Titre : De lames et de sang
Résumé : Respecté, craint, adulé ... le Caporal Rivaille ne laisse personne indifférent, et ce même si bien peu de gens peuvent se targuer de le connaître vraiment. Il suffit pourtant de grappiller les secrets pour découvrir l'Homme qui se cache derrière le titre.
Rating : M ... même en présence d'une demoiselle, son langage est toujours le même !
Disclaimer : Shingeki no Kyojin appartient à Hajime Isayama.
NdA : Hello à tous o/
Après le flashback du précédent chapitre, retour au présent pour la suite des événements ! J'espère que vous apprécierez, et je vous souhaite donc une bonne lecture ^^
San : Merci beaucoup à toi, ça fait vraiment plaisir ! J'essaye vraiment de respecter les caractères des personnages autant que possible, alors je suis heureuse que tu trouves ça réussi. De même que je compte bien mener cette fic à son terme, et je te garantis que tu n'es pas au bout de tes surprises en terme de révélation ^^
DE LAMES ET DE SANG
Chapitre 6 : Ce qui nous menace
Si la blessure de Rivaille avait été spectaculaire tant dans sa survenue que dans ses soins immédiats, elle l'avait également été concernant la vitesse à laquelle l'homme s'était remis. Sans doute habitué à se prendre des coups tout autant qu'à en donner, il bénéficiait ainsi d'une résistance physique qui lui avait permis de monter à cheval une poignée de minutes seulement après que Erwin se fût occupé de son épaule, et il ne s'était pas davantage plaint durant leur retour. D'ailleurs, il ne s'était pas plaint. Du tout. Pas plus qu'il n'avait demandé l'intervention du médecin militaire leur étant affecté lorsqu'ils étaient arrivés, et ce même si le blond avait tout de même insisté pour qu'il se fît ausculter. Une demande à laquelle Rivaille s'était d'ailleurs soumis de bonne grâce, ne rechignant ni ne refusant.
Une réaction qui n'avait d'ailleurs pas réellement surpris Smith qui commençait lentement mais sûrement à cerner sa nouvelle recrue au fur et à mesure qu'il la côtoyait, apprenant tout autant de ses silences que de ses plus rares paroles. Apprenant indéniablement à le comprendre via ses actions.
Comprendre était toutefois radicalement différent de savoir.
Savoir qui était cet homme ne répondant qu'à un unique patronyme dont Erwin ne savait même pas s'il était réellement le sien.
Savoir qui était cet homme aux compétences hallucinantes et à la nuque si étrangement tatouée.
Savoir … juste un peu plus … juste qui il avait pu être avant de devenir cet homme qu'il avait désormais sous son commandement. Pas que ce fût de la curiosité mal placée - ou si peu - mais simplement Smith tenait-il vraiment à pouvoir lui faire confiance les yeux fermés. Sans avoir à craindre de se prendre un jour une lame dans le dos ou une attaque en traître de la part de l'état-major. Inutile de le nier : tout s'était coordonné un peu trop facilement dans cette Ville Souterraine … .
« Erwin ? Est-ce que je peux récupérer les informations ? »
Hanji n'avait même pas pris la peine de toquer à la porte avant de l'entre-bailler, mais elle demeura toutefois sur le seuil de la pièce jusqu'à ce que son supérieur l'invitât à entrer, sa main fébrile s'emparant du carnet sitôt qu'il fût tendu dans sa direction. L'avoir en sa possession ne semblait toutefois pas suffisant pour enfin la calmer et à sa manière de trépigner sur la pointe des pieds, le blond ne tarda pas à se douter qu'elle ne venait pas simplement pour ça.
« Qu'est-ce qu'il y a Hanji ?
- Et bien … j'aurais simplement voulu savoir comment allait Rivaille. Dita nous a dit qu'il avait été blessé mais il n'en n'a rien montré en se rendant à l'infirmerie, alors je me demandais si … il avait besoin de quelque chose ?
- Il n'a besoin de rien Hanji, merci. »
La brune avait sursauté en entendant la voix résonner juste sous son oreille, effectuant un véritable saut de carpe tant elle ne s'attendait pas à se faire ainsi surprendre par son ''chat sauvage''. Surtout de si près puisque ce dernier s'était glissé jusqu'à elle sans le moindre bruit ! Quoi qu'il en fût, elle ne manqua pas de noter le ''merci'' qui venait de lui être adressé, n'ayant pas davantage besoin d'explications pour comprendre qu'elle ne devait pas insister. Qui prétendait qu'elle ne connaissait pas la subtilité ? Sûrement les gens qui n'avaient jamais pris la peine de vraiment lui parler … .
