Titre : De lames et de sang

Résumé : Respecté, craint, adulé ... le Caporal Rivaille ne laisse personne indifférent, et ce même si bien peu de gens peuvent se targuer de le connaître vraiment. Il suffit pourtant de grappiller les secrets pour découvrir l'Homme qui se cache derrière le titre.

Rating : M, toujours pour viser large même s'il ne se passe rien dans ce chapitre susceptible de mériter ce rating ... si ce n'est le langage pas toujours très châtié de Rivaille !

Disclaimer : Shingekin no Kyojin appartient à Hajime Isayama. Le Capitaine Krieger et les membres de l'état-major sont à moi.

NdA : En publiant un premier chapitre non-centré sur un couple, je craignais quelque peu de passer à l'as et de n'intéresser personne, mais je suis ravie de voir que ce n'est pas le cas ! Je remercie donc chaudement les personnes qui me lisent, me suivent et me soutiennent, ça fait réellement plaisir :)

Nem's : un énorme merci pour tes commentaires enthousiastes, ça m'a énormément touchée ! J'étais souriante comme une quiche de Noël (voui voui, il peut y avoir des quiches de Noël !) et ça m'a filé une pêche du tonnerre. J'espère donc que cette suite saura te plaire et nourrir ton intérêt, sans compter que ça fait plaisir de voir quelqu'un partager ma vision de Rivaille qui n'est pas qu'un maniaque badass mais qui a aussi une vraie personnalité pointant le nez sous son pragmatisme blasé. Et je te remercie aussi pour les corrections ! J'essaye de me relire au mieux afin de dénicher toutes les fautes mais il y en a toujours qui passe au travers du filet, alors n'hésite pas si tu en retrouves dans les chapitres ! Que la Rivaille Attitude soit avec toi (obligée de te quoter parce que j'ai adoré cette phrase XD) !

Ah et ... c'est où qu'il faut demander une visite Heichou Fury parce que je veux *_*

Lottie : merci beaucoup à toi, j'espère donc que cette suite te plaira également ^^

Bonne lecture à tous !


DE LAMES ET DE SANG

Chapitre 2 : Changements

« Rien n'est permanent, sauf le changement. » Héraclite d'Ephèse

La pluie tombait toujours, aucun changement.

Détrempant lentement les vêtements d'un homme plus petit et à la chevelure bien plus sombre que celle du Capitaine Krieger, son air fermé contrastant plus encore avec la bonhomie quotidienne de l'ancien officier n'ayant désormais même plus droit à son seul titre. L'honneur ne nourrissait de toutes façons pas son homme. L'espoir non plus en ces temps troublés.

Et pourtant de l'espoir, il en fallait une bonne dose pour oser monter dans le véhicule qui les conduirait jusqu'aux confins du mur Sina avant de les y abandonner, comme pour trahir la volonté des habitants les plus intérieurs de ne pas se souiller trop près des titans.

Et pourtant de l'espoir, il en fallait une bonne dose pour oser ainsi s'aventurer avec l'une des ''vermines'' les plus connues de la Ville Souterraine. Son simple nom suffisant à déclencher des frissons alors que bien des hommes ne l'avaient même pas reconnu en le croisant à Utopia. Pas qu'ils y aient passé beaucoup de temps d'ailleurs, mais celui-ci avait toutefois plus que largement suffit à Erwin pour se rendre compte que le visage de Rivaille était totalement inconnu des masses. Inconnu et certainement méconnu.

Cruelle ironie au point que le blond n'avait pu s'empêcher de se demander si ce simple nom n'avait pas été instrumentalisé.

Pour mâter les gens vivant sous terre.

Pour mâter le peuple.

Pour mâter le commun des soldats.

Rumeurs et faits d'armes étaient bien souvent confrères dans la sape des masses.

« Ne tire pas une tête pareille Smith, tu auras tout le temps d'évaluer mes capacités dès que nous aurons quitté la Capitale. Sans compter que la peur inspirée par la vérité est tellement plus jouissive que celle qui ne repose que sur des mensonges … . »

Cet homme avait décidément l'esprit plus aiguisé que ce que sa réputation de brute pouvait laisser présager, et Erwin se força alors aussitôt à reprendre contenance afin d'afficher l'air le plus neutre possible. Si son angélisme enfantin n'avait pas été exterminé par le sang et les batailles depuis bien des années, sans doute se serait-il offusqué de cette substitution entre peur et respect. Seuls ceux habitués à goûter aux deux pouvaient comprendre ce qu'ils ne tardèrent pas à approuver d'un simple signe de tête entendu, mettant ainsi fin à cet ersatz de conversation avant même qu'elle ne débutât vraiment.

Krieger n'aurait certainement pas renié pareille recrue s'il avait eu la chance de la croiser.

