était vraiment lui qu'elle haïssait de toute son âme et non cette situation dans laquelle elle les mettait. Lui faire croire que c'était sa disparition à lui qu'elle voulait quand tout ce qu'elle souhaitait était son bien-être, sa sécurité.
Et elle se mit à parler. A crier.
Et à chaque parole qu'elle prononçait elle voyait les répercutions chez Tony. La douleur, la trahison, la colère puis la dévastation et l'impuissance. Et caché derrière ce tumulte d'émotions le désespoir.
Elle en était responsable.
Mais malgré tout, malgré le dégoût absolu qu'elle éprouvait envers elle-même, elle poursuivit. Tout plutôt que de le voir étendu à son tour sur la table d'autopsie de Ducky.
Elle se faisait l'effet de ce sadique qui s'amuse à torturer un petit chiot sans défense, en particulier lorsque sans avertissement et avec plus de force que nécessaire elle le fit s'écrouler dos au sol et lui pressa une arme contre son épaule endommagée.
Elle pouvait lire la douleur physique se mêler à celle émotionnelle à présent.
Bien.
Il fallait qu'il la déteste, qu'il la maudisse d'être entrée dans sa vie. Qu'il la renie, la banisse.
Et c'est sans ménagement et avec une verve qu'elle était loin de ressentir qu'elle lui cracha au visage les pires invectives, les remarques les plus belliqueuses et fiéleuses, toutes aussi cruelles et injustifiées les unes que les autres. Violente, mauvaise, une furie des temps antiques.
Et elle avait mal. Atrocement mal. Elle avait l'impression qu'on lui avait planté un couteau dans le cœur et qu'on s'amusait à le tourner lentement dans un sens puis dans l'autre.
C'était horrible.
Mais ça l'était bien plus encore de contempler les pupilles dilatées de l'italien, d'y voir la trahison remplacer la confiance qu'il lui portait, l'amitié et l'affection laisser place à la rancune et à l'hostilité. De voir le monstre responsable de tout ça s'y refléter clairement et d'y prendre légitimement ses yeux, sa bouche, ses traits.
C'était ce qu'elle avait voulu, ce qu'elle avait provoqué.
Et jamais auparavant elle ne s'était autant détesté.
Mais c'était un passage obligé, c'était nécessaire et justifié.
De son point de vue.
Sauver l'homme qu'elle aimait.
Même si ça devait en chemin le détruire.
Il était fort, il se relèverait.
Les autres l'aiderait.
Abby, Timmy, Jimmy, Ducky, et qui sait peut-être même Gibbs.
Ils seraient là pour lui, à condition qu'il le leur permette.
Que ne donnerait-elle pas pour pouvoir s'en assurer.
Mais ce serait l'hôpital qui se fout de la charité.
Non ?
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Voilà, c'était fini.
Avec Tony.
Elle avait tout détruit.
Effacer.
Il ne restait plus rien entre eux. Du moins de son côté à lui.
Il ne lui restait plus à présent qu'à aller à la rencontre de Gibbs et lui lancer un ultimatum qu'il ne pourrait décemment accepter et elle pourrait de nouveau respirer, laisser tout ceci derrière elle. Fini les cauchemars où elle voyait Tony … non, ne pas penser à ça, elle devait avancer, aller de l'avant, fuir.
Et puis son père avait de grands projets pour elle et quelques missions à accomplir. Quelque chose à voir avec la Somalie selon les bruits de couloir.
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Les plus fanatisés d'entre vous auront reconnu la scène d'Aliyah que j'ai un peu modifié pour le besoin de ma fic, désolée aux puristes.
J'espère que ça vous a plu.
Je ne sais pas si je dois en rester là ou poursuivre. Je ne sais pas du tout. Un vrai point d'interrogation.