Mais bref ! Sa place n'était plus dans ce bureau désormais, et après avoir remercié les deux hommes ayant plus que participé à ses recherches, Hanji s'éclipsa enfin pour les laisser tous les deux seuls.
Enfin seuls depuis leur retour au QG.
« Alors, qu'en pense le médecin ?
- Trois semaines d'immobilisation et pas de tridimensionnalité avant au moins un mois. » lâcha un Rivaille manifestement mécontent, ne cherchant même pas à masquer son irritation en se laissant tomber de tout son poids sur une chaise.
Soupirs de part et d'autre.
Un mois complet sans Rivaille sur le terrain … le coup était indéniablement rude pour les Bataillons d'Exploration. Tout autant que pour le ''blessé'' qui montrait des signes d'agitation pour la première fois depuis son arrivée, sa main valide ne cessant d'ajuster l'écharpe immobilisant son bras blessé le long de son corps. L'inaction n'était vraiment pas sa tasse de thé, il en était déjà agité comme un lion en cage !
« Être immobilisé ne signifie pas que tu doives garder le lit pour autant, non ? Parce que si tu le souhaites, j'aurais une mission à te confier.
- Hn, dis toujours … . »
Motivation était maîtresse au pays des désœuvrés, et Rivaille ne chercha nullement à dissimuler ses doutes concernant l'intérêt quelconque de cette ''mission''. Continuant à jouer avec l'écharpe immobilisant son bras comme si de rien n'était. Tiraillant sur les sangles de son harnais comme pour vérifier si son épaule lui faisait réellement si mal que ça … .
« Je ne sais pas si tu es au courant, mais l'état-major a décidé de nous confier une partie d'une Brigade d'Entraînement. Un tiers pour être exact. Les deux autres tiers sont affectés respectivement à une unité de la Garnison et aux Brigades Spéciales.
- Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle connerie ?
- Une expérience-test. Les hauts gradés veulent apparemment vérifier si une immersion des élèves-soldats dès le début de leur formation pourrait leur offrir de meilleurs chances de survies. »
Grognement plus qu'éloquent émanant alors du blessé, témoignant de son avis sans même qu'il n'eut besoin de l'exprimer à haute voix.
« En clair, tu aimerais que j'aille torcher ces morveux ?
- Si tu as envie de présenter les choses sous cette forme, alors je t'en laisse libre. Mais ce n'est toutefois pas la manière dont moi je conçois les choses : ce que je veux, c'est que tu les observes. Sur leurs aptitudes mais aussi leurs caractères. Autant ne pas se voiler la face : cette expérience n'ira jamais au bout des trois ans de formation, je suis persuadé que l'état-major se ravisera bien avant et renverra tous ces gamins dans un camp d'entraînement normal. Il semblerait que les Brigades Spéciales aient de toutes façons refusé cette tâche donc si ça se trouve, ils ne resteront même pas un mois ici.
- Alors pourquoi me faire perdre mon temps de la sorte ? » souligna aussitôt Rivaille avec acidité, son visage n'exprimant plus seulement de la lassitude mais bien de l'irritation.
- Parce que si tu as un jour fréquenté l'armée, tu sais tout aussi bien que moi qu'il n'est pas rare pour les dirigeants des trois corps de rôder autour des Brigades d'Entraînement afin de repérer les meilleurs éléments. Histoire de pouvoir garder un œil sur eux puis ''d'aiguiller'' leur choix.
- Je vois … . »
Oui, il voyait. Et à vrai dire, il voyait même très bien où voulait en venir Erwin !
Derrière ses airs de gentillet, le blond cachait véritablement un stratège fin et prêt à tout pour servir la cause de l'Humanité. Dictant une vérité implacable tout en n'hésitant pas pour autant à recruter parallèlement ses hommes. Une pratique qui n'étonnait pas Rivaille plus que cela d'ailleurs, vu que Smith n'avait pas hésité à traîner avec lui un agitateur de la Ville Souterraine.
Mais il voyait également bien qu'il n'y avait pas que ça qui se dissimulât dans sa phrase !
''Si tu as un jour fréquenté l'armée'' … le blond avait déjà des doutes depuis leur rencontre mais apercevoir sa nuque tatouée l'avait sans doute conforté dans cette voie. Pas qu'il lui en ait parlé, mais Rivaille était pourtant sûr et certain qu'il l'avait vu puisqu'il lui avait déboutonné sa chemise et ôté son jabot afin de pouvoir lui remettre son bras en place.