« J'avoue tout de même que je pensais que tu serais plus difficile à convaincre. »

Simple observation n'appelant pas réellement de rebondissements, et ce même si Rivaille lui offrit aussitôt un bref rictus soulevant un instant la commissure gauche de ses lèvres avant de retrouver son habituel faciès. Sans ajouter le moindre mot. Il n'avait de toutes manières pas à convaincre qui que ce fût justement.

Dessein était leitmotiv personnel … .

Et ce même si à défaut de se justifier, l'homme crut toutefois bon de mettre certaines choses au clair après plusieurs minutes de ce silence de nouveau revenu.

« Ne te leurre tout de même pas Smith, je ne te fais pas confiance non plus. L'insigne des Bataillons d'Exploration que tu portes a largement joué en ta faveur, mais ce n'est pas pour autant que je laisserais ma vie entre tes mains. Après tout, tu connais la situation présente dans le mur Sina, non ?

- En fait, non. Justement. Certains aspects semblent effectivement être évidents mais ce n'est pas pour autant que je prétendrais comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui se passe entre Utopia et sa Ville Souterraine. » confessa Erwin sans en éprouver aucune gêne, préférant ainsi largement se renseigner plutôt que de feindre une inexistante connaissance.

Honnêteté si franche et spontanée que le regard de Rivaille se fit alors infiniment plus perçant lorsqu'il s'abîma de nouveau sur le blond. Le détaillant un si long moment que Smith en vint bientôt à se demander si ce fauve assis en face de lui ne détenait pas le pouvoir de lire dans son esprit. Une pensée étrange et qui aurait pu se révéler angoissante mais pourtant, son interlocuteur n'éveillait nullement en lui ce genre de sensations.

Ni de par son comportement abrupt, ni de par son regard infiniment trop perspicace.

Malgré toute sa logique, Erwin n'arrivait pas à éprouver de défiance à son égard … .

« Tu es décidément bien étrange comme type, je me demande de quelle poubelle Krieger a pu te sortir. Je me demande également combien de temps ton petit numéro fonctionnera … . Longtemps, sans doute. Tu joues si bien les abrutis que les merdeux de l'état-major ne penseront pas un seul instant à se méfier de toi.

- Je suppose que je dois prendre ça comme un compliment ?

- Je ne complimente jamais Smith, j'affirme. Par contre, évite justement de jouer à ça avec moi parce que ça me donne envie de te coller mon poing dans la gueule. Ne commets pas l'erreur que d'autres ont commise avant toi, ce serait réellement dommage de me perdre. »

Le ''me'' avait été soufflé d'une bien étrange manière tandis que les deux hommes se défiaient désormais du regard, et Erwin ne put alors retenir un long frisson d'excitation de dévaler son échine pour secouer tout son corps. Toute son âme également.

Putain que c'était jouissif de se retrouver en face d'un tel homme !

D'un tel homme capable de le cerner en seulement quelques instants.

D'un tel homme capable d'énoncer certaines attaques sans toutefois faire naître de réelle suspicion.

Soudainement, le blond comprenait plus nettement pourquoi ses supérieurs avaient été si soulagés de se débarrasser de Rivaille.

Soudainement, le blond se félicitait encore davantage d'avoir pu lui-même le récupérer … .

Quand est-ce que cette simple bataille pour la survie de l'Humanité avait muté en un tel affrontement politique où les mots valaient désormais plus que les actes ? Où chaque pas en avant vers la Liberté pouvait être le dernier tant ils progressaient désormais sur un terrain hautement miné ? Erwin lui-même n'avait pas vu ce danger arriver mais maintenant qu'ils étaient dans la merde jusqu'au cou, il comptait bien se battre comme un diable pour assainir cette situation !

Comme un diable … .

Oui décidément, Rivaille était le meilleur allié qu'il pût trouver.


Ils chevauchaient depuis deux bonnes heures maintenant.

Comme l'avait supposé Smith, leur véhicule les avait effectivement abandonné sitôt arrivé au mur Sina afin qu'ils pussent tous deux récupérer des montures pour effectuer la fin du trajet jusqu'au quartier général des Bataillons d'Exploration. Une donnée qui n'était absolument pas un soucis aux yeux du blond. Bien au contraire.

Alternant entre galop de pointe et trot plus calme. Quittant quelque fois leurs selles afin de s'envoler grâce à leurs équipements tridimensionnels lorsqu'ils traversaient les forêts se trouvant sur leur passage. C'était sans doute là le tout premier test que Smith voulait faire passer à Rivaille et sans surprise aucune, celui-ci l'avait franchi haut la main. Faisant preuve d'une telle aisance dans les airs que le blond n'avait pu s'empêcher de penser que cet homme n'avait pas appris la manœuvre seul dans les bas-fonds d'Utopia.