Sans doute était-il donc bon de mettre certaines choses à plat … .
« Tu aimerais savoir, n'est-ce pas ?
- J'aimerais surtout pouvoir te faire confiance, ce qui est assez délicat vu le nombre de choses que tu me caches. On ne se fait pas tatouer les Ailes de la Liberté à cet endroit pour rien … et je doute fortement que tu ais un jour été un gamin fanatique de l'armée au point de vouloir arborer ce symbole. »
D'autant plus lorsque le symbole en question était celui du corps militaire le plus décrié, tant par le reste de l'armée que par la population civile.
D'autant plus lorsque le tatoué en question s'était imposé comme étant l'un de ses meilleurs soldats en l'espace d'un mois seulement.
« Et savoir que j'ai reçu une formation militaire va donc t'aider, c'est ça que tu sous-entends ?
- Je ne sous-entends rien Rivaille, je me contente de t'ordonner de me répondre : que signifie ce tatouage ? »
Il ordonnait … .
C'était bien la première fois que Erwin lui ordonnait quoi que ce fût - en tout cas de cette importance - et Rivaille releva donc aussitôt son visage vers celui de son vis-à-vis afin de le fixer. Non pas avec défi. Plutôt avec … un calme étrange ? Oui, c'était bien un air étrangement calme qu'arborait le soldat, sa main ayant pour le moment cessé de jouer avec ses sangles et son écharpe pour venir se poser le long de son corps.
Et au calme fit bientôt place l'ennui.
« Ne crois pas que je fasse ça juste pour te défier mais … je ne peux pas te répondre, Erwin. Vraiment pas. »
Vraiment pas … .
Pour lui comme pour le blond, il valait mieux qu'aucune explication ne fût jamais donnée. Jamais même abordée. L'armée supportait assez rarement que les hommes se montrassent trop curieux, et Rivaille lui-même savait mieux que personne que certaines portes ne devaient jamais être ouvertes. À aucun prix.
« J'ai effectivement suivi une formation militaire classique, de même que j'ai déjà servi sur le terrain durant des missions extra-muros. Et si tu m'as trouvé dans la Cité Souterraine, ce n'est ni pour trahison ni pour désertion. Je suppose que c'étaient les principales questions que tu te posais, et sache que je m'avance déjà énormément en y répondant. Pour le reste, tu vas donc devoir t'en passer. »
Était-ce là une manière de manifester des excuses ? Le blond en avait en tout cas la ferme impression tandis que certaines pièces du puzzle se frayaient difficilement un chemin dans son esprit. Engendrant davantage de questions que de réponses pourtant … .
« Qu'est-ce qui te menace ? »
Soupir amusé tandis que Rivaille décroisa ses jambes pour les croiser dans l'autre sens, recommençant d'ors et déjà à jouer avec son harnais et son écharpe de contention.
« Nous savons tous ce qui nous menace, non ? »
Ce qui les menaçait. De cette menace si particulière qui ne venait pas de l'extérieur des murs mais bien de l'intérieur. Ô combien plus dangereuse même si beaucoup en ignorait jusqu'à l'existence-même … .
« Les Bataillons d'Explorations ont toujours été honnis de toutes façons, alors tu ne leur fais pas courir grand risque si tu me veux mon avis, d'autant plus que …
- Connard … .
- Je te demande pardon ?! »
L'insulte lui avait coupé le sifflet sans même qu'il ne s'y attendît, et elle ne manqua pas de le laisser estomaqué quelques secondes avant qu'il ne réagît enfin. C'était une chose que d'accepter la présence d'un homme tel que Rivaille sous son commandement, mais il ne fallait tout de même pas pousser le bouchon trop loin !
Et ce même si cette langue trop acérée venait déjà de se lever afin de sortir du bureau, l'air totalement désintéressé tandis que ses mots s'extrayaient soudainement de sa bouche avec une lassitude extrême.
« Tes Bataillons sont toujours existants, eux … . Je vais jeter un œil sur le terrain d'entraînement. »
Oui, eux, ils l'étaient … .
Amère constatation sur laquelle Rivaille choisit toutefois de ne pas s'étendre et même de ne pas penser, préférant claquer la porte dans son dos avant d'enfiler le couloir d'un pas rapide. Bâtard de Smith, pourquoi fallait-il donc qu'il fût si curieux ?! C'était certes légitime, mais c'était également de trop …. . Rancune qu'il chassa de son esprit sitôt arrivé sur le terrain alloué à l'entraînement des toutes jeunes recrues le temps de leur présence ici, les trépieds caractéristiques de l'introduction à la manœuvre tridimensionnelle ayant déjà été érigés tous le long de l'espace. Les structures étaient d'ailleurs toutes occupées pour l'heure, et le jeune homme passa donc en revue ces gamins d'un regard blasé.
Observer leurs aptitudes et leurs caractères … Smith en avait de bonnes quelque fois ! Rivaille n'était pas forcément ce que l'on pouvait qualifier de ''soldat classique'', aussi mener cette mission allait se révéler ardu. Il ne pouvait décemment pas attendre de ces mômes qu'ils lui ressemblassent lorsqu'il avait lui-même effectué ses classes.
« Lâche l'affaire, t'es juste trop nulle dans ton genre ! L'armée ne devrait de toutes façons même pas accepter les femmes, juste bonnes à s'occuper de la baraque !
- En plus, t'es bien trop vieille pour suivre cet entraînement ! »
C'était tellement con à entendre que Rivaille n'avait pu s'empêcher de s'intéresser à la source de ces stupidités, découvrant alors une jeune femme piteusement pendue de travers dans son harnais et ouvertement raillée par ses deux camarades qui auraient bien mieux fait de l'aider à rejoindre le sol plutôt que de l'insulter. Sa position totalement décentrée indiquait d'ailleurs qu'elle avait très certainement un soucis avec son harnais mais malgré cela, ses mains s'échinaient sur le filin afin de se hisser un minimum pour réussir à se désempêtrer de cette galère.
Elle n'avait pas l'air douée mais au moins, elle en avait dans les tripes pour continuer malgré les brimades.
« Allez dis-le que t'es merdique et que tu vas rentrer chez toi ! Si tu le dis, peut-être même qu'on te fera descendre ! »
Et toujours ces rires gras typiques des adolescents attardés ricanant en meute, c'était juste pitoyable. Pitoyable et n'ayant que trop duré, aussi Rivaille se dirigea-t-il aussitôt vers leur trépied tandis que les deux gosses lui offrirent un salut impeccable en le voyant arriver … pour bouffer la poussière un instant plus tard lorsqu'ils se prirent chacun un magnifique poing en pleine gueule !
« Tours de piste jusqu'au début de l'entraînement collectif de demain matin. Le premier qui s'arrête se prend ma lame en travers des entrailles.
- Mais Monsieur, ça veut dire toute la nuit ?! »
Tient, il y avait un suicidaire … suicidaire qui pâlit considérablement lorsqu'il se fit chopper par le col et décoller du sol par un mec pourtant largement plus petit que lui. Plus petit, plus nerveux, mais surtout putain de plus flippant !
« Je te découpe maintenant ou je te laisse une petite chance de survivre ?
- Toutes mes excuses, Monsieur ! Je vais courir autant qu'il le faudra, Monsieur !
- Arrête de m'appeler comme ça, connard … . »
Et sans plus de cérémonie, Rivaille lâcha le gosse qui retomba brutalement à terre. Ne perdant pas la moindre seconde à se masser son arrière-train douloureux qu'il se relevait déjà pour se mettre à courir en compagnie de son camarade qui lui n'avait pas attendu autant et trottait déjà comme un dératé.
Une bonne chose de faite … .
Restait donc plus qu'à descendre la gamine qui s'échinait toujours avec son harnais, mais il eut à peine atteint la poignée des câbles qu'elle l'arrêta en plein élan.
« Non c'est bon, je vais y arriver toute seule. C'est presque bon là !
- Presque bon ? T'as réussi à entourer un des filins autour de ta cuisse, si tu retombes comme ça, tu risques juste de te déboîter la hanche. »
Ça lui ferait toujours une camarade de luxation … perspective qui ne sembla nullement motivée la demoiselle qui se résigna finalement et lui demanda de l'aide. Et de l'aide, il lui en fallait ! À peine de retour sur le sol qu'elle titubait déjà comme si elle hésitait à poser l'un de ses pieds à terre, se retrouvant ainsi à claudiquer sur une seule jambe avant d'enfin réussir à se libérer de la structure. Même son propre harnais avait tourné dans l'opération, lui serrant trop une jambe tout en baillant sur l'autre.
« Tu as mal dû accrocher tes sangles, c'est pour ça que tu galères comme ça. Je t'emmène à l'infirmerie pour ton pied, je t'expliquerai pour ton harnais là-bas.