Ses mouvements étaient bien trop précis pour ça. Trop méthodiques. Trop militaires presque, tant chacun de ses mouvements semblait être soigneusement calculé afin d'être strictement utile, poussant ainsi la rentabilité de son équipement à un point frôlant le mathématique. Économiser gaz et acrobaties inutiles étaient pourtant le défi principal des jeunes recrues en général, et certains soldats aguerris en étaient même toujours à ce stade-là. Mais pas Rivaille. Pas cet homme qu'on lui avait présenté comme un simple agitateur mais dont la rigueur sur tous les points faisait bien davantage penser à l'armée.

Alors quoi ? Déserteur ? Renvoyé ? Planqué fuyant le front ?

Difficile à croire vu la force de caractère se dégageant de ses paroles comme de ses actes, et pourtant Erwin cogitait toujours lorsqu'ils décidèrent d'établir le camp à la nuit tombée. Frêles tentes montées à l'abri d'un arbre colossal afin d'éviter la prise du vent. Force de l'habitude consistant à toujours choisir un endroit bénéficiant d'un refuge en hauteur tout proche. Une mission extra-muros les aurait toutefois conduit à s'installer sur une branche à la fois haute et massive - endroit stratégique pour lequel Rivaille avait d'ailleurs opté instinctivement lorsque le blond avait annoncé qu'ils s'arrêtaient pour la nuit - mais ce dernier avait préféré leur octroyer un minimum de confort vu la sécurité apportée par les murs.

Sans compter qu'en choisissant ainsi un endroit posté à terre, allumer un feu allait être possible ! Réflexion qui aurait pu paraître triviale mais qui relevait pourtant du bon sens lorsque la température nocturne flirtait avec les zéro degrés.

« Dis-moi Rivaille, est-ce que tu as été formé militairement à la maîtrise de l'équipement tridimensionnel ? »

Question qu'il fallait bien poser tant elle le taraudait, d'autant plus que la réponse n'engageait pas forcément à confidence … ou presque. Ne pas éprouver de défiance à l'égard de cet homme n'indiquait pas non plus que Erwin lui accordait sa confiance.

« Cette information t'est-elle réellement utile ? Peu importe où et comment j'ai appris, le fait est que je sais largement me débrouiller dans les airs.

- Largement oui … peut-être trop d'ailleurs. D'où ma question. Ne crois pas que j'apprécie de jouer ainsi les curieux, mais j'aimerais simplement en savoir suffisamment sur toi pour pouvoir te faire confiance.

- Sainte Patience, Krieger … je me demande réellement comment il a pu supporter un mec dans ton genre pendant si longtemps. »

Le tout prononcé d'un ton froid et détaché. Tout autant que sa première réponse au pragmatisme exacerbé. Le pire étant bien que le Capitaine Smith n'était pas fondamentalement en désaccord avec cette manière de penser, mais plutôt n'appréciait-il pas vraiment cette aura de secrets si opaque qu'il avait la désagréable impression qu'elle lui embrouillait ses propres sens. Sans compter que ce n'était pas la première fois que Rivaille faisait allusion à Krieger … .

« Et oui, je connais Krieger, inutile de poser la question. »

Touché.

Coulé.

La perspicacité de cet homme en était presque … .

« Désagréable, n'est-ce pas ? »

Sommet atteint par le fait qu'en plus, Erwin se sentait presque transparent face à lui ! Le blond ne chercha d'ailleurs pas à le dissimuler, se contentant de hocher affirmativement la tête en signe d'acquiescement.

« Je n'irais pas vraiment jusqu'à dire désagréable, je dirais plutôt ''dérangeant''.

- Nous réfléchissons pourtant de la même manière, Smith. La seule différence, c'est que toi tu dissimules tes déductions derrière ton air affable. Je ne dis d'ailleurs pas que c'est un défaut, bien au contraire. »

Comme deux pendants d'une même réflexion … .

Si sa nouvelle recrue connaissait Krieger, se pouvait-il que ce fût l'ancien officier qui l'ait formé ? Voire qui se fût arrangé pour que ses deux poulains se rencontrassent le jour où lui-même se retrouverait hors course ? C'était sans doute extrapoler un peu loin que de penser cela, mais ça n'empêcha pas Erwin de conserver soigneusement cette idée dans un coin de son esprit.

« Arrête de réfléchir Smith, tu ne trouveras pas la réponse par toi-même. On n'accorde pas sa confiance à quelqu'un en fonction des informations qu'on possède sur lui mais en fonction de ce qu'il nous inspire.

- Tu as sans doute raison, alors disons que je réserve mon jugement jusqu'au jour où je te verrai affronter un titan. Il n'y a que face à la mort qu'un homme se révèle vraiment.

- Enfin une parole sensée Erwin. Au moins comme ça, nous sommes sûrs que nous attendons la même chose pour nous décider vraiment sur l'autre. »

Regards échangés. Entendus. Égaux en détermination et en droiture.

Oui vraiment, Erwin se félicitait d'avoir récupéré Rivaille … .