- Je n'ai pas besoin d'aller à l'infirmerie … Monsieur ? »
Son hésitation suffisait à prouver qu'elle avait bien compris que son interlocuteur n'aimait pas ce titre, et ce même si elle ne voyait pas réellement comment s'adresser à lui poliment sans en passer par là. Interrogation sans réponse tant elle était triviale, balayée par de toutes autres considérations.
« Je ne me souviens pas de t'avoir demandé ton avis gamine, alors tu viens ou je t'y traînes. »
Gamine si impressionnée qu'elle en avait rentrée la tête entre les épaules, acquiesçant rapidement avant de se mettre à boiter derrière son supérieur. Rivaille avait d'ailleurs largement ralentit sa cadence afin de lui permettre de le suivre, n'allant pas jusqu'à la soutenir pour marcher mais s'abstenant toutefois de l'obliger à forcer le pas.
Il avait un mois à tuer de toutes manières, alors il n'était pas pressé … .
Arrivé à l'infirmerie, il rejoignit donc un coin de la pièce afin de laisser le médecin militaire s'occuper d'elle, tiquant lorsque l'extraction de la botte révéla qu'elle avait la plante du pied droit presque en sang. Il n'était certes pas rare que les harnais blessassent leurs propriétaires - surtout les novices tâtonnant à la recherche du bon serrage - mais à ce point-là … .
« On peut savoir pourquoi tu ne t'es pas inquiétée avant de l'état de ton pied ?
- Je suis déjà la plus vieille de la promotion, alors je ne voulais pas en plus être le boulet du groupe capable de se blesser toute seule. »
Le tout débité sans ironie ni apitoiement, comme s'il s'agissait simplement d'un fait que la demoiselle avait assimilé et accepté. Une demoiselle qui grimaçait d'ailleurs tandis que le médecin s'occupait de son pied, suivant du regard un Rivaille qui avait d'ors et déjà subtilisé son harnais qu'il était en train de nettoyer des traces de sang.
« Tu as quel âge, gamine ?
- Dix-sept ans.
- Et tu as franchement l'impression d'être vieille à dix-sept ans ? Tu as l'impression que l'armée a les moyens de jouer les fines gueules concernant l'âge de ses recrues ? »
Il n'y avait pas d'âge, et il n'y aurait de toutes façons jamais d'âge pour aller crever en temps de guerre ! Réflexion qui s'abstint toutefois d'émettre afin de ne pas lui coller la frousse plus que nécessaire, préférant récupérer une large bande de tissu ainsi que des compresses afin de rembourrer la sangle passant sous la plante du pied. S'assurant que le tout tiendrait correctement avant de lui tendre son harnais.
« Enfile ça, je vais te montrer comment le régler. »
À force de tenter de compenser cette blessure sous le pied, la gamine avait indéniablement pris des mauvaises habitudes, et sitôt qu'elle eut enfilé l'assemblage de sangles, Rivaille se planta devant elle afin d'ajuster enfin tout ça.
« Tiens-toi droite, tu es penchée sur ta gauche. Sers les dents le temps que je fasse ça, tu pourras recommencer à boiter quand j'aurais fini. »
Vu l'état de la plante de son pied, il se doutait bien qu'elle devait souffrir à mettre ainsi son poids dessus, mais elle le fit toutefois sans broncher. Serrant effectivement les dents et ne se permettant pas de se plaindre tout en observant avec attention cet homme en train de régler son harnais d'une manière radicalement différente de celle qu'elle utilisait habituellement. Le tout accompagné d'explications sur son équilibre et le serrage à choisir. Succinctes mais extrêmement claires.
« Je vous remercie beaucoup de m'avoir accorder un peu de votre temps, comment est-ce que je pourrais vous remercier ?
- En tâchant de ne pas crever trop vite lorsque tu seras devenue soldat.
- J'avoue que j'aimerais être un peu plus utile à l'Humanité qu'en me faisant bouffer dès ma première sortie ! »
Sa première sortie ? Cette gamine envisageait donc de rejoindre les Bataillons d'Exploration si elle finissait sa formation ? C'était assez rare pour être souligné, et Rivaille lui colla alors un léger coup dans l'épaule.
« Pour ça, apprend déjà à te respecter un peu plus que tu ne le fais actuellement, sinon tu ne risques pas d'aller bien loin. Ton nom ?
- Petra Ral.
- À dans trois ans alors, Petra Ral. Et j'espère bien te retrouver à ce moment-là, parce que je déteste perdre mon temps avec des gosses inutiles. »
